Boom, Joseph Losey (1968)

L’île blanche

Boom Année : 1968

Vu le : 4 mai 1997

6/10 iCM IMDb

Cent ans de cinéma Télérama

Réalisation :

Joseph Losey

D’après Tennessee Williams


Avec :

Elizabeth Taylor, Richard Burton, Noël Coward

 

4 mai 1997

L’intérêt du film, je dois l’avouer, c’est sa valeur esthétique : son décor, sa pellicule Technicolor, son Cinémascope, et l’ambiance du huis clos style « île perdue » ou « vaisseau à la dérive dans l’espace ». On peut s’amuser à y voir une sorte de 2001, Odyssée de l’espace, seulement dans Boom, seule la forme compte, le fond doit sans doute avoir son petit intérêt, mais il éprouve trop la bienséance et le spectateur que je suis s’est senti choqué de voir une pièce de Tennessee Williams ainsi projeté dans un tel cadre.

La comparaison avec le film de Kubrick peut sembler surprenante, mais cette clarté de l’image (dominance d’un blanc étincelant), la simplicité et la mise en évidence des décors et des accessoires (simples mais fascinants, comme « anthropomorphosés » ou « caractérisés », l’impression de claustrophobie dans un espace ouvert (Kubrick arrive à rendre cela pour chaque scène alors que le décor change – peut-être grâce à un choix de différents objectifs).

Boom, malheureusement, s’attarde trop, ça devient oppressant par manque de diversité, et force ainsi l’ennui. Tout est basé sur la relation des personnages, or cette relation…

La photo n’est pas sans rappeler Satyricon, ou même Pulp Fiction (voire Le 5e Élément, que Besson avait voulu volontairement à l’opposé d’un Blade Runner).


Monpti (1957), Helmut Käutner

Monpti

MonptiMonpti Année : 1957

6/10

Réalisation :

Helmut Käutner

Avec :

Romy Schneider

6 janvier 1997

L’ombre acidulée de Sissi

(Sans retouche. La critique est comme le film : fraîche, naïve… féroce, remontée, indignée.)

Je ne comprends pas la mauvaise réputation (critique) de ce film. On peut ne pas être séduit par son sujet mais la réalisation et le reste n’est pas sans qualité. Voilà deux fois que je vois ce film (revu par hasard), et chaque fois j’ai été séduit. C’est un film qui se laisse regarder, et plutôt agréablement. Est-ce parce qu’il n’y a pas de message ? Il n’y a que les critiques et les cinéastes intello (qui sont toujours les plus mauvais d’ailleurs si leur ennui se retrouve dans leurs films ; mieux, quand ils s’approprient le drame, le « message » d’un autre, un auteur ou un scénariste ; a-t-on idée lorsqu’on met en scène Shakespeare de reprendre le drame à son compte ?…). Qui ose penser au message avant l’histoire ? Il y a des manières plus simples et plus directes de faire de la morale ou de la philosophie, messieurs !

Est-ce parce que l’esthétisme du film surprend ? Un sujet réaliste, et de surcroît « nunuche » (voire sissïen), traité de manière mélotico-poétique avec des couleurs flamboyantes ? Cela aurait été un film de Carné, tous auraient crié à la poésie et à l’originalité. Puisqu’il s’agit d’un Allemand de l’ouest, il est plus à même de produire du réalisme âpre et intello ; les couleurs et le sourire de Romy paraissent troubler la béatitude exercée du critique, à qui l’originalité n’existe que si elle est acceptée par tous et produite par un cinéaste reluisant son étiquette quelle qu’elle soit.

Eh bien je dis que ce film, sans être un véritable chef-d’œuvre, est un grand spectacle ! Et c’est encore l’essentiel pour le public.

(Na !)


Le Signe de Zorro, Rouben Mamoulian (1940)

Relecture starwarsienne

The Mark of Zorro
Année : 1940

Vu le : 4 mai 1997

7/10 iCM IMDb

Réalisation :

Rouben Mamoulian


Avec :

Tyrone Power, Linda Darnell, Basil Rathbone, Gale Sondergaard, Eugene Pallette

 

4 juin 1997

En voyant ce film, on comprend mieux le succès et la qualité de Star Wars. On trouve dans Zorro les mêmes personnages caricaturaux (et donc précis) que dans la trilogie de Lucas. Le thème de la rébellion contre un pouvoir despotique. Dans les deux l’action prime, c’est la grande tradition du roman d’aventure, du conte, de l’épopée, des légendes, ce à quoi Star Wars se réfère toujours en reprenant les vieilles recettes et en y introduisant un nouvel élément propre au XXᵉ siècle : la science-fiction (ou le high-tech).

