La Flibustière des Antilles, Jacques Tourneur (1951)

Pirates, pirates, ah ah ah !

La Flibustière des Antilles

Note : 4 sur 5.

Titre original : Anne of the Indies

Année : 1951

Réalisation : Jacques Tourneur

Avec : Jean Peters, Louis Jourdan, Debra Paget

Qualité Tourneur : densité de l’action, mais avec… peu d’action. 80 minutes de film : on ne s’ennuie pas, et on a l’impression de faire le tour du monde. Tourneur coupe les instants de bravoures obligés dans les films de pirates, parce qu’au fond, la baston, c’est toujours un peu la même chose… Donc tout est centré sur une évolution rapide de la trame. Une histoire simple mais bien ficelée — que du bonheur.

Ce serait intéressant de produire de tels films aujourd’hui, qui ne se prennent pas au sérieux, qui ne se compliquent pas la vie en voulant faire du grandiloquent et en prenant le risque de se casser la gueule. Ça manque. Les fantaisies doivent forcément être de grosses machines publicitaires. Aujourd’hui, les petits films (tournés pour des centaines de millions de dollars) rêvent de casser la baraque et ça s’en ressent, ça pète dans tous les coins, c’est forcé, prétentieux…, et ce que Tourneur se permet ici d’éviter pour se concentrer sur la trame et les personnages, on ne pourrait pas le faire de nos jours où chaque scène est pensée pour devenir un grand moment d’anthologie.

Peut-être que certaines séries TV justement ont ce rôle aujourd’hui : on met le paquet sur l’histoire, les personnages, et ensuite, on évite de donner les clés à un réalisateur qui se la joue trop perso…

On sait ce qu’il en est advenu des pièces romantiques et bourgeoises du XIXᵉ siècle ; tous ces excès finiront au cabinet. Le sucre et les cris ne durent qu’un moment. La simplicité d’un page Tourneur, ça marque toute une vie.


La Flibustière des Antilles, Jacques Tourneur (1951) | Twentieth Century Fox


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1951

Listes sur IMDb :

MyMovies: A-C+

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La Dernière Séance, Peter Bogdanovich (1971)

La Dernière Séance

The Last Picture Show

La dernière séance, Peter Bogdanovich (1971)Année : 1971

Réalisation :

Peter Bogdanovich

7/10 IMDb  iCM

Liste :

MyMovies: A-C+

Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables de 1971

Vers le Nouvel Hollywood

Avec :

Timothy Bottoms
Jeff Bridges
Cybill Shepherd
Ellen Burstyn

Je crois que c’est le premier film que je vois de Bogdanovich (également acteur droopien — il joue le psy de la psy de Tony Soprano).

C’est vraiment pas mal du tout. Histoire cent fois racontée sur la vie des jeunes adultes dans des coins perdus des USA, et encore une fois, c’est différent (c’est comme ça qu’on crée des mythes : avec une histoire qu’on peut prendre par tous les bouts, qu’on peut retourner dans tous les sens, et avec à chaque une nouvelle découverte).

American way of — no — life

Pour le plaisir aussi de voir des acteurs qui confirmeront par la suite : Jeff Bridges (mille fois plus beau aujourd’hui), Cybill Shepherd (connue surtout pour avoir joué le rôle de la petite amie de Robert dans Taxie Driver) et l’acteur “irréel” de Johnny s’en va-t-en guerre.

De mémoire, on peut lire certaines anecdotes croustillantes dans Le Nouvel Hollywood de Peter Biskind, concernant Bogdanovich (et sa femme Polly Platt notamment, présentée un peu comme l’antithèse de son mari, à la fois sans talent et coureur de jupons).


Lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood (2006)

Lettres d’Iwo Jima

Letters from Iwo JimaLettres d'Iwo Jima, Clint Eastwood (2006)Année : 2006

7/10

IMDb iCM

Vu le : 16 septembre 2007

Réalisation :
Clint Eastwood

Avec :

Ken Watanabe
Kazunari Ninomiya
Tsuyoshi Ihara

Second volet de sa fenêtre « guerre du pacifique : la guerre c’est pas bien ».

