L’École du crime (1938), Lewis Seiler

Bogie Night

L’École du crime

Note : 3 sur 5.

Titre original : Crime School

Année : 1938

Réalisation : Lewis Seiler

Avec : The ‘Dead End’ Kids, Humphrey Bogart, Gale Page

Sympa de retrouver les Dead End Kids, après They Made Me a Criminal et Les Anges aux figures sales. Ils ont cette fois le beau rôle.

L’histoire suit un cheminement archétypal reproduit cent fois depuis cette époque, et en particulier dans les séries américaines. La punition, le Bon Samaritain qui prend sous son aile un gamin, qui lui propose de l’aider ; l’enfant refuse par défiance ou par fierté ; puis il finit par se ranger de son côté après que le bon tombé du ciel lui a prouvé sa valeur et gagné sa confiance. Tout se passe parfaitement pendant un temps, mais le jeu de manipulation commence, et les « méchants » ouvrent les yeux du gamin sur les mauvaises intentions, réelles ou supposées du bon Bogart envers sa sœur ; retournement brutal de comportement, le petit monstre redevient le monstre qu’il était avant et veut se venger… Bien sûr, il échoue, Bogart camoufle ce qui a débordé. Tout est bien qui finit bien.

C’est bien huilé, mais cela a été tellement repris depuis, qu’il est difficile d’y trouver un réel plaisir. Le film est court ; son message aussi : « Il ne faut pas être dur avec les sauvageons, sinon on finit par y tuer tout espoir de tendresse ». Hum… Ou bien : « Personne n’est irrécupérable ». D’accord… Ou enfin : « Ce n’est pas le libre arbitre de l’homme (encore moins de l’enfant) qui fait l’homme, c’est son environnement ». Pourquoi pas. Et juste, finalement, mais un peu timide. À quand un School Crime avec des sauvageons bien de chez nous ? Peu probable. On en est pourtant en plein dedans, et si le cinéma avait quelque chose à dire sur son temps, en 1938 ou aujourd’hui, le message pourrait être le même. Ce qui a changé, c’est le cynisme, sans doute. L’individualisme aussi. On veut bien lâcher un impôt comme autrefois on donnait pour les pauvres, et ça nous donne droit à ce qu’on traite ce petit peuple à la dure et qu’on ne lui laisse rien passer. En gagnant du confort, on gagne aussi une certaine intolérance à ce qu’on y soit dérangés. Alors non, une telle œuvre de nos jours reste improbable. Et le paradoxe, comme j’ai dit, c’est que c’est un schéma souvent répété dans les fictions que l’on regarde. Il était déjà difficile d’y croire ou d’en faire un bon film en 1938, là au moins non plus rien n’a changé puisqu’on cantonne ça à la télévision. Pourtant, faire des bons films avec de bonnes intentions, c’est possible. Peut-être que ce qui compte, ce n’est pas justement qu’elles soient bonnes, mais qu’elles soient délivrées avec justesse. Mystère.

La dimension sociale aurait pu être intéressante si elle avait été au centre du récit. On a plus affaire à une histoire à la Joséphine, Ange gardien plutôt qu’un réel réquisitoire contre les mauvais traitements des jeunes délinquants dans les maisons de correction. Le sujet du film devient vite la vengeance et les magouilles de l’ancien directeur du centre pour récupérer son poste et rendre la vie dure à Bogart. Autant de péripéties qui brouillent le message en question. Le message, est plus d’être bon au lieu d’être juste, en devient donc obscur. Difficile de convaincre dans ces conditions.

Quelques similitudes au début avec le film de Barry Levinson, Sleepers. Des gosses issus du même quartier de New York (Hell’s Kitchen), la même maison de correction.

Et il est toujours étonnant de voir un film avec Humphrey Bogart, avant la naissance du film noir. Il jouait souvent les types biens (et justes), une sorte de Tom Hanks des débuts, attendant son heure en emmagasinant le plein de sympathie du public. Seulement Hanks, finalement, n’a jamais pris de risques, ou n’a pas eu la chance de proposer à ce public des rôles qui offriraient une nouvelle palette à cette personnalité sympathique. Bogart l’a fait, sans doute malgré lui, mais le capital sympathie qu’il traîne avec lui dans ces crime films pré-noirs sera un atout majeur dans ses rôles à venir. Qu’on ait vu ou non ces films précédents d’ailleurs, car il en reste aussi toujours un peu chez un acteur qui joue avec sa véritable nature ou qui garde une partie souvent de la peau des personnages qu’il a interprétés. Il pourra ainsi jouer des rôles de durs avec subtilité, une autorité simple, celle des gars à qui on sait qu’on peut faire confiance. Aux personnages de James Cagney, on savait qu’on pouvait tout leur demander, mais c’était une tornade, c’était un peu tout ou rien, les Années folles. Avec Bogart, la confiance au boss, on lui offre parce qu’on sait, qu’au fond, il a un regard bienveillant sur nous (que ce soit un boss, un détective, ou un criminel d’ailleurs) comme un supérieur militaire qu’on respecte pour son grade, mais aussi et surtout parce que c’est un frère (d’armes). Et si l’âme du film noir à venir n’était pas justement là ? Une sorte de calque de la guerre : une menace qui rôde, une quête qu’on poursuit plus par devoir que par nécessité, un dévouement sans failles à sa condition ou son travail, la résistance suspecte (et souvent jugée un peu vite en en faisant une thématique psychanalytique) aux femmes (qui pourraient tout autant être des agents du mal), une constance malgré les doutes, voire une certaine désillusion, et souvent aussi, une obéissance à une forme d’autorité bienveillante (même si parfois criminelle).

