Avalanche, Mikio Naruse (1937)

Avalanche

Nadare Année : 1937

Réalisation :

Mikio Naruse

7/10  IMDb

 Avec :

Hideo Saeki ⋅ Ranko Edogawa ⋅ Noboru Kiritachi

Que du beau monde à la mise en scène : Mikio Naruse donc, Honda premier assistant, Kurosawa en second (celui-ci louant d’ailleurs ce qu’il avait appris lors de ce tournage).

Histoire très simple, courte. Mais sans grand intérêt. L’introduction pourrait être celle de tous les meilleurs films de Naruse : des personnages pris tout à coup dans une avalanche de sentiments qu’ils ne maîtrisent pas. Le reste est assez inintéressant.

Tout le charme réside dans le montage. Les fondus pour passer d’une séquence à une autre, parfois des fondues « à la vague » (comme on dit « au noir »), et une proposition audacieuse en ses premiers temps du parlant : la possibilité d’entendre les pensées des personnages. Un panneau descend en fondu, et la pensée « défile » en off. Deux ou trois séquences bien montées également en flash-back et surimpression. Pas bien brillant.

Nadare (Avalanche) 1937, Mikio Naruse | P.C.L. Eiga Seisaku-jo

Pension d’artistes, Gregory La Cava (1937)

Les truies latines

StageDoorAnnée : 1937

Réalisation :

Gregory La Cava

Avec :

Katharine Hepburn, Ginger Rogers, Adolphe Menjou

 

10/10   IMDb  iCM

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MyMovies: A-C+

La fin est négligée, larmoyante et conventionnelle. Mais peu importe. Durant une heure, c’est un pur plaisir. Il arrive parfois que l’histoire ait finalement assez peu d’intérêt. Dans les comédies musicales, on ne s’attend pas à trouver une histoire aussi fine qu’Hamlet, on juge les numéros. Le numéro ici est assuré par le couple comique que forme Ginger Rogers et Katharine Hepburn. Deux sacrés numéros en effet.

L’humour n’est pas loin de Vous ne l’emporterez pas avec vous de Capra qui sera tourné l’année suivante. Les deux films sont tirés de deux pièces de George S. Kaufman. Impossible de savoir ce qu’il reste de la pièce. Sans doute peu de choses vu le nombre de scénaristes crédités. Mais la parenté de ton est évidente. Pour les dialogues (qui constituent donc la part la plus importante des “numéros” du film, plus que l’intrigue), on peut imaginer que Morrie Ryskind y ait joué un rôle important. Il avait participé pour le même La Cava, l’année précédente, à Mon homme Godfrey. Ces deux mêmes “scénaristes” travaillaient également sur divers films pour les Marx Brothers. Rien à voir avec Stage Door ? Et pourtant si. Le même burlesque, la même insolence, Ginger Rogers possède ici le même humour pince-sans-rire que Groucho Marx. Son personnage est sensiblement identique à celui des films qu’elle tourne durant la même période avec Fred Astaire, mais débarrassé de l’idylle superflus et de ses robes du soir, son personnage en est beaucoup plus rock’n’roll. C’est elle qui joue la chasseuse en quelque sorte, ou dans un film où il y a essentiellement des femmes… c’est elle qui assume ce rôle de mec. Si les codes de la comédie américaine se sont déjà mis en place avec le succès de New York — Miami pour créer les screwball comedies, avec les comédies populaires de Capra « dans lequel un brave type est le héros », ou encore les comédies burlesques, et si tout ça se figera un peu avec les habitudes prises dans le parlant, et l’autocensure, il y a encore dans ces fabuleuses années 30, des comédies hybrides qu’on ne verra plus par la suite. Stage Door est le spécimen rare d’une espèce endémique probablement issue des films de “stage” du début des années 30, en particulier les comédies musicales (auxquelles Ginger Rogers avait participé avant de faire son duo avec Astaire) et qui parce qu’elles étaient trop audacieuses et mettaient en scène des personnages trop populaires pour le code, disparaîtront avant de revenir au cours des années 50 avec l’emballage Technicolor et l’assouplissement du code. Sans être un « pré-code », Stage Door en a la saveur. Sa crudité n’est pas dans ses images, mais dans son vocabulaire et sa tonalité générale. Et cette fin pathétique était sans doute là pour rappeler aux patrons qu’il ne s’agissait là que d’un mélo. Dans un film noir, les méchants doivent être punis ; ici on n’en est pas loin, les impertinentes jacasses qui envoient du lourd façon mitraillette avec leur fast paced repartee sont contraintes de la fermer quand l’histoire tourne au drame.

