L’Idiot (Durak), Yuriy Bykov (2014)

Histoire d’ivoire une tour tomber

DurakL'Idiot (Durak), Yuriy Bykov (2014)Année : 2014

7/10 IMDb iCM

Réalisation :

Yuriy Bykov

Avec :

Artyom Bystrov
Natalya Surkova
Yuriy Tsurilo

Le film n’est pas sans rappeler Main basse sur la ville (Rosi 1963). Le même thème du scandale immobilier et le risque d’effondrement d’un immeuble. Les enjeux et les conflits, tout ça est bien mené, façon thriller du réel avec une intrigue resserrée sur quelques heures, et c’est vrai qu’il peut y avoir une certaine fascination à voir qui s’en bat les couilles (les autorités de la ville, les concernés ou les réalistes), et les autres (en l’occurrence, l’autre au singulier, l’idiot du titre est un brin sarcastique, l’idiot, c’est celui qui l’ouvre au milieu d’un monde gangrené par la corruption).

Malheureusement, malgré une certaine maîtrise, c’est encore légèrement démonstratif, nous répétant cent fois les enjeux pour qu’on ait bien compris, et ça tient à développer des personnages de la « petite histoire » quand il aurait été plus avisé, ou intéressant, de s’appliquer à l’aspect politique, seul. Ou au contraire d’aller plus loin vers cette voie et recentrer petit à petit vers les enjeux de la catastrophe comme une réponse symbolique à l’impuissance sociale rencontrée durant tout le film (faire alors du personnage principal un spécialiste paraît moins évident que si c’était un personnage sans connaissance technique et possibilité d’interpeller les autorités de la ville).

Le film se perd ainsi pas mal en digressions superflus qui donnent un aspect naturaliste (documentaire diraient certains) au film qui alourdit trop son propos (ou son style, le thriller, avec sa nécessité d’urgence). La force, le sujet, c’est le scandale, sans doute sa fin sans détour et cynique. Et le drame, c’est moins l’effondrement d’un immeuble que celui des illusions de cet « idiot » cherchant à sauver 800 personnes. La concision aurait été plus efficace que de traiter ça en cherchant une forme d’authenticité. La recherche du réel est toujours réducteur : on se concentre sur la corruption d’un petit village en Russie quand on aurait pu évoquer la corruptibilité des hommes tout court. La morale finale n’en aurait été que plus forte : rares sont ceux capables de reconnaître les bonnes âmes qui cherchent à les aider. Le drame des apparences, toujours.

La même année, Andrey Zvyagintsev, proposait une même vision de la Russie corrompue et sans illusions dans Leviathan, jouant cette fois (de mémoire) sur un récit plus distendu, le mystère, et une forme de distanciation suggérant plus l’aliénation des individus dans la société qu’une misère sociale conséquence d’une corruption des autorités (même si elle était très présente dans le film, on évitait le ton sur ton en se passant des à-côtés sociaux).