La Fille aux jacinthes, Hasse Ekman (1950)

Laura ni l’audace ni la dégaine

Flicka och hyacinter Flicka och hyacinter Année : 1950

 

Réalisation :

Hasse Ekman

6/10  IMDb

Avec : Eva Henning, Ulf Palme, Birgit Tengroth

Listes :

Les Indispensables du cinéma 1950

Film noir suédois qui vaut surtout pour l’originalité de son pot aux roses (“rousse” presque). Tu copies Laura, tu remues ton pinceau, et ça donne Alex avec son joli tableau.

Ça reste sage, plutôt convenu et bien trop inspiré des pre-noirs américains ou toujours de Laura.

Décevant pour ce qui est censé être un des meilleurs films suédois. Reste la fin, d’accord, d’accord, mais une fin ça ne se déguste qu’une seule fois. Et un grand film, c’est sans fin, un mouvement perpétuel, inaltérable. Des neiges éternelles. Tes jacinthes sont-elles fraîches, archi-fraîches, duchesse ?

Archi-déchu. Un noir moyen vaut mieux que deux tue Laura.


La Fille aux jacinthes, Hasse Ekman 1950 Flicka och hyacinter | Terrafilm


Innocence, Lucile Hadzihalilovic (2004)

Pique-nique en uniforme

Note : 2.5 sur 5.

Innocence

Année : 2004

Réalisation : Lucile Hadzihalilovic

Avec : Zoé Auclair, Lea Bridarolli, Bérangère Haubruge, Marion Cotillard

Tellement grossier, jouant sur des clichés, ça a vite fini par me gonfler.

C’est adapté d’une nouvelle du type qui semble avoir été très apprécié des tenants de la psychanalyse, avec son Éveil du printemps. Je n’ai cessé de penser à d’autres films pendant la projection qui justement à travers des thèmes mystico-psychologiques pouvaient rester fascinants pour des spectateurs comme moi : Pique-nique à Hanging Rock (un peu sur le même sujet, la découverte ou la transformation du corps féminin, la perte de l’innocence, etc.) et Le Plongeon. Ce dernier propose, de ce que j’ai compris, parfois des interprétations à la fois mythologiques et psychologiques (voire psychanalytiques), mais on peut tout autant le voir comme un film absurde à la En attendant Godot, autrement dit « pourquoi on attend Godot » (l’interprétation, la finalité, le pourquoi), on s’en tape, ce qui compte, c’est la manière, le chemin, ce qu’il y a entre les lignes (donc dans Le Plongeon, si certains s’évertuent à expliquer la symbolique derrière le fait de rentrer chez soi en utilisant une piscine puis une autre et encore une autre), et donc les différentes rencontres que le personnage fait, la cohérence… psychologique non forcée (permettant de ne pas souligner ce que certains iraient bien vite interpréter, donc en ne faisant que suggérer certains états, en restant dans le flou).

C’est tout ce que la réalisatrice est incapable de faire. Mais moi je m’attache principalement à ça parce que ce que j’ai cru comprendre du “discours” derrière, ça m’a semblé grossier, surligné, rempli de trop d’évidences, dans le seul but d’enfoncer toujours des portes ouvertes. Ça se présente un peu comme un thriller (le côté rigide des maisons de jeunes filles, mais ici avec le côté shyamalanesque du Village perdu dans les bois, isolé de tous) et ça en devient franchement énervant de voir tout le film depuis la première séquence et de ne jamais voir une seule séquence s’écarter du chemin attendu. Il y a certes un petit côté circulaire (prévisible donc) assumé, mais l’évidence de la trajectoire tue un peu le plaisir (alors que dans le Plongeon encore une fois, l’intérêt est sans cesse réanimé par des rencontres).

Pour un film jouant sur le mystère, l’absence presque totale de musique paraît un peu étrange… C’est une sorte de conte (sinon ce ne serait pas aussi grossier), mais traité de manière naturaliste. Pourquoi pas, ce n’est pas d’ailleurs le pire dans le film, mais la maîtrise est tellement hasardeuse et le script tellement vilain que ça lasse, et que tout le crédit qu’on avait envie de lui laisser au début du film, pffit, s’effrite très vite.