Celui qui fait son apprentissage ici, ce ne sont pas les Dead End Kids, mais bien Bogie. See you – soon.


L’École du crime 1938, Lewis Seiler | Warner Bros


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L’Étrange Incident, William A. Wellman (1943)

C’est à eux qu’il faut penser

L’Étrange Incident

Note : 5 sur 5.

Titre original : The Ox-Bow Incident

Année : 1943

Réalisation : William A. Wellman

Avec : Henry Fonda, Dana Andrews, Mary Beth Hughes, Anthony Quinn, William Eythe, Harry Morgan

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Le voilà le chef-d’œuvre du bon William. Un film simple, très court, capable de soulever mille questions. Sur la responsabilité, la justice, la conscience des hommes…

Le western se rapproche de la grandeur tragique des mythes antiques. Ce n’est pas l’histoire de personnages isolés à la frontière mexicaine, c’est celle d’une humanité tout entière. Elle aurait pu se passer n’importe où. L’environnement et la société ne sont en rien les auteurs ou les responsables de cette méprise tragique ; c’est l’homme, seul. On revient aux origines de la société, quand ses règles, ses lois, son autorité, sont encore balbutiantes. Tout est toujours balbutiant dans une société. Même si la sophistication, la rigueur des habitudes, une histoire et une pratique bien établie laissent toujours penser le contraire. On croit rendre justice au nom des hommes quand en fait on ne cesse de la bafouer et de la déshonorer. La certitude, est en Justice comme en science, un état dangereux, un confort dont il faut se méfier. Une civilisation, une société, c’est comme le destin de l’homme, il n’y a pas de finalité, il n’y a pas de posture debout. L’homme droit n’existe pas. On ne fait jamais que l’improviser la civilisation. La réinventer au milieu du désert n’est pas une chose aisée.

L’Étrange Incident, William A. Wellman 1943 | Twentieth Century Fox

Alors, c’est parfois dans le western, là où souvent la cruauté est la plus palpable, la plus brute, qu’on voit naître l’humanité de l’homme. Quand il est confronté à sa propre bestialité. Le thème de la vengeance, parce qu’il est primaire, est idéal pour le western. En face de ces éléments brutaux, primitifs, la figure de l’homme qui se lève, brave, droit, conquérant de la Justice, doit apparaître comme un contrepoint. Les thèmes positifs du doute, de la conscience ou de l’empathie peuvent alors apparaître aux yeux du spectateur comme une évidence. La fable doit être simple à comprendre pour en retenir la leçon, la morale.

Cette fable est un condensé de l’évolution de la société des hommes. Commence le désir de la vengeance brute ; on part lyncher les coupables ; le doute apparaît dans l’esprit de certains, on procède à un vote (la bonne conscience qui se donne des faux airs de démocratie) ; on exécute, et finalement, on se repent (sans jeu de mots) de sa méprise. La faute, provoquée à l’insu de son plein gré, l’hamartia, depuis Œdipe ou le Christ, provoque un nouvel état de conscience qui pousse l’homme à se racheter. Le rêve d’un État de droit en est directement le produit. La Justice des hommes serait-elle née du besoin de rédemption de ceux qui se sont rendus coupables de se croire des juges tout-puissants ? Impossible à dire. C’est en tout cas une vision plus idéaliste, plus belle de la Justice. Une Justice moins « réparatrice » ou moins « punitive ». La Justice c’est aussi le doute, c’est aussi l’acceptation de l’erreur, parce qu’il s’agit de la Justice des hommes et qu’il ne peut en avoir une autre. C’est bien parce qu’elle est unique et faillible que la vigilance est toujours de rigueur. L’humilité en ses capacités aussi. La Justice ne remplace pas Dieu ; on ne peut en attendre « monts et merveilles ». Les fables, le cinéma donc, et le western en particulier, ont cette portée didactique. Les histoires, quand elles s’attachent à nous dévoiler notre côté obscur, opèrent en nous une sorte de conscience cathartique qui nous aide à aller plus loin, en identifiant les maux, les défauts infimes qui parsèment notre médiocrité. Connaître, identifier un problème, l’accepter, pour le contourner. C’est le principe, au départ, de toute société. Et sans ces histoires pour condenser en une seule image toute l’ambition de ce vivre ensemble, le transcender, le démystifier, eh bien nous serions sans doute encore enchaînés dans notre caverne. L’art, le cinéma, les fables, c’est l’âtre, le foyer, le feu du cow-boy où, d’un seul coup, tout est possible, non parce qu’il sert à châtier notre faute, mais parce qu’il illumine nos consciences et nous montre la voie. Sans cinéma, sans image, sans histoires, pas de Justice. L’art est autant un guide qu’un gardien.

