La classe ouvrière va au paradis, Elio Petri (1971)

La classe ouvrière va au paradis

La classe operaia va in paradiso Année : 1971

Réalisation :

Elio Petri

6/10  IMDb
Avec : Gian Maria Volontè

Cent ans de cinéma Télérama

Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables de 1971

Je vais finir par m’habituer au ton original de Petri… Je ne m’attendais vraiment pas à aimer, et d’ailleurs, je n’ai pas aimé. Mais c’est moins lourd que ce que je m’attendais. Il faut juste se faire au style : mélange de politique et d’ironie, d’humour noir (ou d’insolence).

Au début, on cherche à comprendre si tout ça a un sens, et puis au bout d’un moment on ne cherche plus : Petri utilise le contexte politique comme un autre, mais il ne prend pas position. C’est sûr que c’est difficile de savoir s’il aime ses personnages ou pas, et en particulier cet ouvrier « modèle » jusqu’au jour où il perd un doigt et qu’il est viré, interprété toujours par Gian Maria Volonte.

Assez déroutant, mais si on accepte de ne pas comprendre, de se laisser emporter vers un voyage dont on ne connaît pas la destination, ça peut se laisser voir. Palme d’or, en revanche, pour une année qui compte autant de films bien meilleurs que ça…


La classe ouvrière va au paradis, Elio Petri 1971 | Euro International Film (EIA)


Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, Elio Petri (1970)

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon

Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto

Note : 2.5 sur 5.

Titre original : Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto

Année : 1970

Réalisation : Elio Petri

Avec : Gian Maria Volontè, Florinda Bolkan, Gianni Santuccio

Le mélange des genres est parfois à double tranchant… Humour noir, très subtil au début, qui penche vite vers la caricature et le film politique, engagé… Quand on met en scène ses ennemis politiques, qu’est-ce qu’on peut espérer d’autre qu’une grosse caricature et des personnages sans nuances… ?

C’est tellement gros parfois qu’on est proche de la farce, à deux doigts même de la comédie politique de Dario Fo, Mort accidentelle d’un anarchiste écrite la même année, se référant aux mêmes événements terroristes, avec la même dénonciation des pratiques de la police… Sauf que le second degré n’est pas le même : la farce peut dénoncer, mais les personnages restent sympathiques. On peine à trouver l’humour, au début, on est un peu perdu par le ton et par les agissements du commissaire, et au final, on n’arrive jamais à aimer ce personnage (le principe de toute histoire, c’est que même avec les pires criminels, il faut leur donner un aspect sympathique, sinon le public ne peut pas adhérer à ce qu’il voit).

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, Elio Petri 1970 | Vera Films S.p.a

Ce genre de films a surtout une valeur historique aujourd’hui pour un public assez peu familier avec la politique et l’actualité italienne : savoir que dans les années 70 et 80 le cinéma italien était fortement engagé (et qu’il y avait sans doute de quoi, et Gian Maria Volonte a toujours été du combat…). Mais comme film « politique » j’ai tout de même vu plus subtil, des films qui décrivaient des situations bien particulières, qui mettaient en scène la lutte contre le pouvoir, ses aberrations, ses scandales, alors qu’avec Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, on se contente de dire : « Ce type est un fasciste, normal, c’est un psychopathe ».

Quand on veut combattre des idées, on formule une argumentation, au cinéma, on met en scène ceux qui luttent, ses partisans, pour « parler » en son nom ; et les autres, ceux qu’on n’aime pas, si on n’est pas capable de défendre leur point de vue, autant les laisser aux rôles d’opposants. Caricaturer les méchants pour les combattre, c’est aussi intelligent qu’un môme qui dit : « Toi, t’es méchant parce que t’es pas beau ! ». Mettre en scène ses ennemis, c’est aussi d’une parfaite mauvaise foi, on les montre sous leurs plus mauvais jours, et on accentue le trait sans crainte d’être contredit… Même si le film n’est pas sans intérêt, il y a là quelque chose de raté. Ça ressemble à ce que pourrait être un film du parti communiste français sur Sarkozy…



Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1970

Liens externes :


Le Pigeon, Mario Monicelli (1958)

L’Armée branquignol

Le Pigeon

Note : 5 sur 5.

Titre original : I soliti ignoti

Année : 1958

Réalisation : Mario Monicelli

Avec : Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, Renato Salvatori

— TOP FILMS —

Peut-être l’une des meilleures comédies qui soit. Une comédie, une farce, hilarant du début à la fin, tournant autour des bêtises de quatre ou cinq malfrats stupides et ridicules.