Amusant, le film fonctionne un peu de la même manière que Jeunes Filles en uniforme, avec une représentation finale… (Quand on s’ennuie, on n’en est réduit parfois à tracer des raccourcis vers nos vieux sentiers préférés.)


Innocence, Lucile Hadzihalilovic 2004 | Ex Nihilo, Ateliers de Baere, Blue Light


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To Live and Die in L.A., William Friedkin (1985)

Calipolarnie

To Live and Die in L.A. (Police fédérale, Los Angeles)Année : 1985

Réalisation :

William Friedkin

8/10  IMDb

Eh bien voilà dans quoi je l’aime le vieux Willy, dans les polars balourds et renégats. C’est sale, ça pue le fric, la drogue et le vice, mais c’est ça — aussi — la Californie. Un petit polar sans prétention ça ne se refuse pas. Et Willy ne cherche rien à faire d’autre que de suivre la longue tradition des crime films à l’américaine. Il s’efface derrière son sujet, il met très bien en images et en rythme les quelques séquences d’action, que demander de plus ? On n’a jamais demandé à Willy d’être un génie, juste de faire le job. Et il le fait justement quand il ne se prend par pour autre chose.

To Live and Die in L.A., William Friedkin 1985 | SLM Production Group, New Century Productions, United Artists


Harmonium, Kôji Fukada (2016)

Crématorium

Fuchi ni tatsu Année : 2016

Réalisation :

Kôji Fukada

2/10  IMDb

Une fille violentée par un ignoble connard, une famille déchirée par l’incommunicabilité et par le poids… d’un lourd secret… Merci, Hope, passerait presque à côté pour être un chef-d’œuvre.

Une idée de départ intéressante et… la catastrophe. Aucun savoir faire : scénario d’une bêtise affligeante, dialogues consternants, lenteur forcée pour cause de direction d’acteurs inexistante, acteurs tous sans exceptions d’une grande médiocrité (la palme pour la tétraplégique à la face torve qui laisse bien comme il faut tomber le filet de bave au millimètre, et au moins ma rangée qui se retient de rire tellement c’est consternant), photographie & design sans intérêt (ni beau, ni laid, c’est tiède comme un reportage d’Envoyé spécial), musique…… insupportable, et, et, et… même pas la politesse de la concision parce que c’est long à en contracter des escarres.

Harmonium, Kôji Fukada 2016 Fuchi ni tatsu | Comme des Cinémas, Nagoya TV


L’Amazone aux yeux verts, Edwin L. Marin (1944)

L’Amazone aux yeux verts

Western noir

Tall in the Saddle Tall in the Saddle Année : 1944

Réalisation :

Edwin L. Marin

7/10  IMDb

Listes sur la Saveur des gouts amers :

Les Indispensables du cinéma 1944

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

1944, John Ford n’a pas encore repris la main sur le western pour y refourguer une dose de classicisme qui le fera mourir quelques décennies plus tard. Alors en attendant Ford, John Wayne fait déjà du John Wayne (c’est vraiment un type sympa ce John) et aiguise ses éperons dans un western qui a tout du noir. C’est l’époque qui veut ça.

L’intrigue est incompréhensible (assez complexe pour être à la fois crédible et moteur de toute l’intensité recherchée). Le bon John est pris entre deux femmes quand, lui, leur préfère sa jument. Le héros solitaire, asexué, droit et brave – le mythe du personnage à l’américaine… Rien que du fort sympathique, et du dispensable.


L’Amazone aux yeux verts, Edwin L. Marin 1944 Tall in the Saddle | RKO


La mort frappe trois fois (Dead Ringer), Paul Henreid (1964)

Note : 3.5 sur 5.