Un film humaniste donc, essentiel, qui dit ce qu’est la Justice et ce qu’elle n’est pas. Un film à montrer dans les écoles. Parce qu’on ne peut sans doute pas apprendre à être intelligent à l’école, mais on peut au moins apprendre à y devenir un peu plus un homme, un vrai ; non pas sévère et brutal, aveuglé par ses certitudes, non pas comme ce général lyncheur qui finira par se suicider quand toutes ses illusions s’écrouleront à l’annonce de la révélation tragique ; mais un homme, conscient de ses failles et de sa fragilité. Grandir, c’est apprendre à se faire tout petit.

La scène de la lecture de la lettre du faux coupable est particulièrement émouvante, même si on se rapproche un peu plus d’un idéal presque religieux, en tout cas humain, terriblement humain :

« Ceux qui sont à plaindre sont ceux qui devront porter toute leur vie le poids de leur faute ─ moi je suis déjà mort. C’est à eux qu’il faut penser… »

L’erreur est humaine, comme disait Poncif Pilate… La justice aussi.

À noter du beau monde dans la distribution : Henry Fonda (toujours dans les bons coups quand il s’agit de « faux coupables »), Anthony Quinn et Dana Andrews.

Les Dents du diable, Nicholas Ray (1960)

Inuk, l’Esquimau

Les Dents du diable

the savage innocent

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : The Savage Innocents

Année : 1960

Réalisation : Nicholas Ray

Avec : Anthony Quinn, Yôko Tani, Peter O’Toole

Ça spoile large et sec, vous êtes prévenus.

Anthony Quinn, qui a dû jouer une cinquantaine d’ethnies différentes tout au long de sa carrière, est Inuk l’Esquimau. Chasseur solitaire, Inuk est à la recherche d’un gibier plutôt rare dans le grand nord : une épouse. On lui présente deux filles accompagnées de leur mère, mais Inuk tarde à choisir ; quand il se décide enfin, un autre est déjà parti avec la fille. Il part alors sur la banquise à leur poursuite, en traîneaux, en embarquant l’autre fille et sa mère… en guise de troc. On ne s’embarrasse pas avec le folklore chez les Esquimaux : « Tu veux être ma femme ? OK, tiens je donne ça à ta mère… ─ Non, tu veux pas ? OK, je prends ta sœur… »

Inuk les retrouve très vite mais au dernier moment il change encore d’avis et préfère repartir avec l’autre fille. Inuk ne sait pas ce qu’il veut. L’autre chasseur lui dit qu’il peut prendre l’une ou l’autre, pour lui, c’est du pareil au même… Inuk est embarrassé. Il hésite, et repart avec celle qu’il ne voulait pas au début… et la mère. Toujours la mère.

Les Esquimaux sont simples et naïfs. Ils sont toujours en train de rire. Et leur langage est unique. Ils ne connaissent pas le “je”, ils parlent d’eux-mêmes à la troisième personne en disant « cet homme ». Pour parler d’une autre personne, ils n’ont pas plus de pronoms, ils disent : « Cette femme inutile ». Ils se décrivent au lieu de s’identifier. C’est charmant.

Alors que Inuk chassait l’ours polaire, un autre Esquimau tue l’animal avec un fusil. D’abord apeuré, Inuk souhaite très vite posséder la même arme. L’autre chasseur lui dit qu’il y a des hommes blancs qui en échangent contre des peaux de renards. Pendant toute une année, Inuk chasse donc le renard et la saison de chasse terminée, il se rend au sud pour procéder à l’échange. L’homme blanc a des coutumes étranges. Il boit un jus qui fait rire, il ne donne pas sa femme pour être aimable avec l’étranger, il vit dans des baraques en bois, et il est méchant aussi… Une femme sait quand son homme s’aventure un peu trop vers le sud et qu’il est temps de repartir. Voyant le danger que représente cette société pleine de vices, elle fait du chantage à Inuk pour retourner dans son igloo : elle demande qui la voudrait pour femme. On ne s’embarrasse pas de folklore. Le mythe du bon sauvage n’est pas loin. Ils repartent, sans fusil. De l’équateur aux pôles, Inuk ignore que la même histoire se répète.

Les Dents du diable, Nicholas Ray 1960 The Savage Innocents Gray Film-Pathé Appia Film Magic Film (1)_

Les Dents du diable, Nicholas Ray 1960 The Savage Innocents | Gray Film-Pathé, Appia Film, Magic Film

De retour dans le Nord, un missionnaire leur prêche la bonne parole. Le Seigneur viendrait chez eux s’ils voulaient bien l’écouter. En voilà un seigneur bien intentionné. Inuk demande donc si ce Seigneur leur apporterait à manger. Ce n’est pas tout, mais il faut nourrir chaque bouche dans un igloo… Dialogue de sourds. Pour changer de sujet et honorer son invité, Inuk propose au missionnaire de la viande pourrie. Le Seigneur a trop gâté son berger, il fait le difficile et est impoli : « Non merci, on ne mange pas de viande pourrie chez moi. » Inuk est offusqué. « La viande est pourrie, mais les asticots sont bien vivants ! » Inuk se retire avec sa femme pour éviter que ça ne tourne plus encore au conflit. Ils reviennent en proposant une partie de jambes en l’air. Le missionnaire se trouve en position délicate. Chez les Esquimaux, on appelle ça « rire ensemble ». C’est mignon, d’autant plus qu’ils sont toujours en train de rire… Le missionnaire est outré… Inuk se sent une nouvelle fois insulté. Il tue le missionnaire et ils repartent à leurs occupations comme si de rien n’était. Inuk remarque cependant que les hommes blancs ont des têtes un peu molles.

