Meurtres dans la 110e rue, Barry Shear (1972)

Meurtres dans la 110ᵉ rue

Across 110th Street
Année : 1972

Réalisation :

Barry Shear

Avec :

Anthony Quinn
Yaphet Kotto
Anthony Franciosa

8/10 IMDb

Listes sur IMDb :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1972

Polar sale et méchant avec un parti pris très en faveur des Noirs against ze rest of ze world. Qu’ils soient flics ou criminels, les Noirs sont toujours ou presque présentés de manière positive. Ce n’est pas que c’est particulièrement bien finaud (peut-être même un peu opportuniste quelques mois après les révoltes raciales dont il est question dans le film), mais le pari, il faut le reconnaître est très bien tenu, parce que les séquences entre les criminels ayant pour but de les rendre plus humains (c’est la faute de la misère, de la société, etc., loin des monstres sans relief de nombreux films) sont de loin les meilleures séquences du film.

Direction d’acteurs et interprètes impeccables, un peu comme si une même classe d’acteurs de Cassavetes s’immisçait dans un même polar. Difficile sans doute aujourd’hui de s’en satisfaire, mais ça devait être à l’époque un petit exploit (puisque ces acteurs sont noirs, je le rappelle) et on n’est pas encore (ou pas tout à fait) dans la blaxploitation. De leur côté, Yaphet Kotto et Anthony Quinn sont parfaits dans leur rôle respectif mais leurs chamailleries sont trop répétitives. L’intérêt, paradoxalement est ailleurs.


Meurtres dans la 110e rue, Barry Shear 1972 Across 110th Street Film | Guarantors


Fiamma che non si spegne, Vittorio Cottafavi (1949)

La flamme qui ne s’éteint jamais

Fiamma che non si spegmeAnnée : 1949

Réalisation :

Vittorio Cottafavi

8/10 IMDb

Top films italiens

Listes sur IMDb :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Encore un portrait de femme réussi pour Cottafavi, même si l’accent est plus porté ici sur le fils et son sacrifice final (tiré d’une histoire vraie semble-t-il : un carabinier préférant avouer un crime qu’il n’a pas commis pour que des innocents ne soient pas exécutés « pour l’exemple »).

Jean-François Rauger ne s’y était pas trompé en évoquant la scène au cœur du film dans un de ses papiers (présentation vidéo plutôt[1]) : la femme reçoit une lettre de son mari au front, et rentre chez elle, joyeuse, annoncer la nouvelle à son beau-père ; sauf que ce dernier vient, lui, de recevoir la nouvelle de sa mort… Aucun dialogue, mais un travelling arrière d’accompagnement gesticulant dans l’étroitesse de la maison jusqu’à la compréhension et le passage du bonheur à la sidération… Cottafavi ne s’arrête pas là, il suit la femme dans sa chambre et achève sa séquence magistralement avec un gros plan de dos sur la tête de cette femme qui vient de tout perdre et qui tourne la tête vers nous en guise de conclusion. C’est beau comme du Tarkovski. Le reste du film se tient très bien, mais cette séquence est admirable. À l’image de la Trilogie d’Apu[2], le récit a beau être centré sur le personnage principal, on n’en a que pour la mère.


[1] ‘Analyse de 5 séquences’

[2] La Complainte du sentier


La Folie Almeyer, Vittorio Cottafavi (1973)

La Folie Almeyer

La Folie AlmayerLa Folie Almayer (150) Année : 1973

Réalisation :

Vittorio Cottafavi

4/10 IMDb

Téléfilm pour la télévision française sans grand intérêt.

Je ne sais pas à quel point le scénario a dû être adapté par rapport à l’œuvre originale de Joseph Conrad, mais fort possible que celui-ci ait dû être manié de telle sorte à réduire les coûts. C’est que le film est terriblement statique n’offrant pour ainsi dire qu’un seul lieu de tournage. Aventure dans un verre d’eau. Une scène dans une forêt de bambous semble même avoir été tournée aux Jardins des plantes.