L’écriture est presque aussi précise qu’une pièce de théâtre. Cela commence par la mise à l’ombre de Cosimo pour une tentative de vol de voiture (pendant le générique). Il demande alors à sa petite amie de partir à la recherche d’un “pigeon” qui pourra avouer être l’auteur du délit et ainsi lui permettre de sortir moyennant paiement après la substitution. Vient ensuite toute une série de scènes pour trouver ce pigeon, scènes prétextes en fait à la présentation de ce qui constituera le futur gang malheureux. On propose d’abord à Mario, sans emploi et qui vit de petits recels, mais celui-ci a déjà servi deux fois de pigeon et il risquerait une plus lourde peine. Il va donc avec Capanelle, qui lui avait proposé (et qui a lui tout à fait la physionomie du pigeon : sorte de Sim italien s’exprimant le plus souvent d’onomatopées et toujours à picorer quelque chose), retrouver Michele, un Sicilien aux manières forcées d’aristocrate habitué aux histoires louches. Mais lui non plus ne peut pas…, ils vont donc tous à leur tour retrouver Tiberio, un photographe sans camera, et qui a un casier vierge. Il ne peut pas… Et ils proposent enfin à Peppe, boxeur prétentieux mais sans talent. Qui accepte.

Le plus remarquable dans ces scènes de présentation, c’est qu’en dehors de la caricature de la traditionnelle scène de formation de groupe (montrée en plus là de manière dramatique, avec le groupe se grossissant à mesure des rencontres comme si pour tous, il devenait vital de trouver un pigeon dans cette histoire), c’est que tous ont une situation bien particulière dans leur vie. Ce sont évidemment tous des ratés et à mille lieues les uns des autres. Capanelle est un vieillard limite de la sénilité. Mario est un séducteur qui parle toujours de sa bonne mère qu’il faut préserver (alors qu’il est, on le saura plus tard, orphelin, et donnera lieu à une scène surréaliste lors de son retour à l’orphelinat). Michele est petit et laid, et séquestre chez lui sa magnifique sœur (Claudia Cardinale) avant de lui trouver un mari. Tiberio (Marcello Mastroiani) élève seul son bébé car sa mère est en prison. Et Peppe (Vittorio Gassman) est un séducteur qui est déjà la caricature du Fanfaron de Risi.

Peppe va donc servir de pigeon, mais suite à une scène de commedia dell’arte entre Peppe et Cosimo (énorme moment d’anthologie : « comment mais c’est toi ! — oui c’est moi je l’avoue, quand j’ai su qu’un vieil homme innocent était inculpé à ma place, j’ai accouru »…, tout ça joué avec une telle vérité qu’on s’y croirait) tous deux se retrouvent incarcérés. C’est là que Peppe va mettre à contribution son passage en cellule pour soutirer les informations à Cosimo pour préparer leur prochain coup : s’emparer du contenu du coffre du mont-de-piété en passant par l’appartement voisin. Pour se faire conseiller, il demande à Dante (Toto) de les aider. Après quelques semaines de préparation, et quelques contretemps (appartement finalement occupé, séduire la bonne, Mario se retirant pour épouser la sœur de Michele, Tiberio se cassant le bras mais participant tout de même à l’aventure…) le gang, réduit à quatre éléments (Peppe, Tiberio, Capanelle et Michele) se lance à l’assaut de l’appartement tel Cervantes face à ses moulins… Cela ne va évidemment pas se passer comme prévu.

Le film se termine sur une image à la fois hilarante et symbolique : Peppe qui cherchait à échapper à deux policiers, se réfugie dans une foule qui le happe. C’est en fait une queue de travailleurs se massant devant une usine en attendant l’ouverture des portes. Contre sa volonté, il suit le mouvement et se retrouve obligé d’aller travailler. On est plus très loin de Chaplin à ce moment-là.


Le Pigeon, Mario Monicelli (1958) | Cinecittà, Lux Film, Vides Cinematografica

Ettore Scola

crédit Ettore Scola

Classement : 

8/10

7/10

  • Splendor (1989)
  • Une journée particulière (1977)

6/10

  • Nous nous sommes tant aimés ! (1974)
  • Passion d’amour (1981)
  • Drame de la jalousie (1970)

5/10

  • Les Nouveaux Monstres (1977)

Films commentés (articles) :

Ettore Scola

Sergio Leone

Classement : 

10/10

  • Il était une fois dans l’Ouest (1968)
  • Il était une fois en Amérique (1984)
  • Le Bon, la Brute et le Truand (1966)

9/10

8/10

7/10

  • Pour une poignée de dollars (1964)
  • … et pour quelques dollars de plus (1965)