La mort frappe trois fois

Titre original : Dead Ringer

Année : 1964

Réalisation : Paul Henreid

Avec : Bette Davis, Karl Malden, Peter Lawford

Belle surprise. Présenté comme un bis, le film l’est sans doute un peu une bonne partie du film “grâce” à la grosse ficelle censée nous empaqueter le morceau d’une traite (en clair, le point de départ du film, celui de voir la jumelle prendre la place de sa sœur, est très vite expédié).

Pourtant, plus on avance dans le film, plus on oublie ce point de départ grotesque. Bette Davis se révèle très sobre dans son interprétation, il faut dire qu’elle est particulièrement bien entourée (Karl Malden, pour ne citer que lui, qu’on pourrait difficilement faire passer pour un acteur de série B). Surtout, les détours par lesquels on va nous faire passer sont très bien menés. L’astuce tient sans doute ici au fait que ces révélations sont liées à des événements passés et aux rapports troubles qu’entretenait la jumelle avec son mari (et avec d’autres). L’arroseur arrosé. L’arrivée dans le dernier tiers du gigolo de service, joué magistralement par Peter Lawford, est une joyeuse boîte de Pandore qui relance parfaitement le film. Les interrogations et choix à la fin auxquels certains personnages doivent faire face n’ont aussi rien à voir avec un film de série B. On reste bien dans la continuité de nombreux thrillers psychologiques des meilleures années de Hollywood.

Je ne répéterai jamais assez combien il n’y a jamais mieux qu’un acteur pour mettre en scène d’autres acteurs. En voilà une nouvelle preuve ici. Paul Henreid, parmi d’autres talents, était acteur, avait tourné notamment dans Casablanca et avait été le partenaire de Bette Davis dans Now, Voyager tourné vingt ans plus tôt. Comme beaucoup d’artistes austro-hongrois de l’entre-deux-guerres, il a travaillé un temps avec Max Reinhardt.


(Je cite Paul Henreid dans mon billet consacré au Hollywood Rush.)



La mort frappe trois fois (Dead Ringer), Paul Henreid 1964 | Warner Bros.

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La Meurtrière diabolique, William Castle (1964)

Slash ménopause

Note : 2.5 sur 5.

La Meurtrière diabolique

Titre original : Strait Jacket

aka : La Coupeuse de tête

Année : 1964

Réalisation : William Castle

Avec : Joan Crawford, Diane Baker, Leif Erickson

Sobrement titré Strait Jacket (camisole de force, en gaulois transposé), cette curiosité révèle quelques moments d’anthologie grotesques. Le plus souvent, il faut bien le dire, on se demande si tous ces excès (ou le ridicule croissant qui en découle) sont volontaires, ou juste le signe d’une déviance tarabiscotée propre à ces années 60 que la cinémathèque dans sa rétro qualifie de “décadentes”.

Si le revirement attendu est tout ce qu’il y a de plus conventionnel (dans le genre « thriller psychologique », à quelques années de Psychose), les excès se cachent dans les détails. Il faut voir Joan Crawford dans la scène où elle drague le fiancé de sa fille… Difficile de croire que toutes ces œillades grotesques ne soient pas volontaires. Autre grand moment d’excellessence programmée, quand la même Crawford peine à faire craquer une allumette face à son psychiatre lui faisant une petite visite “amicale”, et qui ne trouve rien de mieux que de l’allumer en la craquant sur un disque microsillon en pleine vocifération (oui, il y a une forme de génie, dans les excès du grotesque). Les réflexions du père du fiancé face à sa mégère de femme sont aussi splendides (le brave bonhomme, comme les autres, verra sa tête tranchée à la hache comme dans tout bon slasher qui se respecte).

C’est vilain, c’est grotesque, on ose même plus faire des films comme ça aujourd’hui (on ferait plus des séries Z avec le sérieux d’une série A, alors qu’ici c’est une série A se prenant autant au sérieux que les pires séries Z des années 30 ou 40). Mais ça se regarde avec plaisir parce que ça ne se prend jamais au sérieux.