C’est également très bavard et ça manque de pas mal de plans de coupes, nécessaires quand on est pauvre en arrière-plans, pour offrir du rythme et de l’alternance ; là encore, Cottafavi a toujours montré qu’il était capable de produire ça, c’est donc probable qu’il ait été contraint à la fois par le budget et par la durée de tournage.


Rapport confidentiel, Milton Katselas (1975)

Rapport confidentiel

Report to the Commissioner Année : 1975

Réalisation :

Milton Katselas

7/10 IMDb

Avec :

Michael Moriarty, Yaphet Kotto, Susan Blakely

On sent le film adapté d’un roman à succès où chacun fait parfaitement son job dans une production de grand studio, mais dans laquelle il manque l’essentiel : un chef d’orchestre capable de relever les petites failles et cohérences du scénario (adaptation plus précisément). C’est parfois pénalisant et on lève le sourcil, mais en dehors de ça le film est très réussi.

Direction d’acteurs parfaite, une intrigue fouillée, parfois confuse et donc incohérente dans certaines situations, et un spectacle plaisant.

Il faut voir une course-poursuite formidable entre un cul-de-jatte et un taxi, ou celle d’un mac en slip sur les toits de la ville. Yaphet Kotto est, comme à son habitude, excellent, tout comme Susan Blakely.

Ça sent bon la crasse et l’humidité des années 70.


Rapport confidentiel, Milton Katselas 1975 Report to the Commissioner | Frankovich Productions


Maria Zef, Vittorio Cottafavi (1981)

Maria Zef

Maria Zef

Maria Zeff (150)

Année : 1981

Réalisation :

Vittorio Cottafavi

5/10 IMDb
 

Quand un acteur en France joue mal, on dit qu’il “chante”. En Italie, on chante déjà, donc quand les acteurs jouent mal, ils prennent tous l’accent brésilien. (Je suis sérieux.)

Bref, il faut bien une heure pour s’habituer au jeu bressonnien probablement involontaire des acteurs et aux dialogues chiantissimes à la Rohmer. On loue aussi sans doute un peu la paysannerie à la Olmi, mais ce naturalisme on n’y croit pas une seconde.

Fort heureusement, au bout d’une heure peut-être le film se met en route, et on sent venir l’histoire sordide. Y a toujours une histoire de cul pour faire avancer l’action et évoquer les démons du passé. On l’a échappé belle, on l’aurait presque manquée. Inceste, la grappa à son papa, enfant caché, grossesses non désirées, le pot de terre contre le pâté de sable, ceux qui n’ont rien et ceux qui ont moins que rien… La campagne, la vraie.



Stalker, Andreï Tarkovski (1979)

Stalker

Stalker

Année : 1979

Réalisation :

Andreï Tarkovski

7/10

Top des meilleurs films de science-fiction

IMDb

Revu le : 11 juillet2017

+2 pour la mise en scène à la revoyure.

La quête me laisse toujours aussi froid. Ça paraît trop évident que tout ça mène nulle part, et les pseudos interrogations philostropiques qui arrivent en particulier en bout de chaîne sonnent bien creuses.

Le design post-éboulis dans la gare de fret de Pétaouchnok est toujours aussi moche, je ne m’y ferai jamais.

C’est aussi très, trop, bavard. Des séquences trop longues ou statiques (c’est une habitude chez Tarkovski, mais quand on n’est pas capté par les images, on reste très vite sur le quai et on s’ennuie). Pas de montage, fini les jeux de ralentis ou d’effets que le cinéaste a renié (Cf. Le Temps scellé[1]). Tarkovski qui se fait dévorer par Bresson en quelque sorte, et sa volonté de le rejoindre dans une ascèse minimaliste (jamais bon quand on est un génie de chercher à en copier un autre surtout dans sa plus mauvaise période).

Direction d’acteurs et acteurs exceptionnels cela dit. Manque la présence de personnages féminins tout le long du trajet. Je serais bien resté avec Ouistiti et sa mère à tordre des cuillères et à foutre du lait partout.

Ah, et on dit donc “stallequeur” et non “staukeur”. Le terme est anglophone, mais il est prononcé par des Russes, à la russe. Veri importanchko.