6/10

5/10

  • Il était une fois la révolution (1971)
  • Le Colosse de Rhodes (1961)

Listes :

Sergio Leone

Dino Risi

crédit Dino Risi
Classement :

10/10

  • Le Fanfaron (1962)

9/10

  • Une vie difficile (1961)

8/10

  • Il giovedi (1964)
  • Le Signe de Vénus (1955)
  • Au nom du peuple italien (1971)
  • Le Veuf (1959)
  • Pauvres mais beaux  (1957)
  • Les Complexés, segment Une journée décisive (1965)
  • L’Impossible Isabelle (1957)
  • Les Poupées (1965)

7/10

  • L’Homme aux cent visages (1960)
  • Il gaucho (1964)
  • Dernier Amour (1978)
  • Pane, amore e….. (1955)
  • La Marche sur Rome (1962)
  • Le Succès (1963)

6/10

  • Parfum de femme (1974)
  • Les Monstres (1963)
  • Belles mais pauvres (1957)
  • À huis clos (1961)

5/10

  • Le Chemin de l’espérance /Il viale della speranza (1953)
  • Vacanze col gangster (1952)
  • La Carrière d’une femme de chambre (1974)
  • Les Nouveaux Monstres (1977)

4/10

  • Fantôme d’amour (1981)

Films commentés (articles) :

Commentaires simples :

Le Signe de Vénus

Des hommes irrémédiablement goujats et trompeurs ; des femmes honnêtes et victimes. Voit-on des comédies aussi féministes aujourd’hui ?… La distribution est folle. Sophia Loren, Vittorio De Sica, Alberto Sordi, Peppino De Filippo, Raf Vallone

Dino Risi

Federico Fellini

 
Classement :

10/10

  • Le Casanova de Fellini *
  • La dolce vita **
  • Les Nuits de Cabiria *

9/10

  • La Cité des femmes
  • Toby Damnit

8/10

7/10

  • Amarcord
  • La strada
  • Fellini Roma
  • Juliette des esprits
  • 8 et demi
  • Les Inutiles / I vetelloni**
  • Courrier du cœur / Le Cheik blanc
  • Les Feux du music-hall

6/10

  • Satyricon
  • Il bidone
  • Boccace 70 (pour la partie fellinienne) *
  • Les Clowns

5/10

  • La voce della luna
  • Intervista
  • Ginger et Fred

4/10

  • Et vogue le navire

 

 

*Films commentés (articles) :

*Films commentés (courts articles et commentaires prépubères) :


Federico Fellini

Luchino Visconti

Classement :

10/10

  • Le Guépard (1963)
  • Mort à Venise (1971) *

9/10

  • Bellissima (1952)
  • Rocco et ses frères (1960)

8/10

7/10

  • Les Nuits blanches (1957) *
  • Ludwig – Le Crépuscule des Dieux (1972)
  • Senso (1954)
  • Les Amants diaboliques (1943)
  • La terre tremble (1948)
  • Violence et Passion (1974)

6/10

  • L’Etranger (1967) ***
  • L’Innocent (1976)

5/10

  • Boccace 70 (pour sa partie) (1962) *
  • Notes sur un fait divers (1953)
  • Sandra (1965)
  • Les Damnés (1969) **

*Films commentés (articles) :

**Article prépubère :

***notes simples :

L´Étranger (1967)

C’est bien mais je n’ai rien ressenti. Disons plutôt que c’est moyen. Le personnage principal est intéressant. Voilà, Meursault Pastroianni est bien dans le film. Visconti en roule libre. Peut-être que Antonioni aurait été mieux pour réaliser cette histoire. Ah oui, voilà, je le reverrais bien si c’est Antonioni qui le réalise. Mais tout cela n’a pas beaucoup d’importance. Enfin, en fait si. C’est le seul film que j’ai vu aujourd’hui. Dommage. Rien de bien dramatique toutefois. Au fait, mon petit chat est mort. Et je n’ai plus de feu.’


 

Luchino Visconti

Sergio Corbucci

Classement : 

8/10

  • Le Mercenaire (1968)
  • Django (1966)
  • Les Deux Brigadiers / I due marescialli (1961)

7/10

  • Far West Story (1972)
  • Compañeros (1970)
  • Celui qui s’arrête est perdu / Chi si ferma è perduto (1960)
  • Le Religieux de Monza (1963)

6/10

  • Il conte Tacchia (1982)
  • Le Pot de vin (1978)
  • Er più: storia d’amore e di coltello (1971)
  • Navajo Joe (1966)
  • Gli onorevoli / Les Députés (1963)

5/10

  • Mais qu’est-ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ? (1972)
  • Le Grand Silence (1968)
  • Cible mouvante (1967)

