The Assassin, Hou Hsiao-hsien (2015)

Note : 2.5 sur 5.

The Assassin

Titre original : Ci ke Nie Yin Niang

Année : 2015

Réalisation : Hou Hsiao-hsien

Pour faire simple, je n’ai rien compris et, très vite, lassé par une mise en scène qui fait illusion dans un film contemporain mais fait pschitt ici, je n’avais plus l’intention de comprendre. Hou Hsiao-hsien n’est pas pour moi, il me parle chinois.

Après, c’est décorativement parlant très joli. Les intérieurs sont soignés et les extérieurs sont époustouflants. Ça n’a juste pour moi aucun intérêt. Dès le premier panneau, j’étais déjà aux pâquerettes, et en retrouvant le style de mise en scène inutilement lent de Hou Hsiao-hsien, j’ai commencé à m’agacer.

Le pire entre tous ces effets n’aidant pas à suivre une ligne de récit particulièrement fine et fragile, la gestion du son avec ces hors-champ de nature, en particulier le vent, poussés à fond les manettes. C’est un peu comme essayer de lire du Corneille avec du Led Zeppelin en arrière-fond.

Je le dis souvent, si un réal fait tous les efforts possibles pour que ce soit moi qui en fasse le plus en retour, il n’y a aucune raison que j’accepte de me faire avoir de la sorte : les efforts, c’est à lui de les faire pour que j’en fasse, peut-être pas le minimum parce qu’aucun plaisir ou intérêt ne peuvent se faire en laissant son cerveau à la cave, mais pas trop (d’effort). C’est comme ça qu’on m’a appris à donner à voir au théâtre ; c’est comme ça que j’entends être servi au cinéma. Je peux à la limite en faire pour des génies, mais Hou Hsiao-hsien avec l’ensemble de ses manières adoptées pour cacher son manque de savoir-faire en matière de mise en scène, ne m’aide pas plus à ce niveau.


 

 


 

Les Longs Adieux, Kira Mouratova (1971)

Note : 4 sur 5.

Les Longs Adieux

Titre original : Dolgie provody

Année : 1971

Réalisation : Kira Mouratova

Avec : Zinaida Sharko, Oleg Vladimirsky, Tatyana Mychko

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Après le visionnage de films plus récents, plus austères, bien trop expérimentaux pour moi, retour au début de sa carrière, et à des expérimentations mieux intégrées au récit.

Le remarquable ici tient pourtant de la qualité et de la simplicité d’une histoire. Celle de l’amour d’une mère pour son fils. La peur de le voir partir rejoindre son père, sombrer peu à peu dans une dépression, ne pas céder au chantage pour le retenir, se retenir aussi de lui supplier de rester, et finalement craquer psychologiquement, nerveusement, pour une babiole lors d’une représentation théâtrale, où elle fait un peu honte à son fils, se ridiculise devant des centaines de spectateurs, et s’en foutre royalement parce que pour elle rien ne compte plus à cet instant que son fils qui l’abandonne. Rien qu’à y repenser, ça met les larmes aux yeux.

Quel dommage que Kira Mouratova ait choisi par la suite de s’adonner plus volontiers à des expérimentations franchement chaotiques pour un cinéma narratif (ses acteurs qui gueulent dans un nombre incalculable de séquences m’ont donné la migraine).



 

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Das Stahltier, Willy Zielke (1935)

Note : 3 sur 5.

L’Animal d’acier

Titre original : Das Stahltier

Année : 1935

Réalisation : Willy Zielke

Objet filmique étrange semblant parfois un peu perdu au temps du muet avec une certaine fétichisation des bécanes à vapeur.