La femme d’Inuk est enceinte. La vieille mère, devenue incapable de faire quoi que ce soit, est alors abandonnée au beau milieu de la banquise, comme le veut la coutume. La mère aura eu le temps avant ça d’expliquer à sa fille ce qu’elle sait concernant les bébés. Tout est rare, leurs connaissances sont limitées, et ni l’un ni l’autre n’a jamais rencontré de jeunes enfants. Si c’est un garçon, elle devra couper le cordon avec ce qu’elle a sous la main, le lécher et le garder ; si c’est une fille, elle devra la jeter dans la glace. Le premier-né doit toujours être un garçon, un chasseur. Une fille serait incapable de se nourrir.

Les Dents du diable, Nicholas Ray 1960 The Savage Innocents Gray Film-Pathé Appia Film Magic Film (4)_

La femme d’Inuk accouche, seule, dans l’igloo, à même la neige en creusant un petit trou. Inuk est content de voir que c’est un garçon. Sa femme lui dit comment il s’appelle, et Inuk lui répond : « Comment tu sais qu’il s’appelle comme ça ? » Et puis, c’est le drame… Le bébé n’a pas de dents ! Inuk gronde sa femme de lui avoir donné un bébé sans dent. Elle parvient à convaincre Inuk de le garder en priant que ses dents poussent. Ouf, ils pensaient sérieusement l’abandonner.

Peu de temps après, Inuk se fait intercepter alors qu’il chassait. Des hommes blancs sont venus le capturer pour avoir tué le missionnaire. Inuk explique que c’est le missionnaire qui l’a insulté dans son igloo en refusant de manger sa viande pourrie et de coucher avec sa femme. « La loi, c’est la loi ». Le choc des cultures…

Inuk les suit donc mais arrive une tempête. Il propose son aide, il a plus d’expérience, mais ces Blancs savent décidément tout mieux que tout le monde. La banquise se brise sous le poids du traîneau, et en tombant dans l’eau glacée, l’un des Blancs meurt. N’ayant plus de fusil, l’autre homme (premier rôle de Peter O’toole au cinéma) est obligé de suivre Inuk pour espérer rester en vie. Les chiens de traîneau manquent de les bouffer. Ils sont seuls dans le grand désert blanc. Lawrence de la banquise.

Inuk et le policier arrivent en vue dans l’Igloo d’Inuk. Ils sont sauvés. Sa femme et son fils n’avaient presque plus rien à manger (si le père chasseur meurt, se perd, disparaît, c’est toute sa famille qui disparaît avec lui ; la notion de village n’existe pas : ce sont des nomades qui créent leur igloo quand vient la fatigue ─ pas la nuit, parce qu’il y a un jour et une nuit par an ─ et quand ils tombent sur un autre igloo, ils font juste connaissance).

Le policier le prévient que s’il l’aide à survivre, il sera obligé de le ramener en ville. Mais Inuk est un bon chrétien… pardon, un bon sauvage (les Esquimaux ne se prennent jamais le chou). Inuk le suit, mais au dernier moment le policier a des remords. Inuk ne veut pas partir, l’autre l’insulte pour l’obliger à partir. Il n’y aura pas de procès.

 

The End

 

Manquait juste Omar Sharif.


 


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Blanches colombes et vilains messieurs, Joseph L. Mankiewicz (1955)

Blanches colombes et vilains messieurs

Guys and Dolls Guys and DollsAnnée : 1955

5/10

Vu en juin 2008

IMDb  iCM

Les Indispensables du cinéma 1955

Réalisation :
Joseph L. Mankiewicz

Avec :

Marlon Brando
Jean Simmons
Frank Sinatra
Vivian Blaine

Adapté d’une comédie musicale à succès. Quelques jolis numéros chantés ou dansés, certains très connus, mais cette histoire parallèle entre le personnage de Marlon Brando et celui de Frank Sinatra n’a aucun intérêt. J’ai du mal à comprendre l’enjeu de tout ça…

Donc quand on s’ennuie, reste à regarder les décors… Mais… trop prétentieux, trop grands, trop… Les acteurs ?… Jean Simmons, heureusement, Frank Sinatra, pas mal… et puis Marlon Brando… Là, c’est une blague. Qu’est-ce qu’il fait dans ce là-dedans ? Le personnage lui va bien, mais déjà le voir dans un Mankiewicz, c’est déjà étonnant (et ça l’était déjà deux ans plus tôt dans Jules Cesar), mais alors dans une comédie musicale… Il ne danse pas trop mal, il chante… mais il est loin d’être convaincant. Surtout quand il chante « Luck Be a Lady » qu’on compare inévitablement aujourd’hui à la version qui viendra plus tard de Sinatra. Étrange ironie. Et puis Viviane Blaine, qui joue l’éternuement avec une réussite jamais égalée ─ pas étonnant cependant, elle a eu le temps de se perfectionner : elle est la seule actrice à avoir tenu le rôle depuis les débuts à Broadway, plus de mille représentations, de quoi prendre le coup.