Avant ça, les dialogues fusent et c’est Ginger Rogers qui en profite le plus. Une réplique, un tir. Et dans le mille. Tout l’art est d’arriver à rendre sympathique un personnage qui envoie de telles atrocités. Comme le personnage de Katharine Hepburn s’en aperçoit, elle aboie beaucoup, mais elle ne mord pas. C’est soit un jeu, soit le résultat d’une blessure profonde qu’elle cache grâce à son arrogance et sa volubilité. Il n’y a effectivement aucune intention de mordre même si à chaque fois qu’elle ouvre la bouche, c’est pour laisser s’échapper de paroles déplaisantes et odieuses. Telle le lanceur de couteau, elle envoie vite et tranchant mais vise toujours juste pour souligner les défauts de la personne qu’elle prend pour cible. La repartie découpe la silhouette de nos imperfections. Ginger Rogers ici, c’est la légendaire bonhomie de Jean-Pierre Bacri avec le débit de Fabrice Luchini. Brillant, irrésistible. Il y a des tap-dancing films et il y a des tap-talking films

We all talk pig Latin, qu’elle dit. Et oui, j’ai bien peur de perdre la moitié de ses piques. La traduction ne peut non seulement pas suivre le rythme, mais certaines répliques sont tout bonnement intraduisibles.

Des mots, des mots, des mots. Et une note : 10/10

 

Cette sacrée vérité, Leo McCarey (1937)

Ce sommet de la grande dunne

The Awful Thruth Année : 1937

Réalisation :

Leo McCarey

10/10  IMDb

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MyMovies: A-C+

Magnifique screwball comedy. Peut-être le meilleur… Parfait mix du vaudeville à la française avec les portes qui claquent et l’amant dans le placard (vaudevilles et screwball, c’est souvent « une femme et son mari ») et de l’humour britannique (le mot, la répartie, la fausse cruauté et le flegme face à des situations souvent cocasses).

Pratiquement toutes les scènes avec le même principe. Une connivence entre Irene Dunne et Cary Grant, mari et femme en instance de divorce, qui se chamaillent en trompant tous ceux qui les entourent… La connivence est permanente avec nous et on peut rire jusqu’au fou rire de deux ou trois situations loufoques qui s’éternisent dans l’absurde. Je t’aime, moi non plus.

Encore un bel exemple du tournant opéré dans la société occidentale où l’homme et la femme sont désormais sur un pied d’égalité. L’âge d’or de Hollywood a participé à cette révolution. D’autres couples ont joué à cette époque la même parade : Ginger Rogers et Fred Astaire, Katharine Hepburn et Spencer Tracy, Myrna Loy et William Powell.

Depuis, le buddy movie est redevenu strictement l’alliance de deux individus de même sexe…

Pas un chef-d’œuvre, LE chef-d’œuvre de la comédie romantique américaine. (Avec peut-être New-York-Miami, La Dame du vendredi et Vous ne l’emporterez pas avec vous.) Bon, d’accord, UN DES.


Cette sacrée vérité, Leo McCarey 1937 The Awful Thruth | Columbia Pictures


 

Stella Dallas, King Vidor (1937)

La Condition de la femme

Stella DallasStella Dallas king vidor 1937 Année : 1937

7/10  IMDb  iCM


Listes :

MyMovies: A-C+

Réalisation :

King Vidor

Avec :

Barbara Stanwyck, John Boles, Anne Shirley

C’est assez curieux de voir Stella, sorte de Madame Bovary ouvrière, arriver facilement à ses fins et déchanter presque aussitôt (tiens, ça rappelle le début de Clash by Night quand la Stanwyck revient dans sa ville après avoir échoué en ville). Alors que le personnage de Flaubert se lamente sans cesse de ne pas avoir ce qu’elle désire, Stella parvient tout de suite à se hisser dans la société grâce à un mariage sans trop d’amour. Le pire, c’est que ce ne sera qu’une affreuse désillusion.