On croit voir lors des scènes dramatisées contemporaines un réalisateur de documentaire s’essayer à la fiction et se trouver complètement perdu face aux acteurs. Pourtant, le sujet est sympathique : un ingénieur rendant visite à des cheminots, et qui, sympathisant, leur raconte les différentes étapes de l’évolution des machines à vapeur jusqu’à celles sur lesquelles ils travaillent tous aujourd’hui. L’ingénieur, d’abord un peu gauche, ne semblant pas être à sa place dans ce monde d’ouvriers, renverse… la vapeur, et devient maître à bord, avec une seule volonté pour lui : partager sa passion pour l’histoire de ces vieilles bécanes avec ceux qui en sont les plus directs héritiers.

Ces séquences joliment fraternelles entre des personnages de différentes classes sociales jurent sans doute un peu avec ce qu’on attendait alors sous le régime propagandiste nazi. Pourtant, si le film a été interdit, c’est pour une autre raison : dans ses flashbacks historiques, les inventeurs et l’industrie d’outre-manche étaient un peu trop glorifiés… Ben, ouais, en même temps, la révolution industrielle, le train vapeur, tout ça a bien pris forme d’abord là-bas, pas en Allemagne…

Le plus étrange peut-être, c’est que tout d’un coup, lors de ces séquences de fiction documentée digne des pires soirées d’Arte, le film trouve un souffle nouveau, comme si les décors et les costumes aidaient à donner une forme réaliste, naturelle, à ce qui en manquait dans un univers commun et contemporain. Les reconstitutions sont épatantes, surtout, et rien que pour ça, ce serait peut-être un film à montrer à l’école et à tous les amoureux… de trains électriques (dans la salle y a dû en avoir un qui a dû filmer l’écran avec son smartphone pendant bien le tiers du film…).

Une vraie petite curiosité… historique et documentaire, plus que réellement cinématographique.


 

 


 

 

 

 

 

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Jason Bourne : l’héritage, Tony Gilroy (2012)

Note : 3.5 sur 5.

Jason Bourne : l’héritage

Titre original : The Bourne Legacy

Année : 2012

Réalisation : Tony Gilroy

Avec : Jeremy Renner, Rachel Weisz, Edward Norton

Étonné de voir la réception calamiteuse de cet opus qui rentre pourtant parfaitement dans la logique des trois premiers.

Les services secrets d’une nation pourrie pour qui la fin justifie les moyens et qui décide ici de se débarrasser de tous ses agents infiltrés pour une vague histoire de virus, ça ne fait pas très « au service secret de sa majesté », et c’est loin d’être politiquement correct. Pourtant, on n’est peut-être pas si loin de la vérité : pas vraiment au niveau des moyens (humains) utilisés dans la “bataille”, mais de la corruption concentrée dans les « gens de pouvoir ». De ce pouvoir US qui n’hésite pas depuis le 11 septembre à employer des méthodes illégales, voire mafieuses, sous prétexte de sécurité intérieure : les premiers de cordée de la sécurité (les agents secrets) deviennent ainsi les premiers sacrifiés. L’héritage de Jason Bourne, il est là : une sorte de James Bond contre sa majesté. Et pas parce que notre Bond US serait devenu un ennemi de la patrie, un traître ; non, seulement parce que sa majesté (l’Oncle Sam) estime que son existence présente désormais un danger pour elle, et que sa vie (puisqu’il est censé être à son service) lui appartient. Or, si le James Bond des années 60 jusqu’à aujourd’hui navigue dans un monde bipolaire, Bourne se fait plutôt l’écho des peurs liberticides (à la limite parfois du conspirationnisme) actuelles. Le tout en restant fidèle à un vieux principe bien américain, celui de la lutte des libertés individuelles, qu’on oppose à un État surpuissant voyou. La vie d’un homme, même super-agent, n’appartient qu’à lui-même. Et c’est son droit de se défendre.