À oublier.

Blanches colombes et vilains messieurs, Joseph L. Mankiewicz 1955 | The Samuel Goldwyn Company


La Reine de Broadway, Charles Vidor (1944)

Gilda musicale !

La Reine de Broadway

Cover Girl

Note : 5 sur 5.

Titre original : Cover Girl

Année : 1944

Réalisation : Charles Vidor

Avec : Rita Hayworth, Gene Kelly, Lee Bowman, Phil Silvers

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Certains chefs-d’œuvre ne se laissent apprécier qu’après plusieurs relectures, d’autres vous retournent les tripes après avoir mijoté longtemps ou d’autres sortent du lot simplement quand ils émergent d’une période où on ne voit rien d’autre de bien enthousiasmant. Là… oubli total. Pourquoi ? L’humeur y joue pour beaucoup. Peut-être que c’était le film que j’avais envie de voir (ou de revoir) après Guys and Dolls

Quoi qu’il en soit, cette histoire d’une Rita Hayworth qui « atteint la gloire » en étant choisie pour la couverture d’un magazine de mode, qui joue alors sur une scène minable de Brooklyn où elle travaille avec des amis à Broadway, la scène du centre du monde… Elle finit par tout lâcher pour revenir auprès de son beau (ou des siens plus généralement) après avoir rencontré les futilités de la gloire.

Eh bien, c’est naïf, ça ne vole pas bien haut, mais c’est réjouissant. Une sorte de petit bijou. Dans Guys and Dolls, on sent le fric de la grosse production à chaque image, chaque décor, chaque personnage secondaire, c’est du spectacle forcé. Là, au contraire, la comédie musicale renoue avec sa source, l’opérette à la française, le cabaret — le vaudeville comme on disait à l’époque (aux États-Unis, déformation du style en vogue au même moment en France mais qui n’avait rien à voir avec le music-hall).

Pas de grand numéro dans les rues avec trois cents danseurs, c’est l’opérette romantique à quatre ou cinq tout au plus. Et les numéros sont portés par un très bon scénario. Une véritable histoire forte, d’une grande simplicité. Mais qui fait son petit tour : tout est centré sur le personnage de Rita Hayworth.

La Reine de Broadway, Charles Vidor 1944 | Columbia Pictures

Belle rousse ambitieuse, mais dont l’ambition n’est pas assassine, jalouse… Elle n’est pas prête à tout en somme. Sa réussite, lui tombe dessus un peu par hasard, elle l’accepte, avant de se rendre compte que ce n’est pas ce qu’elle recherche, ou en tout cas, qu’elle n’est pas prête à renoncer à son véritable amour, à son bonheur, pour se prostituer à sa gloire naissante. Personnage sympathique, il évolue rapidement, fait un petit tour avant de revenir sur sa base quand tout redevient comme avant, un peu pareil, en mieux, parce qu’on est allé voir de l’autre côté pour se rendre compte que l’herbe n’était finalement pas si verte que ça. C’est la base de la dramaturgie : tout va bien ou presque, puis arrive l’élément déclencheur d’un conflit, naît alors un dilemme, on subit les conséquences de ses actions et de ses choix, on essaye d’abord de faire avec, de résister, puis on atteint son but, le réel but, celui qui s’est révélé en cours de route, qui n’est parfois pas le même que celui qu’on croyait au début, et c’est un ainsi que tout revient à la normale, que tous les problèmes sont résolus, on revient au point de départ et on mesure le chemin parcouru : on est à la fois identique et différent. Une histoire est réussie quand le personnage principal découvre qui il est vraiment, après un certain nombre d’aventures, d’expériences qui lui ont révélé qui il n’était pas, qui il devait être. Une expérience, une initiation. Par empathie, par catharsis, c’est ce qu’on recherche dans une histoire : voir des personnages qui se cherchent et qui se trouvent, c’est finalement ce que nous rêvons tous de faire et nous voudrions pousser la catharsis jusqu’à l’imitation… ou au moins la catharsis produite en voyant ces personnages résoudre leurs problèmes et se révéler à eux-mêmes tempère notre frustration de ne pouvoir faire de même.

Autour de Rita Hayworth, il y a ses deux amis. Gene Kelly, l’amant (dont c’est l’un des premiers rôles), et Phil Silvers (Genius), l’ami qui complète une sorte de sainte trinité pré-maternelle, pré-nuptiale. Les deux beaux ne sont pas en reste du tout, puisque former ce trio magique, c’est ce dont cherche sans le savoir encore Rita. C’est bien le bonheur d’être avec les gens qu’elle aime. Et le récit traduit merveilleusement bien la perfection, l’utilité, de ce trio. Bien sûr dans les numéros musicaux (qui ne sont pas sans rappeler ceux de Chantons sous la pluie : les numéros à trois, joyeux, et un numéro de Kelly seul dans la rue, pourchassé, dansant, avec son reflet) mais également dans les scènes de bar où les trois personnages aiment se retrouver comme un rituel.

