
Dernier Train pour Busan
Titre original : Busanhaeng
Année : 2016
Réalisation : Sang-ho Yeon
Avec : Gong Yoo, Jung Yu-mi, Ma Dong-seok
Peut-être plus qu’un film de zombie. Alors que le prequel est complètement raté (Seoul Station) en faisant surtout d’une vraie zombie (au sens figuré) une fille perdue qui attend que son petit copain qui la prostitue vienne la sauver (difficile de faire plus terrorisant au rayon du sexisme : une victime demandant l’aide à un homme qui la maltraite, et cela au premier degré, c’est littéralement le canevas du film avec une chute qui arrive même à enfoncer le clou), eh bien, tout l’aspect émotionnel ici est parfaitement conçu. C’est convenu, mais vu l’écart lamentable et la faute de goût de Seoul Station, il faut savoir s’en satisfaire. La relation entre la fille et son père, suivie de celle entre le malabar et sa femme enceinte, donne au film sa saveur. Et me voilà fan de Ma Dong-seok, déjà responsable en bonne partie du succès du Gangster, le Flic et l’Assassin.
Plus qu’un film de zombie aussi parce que dans la tradition des meilleurs films du genre (et c’est peut-être celui que j’aime le moins au monde), on y retrouve une satire assez féroce de nos sociétés contemporaines. La critique ici concerne peut-être moins le consumérisme que l’égocentrisme de nos sociétés. La gamine rappelle à son père la raison qui a poussé sa mère à les quitter (la vérité sort de la bouche des enfants). Et le vagabond (visage de l’échec parfait dans ce monde tourné sur les réussites individuelles et le type dont notoirement personne ne se soucie) leur sauve la mise plusieurs fois. Dans une voiture remplie a priori de personnes saines à un moment, l’un d’eux explicite bien la valeur supérieure de ceux qui ont des proches à l’extérieur qui les attendent ou pourraient avoir besoin d’eux (les autres ne valent rien). Et bien sûr, on n’échappe pas à la caricature de l’homme influent cherchant à s’en servir pour échapper coûte que coûte aux « fous » au détriment de tous. À l’opposé, le personnage principal suit une forme de parcours initiatique : l’influence s’inverse, il passe du trader égocentrique à l’homme qui se sacrifie pour ceux, et celles, qui lui ont justement fait la leçon. La morale est belle. Dans ces situations et dans la réalité, les puissants s’en sortent le mieux au détriment des moins « méritants » ou de ceux concernés par cette maxime à une époque avec plus d’honneur et moins de fibre sociale : « les femmes et les enfants d’abord ».
Les blockbusters coréens font souvent dans la morale suspecte en tirant facilement sur les « méchants », caricatures sans ambiguïté du mal. Pour une fois que la satire (ou la critique sociale) est réussie, il ne faut pas bouder son plaisir. Ce n’est d’ailleurs pas si loin de la morale qui fera le succès de Parasite. Ironiquement, il me semble que ces deux films ont été tournés dans une rare période dirigée par une politique de centre gauche. Déjà depuis, le pays est retombé aux mains de la droite. Le film peut aussi se regarder comme une sorte de mauvais présage des comportements qui verraient le jour avec la pandémie. L’excellente gestion sanitaire du pays était au crédit d’un pouvoir qui pour la première fois mettait au cœur de sa politique la préservation de la santé de tous au détriment de l’économie ou des libertés individuelles (ça se joue à rien : si autant de précautions ont été prises pour éviter une épidémie domestique, c’est qu’un confinement y aurait été illégal). La bonne santé des œuvres, quand elles proposent une satire fine du monde dans lequel elles évoluent, permet aux forces démocratiques d’un pays de rester plus efficacement en alerte et ainsi à la société de mieux réagir face aux nouvelles menaces… (Oui, je suis en train — parti pour Busan — de faire un raccourci entre film de zombies, pandémie et gestion sanitaire d’un pays.)
Dernier Train pour Busan, Sang-ho Yeon 2016 Busanhaeng | Next Entertainment World, RedPeter Film, Movic Comics
Sur La Saveur des goûts amers :
Y a-t-il quelque chose de pourri dans le thriller coréen ?, dans The Man from Nowhere
Listes sur IMDb :
Liens externes :
Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !
Réaliser un don ponctuel
Réaliser un don mensuel
Réaliser un don annuel
Choisir un montant :
Ou saisir un montant personnalisé :
Merci.
(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)
Votre contribution est appréciée.
Votre contribution est appréciée.
Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel






























Année : 2013-2016