La recette ne change pas. On y introduit deux acteurs fabuleux qui n’ont pas besoin de l’ouvrir beaucoup pour attirer notre sympathie : Jeremy Renner est parfait, je lui trouve même beaucoup plus de charme et de charisme que le bon élève Matt Damon ; et puis Rachel Weisz, c’est encore une des rares actrices, pas forcément bien jolie, qui arrive à tout exprimer, de l’émotion, de l’intelligence, de l’amour, en un simple regard. Oui, c’est un film d’action, les acteurs y causent peu, mais tant qu’à faire, autant s’entourer des meilleurs sinon autant se mâter un Fast and Furious. Un couple de renégats comme ça, chassés par des nations fascisantes, je suis prêt, depuis mon canapé, à les suivre jusqu’au bout du monde.



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Conjuring : Les Dossiers Warren, James Wan (2013)

Baptisez-vous mécréants !

Note : 1 sur 5.

Conjuring : Les Dossiers Warren

Titre original : The Conjuring

Année : 2013

Réalisation : James Wan

Le film d’épouvante a de particulier qu’il obéit en général à la même trame qu’un film de boules. Toutes les scènes de cul, ou d’épouvante, sont intercalées de séquences explicatives qui n’ont qu’un seul but : nous faire entrer dans un nouveau décor, une nouvelle situation, jusqu’à ce que les vêtements tombent ou les portes claquent. Et puis, plus ça va, moins on s’embarrasse avec une situation, on va direct à l’essentiel, jusqu’à une longue scène finale, ici d’épouvante, sorte de méga partouze avec le diable. On joue le jeu, chacun sait pourquoi il vient, parce qu’en réalité, on ne vient jamais… pour l’histoire.

Les problèmes commencent quand on vient nous expliquer qu’une histoire, il y en a une. Pire, qu’elle est vraie (enfin, racontée par des mythomanes qui ont fait leur blé sur la crédulité des gens fragiles — non, je ne parle pas de Hollywood). On voit ça ironiquement évoqué dans The Nice Guys que je n’ai pas commenté, mais où, grosso modo, des professionnels du porno prennent prétexte de faire un film de boules dans le but de faire passer un message autrement plus politique… Personne ne peut prendre ça au sérieux. Pourtant, si, dans The Conjuring, on se prend tellement au sérieux qu’on nous rappelle en introduction, et en conclusion, que tout cela est vrai. Même, cerise sur le gâteau, que Dieu et le diable existent (peut-être bien qu’ils ont vu le film ensemble d’ailleurs, relaxes sur le canapé). Des démons, j’en n’ai jamais rencontrés, en revanche, des escrocs qui prétendent en avoir vu, ça existe, et je pourrais (con)jurer sur la Bible qu’on en trouve une bonne pelletée derrière ce film.

C’est du cinéma, ça ne fera peur qu’aux enfants et aux personnes fragiles. Les autres hausseront les épaules et continueront leur chemin, lentement, vers le cimetière d’où ils auront la certitude de ne jamais revenir. Et de ne plus emmerder qui que ce soit. Seuls hantent nos villes, les escrocs de passage qui tapent à la porte et spéculent sur nos peurs. Fuyez, diable !



 

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La Ballade de Buster Scruggs, les frères Coen (2018)

Note : 4 sur 5.

La Ballade de Buster Scruggs

Titre original : The Ballad of Buster Scruggs

Année : 2018

Réalisation : Les frères Coen

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Format particulièrement bien adapté à la télévision, même s’il semble que les frères Coen avaient en tête d’en faire au départ une série pour Netflix. Le format à sketches, c’est comme lire un recueil de nouvelles ou se retrouver dans un duplex à quatre ou cinq dans un TGV : ce n’est jamais uniforme, alors on garde le meilleur.

De mon côté, deux nouvelles suffisent à mon bonheur. Dans un style opposé : le burlesque de la première qui donne son titre au film et qui propose en quelques minutes quelques-unes des meilleures idées pour réveiller le genre plongé dans une quasi-retraite depuis des décennies ; et celle sur le convoi de pionniers, sublime hommage, centré d’abord sur les relations entre un pisteur et une jeune fille venant de perdre son frère (rarement vue autant de tendresse dans un western et probablement un des meilleurs rendus psychologiques des relations homme-femme de l’époque) et qui s’achève sur une attaque d’Indiens avec, là encore, deux ou trois idées originales.