On n’est pas dans le triangle amoureux. Ce trio, c’est comme la base de la vie avant que la famille ne se crée, avant même que l’amour nous tombe dessus, parce qu’on a l’impression que l’amour entre Rita Hayworth et Gene Kelly n’est jamais consommé, pour ne pas mettre à l’écart le personnage de Booman. Ici, le bonheur, c’est avant celui de la famille, celui de ces amis. Et le récit ne s’éparpille pas, il ne risque aucun malentendu : on ne sait rien des familles des protagonistes (en dehors des flashbacks avec la grand-mère du personnage d’Hayworth, mais qui n’est qu’une évocation, elle n’intervient pas dans le récit). Le sujet du film, il est là : aucune gloire ne peut (ou ne doit) vaincre la loyauté, l’amitié, ou en d’autres termes, aucune gloire ne doit corrompre qui on est vraiment. Ce n’est pas une romance, ce n’est pas le choix entre deux hommes. Et jamais, ni le récit ni la mise en scène de Vidor ne tombent dans cet écueil. Ça aurait été si simple de s’attacher un peu plus à la relation Rita-Kelly. Pour preuve, Vidor (pas King, l’autre, celui qui gilda les bras de Rita de gants longs) ne fait jamais réellement embrasser Hayworth et Kelly sur la bouche, on ne ressent aucune passion entre eux deux, ils sont presque comme frère et sœur, il ne s’agit que d’amitié forte, bien sûr leur amour est suggéré, mais on ne sait jamais jusqu’à quel point il a pu aller, à quel stade ces deux-là en sont, ce n’est pas le sujet du film, on ne mélange pas tout, et c’est là peut-être que réside la réussite du film. Voilà pourquoi paradoxalement, le personnage le plus important de cette histoire c’est celui de Genius, l’ami, qui est le ciment, le lien entre Hayworth et Kelly, le maître-ton du film, le confident on pourrait dire aussi (là encore on sent l’influence de la culture française, puisque c’est un personnage de la tradition classique — d’ailleurs on pourrait voir dans la disparition des comédies musicales us, la perte de l’influence de la culture française dans la leur, puisque les comédies musicales sans influence ou sans évocation de la culture française existent bien sûr, mais très souvent, il en est question de près ou de loin, que ce soit quand ça se passe à Paris, ou que ce soit dans les thèmes : la mode, le cabaret…).

Bref, une véritable réussite. Une perle. Comme celle du film : irrégulière donc sans valeur… autre que celle qu’on veut bien lui donner nous. « Tout ce qui brille n’est pas d’or »… comme on dit dans Guy and Doll, et qui s’appliquerait mieux ici…



Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1944

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There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson (2007)

On va voir ce qu’on va voir…

There Will Be Blood

Note : 3 sur 5.

Année : 2007

Réalisation : Paul Thomas Anderson

Avec : Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Ciarán Hinds

Eh bien non, décevant.

On parle de grande saga épique, d’une fresque sur l’Amérique du pétrole ou je ne sais quoi… On est très loin de l’épopée, de la saga à la limite. Pour moi, c’est une chronique sans grand intérêt. S’il n’y avait pas la mise en scène et la prestation de Daniel Day Lewis, ce serait une daube. Là, il arrive à en faire un bon film, mais l’histoire n’est pas à la hauteur. C’est la première fois que Anderson choisit de mettre en scène une histoire qui n’est pas la sienne, et c’est raté. Je n’ai bien sûr pas lu le roman, le thème est intéressant (la quasi-biographie d’un des premiers pétroliers, son évolution…), mais c’est loin d’être épique. Il n’y a pas une scène sans le personnage de Daniel Day Lewis, ce n’est pas loin de n’être qu’un plan-séquence à la gloire de l’acteur pendant deux heures trente.

Le développement de l’histoire est très mince. Daniel tombe sur du pétrole. (D’ailleurs, on comprend mal… Est-ce qu’il cherchait avant cela de l’argent et de l’or et qu’il en a trouvé par hasard ? Est-ce l’un des premiers prospecteurs ? On ne sait rien de tout ça parce que le récit s’évertue à être sans parole, sans explication et à se focaliser sur des scènes particulières, c’est le rythme d’une chronique à la Altman, à la Anderson même, puisque c’est ce qu’il a toujours fait, mais une telle histoire réclame plus de densité dans le drame, plus de péripéties, des opposants bien déterminés qui n’apparaissent pas comme ça au hasard des scènes et qui sont totalement écrasés par la présence de Daniel Day Lewis). On lui apprend qu’il y a du pétrole dans un coin perdu de Californie, il y plante son derrick, on pense que ce n’est qu’un début, qu’il va aller ailleurs, qu’il va faire fortune, bref, que ça va bouger… Eh non ! On restera accroché tout du long à ce seul et même environnement. Elle est où l’épopée là-dedans, c’est terriblement statique !

