Deux ou trois plans/moments intéressants : la mère qui file se plaindre de la mort de son fils sur le chantier du barrage auprès d’un responsable qui feint de s’impliquer pour qu’un tel drame ne se reproduise plus (la mère semble sceptique, résignée, peut-être, et décide de partir) et la même mère qui avance à la fin au milieu des « camarades » dans une salle bondée, les toisant comment des poulets en travelling arrière.
Pour le reste, c’est nul. La propagande n’aime pas les films narratifs ; beaucoup de cette époque se ressemble, mais Dojvenko se montre particulièrement mauvais à livrer un semblant de continuité narrative (je pense que les autorités forçaient cette vision « totale », panoramique, non centrée sur des personnages : l’individu, c’est petit-bourgeois), à diriger des acteurs et à trouver un semblant de rythme.
Ce sont les effets du cinéma muet. Avec l’apparition du son (des dialogues, plus précisément), l’image alliée à de la musique ne produit plus cette sorte de berceuse sidérante propre au muet : le parlant exige d’instaurer des situations ou un récit-cadre dans lequel une « voix » présente des événements façon « histoire au coin du feu », et ça, beaucoup de réalisateurs ne le comprennent pas encore. Le muet pouvait prendre le rythme et la composition d’une pièce de musique, d’un ballet ; avec le parlant, la scène et la logique narrative imposent un nouveau cadre auquel plus personne ne peut échapper.
Variation steppique du film de voyageurs sur fond, forcément, de propagande (tout le monde il est heureux, tout le monde il est gentil dans le monde formidable de l’Union soviétique multi-ethnique – mais russophone). C’est un peu pénible ces histoires racontées sur le ton de la bonne humeur ; Barnet en aura bientôt fini et les réalisateurs (et réalisatrice, la petite a le patronyme d’une future cinéaste) pourront enfin proposer autre chose que ces machins acidulés sans grande consistance. On échappe à l’ennui grâce à l’histoire de la petite autour d’un problème mathématique et à son idylle naissante avec un gamin rencontré sur la route.
Le Poète (1957)
Vaguement meilleur que Le Lutteur et le Clown tourné la même année. Mêmes couleurs infectes, même propagande débile avec la mise à l’honneur des héros et la mise en accusation des bourgeois. Des décors en pâte à modeler, comme d’habitude chez Barnet, on a l’impression de voir un film des années 30. En dehors des acteurs, une fois de plus, il n’y a pas grand-chose à sauver.
La Petite Gare (1963)
Les mystères permanents de l’incommunicabilité des humours transnationaux. Tout est forcé, rien n’est drôle. C’en est même gênant, on pourrait presque voir cinquante censeurs derrière chaque comédien pour l’inciter à sourire et être de bonne humeur. On est trente-cinq ans après La Jeune Fille au carton à chapeau. Et vous savez quoi ? L’humour du film était intégralement dû à ses deux interprètes principaux. J’aurais été curieux de voir ce qu’aurait donné Vladimir Fogel dans un film parlant. Anna Sten a fini par rejoindre Hollywood (sans grand succès). Mais ces deux-là n’étaient pas des pitres, ne forçaient rien. Ils étaient attachants parce qu’ils étaient lunaires, parce qu’ils gardaient en eux un petit quelque chose qu’ils ne voulaient pas dévoiler. La tristesse des clowns. Les comiques soviétiques auraient fait de Pierrot et de Colombine des ouvriers heureux de se tuer à la tâche. Quelle misère.