La démajorité civile

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Proposition : instaurer une « démajorité civile »

Les jeunes sont plus progressistes que leurs aînés ; or, les lois sont faites pour ces derniers. Ce sont les vieux qui décident pour les plus jeunes. Conséquence de ce hiatus générationnel (accentué en plus par les taux de participation aux élections) : la représentation politique des citoyens est toujours en retard par rapport à la réalité ou à la perception des valeurs d’un pays.

Pour remédier à ce problème, à partir de 65 ans, on perd son droit de voter et de se présenter à des postes à responsabilité et aux élections. Démajorité !

Une société doit-elle se satisfaire de voir que les valeurs exprimées ou représentées au sein des institutions soient toujours en retard, conformes à ce que pensent les anciennes générations ? Ou faut-il penser à un autre modèle réorganisant le pouvoir des uns et des autres ?

Loin de moi l’idée de proposer une déchéance de citoyenneté (antivieux) ou une version policée d’un géronticide tel qu’illustré, par exemple, dans Midsommar (pratique du Ättestupa) ou dans La Ballade de Narayama (pratique du Ubasute). On se contente bien de « démajorité civile ». Cette majorité civile est un concept qui répond à une norme. Elle peut être à 21 ans, comme elle peut être à 18. Elle peut différer de la majorité sexuelle. Il existe même un concept d’âge de candidature qui détermine l’âge auquel on peut se présenter à des élections. Et cet âge change si l’on décide que ces normes peuvent changer. Ainsi, en 2011, l’âge pour se présenter à la présidence de la République et pour le Sénat a baissé.

Si l’on peut baisser ces âges, pourquoi ne pourrait-on pas au contraire instaurer un âge où l’on n’aurait plus le droit de vote ?

Si on l’accepte et modifie cette « norme », cela ne voudrait pas dire qu’on mette au rebut les vieux, mais qu’on accepte qu’ils aient un rôle différent. De fait, ils cumulent souvent ces rôles dans la société : ils votent, ils candidatent, mais ils ont aussi des fonctions et une visibilité au sein de la société qui les avantage par rapport aux plus jeunes générations. Si l’on considère qu’ils pourront toujours profiter d’une forme de privilège à être davantage écoutés que les plus jeunes dans la société du fait de cette position, il faut peut-être réfléchir à ce que ce privilège se double d’un revers de la médaille : la démajorité civile.

Un vote pèsera toujours moins que le poids qu’un individu pourrait avoir en ayant accès à des médias ou en étant écouté pour la sagesse supposée de sa parole.

Inégalitaire ? Antidémocratique ? Une histoire de norme, toujours. On estime que les adolescents ne sont pas des électeurs à part entière ; les étrangers non plus : les femmes ou les pauvres, à d’autres époques, n’avaient pas droit au chapitre dans cette « affaire sérieuse » qu’est la politique.

Ce qui serait démocratique, ce serait de demander en fait aux vieux ce qu’ils en pensent. Aux anciens, si prompts et si désireux de foutre un « jeune » à l’Élysée avec le présupposé qu’il fera une politique dynamique tournée vers les actifs, eh bien, demandons-leur leur avis. Si les vieux votent le plus, ils accepteraient alors sans mal de répondre à la question suivante lors d’un référendum : « Souhaitez-vous l’instauration d’un âge de démajorité civile dans le pays ? ».

Au lieu de tirer la couverture à eux, les vieux seraient alors plus perçus comme les sages qu’ils devraient être (au lieu des réacs qu’ils sont bien plus souvent). Prendre du recul ne peut pas faire de mal. On est toujours curieux d’avoir un avis extérieur, étranger par exemple, sur tout ce qui concerne nos débats de société, par ce que cette distance apporte comme regard différent sur nous. Pourquoi ne pas laisser aux vieux ce rôle de sages ? La société leur a déjà tout donné ; et ils ont participé activement à faire de la société présente ce qu’elle est. Pourquoi ne pas accepter qu’ils puissent apporter un regard différent sur elle quand les nouvelles générations s’apprêtent à prendre leur place ? Au lieu d’avoir une société où les générations lutteraient les unes contre les autres, on aurait au contraire une génération qui accepterait de se mettre en retrait relatif tout en ayant un rôle d’aiguilleur et de sage. Un peu comme un conseiller matrimonial, financier ou un avocat.

Dans une histoire, il y a toujours le héros, l’opposant et l’aidant. Au risque de devenir trop souvent « l’opposant », les anciens pourraient renoncer à une parcelle de leurs privilèges pour se transformer en « aidant » afin de faire des plus jeunes les véritables héros de notre histoire commune.



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