Ce n’est pas si mal que ça. Contemplatif, comme du Eastwood, mais avec des acteurs japonais. Surprenant toutefois, comment un metteur en scène peut-il diriger des acteurs qui parlent une autre langue que la sienne ? Le résultat a toujours donné — en tout cas en français, pour ce que je peux en juger — des catastrophes. Le japonais n’était pas ma langue maternelle, difficile de juger du résultat… Il n’y a finalement aucun recoupement avec le premier film, et c’est sans doute pas plus mal — cela aurait été un peu gadget. Mais on a du mal à s’attacher à ces personnages enfermés dans leur trou. Malgré le savoir-faire, dans le rythme surtout d’Eastwood, on finit par se moquer de leur sort, sans doute parce que Clint s’en moquait aussi. Pas de scènes références, longues comme dans Un monde parfait par exemple. Chez Eastwood, c’est souvent à la fin qu’il nous tient — là rien.

Un coup pour rien malgré la bonne tenue générale, mais on attend toujours du vieux Clint quelque chose qui fasse mouche. Chez lui, c’est souvent le sujet qui importe, et c’est bien là où le film peine à nous intéresser. Encore une fausse bonne idée (je parle du diptyque).


Lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood (2006) | DreamWorks, Warner Bros., Malpaso Productions


Scandaleusement célèbre, Douglas McGrath (2006)

Infamant

Infamous
InfamousAnnée : 2006

6/10 IMDb iCM

Réalisation :

Douglas McGrath

Avec :

Toby Jones
Daniel Craig
Sandra Bullock

Infamous est traduit comme ils peuvent par Scandaleusement célèbre… C’est bon les gars, vous pouvez laisser le titre original avec son jeu de mot au lieu de nous faire un titre tout juste bon pour une comédie lourdingue ?…

C’est le récit de l’époque de la vie de Truman Capote quand il a écrit son œuvre la plus connue. J’avoue que j’y connais rien en capote (pas rire !), mais là ça fait franchement pas envie. C’est une sorte de Proust revu par Austin Power : mondain, homo (version cage au folle), cherchant une nouvelle forme d’écriture (entre roman et reportage puisque Capote s’intéresse à un fait divers et vient en prison rencontrer les coupables de meurtres multiples pour alimenter son « roman »).

Franchement insupportable pendant toute la première moitié, mais dès qu’on entre dans le réel sujet du film, la passion de Capote pour l’un des deux meurtriers, leur relation tendue (voire bandante) et ambiguë, ça devient plus intéressant. Parce que le sujet n’est plus la folle Capote, mais bien un sujet qui tient la route, le même sans doute que celui du roman : il faut se garder de juger les gens avec passion. Sujet qui rappelle les meilleurs films de Lang (lui n’avait pas besoin de Capote) sur l’injustice, les lynchages, les apparences, etc. En fait, Capote intitule son roman De sang froid et ce n’est pas relier au meurtre de sang froid pour lequel les deux assassins se sont rendus coupables, mais au contraire, le meurtre « de sang froid » dont ils seraient les victimes si on les mettait au milieu de la foule avide de « justice ».

La forme est plutôt discutable, mais le film mérite finalement qu’on s’y arrête. Sinon on peut lire le livre (et moi, je ne lis pas Capote).


La Science des rêves, Michel Gondry (2006)

Manège enchanté

La Science des rêvesla-science-des-reves-michel-gondry-2006Année : 2006

Réalisation :

Michel Gondry

7/10  IMDb

Je ne suis pas un amateur des bidouillages, des rafistolages, de la récup, du grotesque ou de l’onirisme oui-oui de Michel Gondry. Mais c’est un univers singulier et parce que le langage est intéressant, sans vouloir prétendre qu’il invente des trucs cent fois employés ailleurs, ça se laisse regarder sans trop de problèmes.

Ça ne fait pas trop gadget, les trucs de Gondry finalement servent l’histoire. C’est un peu ennuyeux qu’on n’arrive pas à « s’entendre » avec le personnage principal… Il y a un truc qui n’a pas marché, peut-être une identification difficile à cause de son accent, mais aussi sans doute au manque de fantaisie de l’acteur. Et là malheureusement on voit que Gondry n’est pas un directeur d’acteur parce qu’il avait laissé aller Jim Carrey dans ce même ton sinistre dans son précédent film (Carrey qui voulait prouver qu’il était crédible en personnage sérieux refoulait sa “folie” qui aurait été utile pour son personnage, mais lui s’en sortait avec un charme gagné par la poésie, le sentimentalisme). Il y a Chabat et Gainsbourg qui rattrapent le coup tout de même.

Contrairement au précédent (Eternal Sunshine of the Spotless Mind, donc), ça manque un peu de densité et certains choix de scènes sont assez médiocres, et auraient nécessité un peu plus de travail, mais ça donne aussi peut-être le charme du film, son côté improvisé, fait avec trois fois rien.


