Les Arnaqueurs, Stephen Frears (1990)

La fin justifie les moyens

The GriftersThe GriftersAnnée : 1990

IMDb iCM

MyMovies: A-C+

 

Réalisateur :

Stephen Frears

 

Note : 7

Avec  :

Anjelica Huston, John Cusack, Annette Bening

Vu le : 15 novembre 1995 (D)

Revu le 1 juin 2008 (C+)

Pas étonnant que je me rappelle que très peu de ce film. Il y a tout ce qui me laisse froid au cinéma. Les histoires de fric, la cupidité… des personnages seuls qui n’ont besoin d’aucune aide, des parasites qui pour survivre sont capables de tuer leur mère… Le fric doit représenter autre chose que ce qu’il représente, parce que le fric à lui seul, ce n’est rien.

En fait, je me rappelais du finale. Et c’est bien ce qui sauve le film pour moi. Tout d’un coup, on a affaire à une scène improbable, en dehors de toutes les règles, originale, on peut dire.

La mère vient piquer l’argent que cache son fils chez lui. Déjà, on oublie le fric et on s’imagine qu’elle peut tout aussi bien venir y chercher quelque chose d’autres… ça nous ramène à un vécu, à une crainte forte. La mère qui viole l’intimité de son fils. Et l’idée d’inceste apparaît.

Les Arnaqueurs, Stephen Frears 1990 | Cineplex Odeon Films

Puis, le fils la surprend dans sa sale besogne. Elle fouille, elle fouille… c’est les préliminaires… On en rajoute une couche. L’argent pour une fois n’est plus que prétexte, non plus moteur. Une relation forte s’installe entre les personnages, une relation incestueuse où l’argent devient le symbole de leur désir refoulé, et qui apparaît là parce que c’est le seul moyen de survie de la mère… qui en est réduit presque à de la prostitution incestueuse. On retourne les rôles, c’est le gamin qui à la fois surprend sa mère en plein vice. Dur de s’apercevoir que sa mère n’est pas parfaite. Elle n’est plus une arnaqueuse, elle devient voleuse-violeuse — c’est tomber bien bas pour un arnaqueur. Et à la fois… il surprend sa mère en plein acte de masturbation ! (elle est bien seule…) On retourne les rôles (si l’idée de la masturbation est trop audacieux, on pourra toujours dire qu’elle a fait une bêtise et qu’elle risque de se faire gronder par son « papa », ou pire que par son non dénie du vol, elle assume son désir d’inceste, ou son devoir d’inceste — pour survivre…) : si le fils devient celui qui surprend sa mère dans un acte interdit, alors il devient le père et s’il devient le père… Le vice continue, l’inceste est toujours là, suggéré. On se rapproche de quelque chose… (Oui, c’est de la psychologie à deux balles, mais si on ne me laisse pas ça, je ne sauve pas le film).

On joue alors un jeu dangereux entre la mère et le fils. Pour s’en tirer, pour survivre, la mère joue la carte de la filiation (elle a donné la vie à son fils qui donc lui doit bien ça) ; le fils, lui, joue déjà le rôle paternaliste de celui qui demande à sa mère de devenir raisonnable, d’arrêter les arnaques. Ici, le fric est toujours prétexte, mais il devient de plus en plus symbolique : elle le veut, lui ne veut pas lui donner. Elle le veut !!! — Qui ?! le fric ou le fils ? ou les deux ?… Autrement dit, si la mère veut son fric, c’est lui qu’elle veut, tandis que lui refuse de le donner et de se donner.

Le fils résiste (il n’est pas en position de faiblesse, donc peut encore maîtriser ses fantasmes de petit garçon). Alors, la mère n’a pour survivre qu’une seule alternative, devenir encore plus directe. Vient donc la « proposition indécente »… — « Tiens, mais la pilule passera mieux si je lui dis que je ne suis pas sa mère »…

On ne peut pas rêver une scène plus tordue, plus fascinante, plus complexe. Le fils et la mère n’ont pas le père pour se mettre entre eux, ils ne peuvent faire appel qu’à leur raison. Et dans ce cas, la raison vient du fils, puisqu’on a inversé les rôles et qu’il n’est pas dos au mur. C’est donc le fils tout naturellement qui se refuse à sa mère (alors que tout le contraire était suggéré dans les scènes précédentes — quoi que dès leur première scène, c’est bien la mère qui vient embrasser son petit sur la bouche…). Et comme une bonne histoire ne peut pas rester sur un finale raisonnable (et qu’on ne peut tout de même pas laisser un inceste se développer… merci la bienséance…) la seule porte de sortie, c’est l’infanticide. Et c’est la folie qui gagne.

Finale admirable donc, fascinant, troublant, qui sauve tout le film. Pour le reste… C’est profondément ennuyeux. Les histoires de fric ça n’a jamais fait avancer une histoire… alors que les histoires de cul, de pouvoir, oui. Reste que l’intention d’un film, elle n’apparaît qu’à la fin. Un très bon film qui a une fin à chier est un film, finalement, à chier ; tandis qu’un film moyen qui termine en apothéose… mérite un petit +