Contrairement à son image de la modernité, la trilogie utilise de vieilles méthodes dramatiques, classiques, et presque littéraire ancestrales, elle a bien un scénario à la manière d’un feuilleton ou d’une série avec des thèmes puérils comme aller se battre contre le ma, sauver la princesse puis Han Solo. On a aussi un thème (souvent unique dans le récit classique d’aventure), c’est l’initiation.

Zorro ressemble aussi au Pirate interprété par Gene Kelly dans le film de Minnelli ou encore à Batman, à Robin des bois… La même recette qui marche toujours.

Dans Star Wars, en plus de l’environnement spatial high-tech on bénéficie également d’une forte imprégnation des mythes merveilleux et s’éloigne ainsi de la science-fiction par son côté « anticipation » que Lucas désamorce dès les premières secondes du film en situant son film dans un espace si lointain et dans un temps si éloigné qu’on se rapproche effectivement du merveilleux.

Là où d’autres héros ont besoin d’un contexte historique, même mal défini, pour s’établir.

Star Wars rappelle la quête crypto-spirituelle du Graal avec celle de la Force.

Star Wars peut également être vu comme un film de cape et d’épée, de pirates (avec ses batailles navales), comme un western galactique (au bord des mondes inconnus).

Zorro c’était déjà en soi une forme d’avènement ou d’expression d’un certain « universalisme ». Ce film est un classique indémodable, bien mené permettant de comprendre l’évolution du cinéma, en particulier dans l’art du récit. Il n’y a pas cent et une manières de les raconter : l’originalité n’existe pas. L’identité, oui. Et Zorro et Star Wars ont bien une sorte de parenté.


Fargo, les frères Coen (1996)

Fargo

Fargo

Année : 1996

8/10 IMDb

Réalisation :

les frères Coen

Avec :

William H. Macy
Frances McDormand
Steve Buscemi

TOP FILMS

Listes sur IMDb :

Limguela top films

MyMovies: A-C+

1er mai 1997

Voilà deux films de la nouvelle génération américaine que je voie aujourd’hui (l’autre étant Pulp Fiction), et c’est comme une claque, moi qui ne vois pas beaucoup de films récents.

Deux points communs entre Fargo et Pulp Fiction : le polar dérision, décalé, avec deux styles différents.

Les Coen s’attachent à montrer des petites gens dans un bled pommé et qui jouent à un jeu de grands, et bien sûr on a de catastrophe en catastrophe. Je ne m’attendais pas à voir ce genre de films satiriques sachant rester sympathiques vis-à-vis des personnages. Les premières minutes sont déroutantes, comme un film noir contemporain et en couleur, et avec une forme de dérision absente dans ces vieux films noirs des années 40-50.

Surpris donc, mais aussi émerveillé par la maîtrise de la mise en scène des frères Coen. Le scénario est limpide avec une évolution parfaite, comme un engrenage qui ne peut plus être enraillé une fois lancé. Et enfin émerveillé par l’identité esthétique du film, de son style plein de fraîcheur. Très européen on pourrait presque dire (même si nous semblons adopter la dérision par défaut).



Pulp Fiction, Quentin Tarantino (1994)

Puzzle Fiction

Pulp Fiction
Année : 1994

Réalisation :

Quentin Tarantino

Avec :

John Travolta, Uma Thurman, Samuel L. Jackson, Tim Roth, Amanda Plummer, Bruce Willis

10/10 IMDb

— TOP FILMS

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Lim’s favorite comedies

 

Journal d’un cinéphile prépubère (1er mai 1997)

Un film admirable. La construction et la mise en scène sont parfaites. Tarantino se révèle être un grand raconteur d’histoires. Même si sa construction atypique, et non chronologique, est maniérée, le film reste jouissif de bout en bout pour le spectateur, attentif à reconstituer la linéarité des événements, en y décelant ici ou là des éléments dramatiques qu’il lui faut replacer dans le contexte chronologique.