There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson (2007) Paramount Vantage, Miramax, Ghoulardi Film Company

Même dans la mise en scène, on pourrait trouver des défauts. Dans la direction d’acteur, sur le rythme imposé dans les scènes (même si le rythme lent est un peu trop utilisé à mon goût), ça, aucun problème, il a prouvé qu’il maîtrisait (alors quand en plus il tourne avec l’acteur le plus exigeant…), mais c’est dans son traitement du récit, de la mise en forme où on peut y trouver des défauts. Dans sa volonté sans cesse de prendre de la distance avec l’action, de ne pas juger, de ne donner aucune indication, de refuser systématiquement le pathos, d’utiliser des effets de musique grossiers et répétitifs. On en vient à avoir une étrange impression, un peu comme s’il ne savait pas où il allait. Paul Thomas Anderson s’est toujours attaché au réalisme dans le jeu d’acteur, mais il y avait toujours dans le récit, l’histoire, le traitement, quelque chose qui laissait penser que tout était déjà écrit, tracé, et pour le coup plus du tout réaliste, ce qui venait en parfait contrepoint avec le reste. C’est ce qui donnait à Boogie Night ou Magnolia ce côté sophistiqué. Là, on a l’impression qu’il pose sa caméra et qu’il attend que ça se passe ; on ne sent pas la présence derrière d’un narrateur pour nous dire que tout est déjà écrit, que c’est une sorte de conte et qu’il n’y a plus qu’à attendre la morale de l’histoire à la fin.

Alors, il y a peut-être un aspect du film qui m’échappe, ou à quoi je reste hermétique. Je n’ai jamais apprécié non plus Impitoyable de Clint Eastwood, et la tonalité, l’atmosphère boueuse, s’y rapproche. Peut-être est-ce simplement à cause de Daniel Day Lewis qui est trop bon (c’est vrai qu’il est bon). Non seulement il est dans toutes les scènes, mais il mange tous les autres acteurs, qui ne font absolument pas le poids face à lui. Brillant, on dira, mais tellement brillant qu’il en devient antipathique, comme ces jeunes gosses insolents qui voudraient prétendre savoir tout sur tout et qui ne manquent jamais l’occasion de vous le faire sentir. Paul Dano, surtout, est en dessous. Encore un pasteur « faux prophète » ; il est crédible dans le rôle (sauf à la fin où il fait trop jeune), mais quand on repense à la scène où il interprète le frère de Eli, il joue les deux frères de la même façon, alors qu’ils devraient être diamétralement différents…

Bref, quand je vois que certains mettent cet opus parmi leur top 10 de tous les temps… Il y a tant de mauvais films aujourd’hui que dès qu’il y en a un bon (je veux bien le croire toutefois s’il y a tant de monde pour le louer) on crie chef-d’œuvre ? Boogie Night est un chef-d’œuvre. Mark Walhberg a le rôle principal, mais il n’est pas tout seul, les autres personnages sont tout aussi importants. Ce qui a toujours fait le style Anderson, c’est un peu comme chez Altman ou Scorsese, le destin de personnages, leurs rapports tumultueux. Là, c’est un peu comme voir MASH avec un seul acteur du début jusqu’à la fin… Des polygames rangés, tu parles d’une épopée.

Remets-toi à écrire Paulo, arrête avec les histoires des autres…



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Le Bûcher des vanités, Brian De Palma (1990)

Le Bûcher des vanités

The Bonfire of the Vanities

Note : 3 sur 5.

Titre original : The Bonfire of the Vanities

Année : 1990

Réalisation : Brian De Palma

Avec : Tom Hanks, Bruce Willis, Melanie Griffith

Contrairement à certains films qui s’écroulent au fur et à mesure, celui-ci fait le contraire. La force du film, c’est sa morale ; tout prend sens à la fin… Paradoxale, réaliste. L’innocent lynché est obligé de se fabriquer une preuve pour s’en sortir, le juge nous fait un beau speech bien naïf sur le pouvoir de la vérité et des lois, et le narrateur, la mouche à merde, est devenu un beau papillon que tout le monde s’arrache. C’est ça la vie. Les justes ne sont jamais récompensés, ce sont les pourritures qui s’en sortent et nous sommes tous plus ou moins corrompus… Un jeu sur les apparences : puisque tout le monde ment, on se découvre comme on dit dès qu’il y a des merdes ; et quand il y a des problèmes, c’est là que les masques tombent et qu’on sait à la fois qui on est et qui sont ceux qui vous accompagnent. Ça pourrait être du Lang ou du Molière.

Le problème, c’est que si le bouquin était certainement excellent. Il est certainement trop dense et trop subtil pour deux heures de film. L’histoire englobe trop de thèmes, allant du racisme, à l’écueil des apparences, à l’injustice, au pouvoir, à la politique, aux médias, à la famille… C’est histoire sur la société new-yorkaise, un pamphlet sur la société occidentale en général… Et De Palma, comme d’habitude (ou comme souvent) n’est pas à la hauteur. Il en fait une farce ridicule, il n’a pas le temps de développer tous les thèmes. Je n’ai pas lu le bouquin mais à mon avis, au lieu de la farce nihiliste, il aurait fallu en faire un drame ironique, sarcastique. En en faisant une farce, De Palma fait du ton sur ton, il manque de subtilité et toute la profondeur des événements s’envole en fumée. Dommage.


Le Bûcher des vanités, Brian De Palma 1990 | Warner Bros


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Le Mystère Von Bulow, Barbet Schroeder (1990)

Bulow le mollusque

Le Mystère Von Bulow

Note : 3 sur 5.