Tout est possible dans cette Amérique du début de siècle. Même un mariage entre une simple fille d’ouvrière et un cadre de bonne famille. Stella se marie en une nuit et découvre presque en autant de temps les joies superflues de la haute société. Vient très vite l’ennui. Ce qui importe comme chez Flaubert, ce n’est pas l’ascension, les rêves de gloire, mais la description du personnage pathétique d’une femme de l’entre-deux-guerres.

Elle caractérise un peu cette époque d’après guerre où les hommes manquent et où les femmes commencent à prendre le pouvoir, à s’émanciper, à avoir de l’ambition. Elles laissent de côté leurs corsets, s’habillent en garçonnes, ce sont même elles qui imposent la prohibition. Comme toujours, c’est le groupe majoritaire qui impose sa loi. Dans les 60’s ce sera les jeunes du baby-boom, ici, ce sont les femmes. L’ascension est tellement facile pour Stella que ça ne pouvait que se casser la gueule par la suite et aller de mal en pis. Une fille d’ouvrière peut le temps d’une nuit voler le cœur d’un homme faible de la haute, mais on restera tout au long de sa vie, fille d’ouvrière, même si on cherche toujours à faire croire le contraire…

Le cinéma est peut-être le meilleur vecteur pour propager les modes, et donc l’évolution des mœurs pendant l’entre deux guerres se fait là. Même si le film vient bien après le roman dont il tire l’histoire, on y est encore, en 1937, et il ne fait qu’accentuer cette révolution qui voit de plus en plus les femmes occidentales s’émanciper. Impossible de voir une véritable différence avec le muet, mais dès que le cinéma se fait parlant, les femmes prennent le pouvoir. Une femme ça cause, c’est justement à ça qu’on la reconnaît. Le cinéma parlant était donc fait pour ces dames. Et on peut les voir jacasser à loisir sur la toile. Il y a alors presque autant de stars féminines, voire plus, que masculines. Et ce ne sont plus des personnages mièvres qu’on voit à l’écran. Le plus souvent, que ce soit dans les westerns, les mélos ou les drames, c’est la femme qui est au centre de tout, et c’est elle qui décide de tout (paradoxalement, on aura plus jamais ça, du moins à ce niveau). C’est de Hollywood que la femme s’émancipe. Cela n’aurait pas été possible sans Mae West, Bette Davis, Barbary Stanwyck, Katharine Hepburn, Ida Lupino et tant d’autres… Toutes des fortes têtes. C’est beaucoup moins vrai avec Greta Garbo par exemple. Indépendante, mais finalement résignée (face à son destin). Si toutes ne sont pas des provinciales, elles ont ce côté (en dehors des vraies femmes fatales, qui sont des femmes accomplies… qui ont gagné le droit d’être seules, indépendantes, et de pouvoir malgré tout subvenir à leurs besoins), elles ont pour beaucoup ce côté Bovary qui a réussi. Des jeunes filles rêvant de la grande vie à New York, de la haute société, rêvant de gloire, d’argent. Et les hommes ne sont plus des amoureux (même si elles finissent souvent par succomber, mais ça c’est parce que dans toute histoire, il faut bien pouvoir dire à la fin « et ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants »…) mais des faire-valoir, des pantins ou des accessoires au milieu de leur quête.