Le récit est déstructuré, on revient sur les choses, on approfondit, on use de mise en abîme comme dans un film à sketchs où on s’attarderait tout à tour sur des personnages différents.

Il y a donc trois parties : la première avec les tueurs et la femme du boss, une seconde avec le boxeur, et la troisième qui fait comme une synthèse des deux premières. Tout cela s’imbrique en composant un canevas complexe où tout se mélange et prend peu à peu une logique d’ensemble. Un peu comme s’il y avait trois unités d’action, trois lignes dramatiques, qui se rencontraient au gré des hasards dans le récit. Et quand Tarantino a besoin de faire rencontrer deux de ces lignes, il les unit à travers une autre unité, l’espace (c’est par hasard que le boxeur tombe sur son boss, dans la rue).

Pulp Fiction, Quentin Tarantino (1994) | Miramax, A Band Apart, Jersey Films

Je suis fasciné par cette manière de raconter des histoires, de les déconstruire pour mieux les construire. Un travail basé sur de fausses coïncidences, avec un agencement de procédé dramatique à la chaîne, privilégiant la forme du récit au fond. On met un peu Tarantino à l’épreuve, et on attend de voir s’il parviendra à construire une cohérence de ce tout ça. Le miracle, c’est bien d’arriver à rester clair et simple dans ces circonstances. Et c’est sa mise en scène, très propre, qui lui permet peut-être de nous donner cette impression de grande maîtrise.

Tarantino trouve le rapport échelle-densité parfait entre les différentes séquences et l’action qui les compose pour qu’il puisse proposer un rythme dramatique idéal. Il ne faudrait pas s’y tromper : Pulp Fiction est un film lent, qui prend son temps pour que le spectateur puisse intégrer les éléments dramatiques et les reconstituer dans sa tête. Rien ne parasite dans cette nécessité de mise en scène l’esprit de celui livré presque exclusivement à cette tâche.

Le juste milieu parfait entre la forme et le fond, le rythme évocateur et l’action entraînante, la nécessité d’identification, de plaisir, face à l’objectif d’éveiller l’imagination à travers des effets de distanciation.

C’est bien pourquoi l’introduction donne si parfaitement le ton. Les dialogues des criminels passent avant l’action. On mettra à exécution plus tard ce qu’on prévoit avant. Ce qui importe, c’est le cheminement vers quoi l’action (brute, une fois qu’elle s’accomplit) se dirige et se compose à travers un jeu de répliques parfois absurdes entre les protagonistes appartenant à un même groupe (c’est une confrontation basée d’abord sur une forme de connivence et que les dialogues doivent, peu à peu, mettre à mal).

L’absurde, l’humour noir, chez Tarantino, c’est ce qui rend le style si « cool » dans ce cinéma. Ce n’est pas seulement l’attitude des personnages qui en font des modèles malgré leurs agissements et leur sens moral plus que suspect, c’est leur intelligence, leur repartie, dignes des comédies américaines des années 30. On se prend à aimer ces crapules parce qu’ils ont toujours les bons mots qui les rendent sympathiques. Et quand l’action les prend par surprise, ils réagissent le plus souvent sans en être surpris. La repartie à la fois dans le verbe, mais aussi dans l’action. Le mot et le geste justes. La lenteur, la maîtrise du rythme, presque unique, aide à offrir à une scène une identité, mais l’espace joue aussi beaucoup, car toutes ces séquences lentes, bavardes, s’appuient sur un espace bien défini, parfois intermédiaire, improbable, entre deux scènes. Toujours cette volonté de prendre une séquence attendue de côté pour en proposer un biais humoristique ou original. (Note 2018 : on peut y voir un curieux précédent avec Johnny Guitar.)

Quant à la précision de la mise en scène, elle est utile donc à clarifier, à travers le style, la complexité de l’histoire. On la remarque, par exemple, dans la première scène du boxeur qu’on ne fait qu’entendre alors qu’on voit l’arrière de la tête de son boss. Une version presque décalée d’une scène similaire mais frontale du Parrain. Les deux scènes servent à illustrer le pouvoir de celui qui le possède face aux personnages soumis.

Jolies références à Welles aussi, avec une séquence tournée en contre-plongée.