La Meurtrière diabolique, William Castle 1964 Strait-Jacket | William Castle Productions


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Black Line (Kurosen chitai), Teruo Ishii (1960)

Black Line

Kurosen chitai black-line-kurosen-chitai-teruo-ishii-1960Année : 1960

Réalisation :

Teruo Ishii

6/10  IMDb

Film noir avec de fines tendances loufoques. Beaucoup de très bonnes idées, des acteurs impeccables, mais une impression bizarre d’inachevé (le film est relativement court, mais pas que). C’est que l’enquête n’a rien de bien passionnante. Le traquenard était pourtant plein de belles promesses, mais le ficelage est incompréhensible et manque de tension (l’humour détend, forcément).

C’est le second opus d’une série semble-t-il (White Line ou Shirosen himitsu chitai, Yellow Line ou Ôsen chitai, et Sexy Line ou Sekushî chitai). On exploite les filons dès les années 60 au Japon.

Teruo Ishii a réalisé le serial Gang avec Ken Takakura et Tetsurô Tanba, et son humour particulier (ou ses excès) a pu s’exprimer parfaitement en pleine période “exploitation” dix ans plus tard avec Female Yakuza Tale.

Du Pinku violent à découvrir… Black Cat’s Revenge fait méchamment saliver (autre film en watchlist, Les Huit Vertus bafouées).

Black Line (Kurosen chitai), Teruo Ishii 1960 | Shintoho


Charley Varrick, Don Siegel (1973)

La Proie, l’Appât et les Truands

Note : 4.5 sur 5.

Tuez Charley Varrick !

Titre original : Charley Varrick

Année : 1973

Réalisation : Don Siegel

Avec : Walter Matthau, Joe Don Baker, Felicia Farr, John Vernon, Sheree North, Norman Fell

— TOP FILMS

Don Siegel avait tout de même l’art dans les années 70 de proposer des films, et un ton surtout, comme on n’en aura jamais vu par ailleurs ni avant ni après. À part Dirty Harry qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, je suis un inconditionnel des Proies et de Sierra Torride. Et si on parle d’auteur, il y a là bien une marque siegelienne à laquelle cet opus peut se rattacher, faite d’humour, de nonchalance, de nihilisme, de faux masochisme, et synonyme aussi de grand spectacle avec mouvements de fuite, musique tout aussi nonchalante (signée du génial Lalo Schifrin) et images flamboyantes.

Le début du film, le casse d’une banque de l’Amérique d’en bas, est un modèle de thriller et de suspense, mais aussi de montage alterné. Belle gageure, la séquence étant un véritable archétype du genre… Possible par exemple que, si le film est un hommage à La Mort aux trousses surtout sur la fin, que cette séquence soit, elle, un hommage détourné à Gun Crazy où on retrouve la même configuration qu’ici : un même coin paumé, une femme au volant (cette fois, c’est elle qui est déguisée, ou qui porte son habit de scène, comme plus tard Varrick portera le sien), qui attend son homme (ici Walter Matthau et deux autres acolytes). Différence notable, c’est que ce film de Joseph H. Lewis sorti en 1950 est surtout connu pour cette scène tournée… en plan-séquence (on trouve la scène sur Youtube) et qu’ici Don Siegel opte pour un choix totalement opposé en multipliant les sujets, les points de vue, pour former une géniale séquence en montage alterné.

L’histoire est tirée d’un roman écrit par un inconnu (et dont le titre original me semblait bien meilleur que Charley Varrrick : The Looters, Les Pilleurs), mais ce n’en est pas moins un modèle. Le film noir est mort, le polar siegelien débarque. La brutalité n’est plus celle des méchants de l’ombre, mais bien celle du héros principal. De vrais mauvais garçons, et pire que tout, des malfrats sympathiques. Après quelques décennies de code Hays, il faut réinventer le genre qui s’était à peine dessiné en « crime films » au début des années 30. Fini les grandes villes, bonjour l’Amérique profonde, voire parfois la banlieue de Los Angeles, autrefois trop claire pour servir le film noir (c’est une généralité, voire un archétype imaginé a posteriori sur une poignée de films, Fallen Angel de Otto Preminger est un exemple de film noir tourné en Californie). Adieu les femmes fatales, bonjour les femmes-objets dans une société où c’est l’objet qui nous domine (sorte de mix étrange entre pseudo-féminisme et critique du matérialisme de la société de consommation).