Flags of Our Fathers (mémoires de nos pères), Clint Eastwood (2006)

Flags of Our Fathers

Mémoires de nos pères

Note : 4 sur 5.

Titre original : Flags of Our Fathers

Année : 2006

Réalisation : Clint Eastwood

Avec : Ryan Phillippe, Barry Pepper, Joseph Cross

Sans doute le plus gros film d’Eastwood, en matière de production. Aidé ici par Spielberg, il fallait bien.

Le Clint élargit sa palette de manière étonnante… Après avoir fait des westerns, des films de complot, des thrillers, des comédies douces-amères, des road-movies, des chroniques, le voilà maintenant avec un film « historique », façon Il faut sauver le Soldat Ryan. Le plus étonnant encore, c’est qu’on reconnaîtra toujours sa patte : sans corrompre son talent dans de grands effets de mise en scène, il colle au plus près de l’histoire et va à l’essentiel. Ce qui offre au récit une structure dense et transparente.

On accroche moins parce que c’est beau ou parce qu’il y a « matière à voir ou à regarder », mais parce qu’on entre toujours de la meilleure des manières dans l’histoire, en collant au plus près des personnages. Les enjeux sont simples et clairement définis, on sait où il veut en venir, et cela procure à la vision une certaine confiance, un abandon, parce que sachant qu’il nous mène quelque part, on le sait aussi capable de résister à la tentation d’une scène à faire parce que « tiens, ce serait intéressant de faire ça… »

C’est un auteur à la Howard Hawks, capable de s’adapter à son sujet avec la même maîtrise. Malheureusement, c’est sans doute avec le recul qu’on s’apercevra qu’il est l’un des réalisateurs les plus importants du cinéma, parce qu’il a touché à tout. Pour beaucoup, il reste encore l’Inspecteur Harry ou l’acteur de western spaghetti… Il n’y a guère qu’en France où il passe pour un excellent réalisateur. Étonnant pour un style si académique. Honkytong Man, Un monde parfait, Sur la route de Madison, Impitoyable (que personnellement je n’aime pas), et bien d’autres westerns, ça tient souvent la route (c’est le cas de le dire). Jamais le même film, mais un thème qui pourrait être récurrent : qui sommes-nous derrière les apparences ? On y retrouve souvent un certain dépit, une mélancolie, et cette ironie qu’il avait quand il faisait l’acteur et qu’on décelait à peine derrière le masque…

Sinon, le film ? Il est bien. (Je fais des progrès, je ne spoile pas).

(Commentaire sur Lettres d’Iwo Jima)


Flags of Our Fathers, Clint Eastwood (2006) | DreamWorks, Warner Bros., Amblin Entertainment


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Paprika, Satoshi Kon (2006)

Wowrinka chuisse pour pétarade de konneries

PapurikaPapurikaAnnée : 2006

 6/10

Vu le : 25 août 2007

IMDb iCM

Réalisation :
Satoshi Kon

Un film sur la réalité et le rêve. Ça ressemble au début à du Philip K. Dick, et puis ça tourne petit à petit à du Chihiro… J’avais été déçu par Perfect Blue — plus parce que j’étais tombé sur autre chose de ce à quoi je m’attendais —, et là, c’est un peu la même chose : c’est très bien fait, mais au bout d’un moment, c’est trop, ça part trop dans trop de délires.

Le film a le défaut de vouloir montrer ce qui fait peur, en l’occurrence, mettre en scène une parano, lui donner vie, mais c’est comme dans Alien, Psychose ou les Dents de la mer : si on donne vie au fantasme, aux peurs du spectateur en lui montrant l’objet de ses craintes, tout d’un coup, on a moins peur, on y croit moins, et finalement, on se dit « tout ça pour ça… » Il vaut mieux suggérer que donner à voir… C’est un peu comme une première nuit d’amour : on se fait tout un film, et quand ça arrive, on est déçu. En fait, tout l’intérêt réside dans la projection du plaisir (ou de la peur). Il est toujours plus stimulant de poser des questions angoissantes ou fascinantes que d’y répondre, parce qu’on y répond parfois que par « oui » ou par « non » (vachement transcendant, un peu comme dans les films à énigme : pendant tout le film on se demande « qui ? » « pourquoi ? » et quand on a la réponse à cette question à la fin c’est plutôt « Ah… OK…, bof — j’aurais préféré ne pas savoir en fait… »).

Mais bon…, là aussi le charme des personnages, et surtout de Paprika, donne de la saveur à toute cette sauce pleine de féerie, de n’importe quoi, autour d’un gros steak abscons (un peu comme chez K. Dick : on fait mine de comprendre quand en fait, on ne comprend rien…).