Un style nouveau est né. Cool, décalé.

(Le film comporte de curieuses similitudes avec Cible émouvante.)



Le Diable probablement, Robert Bresson (1977)

Le Diable probablement
Année : 1977

 

Réalisation :
Robert Bresson
5/10  lien imdb
Avec :
Antoine Monnier, Tina Irissari, Henri de Maublanc

 

21 avril 1997 (commentaire brut et non retravaillé, attention les yeux)

Le pseudo-intellectualisme (ou didactisme) explicite, et qui semble être revendiqué par l’auteur, mine totalement l’identité, le style du film. Dès que le message écologique réapparaît dans ce contexte « m’as-tu vu ce naturalisme sociologique » à la Godard mauvais cru, on s’emmerde profondément, ce qui pourrait nous intéresser est bâclé : cette histoire d’amour, le développement psychologique du personnage solitaire et rebelle. Là où Bresson pourrait mettre en scène des corps, des situations (dans les lits, sur les quais…, tout ce qui est autre chose qu’un bureau ou un appartement), mais surtout, on s’ennuie à cause (certains diraient grâce) aux voies déshumanisées propres au style bressonnien, mais qui là en fait trop, parce que ces personnages n’en sont pas pour autant rendus plus attrayant ou mystérieux. L’ambiance est donc antipathique, chloroformée. Où quand l’absence de talent d’un acteur à la Léaud se fait passer pour un art en se créant toute une technique du faux.

N’est-ce pas Bresson qui disait mettre en scène des effets pour suggérer des causes, créant ainsi le mystère ? Là, rien. Ce Bresson est une petite poubelle renversée sur un trottoir urbain.

Par contre, la scène avec le psy est intéressante (très inspirante…). Car si elle n’est pas extraordinaire, elle suggère, elle, beaucoup de nouvelles situations et dialogues possibles : Bresson aurait pu faire des répliques courtes dominées par un ado cruel en dirigeant tel un diable la conscience du psy. Avec des répliques intelligentes et audacieuses : un drame peut-être basé là-dessus et faisant aller la situation jusqu’au bout en la faisant évoluer satiriquement dans les règles de situations rares et surprenantes (cf. Fellini par exemple) avec des thèmes comme la cruauté et la cupidité (à la fin l’ado se fait bien tuer pour son fric). Un truc presque absurde dans le sens incohérent dans l’évolution des actions, pas de séquence, juste une continuité.

 


Pickpocket, Robert Bresson (1959)

Pickpocket

Pickpocket
Année : 1959

Réalisation :
Robert Bresson
10/10  

Un petit chef-d’œuvre. Excellent dans l’agencement des péripéties. Le premier vol dure une éternité, où tout est suggéré. Densité parfaite par la suite dès qu’il se fait arrêter, et encore relâcher. Le récit avance en ligne droite grâce à un thème précis et une voix off qui tient le tout que semble affectionner Bresson.

Là encore la réalisation est d’une précision sans reproches. Jamais elle ne s’égare : tout en gros plans, pas de transition en conclusion ou à la fin de chaque séquence, on va direct à l’essentiel.

L’évolution dramatique progresse selon une ligne logique : comment devient-on pickpocket ? Bresson nous montre les différentes phases de la vie d’un de ces voleurs. Le personnage est fascinant : contrairement au Diable probablement[1], le jeu donne des éléments de compréhension de la situation, peut-être parce que chacun peut se retrouver dans le trouble profond chez ces personnages ; on devine un passé lourd auquel, par identification, on peut se rattacher (le procédé de la voix off et l’utilisation des gros plans facilitent ce travail pour le spectateur).

Pickpocket, Robert Bresson (1959) | Compagnie Cinématographique de France

Ce film démontre parfaitement la théorie de Bresson sur le mystère : l’effet sans la cause. Par exemple, on ne connaît pas les raisons pour lesquelles il vole, pas plus que les origines de son étrange apathie. On se doute que c’est lié à son passé, mais rien n’est jamais expliqué, on devine. Aucun lien entre les causes possibles (intro pour suggérer, fasciner) et les effets qui se voient directement à l’écran.