Les frères Coen sont avant tout de formidables raconteurs d’histoire : le dernier volet, par exemple, a beau être ennuyeux et statique, il est la preuve que ces deux-là ont une écriture à part.

Ma réserve principale concerne la réalisation : tout paraît toujours trop propre, trop neuf, trop faux. On renifle pas mal d’images conçues numériquement, avec des lumières par exemple qui n’ont rien de naturelles. La pellicule est morte, encore plus que le western sans doute, et il va falloir s’y habituer. Mais pour ce qui n’est qu’un film de télévision, il faut s’en satisfaire.



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A Single Man, Tom Ford (2009)

Note : 3 sur 5.

A Single Man

Année : 2009

Réalisation : Tom Ford

Avec : Colin Firth, Julianne Moore, Matthew Goode

Une entrée en matière élégante qui présage le meilleur jusqu’à ce qu’on comprenne ce que nous réserve ce Mr Falconer. Là, ça devient aussi passionnant et gênant que d’écouter les menaces au suicide des grands déprimés.

Les jump cuts (à la Lars von Trier avec des sauts narratifs plus qu’à la JLG), les montages-séquences, tout ça est follement joli, surtout quand c’est couplé, comme au début, à la voix intérieure de ce professeur d’université. Malheureusement, à la longue, quand c’est employé dans des moments plus dramatiques, ça frôle la sensiblerie facile, et c’est déjà moins élégant. Ce Tom Ford semble si attentif aux choses du paraître qu’il faudrait lui dire qu’il y a bien une certaine forme de goût à appuyer certaines séquences difficiles avec de tels effets. Même chose pour la musique, un peu trop directrice à mon sens.

Pour le reste, vu ce qui était proposé au début, une grosse déception. Un Feu follet sans génie ou le récit de la dernière journée (quasiment fantasmée, je vais y revenir) d’un homme n’étant pas parvenu à retrouver le goût de vivre après la mort accidentelle de son amoureux. Le problème, c’est que si on suit Mr Falconer tout au long de la journée, on n’en sait pas beaucoup plus sur lui malgré les divers flashbacks ou discussions plus ou moins profondes qu’il peut tenir avec les rares personnages qui parsèment ces quelques heures. Difficile de s’attacher à lui, ou de comprendre ses (morbides) aspirations. Ce ne sont pas ses rencontres qui le rendront plus sympathiques : sa voisine anglaise et amie de longue date (Julian Moore, insupportable comme d’habitude) lui balance des saloperies sur le couple qu’il formait avec son ami disparu ; il a le temps de s’enticher brièvement d’un bellâtre espagnol semblant droit sorti d’une pub Levis, et d’un éphèbe aux yeux de bébés, qui malgré la place qu’il prend dans sa vie pour les dernières heures de son existence, n’a foncièrement rien à lui dire ou même à lui proposer de bien original (à part une virée sur la plage — l’équivalent pour les films romantiques aux fleurs offertes à l’anniversaire de mamie).

C’est là qu’on voit que les fantasmes des hommes homosexuels ne divergent aucunement des hétéros. Un homme mûr et respecté, sorte de stéréotype vieilli du gendre idéal, ne rêve que de jeunes hommes aux yeux bleus, à la carrure parfaite et au cerveau allégé. Très bien au fond, pourquoi les homos devraient-ils avoir des fantasmes différents des autres ? Ben, peut-être que c’est un film justement, pas un fantasme. Et que ça, ça en rajoute encore au caractère gênant du film. On échappe pourtant au pire, Colin Firth inspirant probablement à chacune de ses apparitions une certaine forme d’empathie chez le spectateur ; un tout autre que lui n’aurait pas autant aidé le film à tendre vers la bonne direction. Imaginons Kevin Spacey à sa place, et ça deviendrait tout de suite autre chose (quoique, ce serait amusant).



