Harmonium, Kôji Fukada (2016)

Crématorium

Fuchi ni tatsu Année : 2016

Réalisation :

Kôji Fukada

2/10  IMDb

Une fille violentée par un ignoble connard, une famille déchirée par l’incommunicabilité et par le poids… d’un lourd secret… Merci, Hope, passerait presque à côté pour être un chef-d’œuvre.

Une idée de départ intéressante et… la catastrophe. Aucun savoir faire : scénario d’une bêtise affligeante, dialogues consternants, lenteur forcée pour cause de direction d’acteurs inexistante, acteurs tous sans exceptions d’une grande médiocrité (la palme pour la tétraplégique à la face torve qui laisse bien comme il faut tomber le filet de bave au millimètre, et au moins ma rangée qui se retient de rire tellement c’est consternant), photographie & design sans intérêt (ni beau, ni laid, c’est tiède comme un reportage d’Envoyé spécial), musique…… insupportable, et, et, et… même pas la politesse de la concision parce que c’est long à en contracter des escarres.

Harmonium, Kôji Fukada 2016 Fuchi ni tatsu | Comme des Cinémas, Nagoya TV


L’Amazone aux yeux verts, Edwin L. Marin (1944)

L’Amazone aux yeux verts

Western noir

Tall in the Saddle Tall in the Saddle Année : 1944

Réalisation :

Edwin L. Marin

7/10  IMDb

Listes sur la Saveur des gouts amers :

Les Indispensables du cinéma 1944

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

1944, John Ford n’a pas encore repris la main sur le western pour y refourguer une dose de classicisme qui le fera mourir quelques décennies plus tard. Alors en attendant Ford, John Wayne fait déjà du John Wayne (c’est vraiment un type sympa ce John) et aiguise ses éperons dans un western qui a tout du noir. C’est l’époque qui veut ça.

L’intrigue est incompréhensible (assez complexe pour être à la fois crédible et moteur de toute l’intensité recherchée). Le bon John est pris entre deux femmes quand, lui, leur préfère sa jument. Le héros solitaire, asexué, droit et brave – le mythe du personnage à l’américaine… Rien que du fort sympathique, et du dispensable.


L’Amazone aux yeux verts, Edwin L. Marin 1944 Tall in the Saddle | RKO


Les Poings dans les poches, Marco Bellocchio (1965)

Les Poings dans les poches

I pugni in tascaAnnée : 1965

Réalisation :

Marco Bellocchio

10/10  IMDb

Listes sur IMDb : 

Limguela top films

MyMovies: A-C+

Un film qui a la rage. Des personnages de dégénérés. Du Imamura des années 60. Comme souvent, beaucoup de rapports entre ce cinéma japonais et italien des années 60.

Qui a la rage, la haine, qui exprime cette envie de tout envoyer valser dans le cinéma en France ou ailleurs aujourd’hui ? Passage devant un cinéma où étaient projetées trois ou quatre comédies à la française. La société devrait exploser et voilà les merdes qu’on nous propose…

L’esprit de révolte est mort. On s’indigne comme on prend un morceau de camembert à table, et on passe au dessert.

Qui ira jeta la table par la fenêtre et les souvenirs de grand-mère avec ?… (À pardon, les souvenirs de grand-mère, je garde, quelle révolutionnaire, elle !…)

Les Poings dans les poches, Marco Bellocchio 1965 I pugni in tasca | Doria


China Is Near, Marco Bellocchio (1967)

China Is Near

La Cina è vicinaAnnée : 1967

Réalisation :

Marco Bellocchio

8/10  IMDb
Listes :

Top films italiens

MyMovies: A-C+

On retrouve la même volonté féroce de décrire les comportements troubles d’une bourgeoisie provinciale rétrograde qu’on trouvait déjà dans Les Poings dans les poches. L’Italie produit dans ces années 60 ce qu’il se fait de mieux en matière de satire. Le rire y est moins prononcé dans celui-ci qu’ailleurs, c’est de la satire froide et cruelle mais tout aussi efficace. Bellocchio, avant de faire n’importe quoi, essayait d’imiter la rage de son premier film, sans jamais se mettre à son niveau. Mais cela reste un bon cru.

China Is Near, Marco Bellocchio 1967 | Vides Cinematografica


Ce monde à part, Vincent Sherman (1959)

The Young Philadelphians

Note : 4 sur 5.

Ce monde à part

Titre original : The Young Philadelphians

Année : 1959

Réalisation : Vincent Sherman

Avec : Paul Newman, Barbara Rush, Alexis Smith

Le film prend clairement modèle sur ceux des années 30-40 avec vieillissements assumés sur plusieurs années du personnage principal et un tournage presque exclusivement tourné en studio avec des décors luxueux, de beaux appartements comme il faut, ou des bureaux d’affaires. L’histoire d’ailleurs n’est pas si mal construite que ça, même si ça zigzague un peu inutilement.