Paprika, Satoshi Kon (2006) | Madhouse, Sony Pictures Entertainment


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Dragon Tiger Gate, Wilson Yip (2006)

Dragon Tiger Gate

Lung Fu MoonDragon Tiger Gate, Wilson Yip (2006)Année : 2006

5/10

Vu le : 25 août 2007

Liens : IMDb  iCM

 

 

Réalisation :

 

Wilson Yip

Avec :

Yuk Long Wong
Louis Koo
Isabella Leong
 

Le mélange de kung-fu et de comics est intéressant, c’est sans doute la meilleure idée du film, mais on n’y croit pas une seconde.

L’histoire est vraiment très peu crédible avec des raccourcis débiles et simplistes… Ce n’est pas un problème quand c’est une histoire de baston généralement, mais là on sent qu’il y a une volonté de mettre l’accent sur l’histoire… Seulement, quand on n’a rien à dire on ferme sa gueule ou on s’arrange pour que ce qu’on dit ait un accent, un ton singulier qui éveille l’intérêt.

Bref, ça se prend trop au sérieux, mais ça ne se donne pas les moyens de ses ambitions : scénario bâclé et plus étonnant mise en scène d’une grande puérilité (on croirait voir un film dirigé par le type qui réalise Taxi et Yamakasi avec des effets de caméra, des mouvements sans intérêt qui alourdissent la narration).

En gros, ça ressemble à Tortues Ninjas : des couleurs criardes, des murs en carton-pâte, un canevas facile et des personnages sans intérêt (Heureusement qu’il n’y a pas d’adaptation ciné des Chevaliers du Zodiaque parce que ça ressemblerait sans doute à ça*).

*depuis 2007, quelqu’un a osé, paraît-il…


Diner, Barry Levinson (1982)

Si on ne fait plus de rêves, on fait des cauchemars

Diner

Note : 3.5 sur 5.

Année : 1982

Réalisation : Barry Levinson

Avec : Steve Guttenberg, Mickey Rourke, Kevin Bacon

Premier film de Barry Levinson, et premier sur la jeunesse de Baltimore — un thème qu’il reprendra souvent par la suite. Une chronique sur cette jeunesse dans les 50’s… Et Levinson a l’idée de nous montrer cette évolution par le biais bien souvent de rencontres au snack du coin. D’où le titre.

C’est très plaisant à regarder parce que c’est bien foutu tout simplement. Les dialogues sont très bien écrits (à la limite pourtant parfois de l’improvisation sans doute — donc énorme travail au montage…) ; avec des acteurs jeunes qu’on reverra tous par la suite : Mickey Rourke et Kevin Bacon pour les plus connus, les autres, on les a déjà tous vus, mais on ne mettra pas forcément de nom sur leur bouille.

Quelques scènes résument le film. Celle du cinéma et de la queue plantée dans le cornet de pop-corn (qui sera reprise plus tard dans je ne sais plus quel film*). Un autre où l’un des garçons fait passer à sa future femme un quiz sur le foot us : si elle rate à un certain nombre de questions, le mariage est annulé (idéal pour rester célibataire). Une autre, juste et pathétique, où le jeune marié engueule sa femme (avec qui il s’est juste marié parce qu’elle était canon, alors qu’ils n’ont jamais rien à se dire et absolument rien en commun) parce qu’elle a rangé un disque de James Brown à la lettre J et non à la lettre B et qu’elle a rangé un disque dans la section R’n’B alors que c’est du JAZZ… Tout est dans le détail, Barry.

Bien sympathique.

*La Boum (1980), donc antérieur.


Diner, Barry Levinson (1982) | Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), SLM Production Group


Liens externes :


Brainstorm, Douglas Trumbull (1983)

Brainstorm

Brainstormbrainstorm-douglas-trumbull-1983 Année : 1983

Réalisation :

Douglas Trumbull

6/10  IMDb

Avec Christopher Walken (avec sa gueule de dingue illuminé) et avec Nathalie Wood.

C’est très bien pour ce que c’est (un truc de S.F) réalisé par un fan d’effets spéciaux (ou un spécialiste plutôt) jusqu’au dernier tiers et là il y a une grande ellipse pas très crédible* et la fin est complètement bidon, ridicule. Mais purée pour un film comme ça, les acteurs sont vraiment incroyables.

* on comprend mieux quand on sait que c’est le dernier film de Nathalie Wood et qu’elle est morte (noyée) avant la fin du tournage… Le film est sorti seulement deux ans après sa mort.


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