On a en même temps la petite histoire d’amour qui pourrait tout chambouler, interrompre le processus d’apprentissage du pickpocket, mettant ainsi le drame dans une insécurité, un suspense, pour humaniser le thème et le rendre moins démonstratif et sans surprises. Le mystère naît ainsi de la nature des relations entre le pickpocket et ses amis (avec une nouvelle situation rare : son ami sait qu’il vole et même le vole, mais ne dit rien).

Un tel recours au procédé de la voix off peut être très intéressant dans la mesure où elle suggère rapidement les égarements psychologiques du pickpocket : sa folie s’exprime à travers l’évocation d’anecdotes anodines.

Quand on passe d’une séquence démonstrative, presque documentaire, traitant du pickpocket à une séquence où il est avec ses amis, ça devient fascinant, l’écart est troublant, comme quand tout à coup la voix off toujours s’immisce et rappelle qu’il avait rendez-vous avec eux. Cette voix off explique toujours le résultat (l’effet) d’une action comme dans un récit classique pour éviter de montrer l’action (ou pour l’introduire) et, par conséquent, les causes.

Le récit évolue donc de manière précise et tout est en rapport avec l’évolution presque naturelle, clinique, du thème et la déchéance du personnage pickpocket.

La fin s’attarde un peu plus. Le thème du pickpocket étant épuisé, il laisse place à une histoire plus banale, plus sentimentale, comme pour signifier au personnage et au spectateur qui le suit, ce qui est encore essentiel. Et que nulle part ailleurs, il ne trouvera de salut.


[1] Le Diable probablement


Sur La Saveur des goûts amers :

Top Films

Les indispensables du cinéma 1959

Lien externe :

IMDb


I vitelloni, Federico Fellini (1953)

I vitelloni

Les Inutiles
Année : 1953

Réalisation :
Federico Fellini
7/10  IMDb

Voilà le genre de films qu’on ne fait plus aujourd’hui.

La densité dramatique est excellente. Cela manque d’unité pour devenir parfait : on ne sait pas tout à fait, durant le développement, de quoi il s’agit précisément (le récit ne se recentre jamais autour de personnages principaux, deux, ou un, comme on pourrait s’y attendre dans un récit plus classique, et on s’y perd un peu). Au lieu de suivre chaque séquence en espérant quelque chose d’autre, c’est comme si chaque séquence avait sa propre histoire, sa propre unité, comme si se créait un intérêt à l’échelle de la séquence et non du drame.

Fellini semble avoir écrit ses séquences étape par étape, sans avoir une ligne directrice, un but : au lieu de monter ou de chuter, ça reste à l’horizontale.

Jeu et mise en scène ludiques, parfois émouvants.

La musique est agréable, parfois merveilleuse, mystérieuse comme au début sur la plage.

On comprend avec ce film ce qui fait parfois la puissance d’une œuvre : sa diversité, sa largeur, la possibilité de passer d’un registre à l’autre (principe d’alternance allant vers l’universalisme), comme chez les grands acteurs tout en gardant une certaine unité, une ligne logique et de bienséance pour le respect du public : on peut passer de la tristesse à la comédie mélancolique (l’unité, c’est avoir un même but général, un thème, même comme ici sans proposer une même ligne dramatique). Un thème surpasse tous les autres, éternel et essentiel : l’amour.

Intéressante et émouvante utilisation de la voix off présentant le drame qui se joue comme un conte moderne.

C’est quand l’homme rencontre une nouvelle maîtresse (sujet attendu de l’amour donc) que notre attention se réveille. La magie s’opère, lorsqu’il n’y a plus d’avenir. Les digressions, sortes d’études de mœurs, sont alors de vastes intermèdes d’une grande qualité.

Il émane de cette œuvre une magie, un intérêt mystérieux dû en grande partie à la qualité de la mise en scène. Elle manque aussi cela dit d’un brin d’identité, ce qui est dû au réalisme sans doute, et rare par la suite chez Fellini qui ne manquera pas par la suite d’ancrer ses histoires dans des univers visuels marqués (art de la démesure, du baroque).