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Office, Hong Won-Chan (2015)

Note : 2.5 sur 5.

Office

Titre original : Opiseu

Année : 2015

Réalisation : Hong Won-Chan

Avec : Ko Asung, Seong-woo Bae, Eui-sung Kim

Voilà qui est bien original : le thriller sans dénouement ou explications. C’est vrai quoi, pourquoi s’embarrasser, le spectateur fera le travail… Le réalisateur était pourtant le scénariste de The Chaser, mais il met là à son tour en scène le scénario de quelqu’un qui ne semble avoir rien fait d’autre. Résultat, sa mise en scène est parfaite (même si on tombe dans tous les clichés du genre, c’est efficace), mais le scénario est un grand brouillon que personne ne semble avoir réussi à mettre au propre. C’est pas tout de multiplier les fausses pistes ou de proposer des revirements improbables, encore faut-il au bout du compte retomber sur ses pattes et que le récit trouve une cohérence (au plus tard au dénouement, parce que sinon, non, on ne va pas refaire le film en en discutant avec les potes et y résoudre les trous et imperfections entre nous). Quand on parle d’interprétations laissées aux bons soins du public, ça ne concerne que des détails de l’intrigue, ceux dont on se souvient justement en revivant ou en se refaisant le film parce qu’il nous a convaincus et fascinés. Si la résolution de l’intrigue reste sujette à interprétation… dans les grandes longueurs, on hausse des épaules, et on passe son chemin.

Au passage (puisqu’il me faut bien regarder ailleurs après un haussement d’épaules), l’introduction du film souffre du même défaut que Midsommar. À vouloir trop souvent répondre aux codes des thrillers ou des films d’action, on s’impose une séquence traumatisante, censée être dans toutes les méthodes d’écriture, le point de départ de l’intrigue, ce que les Grecs appelaient hamartia, qui conditionnera tout le reste jusqu’au dénouement. Si parfois cette première péripétie n’est plus évoquée tout au long du récit, il faut qu’elle réapparaisse au moins suggérée dans le dénouement. C’est circulaire, une question d’harmonie. On peut faire sans, il y a sans doute plein d’exemples et des genres pour lesquels ça ne s’applique pas, mais quand on obéit aussi clairement à cette règle pour introduire son film, le spectateur, inconsciemment ou non, voit de la cohérence, et attend donc qu’on y retourne sur la fin. Ici pas du tout. Le rapport entre le massacre de la famille et l’élimination quasi vengeresse des collègues, il n’est pas clair. Je n’aime pas trop avoir à me servir de mon cerveau pour un thriller quand je ne comprends pas la situation…, ce n’est pas à moi de faire le boulot, messieurs.

Ça part d’Office à la poubelle…



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Midsommar, Ari Aster (2019)

Voilà ce qui vous attend quand vous vous improvisez anthropologue

Note : 2.5 sur 5.

Midsommar

Année : 2019

Réalisation : Ari Aster

Avec : Florence Pugh, Jack Reynor, Vilhelm Blomgren

Il faut un certain temps avant de se rendre compte qu’il s’agit d’un thriller. Et ce n’est pas une mauvaise chose. Mais ça brouille pas mal les pistes, et les habitudes. Ce n’est pas plus mal de voir de temps en temps des films qui changent la donne et proposent réellement une approche singulière. Il n’y a que comme ça qu’on fait avancer les choses, c’est certain…