Le plus intéressant dans toute cette affaire, et qui est même fascinant, c’est l’alliance, ou la superposition, de deux méthodes de jeu. Les jeunes contre les vieux (et certains jeunes finissent très vite par jouer des vieux ce qui laisse plutôt un mélange composé des plus étranges). La méthode classique contre la method. On sent tout de même Paul Newman et Barbara Rush de plus en plus à l’étroit dans leur personnage vieillissant et enfermés dans de tels décors, obligés d’allonger les dialogues théâtraux, mais leur rencontre, tournée en extérieur à la sortie d’un chantier, vaut à elle seule le détour. Si tout le reste sonne très années 40 (du noir et blanc, à la thématique sur l’ambition et l’honnêteté, jusqu’aux raccords un peu hésitants), on sent une vraie fraîcheur ici, un talent, une spontanéité qui viendra très vite s’imposer à Hollywood pour foutre un grand coup dans la fourmilière.

Certains films ne sont pas faits pour rester dans l’histoire, mais ils témoignent assez bien sans doute d’une époque, ou en tout cas des goûts de l’époque (ou plutôt encore ce qui était alors proposé en masse au public, les blockbusters tombés dans l’oubli, ceux que, de tout temps, les masses se pressent pour aller les voir un ou deux week-ends de suite pour les oublier presque aussitôt).


Ce monde à part, Vincent Sherman 1959 The Young Philadelphians | Warner Bros.


Liens externes :


Grand Frère (The Cold Deck), William S. Hart (1917)

Grand Frère

The Cold DeckAnnée : 1917

Réalisation :

William S. Hart

7/10  IMDb

Liste

Le silence est d’or

On retrouve les mêmes qualités que dans Le Justicier tourné un an plus tôt. Un sens de l’action et du montage très aiguisé. C’est pas le tout de vouloir jouer en permanence sur le montage alterné, il faut savoir s’en rendre maître. Hart ne fait que ça, parfois trop même pour nos critères actuels ; et oui, 1917, et ça va à cent à l’heure.

L’avantage de procéder en permanence par un montage alterné (que l’on monte à l’intérieur d’un même espace ou qu’on en fasse dialoguer plusieurs à différents endroits), c’est bien qu’on évite très vite les moments de pause et les faux raccords vu qu’on réduit au minimum les raccords de mouvements (les raccords sont toutefois bien présents et tout aussi bien maîtrisés, et tout le répertoire y est déjà). Au fond, la première utilité d’un plan alterné, c’est de servir de plan de coupe (intelligent, narratif). Action, réaction, voilà ce que nous montre très souvent le récit (quand il est question d’une action mettant en prise des personnages dans un même espace). Le suspense induit par le montage alterné quand il est question d’espaces différents n’est pas moins maîtrisé (Griffith avait déjà exporté le procédé et fait son succès, et pas seulement pour les thrillers), mais il est si systématique qu’il paraît donc un peu exagéré et daté aujourd’hui.

Bref, on ne s’ennuie jamais. Le personnage de Hart a toujours réponse à tout, et même quand il se rend coupable d’une attaque de diligence, il arrive à s’en sortir avec le beau rôle. Et honnête avec ça. Puis, bon perdant. La classe quoi.



L’Expédition, Satyajit Ray (1962)

L’Expédition

Abhijaan

lexpedition-satyajit-ray-1962Année : 1962

Réalisation :

Satyajit Ray

Avec :

Waheeda Rehman
Soumitra Chatterjee
Ruma Guha Thakurta
Rabi Ghosh

8/10 IMDb

Listes :

— TOP FILMS

Top films indiens

Limguela top films

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

L’un des meilleurs Satyajit Ray assurément. Une trame qui n’est pas sans rappeler celle de Taxi Driver (Schrader est un maître quand il est question de siphonner les réservoirs des copains et de nous en revendre un liquide parfaitement raffiné).

Soumitra Chatterjee dans un contre-emploi pas évident et sans doute un peu forcé vers le côté antipathique, fier, du personnage. Rabi Ghosh, qui joue ici l’assistant mécanicien (et qui retrouvera Chatterjee quelques années plus tard dans Des jours et des nuits dans la forêt), amène heureusement un peu de fantaisie et de légèreté au film (rôle pour le coup zappé par Schrader).

Magnifique film sur l’exploitation de l’homme et les tendances peu enviables de certains, parfois poussés par les circonstances, à la corruptibilité. Les meilleures années de Ray, et sa petite troupe déjà en action (très étrange d’avoir découvert Ruma Guha Thakurta dans Un ennemi du peuple, tourné près de trente ans après…).