Loulou, Georg Wilhelm Pabst (1929)

Loulou

Pandora’s Box / Die Büchse der Pandora

Die Büchse der Pandora

Année : 1929

Réalisation :

Georg Wilhelm Pabst

6/10 IMDb iCM
Avec :

Louise Brooks
Fritz Kortner
Francis Lederer

10 avril 1997

Il faut attendre la fin quand le drame s’intensifie, dès la mort du mec mais surtout avec le meurtre de Loulou, pour que la réalisation devienne intéressante. Les dialogues sont inexistants, l’image prévaut, tout est visuel. Les séquences semblent d’abord être pensées avec une mise en place physique comme au théâtre, créant ainsi des images fortes : des corps enlacés, des attitudes dans l’espace ; puis la réalisation, la mise en place de la caméra vient se superposer à cette mise en place des corps : le montage, le choix des cadres. On imagine tout le travail de préparation : toutes les possibilités, les inconvénients offerts par le travail bien en amont.

La question du raccord dans ce cadre se pose car une séquence est préalablement pensée en fonction d’un rythme et d’un style. Un plan commence-t-il par un mouvement ou par une sorte de point neutre, comme au théâtre où l’acteur ménage ses effets pour laisser le spectateur recevoir ce qui précède. Car si tous les raccords se font sur le mouvement, cela donne une impression de tunnel qui ne s’arrête jamais.


Flash Gordon, Mike Hodges (1980)

Strass War et saut ventral

Flash GordonFlash Gordon, Mike Hodges (1981)Année : 1980

Liens :
IMDb   ICM

Réalisateur : Mike Hodges

Avec  : Sam J. Jones, Melody Anderson, Max von Sydow

5/10

Vu le : 25 mars 1997

Il faut le voir pour le comprendre. S’il y a des films qui influencent toute l’histoire du cinéma, vingt ou trente ans après flotte sur eux comme un nuage d’évidence, mais quand on a le nez dessus, il peut arriver qu’on ne comprenne pas tout de suite ce qui vient de se jouer sous nos yeux. Certains événements rendent tout ce qui précède illusoire et daté, mais c’est aussi ce qui se joue après qui permet de mesurer l’importance de ces événements dans l’histoire. Quand Fosbury concourt avec son saut atypique dans les années 60, tout le monde en rit, avant de le voir gagner le titre olympique à Mexico. Si aucun sauteur aujourd’hui n’oserait utiliser le saut ventral, un bon sauteur arrivera toujours à battre un mauvais sauteur en utilisant la vieille technique de papa. Le procédé, l’idée, est révolutionnaire, mais si derrière il n’y a qu’un athlète médiocre, il n’arrivera à rien. Il ne suffit pas d’être original pour prétendre révolutionner le monde. Fosbury a permis de faire progresser sa discipline de quelques centimètres qui lui ont permis avec du travail de changer complètement la technique de son sport, mais ce n’est pas la technique, seule et par son originalité, qui lui a permis de renverser les usages de sa discipline.

Flash Gordon, Mike Hodges (1980) | Starling Films, Dino De Laurentiis Company, Famous Films

George Lucas a fait la même chose avec Star Wars. Il avait compris que le public en avait assez des films sans fantaisie et qu’il serait prêt à venir en nombre pour voir de la science-fiction qui ne les prenait pas pour des imbéciles. Bien sûr, personne ne l’a pris au sérieux au début avec sa technique qui prenait tout le monde à contre-pied, et même après l’immense succès du film (encore aujourd’hui où il ne passe parfois que pour un amuseur), ceux qui riaient de lui ont tenté leur chance pensant pouvoir faire recette avec la même idée, quelques prétentions d’originalités… et rien d’autre. De la fantaisie, comme on en faisant dans les années 30 ou 40, pour un public jeune et stupide. Ceux-là n’ont pas compris la réussite (plus que le succès) de Star Wars, car comme le Fosbury, Star Wars s’était imposé certes grâce à une idée, un concept, mais le tout reposait sur une cohérence propre et solide, tout ce qu’il y avait de plus traditionnel et de conventionnel.