Le film commence donc habilement comme un drame, avec une mise en scène assez lente, mais bien exécutée, sachant se faire oublier le plus souvent, avec des acteurs parfaits. Certaines notes d’humour s’invitent étrangement à la fête, et on ne sait déjà plus sur quel pied danser. Est-ce qu’on concourt encore pour Sundance ou se rapproche-t-on d’American Pie ? Mystère. Jusque-là, on n’a encore rien vu, mais le mélange rend une atmosphère plutôt convaincante. De mon côté, j’ai ensuite pas mal déchanté. En arrivant dans la communauté, c’est certes original comme film, on ne s’ennuie jamais, mais à mesure qu’on voit venir le film à élimination et que l’humour, du fait de la disparition un à un des petits rigolos, disparaît au profit d’hallucinations ou de délires sectaires, le lieu, censé dans ce genre de film (justement celui-ci proposait une autre approche) jouer sur le cloisonnement, l’impossibilité d’échapper à ses bourreaux, ne fait jamais que démontrer séquence après séquence son incapacité à tirer de l’horreur ou de la peur de ce lieu si particulier et des situations qu’il engendre. C’est peut-être une volonté de l’auteur, mais force est de constater que c’est moyennement efficace. Le fait d’être également pris entre deux chaises par le style du film, entre thriller, spectacle gratuit, et film intello cherchant à dénoncer les dangers des sectes, ne nous aide pas à nous y retrouver. On trouve juste ça un peu… bizarre.

On remarque aussi, côté thriller, la peur de l’étranger, toujours au centre de la culture américaine. Il y avait ça dans Hostel si je me rappelle. On ne peut plus utiliser des indigènes comme autrefois pour utiliser le mythe du bon Américain civilisé, ignare et naïf, corrompu par des communautés maléfiques de l’extérieur, alors on se retranche sur la vieille Europe, ses mythes païens et ses sectes.

Dommage aussi que toute la longue présentation d’avant-générique perde tout son sens par la suite. On aurait pu croire que notre reine de l’été, du fait de ce traumatisme, puisse représenter une cible facile pour une secte, mais étant donné qu’elle vient avec son petit ami et que le récit se focalise surtout sur leurs difficultés relationnelles, le traumatisme original perd peu à peu le sens dramaturgique annoncé. Pour la forme, le réalisateur nous ajoute quelques hallucinations des membres de la famille de la fille, mais ce n’est pas du tout exploité dramatiquement, un peu comme pour justifier après-coup de l’importance de cette longue présentation. C’est bien de créer un traumatisme initial qui lance la “quête” d’un héros (l’hamartia préconisée par Aristote), encore faut-il que l’expérience qui suit se réfère sans cesse à lui dans le récit. Si aucun dialogue ne s’opère entre ces deux époques du récit, ça n’a plus aucun intérêt. Et c’est d’autant plus malhabile que la relation entre les deux amoureux devient par la suite trop envahissante (pour y échapper, une possibilité aurait été de tuer le petit ami à la place de l’intello assommé pour avoir piqué des photos du livre sacré).

La durée du film n’aide pas non plus. Elle laisse la mauvaise impression que certaines scènes s’étirent. Aussi, comme on peine à ressentir l’enfermement de la communauté dans un espace si ouvert (en dehors des deux British aucun n’émet l’idée de quitter les lieux, même quand ça commence à devenir franchement louche). Le traitement du temps me paraît problématique : on ne bouge pas, et le film s’étire sur trois ou quatre jours. Crédible sans doute, mais alors que tout ça devrait créer une forme de tension, on ne la sent en fait jamais. Un film d’horreur, c’est censé faire un peu peur quand même, non ? Ce qu’on ressent ici est presque toujours « wow, c’est bizarre » (j’avais un peu ressenti la même chose lors du film de Skolimowski, Le Cri du sorcier, mais autrement plus réussi parce qu’on y ressentait quelque chose de gothique malgré le côté là encore païen — so Brithish le Sko — qui rapprochait le film du Dieu d’osier, avec un vrai malaise, qui est à un niveau supérieur du simple “bizarre” ressenti ici).