L’Expédition, Satyajit Ray (1962) Abhijaan | Abhijatrik, Angel Digital., B.N. Roy Productions


Black Line (Kurosen chitai), Teruo Ishii (1960)

Black Line

Kurosen chitai black-line-kurosen-chitai-teruo-ishii-1960Année : 1960

Réalisation :

Teruo Ishii

6/10  IMDb

Film noir avec de fines tendances loufoques. Beaucoup de très bonnes idées, des acteurs impeccables, mais une impression bizarre d’inachevé (le film est relativement court, mais pas que). C’est que l’enquête n’a rien de bien passionnante. Le traquenard était pourtant plein de belles promesses, mais le ficelage est incompréhensible et manque de tension (l’humour détend, forcément).

C’est le second opus d’une série semble-t-il (White Line ou Shirosen himitsu chitai, Yellow Line ou Ôsen chitai, et Sexy Line ou Sekushî chitai). On exploite les filons dès les années 60 au Japon.

Teruo Ishii a réalisé le serial Gang avec Ken Takakura et Tetsurô Tanba, et son humour particulier (ou ses excès) a pu s’exprimer parfaitement en pleine période “exploitation” dix ans plus tard avec Female Yakuza Tale.

Du Pinku violent à découvrir… Black Cat’s Revenge fait méchamment saliver (autre film en watchlist, Les Huit Vertus bafouées).

Black Line (Kurosen chitai), Teruo Ishii 1960 | Shintoho


Kanchenjungha, Satyajit Ray (1962)

Kanchenjungha

Kanchenjungha

kanchenjungha-satyajit-ray-1962Année : 1962

Réalisation :

Satyajit Ray

5/10  IMDb

D’un ennui profond. Satyajit Ray, très convaincant quand il adapte les grands romans bengalis, se révèle aussi bon scénariste que Rohmer.

L’idée de départ n’est pas mauvaise, voire excellente, mais c’est traité de manière littéraire avec une focalisation incompréhensible autour des dialogues.

Plus grave, Ray oublie totalement la contextualisation de son histoire : la situation, on doit la comprendre uniquement avec ce qu’on voit (pas grand-chose) et ce qu’on apprend. La caméra subit, n’écrit rien. Au lieu de flinguer son budget avec une pellicule couleur, il aurait mieux fait d’avoir des décors et portant une plus grande attention au montage, autrement ça ressemble à du roman-photo. Plus minimaliste pas possible : tous les plans sont filmés dans les mêmes rues désertes d’une station thermale ou je ne sais quoi.

1 roupie de main-d’œuvre pour l’ensemble du film, bravo Raymond.


Kanchenjungha, Satyajit Ray (1962) | NCA Productions


Le Lézard noir, Kinji Fukasaku (1968)

Le Lézard noir

Kuro tokagele-lezard-noir-kuro-tokage-kinji-fukasaku-1968Année : 1968

6/10 IMDb iCM

Réalisation :

Kinji Fukasaku

Avec :

Akihiro Miwa, Isao Kimura, Kikko Matsuoka, Yûsuke Kawazu, Kô Nishimura

On peut difficilement imaginer film plus baroque (voire kitsch), et c’était probablement l’ambition affichée… mais de qui ? Est-ce un film de Rampo Edogawa (l’auteur de l’histoire) ? de Kinji Fukazaku (le réalisateur) ? de Yukio Mishima (qui a assuré ici l’adaptation “théâtrale” et qui s’amuse en y jouant une “poupée”) ? J’aurais tendance à penser vu la réputation dont peut jouir l’auteur du Pavillon d’or qu’on irait sans problème mettre toutes les qualités supposées (mais aussi parfois réelles, bien que très très rares) du film à son crédit. Sauf que tout ce que touche Mishima n’est pas d’or, non. Sans compter que le problème majeur du film, c’est bien qu’on n’a aucune idée de qui tient la barre. Ç’a son charme, à la Casino Royale, reste que si on juge le film dans sa cohérence, ça n’a ni queue ni tête. Quant au plaisir, il se limite surtout au format…

Le début du film est plein de promesses, et cela, on le doit principalement à Fukazaku qui semble se faire la main pour ses prochains effets de Combat sans code d’honneur (zooms, gros plans, panos rapides et montage syncopé, parfois même comme ici avec un rythme lent). Le jeu de regards (encore et toujours) est très réussi. Malheureusement la suite part complètement en vrille, volontairement souvent, mais c’est rarement drôle. Reste, c’est vrai, quelques fulgurances dans les dialogues. Et surtout une image comme on en fait plus aujourd’hui.


(Vu également quelques jours plus tard, le Nain, de Seiichiro Uchikawa (1955), adapté du même Rampo Edogawa… et c’était une catastrophe — Seiichiro Uchikawa réalisera presque dix ans plus tard Dojo yaburi.)

Le Lézard noir, Kinji Fukasaku 1968 Kuro tokage | Shochiku