Colpire al cuore, Gianni Amelio (1982)

Note : 3 sur 5.

Colpire al cuore

Année : 1982

Réalisation : Gianni Amelio

Avec : Jean-Louis Trintignant, Fausto Rossi, Laura Morante, Sonia Gessner

Film inconnu en France (jamais sorti), mais référencé en Italie (il apparaît dans l’ouvrage de référence de Roy Menarini). Une curiosité qui fait le plein à la Cinémathèque. Pourtant, le film est assez inconséquent.

On voit où Amelio nous mène. Vers une sorte de chronique crépusculaire, voire funèbre, sur la fin des années de plomb en Italie à travers un angle qui se veut tout sauf frontal. Le récit s’attache surtout à décrire la découverte, par son fils, de l’implication d’un professeur d’université bien tranquille dans cette mouvance meurtrière d’extrême gauche.

Cette approche louable échoue à assumer les propositions esthétiques et narratives de l’angle choisi. Quand vous restez dans les coulisses pour mieux regarder de côtés votre sujet tout en jouant sur le premier et le second plan (le premier étant la relation père-fils), vous risquez de ne pas savoir donner corps, à travers la mise en scène, à tout un univers esthétique, symbolique capable d’accompagner cette mise à distance. Tout peut vite devenir complètement flou et inconsistant.

Ralenti par des pesanteurs incompréhensibles, le début échoue à justifier cette ambiance crépusculaire avant l’acte tragique qui mènera le fils à prendre conscience des activités de son père. Un tel tournant dramatique devrait obliger le récit à opérer un basculement d’atmosphère. Or, quand le fils reconnaît un ami de son père abattu par la police sur les lieux d’un attentat, rien ne change réellement dans sa physionomie. C’est très mal amené. L’intro est censée dévoiler la nature des relations père/fils avant que celles-ci soient compromises par la révélation de l’implication du paternel dans ces activités clandestines. Leur relation au contraire semble à ce moment parfaitement hors sujet. Et cela, non pas à cause de son écriture, mais de l’interprétation de l’adolescent comme figé et indifférent aux événements auxquels assiste son personnage. Voilà la maladresse initiale : placer l’ambiance au corps de son film tout en la conditionnant au jeu d’un jeune premier sans relief ni charisme.

Le film paraît ainsi ne jamais commencer ou avoir commencé sans nous. « Pourquoi as-tu triste, jeune homme ? » « En prévision de la séquence de l’attentat. » Tu as peur des erreurs de continuité quand un acteur sans expérience doit en assumer la responsabilité tout au long du film ? Facile : tu lui demandes de ne rien exprimer. Rien plus rien, égal rien.

Le mutisme de l’adolescent pourrait certes présenter l’avantage de ne pas subir les élans gnangnans de n’importe quel ado face à une caméra, mais puisque le tournant narratif après l’élément clé de sa découverte fait pschitt, ce mutisme devient une apathie coupable (il y a des situations dans lesquelles le jeu à la Bresson n’a aucune chance d’être efficace).

Dommage, l’angle proposé, potentiellement passionnant, est mal servi par la mise en scène d’Amelio et par la fragilité du récit.

Les décors, tant intérieurs qu’extérieurs, en revanche, rendent le film légèrement plus supportable qu’il ne l’aurait été sans. Mais le choix des décors ne fait pas une mise en scène. (La beauté de Laura Morante, sorte de princesse étrusque, vaut bien celle de la ville de Bergame.)


Colpire al cuore, Gianni Amelio (1982) | Antea Cinematografica, Rai 1, Swan productions


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