On doit à ces femmes de l’entre-deux-guerres, l’émancipation de leur sexe, de cette émancipation en jupon. Mais comme toute révolution, le changement s’accompagne de quelques années de tyrannie. Les excès des libertés recouvrées. Donc, cette Stella, dans ce début de film, est prête à tout, égoïste, sans gêne, menteuse… On n’est pas encore sous le code Hays qui impose de décrire dans les films la haute société comme il faut, mais Stella veut en être. Ses manières lui vaudront d’en être rejetée. La différence se situera entre Stella qui cherchera jusqu’au ridicule à « en être », et un autre type de femme popularisé donc par Hollywood. Car dans les années 20 et 30, les studios ont besoin d’amener le public féminin dans les salles. Et pour enchaîner les spectateurs comme Ford enchaîne les automobiles, il faut viser large. Alors le modèle n’est plus celui de la femme dont Stella rêve encore être, mais c’est la femme du coin de la rue… Ce n’est pas un film de King Vidor pour rien. La classe moyenne menée par la ménagère, voilà l’american way of life, et l’image populaire défendue par le cinéaste de la Foule ou de Notre pain quotidien. Où est la haute société désormais ? Elle ne fait plus rêver personne… Stella, même si elle persistera à vouloir jouer les femmes de la haute, le public ce qu’il retiendra d’elle, c’est son audace du début du film. On veut lui ressembler non pas pour les rêves qu’elle poursuit, mais parce qu’elle est volontaire, active, audacieuse. Le même type de femme qui cherchera à développer Naruse dans la seconde moitié des années 50. C’est cette femme-là qui va s’imposer aux yeux de tous et qui va devenir le modèle féminin. Si bien qu’aujourd’hui plus aucune femme ne ressemble ni à l’ouvrière simplette qui rêve de la haute, ni à la femme de la haute… Toutes les femmes sont des Bette Davis, des Kaharine Hepburn, des Barbara Stanwyck… Comme le jean du cow-boy, c’est la vachère et ses manières qui se sont répandues en moins d’un siècle dans tout le monde occidental. Fini les petites filles polies à la Audrey Hepburn. Hollywood, selon les recommandations de la censure, tentera bien de refoutre un peu de flamboyance et d’aristocratie de nouveau riche dans tout ça, mais « le mal » est fait. Toute une génération s’est déjà émancipée, et leurs petites-filles finiront le travail quand les hommes partiront à nouveau à la guerre, achevant ce processus d’égalité entre les sexes, cette fois par leur incapacité à gagner une guerre dont ils ne comprennent même pas les enjeux, et revenant non plus estropiés mais bien comme émasculés.

Il y a certainement pas mal de misogynie dans la présentation d’un tel caractère comme Flaubert se moquait de son Emma, mais les femmes qui voient ces stars veulent leur ressembler. C’est comme la violence des rues, alimentée par des films qui naïvement décrivent et dénoncent cette violence qu’eux-mêmes alimentent. Malgré la restauration des corsets et des moulures dans les films du code Hays, les petites filles ne rêvent plus de devenir princesse, mais des pestes à la Bette Davis ou à la Monroe, des working girls (dans tous les sens du terme : des putes, des femmes fatales, des femmes qui s’assument, des femmes qui travaillent). Dans un monde où tout est possible, rien n’est interdit, même pour la petite fille des rues.


Stella Dallas, King Vidor 1937 | The Samuel Goldwyn Company


 

Rue sans issue, William Wyler (1937)

La rue meurt

Dead End Année : 1937

Réalisation :

William Wyler

7/10  IMDb

Avec

Sylvia Sidney, Joel McCrea, Humphrey Bogart

Un peu court. Le thème est intéressant, mais on n’a pas le temps de s’identifier aux personnages et à l’action.

L’histoire se déroule à New York, dans un quartier où les riches habitations empiètent sur les vieux quartiers miséreux. Baby face, un mafieux qui y a grandi y revient nostalgique de son premier amour, pendant qu’on suit la vie de Bohème de quatre ou cinq mômes qu’on appellera plus tard les Dead end kids et qu’on retrouvera dans plusieurs films de la Warner (Crime School, Les Anges aux figures sales, Je suis un criminel).

Huis clos avec une écriture théâtrale (le film est adapté, il me semble), on ne sort finalement jamais des ces décors de « fin de rue ». Ça fait très chronique, parce qu’on suit trois groupes de personnages qui n’ont pas forcément de rapport entre eux sinon que leurs histoires se télescopent dans une même unité spatiale. Bogart meurt un peu tôt, (pas encore la star qu’il deviendra par la suite).

Un film à voir malgré tout, une curiosité, et ça reste du Wyler. Ces décors sont magnifiques. Et on ne peut pas résister au sourire avenant et aux yeux humides de Sylvia Sidney.


Rue sans issue, William Wyler 1937 Dead End | The Samuel Goldwyn Company