Titre original : Reversal of Fortune

Année : 1990

Réalisation : Barbet Schroeder

Avec : Jeremy Irons, Glenn Close

Les histoires de tribunal, c’est toujours la même chose… Coupable, non coupable, comment trouver des preuves, quelles preuves, la personnalité de l’accusé, etc. Et le résultat, est toujours le même. Parce que la justice, la recherche de la vérité, les faux-semblants, oui, c’est fascinant.

L’une des plus vieilles histoires traite aussi de la culpabilité, de la vérité : Œdipe roi. Mais c’était intéressant parce qu’il y avait autre chose : des révélations, du péché, du vice… Là, les révélations ne sont rien d’autre que la découverte de la fabrication de preuve, de vices de procédure, et surtout le mystère persiste.

Le film pose des questions et ne cherche pas à trouver des réponses. On nous donne à manger pendant tout le film et au final, on nous dit « on ne sait pas ». Intéressant, très réaliste, la justice ne trouve pas toujours la vérité, belle morale… Mais pour un film, ce n’est pas suffisant, au moins si rien ne nous y prépare. On reste sur sa faim, un bel exemple de « tout ça pour ça ».

Dans une histoire souvent, on a un point de départ, ce point de départ suggère deux ou trois fins, mais les meilleures histoires savent nous surprendre en faisant avancer ce point de départ, en modifiant les enjeux en cours de route suivant les nouveaux éléments, et donc, en reconsidérant les possibilités du dénouement. « Comment, Jocaste était la mère d’Œdipe ? Mais ça change tout ! » Or là, on a un point de départ, et à la fin, on n’est pas plus avancé qu’au début. Ce schmilblick n’a pas avancé d’un iota. À quoi bon.

Sans compter qu’on a du mal à s’identifier à un personnage aussi froid. Certes, il a de l’humour plutôt douteux, ça en fait presque un monstre sympathique, mais ça ne va pas plus loin, justement parce que le récit est bridé par son devoir de réserve, d’impartialité. Du coup, le personnage de Von Bulow reste autant un mystère que l’affaire. Intéressant… pour un point de départ, mais n’importe quelle fin a besoin d’un dénouement, d’une révélation, sinon point de catharsis. Rien ne l’interdit, chacun fait ce qu’il veut, mais pour moi ça appauvrit pas mal les possibilités d’une histoire et de son intérêt.

Les fins ouvertes, c’est bien, mais seulement quand elles ouvrent vers autre chose ; quand elles ne font que laisser en suspens une question posée pendant tout le récit et qu’elles décident de ne pas y répondre… à quoi bon ?


Le Mystère Von Bulow, Barbet Schroeder 1990 | Sovereign Pictures, Reversal Films Inc., Shochiku-Fuji Company


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Permission jusqu’à l’aube, John Ford et Mervyn LeRoy (1955)

Permis de fuite

Mister RobertsAnnée : 1955

 

Réalisation :

John Ford et Mervyn LeRoy

5/10  lien imdb

Avec : Henry Fonda, James Cagney, William Powell, Jack Lemon

 

Les Indispensables du cinéma 1955

Une frégate de ravitaillement dans le Pacifique pendant la seconde guerre mondiale. Loin du combat. Un capitaine tyrannique, un équipage qui s’ennuie, et un officier qui rêve de partir pour le front…

Petite comédie. Minuscule. On s’y fait suer presque autant que les hommes d’équipage. Jamais vu autant de monde embarqué dans la même galère. Et ils s’y sont mis à deux pour réaliser un film avant tout bavard. Ça papote entre James Cagney, Henry Fonda et Jack Lemon, et on a l’impression de voir leur gueule sur les affiches de leurs grands films respectifs se donner la réplique. Un cauchemar.

Même Opération jupon a plus de charme.


Sans plus attendre, Rob Reiner (2007)

The Bucket List Année : 2007

Réalisation :

Rob Reiner

5/10 IMDb 
Avec :

Jack Nicholson
Morgan Freeman

Deux cancéreux font chambre commune. L’un est le riche propriétaire de l’hôpital, l’autre un heureux grand-père noir. Ils font copains-copains et décident de suivre une liste de choses dont ils auraient envie de faire avant de mourir (tous les deux ayant moins d’un an à vivre).

L’un est désagréable et quasi sans famille, l’autre tout le contraire… Et comme attendu le second va permettre au second de trouver la « joie », comme d’autres (comme lui) trouvent la Foi…

Rob Reiner et les deux acteurs ont déjà fait mieux, c’est très convenu, gnangnan, sans surprise (il y en a un qui meurt à la fin, comme prévu). Mais faut pas cracher sur un peu d’émotion procurée à la fin, même si très politiquement correct (ce n’est pas bien d’être grincheux, les amis et la famille, c’est plus important que le pognon).

Parce que le film ne cherche rien d’autre qu’émouvoir ; il n’y a aucun malentendu là-dessus… C’est juste un bonbon à sucer et à jeter.

Un film construit pour ces deux acteurs, qui jouent depuis dix ans les mêmes personnages. Entendre Nicholson martyriser son homme à tout faire, c’est un plaisir (même si on connaît déjà la chanson).