Charley Varrick, c’est l’alliance improbable du western qui se meurt dans son crépuscule et le film noir qui s’est déjà mouru dans l’ombre plus d’une décennie plus tôt. Le polar à la sauce 70 vient trotter sur les pas de Hud (Martin Ritt, 1963) ou de Seuls sont les indomptés (David Miller, 1962) : la mort du western où les grands espaces ne sont plus que des terrains vagues ; chapeaux et santiags sont là pour faire jolis, les chevaux ronflent maintenant sous les capots d’étranges chars métalliques, et la place des duels du village est remplacée par une piste d’atterrissage improvisée au milieu des épaves automobiles… Les ombres du film noir ont disparu, la tonalité est la même ; l’ombre au tableau, identique, on l’éclaire désormais d’une lumière criarde et de paillettes. Le folklore pour mieux cacher les désillusions d’un monde à l’agonie ; l’humour et le cynisme comme seuls moyens de subsistance ; le Nouvel Hollywood, qui recueille les lumières expirantes des phares inaccessibles des boulevards aux étoiles entre deux sorties d’autoroute, entre deux mégapoles, à la frontière du désert qui maintenant n’est plus rien sinon un dépotoir et une zone morte depuis que le Pacifique n’est plus un rêve, un but, mais un mirage ne reflétant plus que les lumières fardées et autocentrées de l’usine rêve : Hollywood.

Charley Varrick dévalise une banque, cela pourrait tout aussi bien être un hangar, un studio de cinéma. Il y aurait trouvé le même argent sali par l’orgueil, les fausses illusions, les mêmes connivences troubles, les mêmes mensonges. Varrick y perd sa femme, c’est un homme maintenant libéré de toute contrainte qui va pouvoir savamment, patiemment, froidement, tout faire valser. Dirty Varrick. Seul contre tous, d’abord contre son embarrassant complice, puis la police, et enfin la mafia. Les armes du cygne ? Un peu de dynamite pour tout faire exploser et de jugeote pour s’extirper d’un piège dans lequel il est tombé, s’en extirper comme on prépare le grand casse du siècle. Un magicien de la piste notre Varrick : il cite Hitchcock, mais c’est bien avec surprise qu’il nous appâte aussi et finit par nous tromper. Un tour est un tour, quoi qu’en dise Alfred : on devrait s’attendre à être trompés, mais le stratagème est trop bien ficelé pour ne pas nous éblouir quand il nous pète à la figure.

Pour garder une longueur d’avance (Varrick l’avait déjà en comprenant qu’il était tombé dans un piège qui n’était pas tendu pour lui, ni pour personne), ce franc-tireur, solitaire intégriste, impose le terrain à son adversaire, impose ses propres apparences et son expertise (le choix de l’arme). Les gros poissons se laissent toujours tenter par les plus gros appâts, même si ça les fait sortir une seconde de leur élément. Et l’ancien Hollywood, avec ses complices de la société de surconsommation, ces mafieux qui ont troqué depuis longtemps les flingues pour les sourires hypocrites, tout ça peut alors se faire voir dans un dernier bûcher. Varrick y cédera la part misérable qu’on lui prêtait pour le casse, et se joue ainsi des apparences d’un monde qui l’avait dépossédé de tout.

Voler les escrocs par l’escroquerie.

La misère matérialiste, quand elle sait travailler avec sa tête, peut se révolter et tout faire péter dans ce monde d’escrocs. Avec la seule idéologie qui vaille alors : le nihilisme. Un coup de pied dans la fourmilière et au revoir. Aucun message, aucune morale. No future. Quand ça vient d’un flic, c’est réactionnaire ; quand c’est un ange vengeur, tout lui est permis. Choisis ton côté de la barrière.