[1] notes et commentaires sur Le Temps scellé : 1, 2, 3

 

Stalker, Andreï Tarkovski 1979 | Mosfilm Vtoroe Tvorcheskoe Obedinenie


Les Copains d’Eddie Coyle, Peter Yates (1973)

Les Copains d’Eddie Coyle

The Friends of Eddie Coyle 


Année : 1973

Réalisation :

Peter Yates

Les Indispensables du cinéma 1973

7/10 IMDb

Gros problème de rythme tout de même dans la direction d’acteurs… Avec des textes très écrits et des situations statiques, il faudrait jouer plus vite et forcer des situations par le geste et les oppositions tendues, visuelles entre les personnages…

Cela aurait été un style de rythme et de jeu typiques pour la nouvelle génération d’acteurs apparaissant dans le film (même si Peter Boyle y est extrêmement mauvais), mais pas franchement la tasse de thé de Robert Mitchum qui n’est guère convaincant dans l’exercice et qui ne l’est que dans sa première scène dans laquelle il peut encore jouer sur la tonalité feutrée du film noir et des répliques a minima.

Après ça prend complètement l’eau. Mais difficile de trouver un ton juste pour une écriture aussi singulière. Une autre possibilité aurait été de jouer pleinement sur la longueur des séquences et la futilité de certains dialogues. C’est une forme de polars us qu’on verra plus certainement apparaître dans les années 80 ou 90, le meilleur exemple étant peut-être Glengarry.

Tout le reste, thriller, ambiances, action, tout ça est mal rendu. Et apparemment les dialogues originaux du bouquin ont été passablement charcutés.


Les Copains d’Eddie Coyle, Peter Yates 1973 The Friends of Eddie Coyle | Paramount


Police sur la ville, Don Siegel (1968)

Police sur la ville

Madigan

Année : 1968

Réalisation :

Don Siegel

8/10 IMDb

Policier plutôt hybride entre deux époques, donc aux accents un peu vieillots, mais la thématique de l’honnêteté est au cœur du film et parfaitement gérée. Le vieux commissaire droit et inflexible, sans enfant (la famille corrompt, parce qu’on le devient toujours quand on protège quelqu’un, c’est bien vu), devant gérer les déboires de son seul pote ; et en face de lui le flic roublard mais pas trop (tout le film consiste à rattraper une de ses bourdes) devant gérer une vie de couple presque de jeune marié en cherchant à rester honnête et fidèle à sa femme.

Rien n’est simple, et plus que l’intrigue, ce sont ces interrogations sur la probité qui passionnent. Faut voir la bagnole du Richard Widmark aller tout droit et ignorer une intersection « one way » après que Henry Fonda, interrogé sur la marche à suivre, dit : « There’s only one way… ». La rencontre fortuite entre les deux hommes est magnifique : Widmark, tout impressionné, comme un petit enfant face à la stature de l’homme honnête incarné par Fonda…

(Le design est moche : sous les projos, la mort des chapeaux au cinéma, des intérieurs comme des extérieurs tous aussi laids les uns que les autres, et des personnages féminins comme dans les westerns qui font tapisserie.)


Police sur la ville, Don Siegel 1968 Madigan | Universal Pictures


Les flics ne dorment pas la nuit, Richard Fleischer (1972)

Les flics ne dorment pas la nuit

The New Centurions
Année : 1972

Réalisation :

Richard Fleischer

Avec :

George C. Scott
Stacy Keach
Jane Alexander

9/10 IMDb

Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1972

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Limguela top films

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Carnet sociologique d’une justesse de ton remarquable. Film qui devrait figurer dans le catalogue du National Film Registry : culturellement, historiquement et esthétiquement significatif d’une époque et d’un certain milieu…

Sympa de débuter la rétrospective bad cop, good cop à la Cinémathèque avec un film aussi remarquable…

On se croirait presque parfois dans du Wiseman, avec la bonne distance et en permanence ce refus des clichés, la bienveillance à l’égard des petites gens, voire des connards.

Du neo-noir très très sombre.