Paradoxalement, je trouve le film très européen. Pas du tout à cause de son lieu de tournage ou des acteurs, mais parce qu’on sent trop bien que c’est le film d’un seul homme. Quand on écrit seul, il n’y a personne pour remettre en question une orientation donnée à son récit, à demander à chaque scène ou réplique pourquoi on fait ou dit telle ou telle chose. Quand on est seul, il n’y a plus que les acteurs qui jouent, et qui ont eux une approche bien différente : ils questionnent le cinéaste pour trouver une cohérence psychologique chez leur personnage pour pouvoir au mieux le retranscrire à l’écran. Si une séquence est inutile ou mène à rien, ils s’en foutent et n’auront pas ni l’intuition de se le demander à la lecture ni l’audace de remettre en question ce qui fait partie de « l’univers » de l’auteur. Or, c’est précisément ce dont ce film avait besoin. De cohérence, non pas psychologique, mais dramatique. C’était peut-être inévitable en naviguant ainsi à vue dans un genre assez mal défini, et au final, c’est à la fois la singularité et la faiblesse du film.



 

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Mudbound, Dee Rees (2017)

Note : 2.5 sur 5.

Mudbound

Année : 2017

Réalisation : Dee Rees

Avec : Jason Clarke, Carey Mulligan, Garrett Hedlund

Guimauve en noir & blanc hypocrite formaté comme il faut pour les prix.

Honorer les braves d’hier, c’est une manière pratique de fermer les yeux sur les victimes d’aujourd’hui. Dans cette veine de films bon teint enfonçant les portes ouvertes sur le racisme. Il n’y a guère que Green Book qui sort du lot dans ce registre, ces dernières années (et de ce que j’ai pu voir bien sûr), peut-être justement parce qu’il sort du formatage du film d’époque en proposant une relation inversée d’un Blanc au service d’un Noir.

Parce qu’ils sont fatigants ces films américains traitant du racisme d’hier (on croirait presque voir une nostalgie de cette époque, un comble) et applaudissent en masse par une armée de petits critiques blancs qui se trouvent, bien sûr, en rien égratignés par un tel film, et qui ont tout intérêt à louer le message faussement antiraciste du film. Le racisme d’hier n’aide en rien la compréhension et la lutte contre les racismes d’aujourd’hui. Au contraire, je pense qu’il sert à se donner bonne conscience et à ne rien changer sur ses propres petits réflexes d’exclusion ou de jugements hâtifs.

Dans les années 50, le Sud nous racontait l’histoire d’un homosexuel, la jambe dans le plâtre, hantée par la perte de son meilleur ami (Une chatte sur un toit brûlant, et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres). Pas une histoire de couleur, certes, mais on dirait qu’en 2017, Hollywood n’est plus aussi en avance qu’autrefois sur ces questions de mœurs. Il semblerait presque qu’on en soit encore à offrir des rôles à Sidney Poitier dans lesquels il fait ami-ami avec un Blanc… Devine qui vient dîner ?… En somme, un demi-siècle que l’Amérique fait du surplace, recule même. Et plus, ces histoires semblent sorties des ateliers d’écriture de Disney, plus on applaudit. Surtout, ne froisser personne. La dictature douillette du politiquement correct.

Paradoxalement (paradoxe allemand, on pourrait dire), la seule note originale du film, bien que très convenue (et servant de happy end au film), c’est le retour du sergent noir chez sa blonde. Ici, on ne va pas se mentir, je doute qu’il y ait eu beaucoup d’histoires d’amour de ce type à la fin de la guerre, qui ne soit pas en réalité de sordides histoires de viol, plus en tout cas qu’en France libérée. Mais c’est peut-être parce que là enfin, on sort justement des clichés, tout en gardant cette naïveté bien léchée qui inonde tout le film, que cette conclusion avait réussi à m’émouvoir. Un bonheur simple de retrouvailles sans chichis ni trompettes. Un amour sincère et digne. Il était temps.


 

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