À croiser avec Le Point de non-retour.


Charley Varrick, Don Siegel (1973) | Universal


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La Vie d’un tatoué, Seijun Suzuki (1965)

Puzzle spatial

Note : 4.5 sur 5.

La Vie d’un tatoué

Titre original : Irezumi ichidai

Année : 1965

Réalisation : Seijun Suzuki

Avec : Hideki Takahashi, Masako Izumi, Akira Yamauchi
Yûji Odaka

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On trouvera toujours quelque chose de surprenant dans cette dernière décennie de l’âge d’or du cinéma japonais… Le film souffre de quelques excès tout à fait charmants qui frisent la parodie (ce que Le Lézard noir, vu récemment, était incapable de faire), mais La Vie d’un tatoué est probablement un de ces films étranges où tout s’accorde par hasard pour en faire, parfois, un chef-d’œuvre.

Il y a bien sûr la présence de Seijun Suzuki à la réalisation, qui fait notamment preuve de son extravagant talent visuel dans la dernière séquence, un affrontement « un contre tous », avec notamment une contre-plongée presque sidérante prise sous le tatami et une plongée en plan-séquence sur le ballet des duels au katana (façon Old Boy).

Pourtant ce sont deux autres aspects qui m’ont fasciné dans ce Irezumi ichidai : l’histoire et le lieu où les personnages évoluent. Les deux sont liés, et si on a affaire à un film de yakuza, on y retrouve l’aspect serial de certains films de l’époque (Zatoichi, La Pivoine rouge — et des Ninkyo eiga qui me restent inconnus) ou même de certains films de samouraïs où on retourne à la campagne pour croiser ces populations autochtones comme dans les vieux contes, ces auberges tantôt accueillantes tantôt inquiétantes, toujours d’étranges lieux de passage et de rencontres. On pourrait presque être chez Dumas ou dans Miyamoto Musashi.

Seijun Suzuki (1965)

L’histoire est simple, d’un grand classicisme, mais c’est l’alliance de ses éléments qui forment une sorte d’alchimie efficace. Un yakuza et son frère se sont fait truander par leur propre clan et échappent de peu à la mort. Ils entreprennent alors de rejoindre la région qui apparaît comme la terre promise, l’Eldorado d’alors : la Mandchourie. Faute d’argent, à nouveau truandés, ils se voient obligés de travailler dans une mine. D’abord mal vus, ils parviennent à gagner la sympathie des mineurs et l’intérêt de la fille du propriétaire. La suite est merveilleusement prévisible, bien huilée comme une symphonie au phrasé déjà connu, jamais dissonant. Et il y a donc dans cet univers, une gestion de l’espace qui rappelle certains westerns ou épopées : chaque scène propose presque un nouveau décor tout en restant souvent dans un lieu reconnaissable, si bien qu’on finit par nous reconstituer mentalement la représentation de l’espace qui crée une forme de jouissance imaginative qu’on retrouve dans assez peu d’autres films. Pour ça, il faut aussi retrouver certains espaces mythiques voire archétypaux (la rivière et ses chutes, l’intérieur de la mine, la cellule de prison, la maison du propriétaire, et les ruelles avec leurs nombreuses échoppes…).

Certains événements sont tellement traités avec désinvolture ou excès qu’on est à la limite de la dérision (c’est trop bien mené pour croire à une véritable série B). Par exemple quand le héros vient à s’évader, ou à sortir plutôt, de sa cellule, ou la manière dont est traitée l’histoire d’amour, le jeu de séduction, on peine à croire en toutes ces circonstances heureuses, mais c’est si bien fait que ça n’apparaît plus que comme un jeu.

Grand plaisir.


La Vie d’un tatoué, Seijun Suzuki 1965 Irezumi ichidai | Nikkatsu


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