Les seules réserves que je ferais concerneraient la musique de Quincy Jones. Même si ça permet finalement aussi d’apporter un contraste dans des séquences purement d’action ou… domestiques. (« Hum, la bonne soussoupe pour son chéri ! »)


Les flics ne dorment pas la nuit, Richard Fleischer 1972 The New Centurions | Columbia Pictures, Chartoff-Winkler Productions,


Le Trésor d’Arne, Mauritz Stiller (1919)

Les neiges du destin

Note : 4 sur 5.

Le Trésor d’Arne

Titre original : Herr Arnes pengar

Année : 1919

Réalisation : Mauritz Stiller

Avec : Erik Stocklassa, Bror Berger, Richard Lund

— TOP FILMS

Invention du classicisme. 1919…

À la même époque Abel Gance propose déjà un cinéma un peu pompeux, inventif, mais encore un peu expérimental. Mauritz Stiller, c’est même plus de l’avant-garde, ce sont les bases, les codes, la grammaire de ce qui deviendra incontournable par la suite… Chez lui, même les surimpressions paraissent nécessaires, parfaitement intégrées au récit, compréhensibles, et… sans jeu de mots, transparentes. On ne se dit pas « tiens, voilà une surimpression comme c’est inventif », non, c’était nécessaire, un peu comme la simplicité d’un fondu au noir. On ne remarque rien, parfois on s’émerveille juste des mouvements de caméra, que ce soit un travelling arrière plein face sur un garde dans sa tourelle façon Kubrick dans ses tranchées, des recadrages peut-être moins apparents mais pas forcément évidents à l’époque, une utilisation de la profondeur de champs qui fait penser là encore à Kubrick mais aussi à Tarkovski, des raccords toujours nécessaires, toujours fluides et transparents, la plupart des séquences construites autour d’un montage alterné mais d’une simplicité telle qu’on ne voit pas toujours le procédé (regarder à la fenêtre, montrer ce qui s’y passe, ou un plan d’un personnage sur un trajet au milieu d’une même scène, voilà le type de montage alterné qui s’imbrique dans le récit sans qu’on n’y prête plus attention, peut-être justement parce que c’est de la ponctuation, non deux espaces ou deux actions qui se télescopent comme on l’entend le plus souvent dans un montage alterné plus… griffithien).

Aucune grande expérimentation donc, mais une maîtrise totale d’une grammaire qu’il semble avoir lui-même composée en l’espace de trois ou quatre ans. Le classicisme.

Mais aussi du grand spectacle.

Encore et encore, tous les ingrédients du succès de Hollywood sont là. Sujet classique dérivé du mélo, mais avec un traitement réaliste (faut voir certains plans de coupe sur des “réactions”, un procédé de montage cherchant par le contrechamp à reproduire une situation réaliste), un nombre important de “locations” (on a la bougeotte, rarement au même endroit, « ça donne à voir »), et les extérieurs en Suède, bah ça vaut l’Ouest américain.

C’est tellement maîtrisé, que ce qui pouvait passer peut-être à l’époque pour de l’audace, paraît naturel aujourd’hui : c’est cette audace pourtant qui manque chez Stiller pour tirer de tous ces grands films un ou deux chefs-d’œuvre qui m’auraient laissé planté sur ma chaise. Abel Gance osait, ce n’était pas vraiment à son avantage au début, encore moins par la suite, mais quand il a osé lors de cette période où tout était à construire, il en rajoutait, proposait, et s’assurait que le spectateur voie bien qui était le patron… Stiller est malgré ces petits procédés parfois bluffants toujours au service du récit, de son histoire. Il n’est pas dans le plus, il est dans le juste. Bien pourquoi on ne trouvera pas d’excès de pathos dans ses films… La forme qui illustre le fond.

Respect pépère. Le premier cinéaste adulte. Le premier ayant cessé de baragouiner on ne sait quoi et qui a donné le la à tous les autres.


Le Trésor d’Arne, Mauritz Stiller 1919 Herr Arnes pengar | Svenska Biografteatern AB


Sur La Saveur des goûts amers :

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Les Indispensables du cinéma 1919

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