4/10

 

3/10

  • I figli del leopardo (1965)
  • Le Spécialiste (1969)

Sergio Corbucci

Pietro Germi

crédit Pietro Germi Classement :

10/10

9/10

  • Ces messieurs dames (1966)
  • Le Disque rouge (1956)

8/10

  • Le Chemin de l’espérance (1950)
  • Séduite et Abandonnée (1964)
  • Au nom de la loi (1949)
  • L’Homme de paille (1958)
  • Mademoiselle la présidente (1952)
  • Traqués dans la ville (1951)
  • Meurtre à l’italienne (1959)
  • Gelosia/Jalousie (1953)

7/10

  • Divorce à l’italienne (1961)
  •  Jeunesse perdue (1948)
  •  Le Témoin (1946)
  • Alfredo, Alfredo (1972) 

6/10

5/10

  •  Scrittori e poeti anglosassoni a Roma (1947)
  •  La Tanière des brigands  (1952)
Films commentés :
Simples notes
Alfredo, Alfredo, Pietro Germi (1972)

Gentil dynamitage du mariage. La comédie italienne semble déjà avoir écumé tous les sujets. L’essoufflement se laisse ressentir, dans l’approche, surtout ; parce qu’en détail, c’est finement écrit. L’approche, si je reste dans la logique de mon précédent article sur l’humour ascensionnel, la satire (si c’en est une) égratigne l’institution du mariage, mais finalement assez peu la société. Voir un simple employé de banque séduire deux femmes magnifiques, cela relève beaucoup plus du fantasme que d’une réalité sociologique (on retrouve un des défauts des premiers films de Germi). Dustin Hoffman reprend en quelque sorte son rôle du Lauréat et ouvre la voie à ce qui sera l’emploi de Woody Allen, mais l’astuce justement chez le New-Yorkais, c’était que ses personnages étaient à trouver plutôt du côté des intellectuels que des employés lambda. Hoffman avec Polanski et Allen avait popularisé la « sexualisation » (si l’on peut dire ça comme ça) des petits laids au cinéma. Mais « employé de banque », non.

En revanche, la description de la femme excessive, possessive, qui se plaint de ne pas avoir assez d’attention, versatile, vise juste… Le tout, sans jamais rendre ces femmes méprisables. Un exploit. On sent toutefois la ligne de crête toute proche.

Gelosia/Jalousie (1953)

Un sommet du mélodrame. Une bonne vieille tragédie comme on en fait plus avec un amour impossible entre un aristo et une fille de rien qu’il prend rapidement comme servante, puis l’idée farfelue de la faire épouser par un domestique que l’aristo tuera par jalousie. Voilà le point de départ. Le développement revient aux origines de la relation à la manière d’un film noir et d’un long flashback, avant de revenir au présent et de jouer sur la culpabilité. Maîtrise absolue de Germi à la mise en scène : pas un regard de trop, les gestes qu’il faut, une partition d’une rigueur totale. On sent largement l’influence américaine. C’est du mélodrame à la sauce hollywoodienne, voire à la mexicaine. Entre western et drame romantique d’époque qu’affectionnaient les grands studios dans les années 30 et 40. À certains moments (le décrochage du christ), l’utilisation de la musique donnait même l’impression de revoir certaines séquences du Dracula de Coppola (notamment au début). Germi aura touché finalement à tous les genres, et chaque fois avec une même réussite.

La Tanière des brigands  (1952)

Scénario un peu trop aride : de la poussière, de la rocaille, de la poudre à fusil, ça manque un peu d’huile et de sang tout ça. La direction d’acteurs est irréprochable, comme d’habitude, devrais-je dire. Amedeo Nazzari, avec ses faux airs d’Errol Flynn est dans la continuité des rôles principaux masculins de Germi que j’ai pu voir ces derniers jours : il n’y a absolument rien qui dépasse. Carré, droit au but, l’œil qui flanche quand il faut pour laisser voir qu’il réfléchit et repartir aussitôt.

Bien qu’adapté d’un roman italien, on y retrouve quelques notes de Men in War. Malheureusement, pas les meilleures. Compliqué de se passionner pour une telle quête aux enjeux assez flous pour qui ne maîtrise pas l’histoire italienne (poursuite de brigands du Sud).

Tout semble en place pour que le pays lance ses propres westerns. Mais si l’on s’ennuie tellement, en revanche, et paradoxalement, c’est un peu parce que l’exposition est ratée et qu’il aurait bien fallu allonger le film de quelques minutes pour développer le personnage principal, voire celui de son futur allié et subalterne. Germi sait probablement rendre humains ses personnages à travers sa mise en scène, mais son adaptation paraît bien manquer le coche dans l’introduction pour lancer une forme d’identification. Il rentre trop vite dans le vif du sujet, et c’est sans doute ça qui donne au film cet aspect extraordinairement sec et sans vie.