Si un film peut être vu comme l’alliance de plusieurs talents (devant se battre contre l’empire des studios, la facilité, le doute, la tentation du plus offrant…), la cohérence du tout, c’est la vision d’un seul homme. Il faut certes des conditions favorables, une sorte de vision personnelle, couillue et un peu chanceuse, mais ce travail-là, George Lucas était aussi capable de le fournir (et de la forcer, pour ce qui est de la chance). Son premier talent était donc de concevoir un de ces « sauts » (dans l’hyperespace), possédant assez d’innovation, d’originalité, d’audace, de folie, pour supplanter et ringardiser ceux qui l’avaient précédé, mais avec aussi assez de lucidité, de fluidité, pour « maintenir [son projet] dans un tout unique et cohérent ». Sa Force. Ce qu’on peut aujourd’hui appeler génie, c’est l’idée de s’affranchir totalement du monde dans lequel on vit. La science-fiction a rarement su aller dans ce sens, c’était plus souvent un principe laissé au merveilleux ou à la fantasy. Ce qui est une évidence pour ceux qui apprécient la saga ne l’est pas forcément pour ceux qui veulent s’en inspirer pour en récolter les fruits faciles et en reproduire le succès : pour eux Star Wars n’est qu’un vulgaire film de science-fiction, pour les autres, c’est autre chose. En 1968, le saut arrière était ridicule, laid. Et puis au fil des perfectionnements, il est devenu plus gracieux en même temps qu’il restait efficace. Ceux qui l’imitaient dans leur jardin s’y cassaient sans doute plus le cou que ceux qui reproduisaient sans génie mais sans risque le saut ventral…

L’un des choix les plus payants, et « non-originaux » pour Lucas, a été celui de faire appel à John Williams. Peut-être le plus important. Parce que c’était ce qui donnait le plus la couleur à son histoire, lui donnait une stature épique, monumentale, et non quelque chose de bricolée, de faussement moderne. Le film classique capable d’employer une musique rock, avec une partition chantée, n’a pas encore été fait. Il y a des domaines où il vaut mieux se fondre dans la tradition, plutôt que chercher par tous les moyens à paraître innovant et moderne. Il ne serait pas venu à l’idée de Fosbury d’entamer sa course d’élan sur les mains sous prétexte que ça ne s’était jamais fait (la comparaison commence à rancir, mais j’en garde sous l’aisselle). Ceux qui ne le croyaient pas capables de gagner une médaille auraient sans doute apprécié le spectacle.

Oups. La Guerre des étoiles, George Lucas (1977) | Lucasfilm, Twentieth Century Fox

Voilà donc ce qui ferait entrer Flash Gordon plutôt dans le panthéon du cirque cinématographique que dans celui de l’histoire du cinéma. Le film, s’il restera en mémoire, le sera surtout pour être un bedonnant et bidonnant ratage. Flash Gordon demeure le même héros insipide qu’il soit des années 80 ou des années 40. On ne change pas de la merde en or. Et on n’emploie pas un groupe de musique, tout génial soit-il par ailleurs, pour composer la musique d’un film. Il n’y a que les cons qui osent, audiardit-on ; et les futés font semblant d’avoir de l’audace. Quand ils en ont, il n’est question que deux ou trois idées sur lesquelles repose le « saut » tout entier.

Flash Gordon est un éclair dans le ciel qui jaillit comme un pet ridicule. Star Wars est au firmament des étoiles, au-delà des lumières de la voie lactée, dans un espace qui n’est plus qu’évidence et magie. Comme tout le monde dans les années 80, Flash Gordon ne faisait que jouer avec les figurines créées par Lucas. Mais Lucas, lui, avait comme inventé une matière impalpable, invisible de tous, incompréhensible, et pourtant, aujourd’hui, chacun peut encore en sentir et en voir les effets. Une religion presque, comme le souligne Coppola, sincèrement dépité de voir le public se tourner vers une histoire qu’il juge un peu niaise ; il n’avait pas compris ce que Star Wars allait changer.

N’évoquez donc plus le mystère de la matière noire, car pour le prophète elle a un autre nom : le côté obscur. Une force qu’aucune lumière, aucun éclair, ne saurait apprivoiser. Surtout pas celle de Flash. Star Wars reste Star Wars, Flash, un nobody ventripotent exhibé dans les cirques. L’un était né déjà tout rabougri ; l’autre avait été conçu comme un miracle, un événement qui ne cesserait alors de se réinventer à travers les yeux et l’imagination des générations amenées à le prendre comme référence.

C’est souvent après que l’on comprend. Lucas nous a retournés comme des crêpes, et depuis, notre suspension n’a jamais cessé.


Flash, je suis… ton…


Sur La Saveur des goûts amers :

Top des films de science-fiction (non inclus)