Jeunesse perdue (1948) et Traqués dans la ville (1951)

Deux films noirs d’assez bonne facture. Comme d’habitude avec Germi, si l’histoire est au point, la plus-value est clairement du côté de la direction d’acteurs. J’ai tendance à dire que quand l’ensemble de la distribution joue parfaitement sa partition, c’est que le maître d’œuvre est un bijou de directeur d’acteurs. Une habitude, là encore, quand c’est un acteur à la manette. Et si ce n’était que pour servir platement des histoires, cela n’aurait pas grand intérêt. Comme dans les autres films, savoir diriger des acteurs permet à Germi d’insuffler une bonne dose d’humanité à ses histoires.

C’est d’autant plus marqué dans Traqués dans la ville où l’intrigue prend à revers les impératifs du code Hays auquel bien sûr Germi et ses potes à l’écriture (que des pointures) ne sont pas contraints. Dans un film noir américain, les braqueurs auraient été invariablement montrés de manière négative. Tout le contraire ici. On sent la claire intention de se pencher sur des destins fragiles, des criminels poussés par la misère plus que pour l’appétit du gain. Chez leurs cousins américains, ces personnages auraient été des psychopathes. Ici, ils sont vite, pour la plupart, rongés par la culpabilité. Germi prend ainsi exagérément son temps pour faire peser sur eux tout le poids des conséquences tragiques qui ne manqueront pas de s’abattre sur eux. Dans cette manière de ralentir ostensiblement le rythme, on serait presque déjà dans du Visconti. Dernière possibilité : sauver le plus fréquentable des braqueurs. Ne pas le tuer sommairement ou symboliquement, mais le laisser beaucoup plus sagement entre les bras de la justice des hommes.

Jeunesse perdue dévoile une intrigue plus classique, mais on y voit un peu la même intention que dans Les Vaincus d’Antonioni de socialiser la criminalité dans ces années d’après-guerre en indiquant qu’elle peut tout aussi bien provenir des classes aisées. On sent que Germi dirige son acteur franco-lituanien sans lui laisser le moindre espace de liberté : pour être crédible, le malfrat doit être d’un stoïcisme à toute épreuve. Les deux hommes ont effectué un travail exceptionnel sur ce personnage. Sernas en arriverait presque à éclipser le toujours excellent Massimo Girotti.

Mademoiselle la présidente (1952)

Je n’attendais pas vraiment Germi dans le registre du vaudeville. Exercice le plus compliqué qui soit, surtout pour un étranger. Les exemples d’adaptations ratées ne manquent pas, et il y aurait tout un pan du cinéma français des années 30 qui serait à explorer : les adaptations des grands succès du vaudeville ou du théâtre de boulevard. Fanfare d’amour, Mademoiselle ma mère, Le Veau gras, Arlette et ses papas, L’Hôtel du libre-échange, et Enlevez-moi, semblent correspondre à des adaptations réussies, si j’en crois mes notes… Parce que le vaudeville, c’est une mécanique, et c’est une tonalité très spécifique, avec des lazzi qui ne sont pas forcément ceux du théâtre italien (d’autant plus que le cinéaste ne semble pas être issu de ce milieu). Aucune idée où Germi aurait pu piocher tout ça, mais il maîtrise manifestement tous ces codes.

Mademoiselle la présidente est un vaudeville des années 10, déjà adapté avec la Popesco en 1938. Connaissant mon amour modéré pour l’actrice roumaine, mieux vaut se garder de le voir. C’est que Gobette est censée séduire toute la haute magistrature française, difficile de concevoir un tel personnage avec la Popesco.

Les quiproquos s’enchaînent et toute la mécanique s’agence délicieusement. Les acteurs sont parfaits. Et le message politique serait presque encore d’actualité : comme souvent dans les vaudevilles, ce sont les filles en petite tenue (actrices de music-hall) qui tournent en bourrique les bourgeois, présentés comme de vulgaires arrivistes quémandant d’une manière ou d’une autre des postes dans la haute fonction publique en jouant du réseau ou d’entourloupes coquines. En prime ici, le leitmotiv du fonctionnaire maltraité par le ministre, obligé par huit fois de modifier un décret, et le serviteur mesquin décidé à pourrir la vie du ministre. L’époque avait quelque chose de bien plus révolutionnaire que la nôtre…

Pietro Germi