Paul Verhoeven

Paul Verhoeven

crédit Paul Verhoeven

Classement :

10/10

9/10

  • Black Book (2006)

8/10

  • Total Recall (1990)
  • Robocop (1987)
  • Spetters (1980)

7/10

  • Qu’est ce que je vois? (1971)
  • Elle (2016) 
  • Starship Troopers (1997) 
  • Turkish délices (1973) 
  • Soldaat van Oranje (1977)
  • Le Quatrième Homme (1983)

6/10

  • Basic Instinct (1992)
  • Hollow man – L’Homme sans ombre (2000)

5/10

  • La Chair et le Sang (1985)

4/10

  • Showgirls (1995) 

3/10

Film commenté (article) :

Simples notes :

Turkish délices (1973)

À la base, faire un film sur le loukoum, c’était pas du nougat.


Réponse à un article sur LeMagduCiné concernant Showgirl de Paul Verhoeven et de sa réhabilitation auprès de la critique et du public actuel. (J’en ferai peut-être un article plus tard, le sujet est suffisamment intéressant pour s’y pencher de plus près.)

Une époque formidable. C’est amusant, je compare l’interprétation de certains de ce film à celle qu’aurait voulu qu’on fasse de son film Oliver Stone pour Tueurs nés sorti l’année précédente. Dans une satire, ce qu’on juge, c’est pas que ce soit présenté comme une satire, mais que la satire soit réussie. Perso, je doute qu’on réussisse une satire à grands coups de marteau et d’opulence vulgaire. La satire, c’est un peu comme une histoire drôle, ce n’est pas parce que c’est fait pour être drôle, qu’elle sera réussie. La satire peut d’ailleurs passer par l’ironie, c’était la spécialité du cinéma italien au cours des années 60. Mais comme pour toutes formes de satire, ça réclame de la subtilité. Et là encore, c’est vrai, la satire, c’est un peu comme l’humour, elle est rarement partagée par tous. Sauf quand on franchit allègrement les limites du ridicule et du vulgaire comme dans Showgirl.

Les spectateurs ont ça de particulier qu’ils cherchent toujours à se démarquer de leurs pairs/pères. Et pour tuer le pair, on va à contresens de ses goûts et de ses interprétations. Showgirl devient ainsi un trésor de subtilité et une satire que n’aurait pas su comprendre les anciens.

Hé, tout le monde à l’époque a compris que c’était une satire. Mais une satire vulgaire, moche et globalement insupportable.

En réalité, la question ne se pose pas là. Si Oliver Stone avait eu l’année précédente la volonté de dénoncer la violence avec Tueurs nés sans comprendre la “subtilité” de l’univers de son auteur (Tarantino) et tombait donc dans ce qu’il cherchait au départ à dénoncer, la question est presque identique pour Verhoeven : l’humour faisait-il partie de son numéro d’équilibriste visant, comme d’autres, la comédie satirique ?

C’est bien de ré-interpréter un film vingt ans après (et on fait ça sans arrêt depuis un siècle), mais il n’est pas inutile de le remettre dans le contexte de l’époque pour comprendre ce qu’aurait plus probablement cherché à faire, et raté, Verhoeven :

Il sort de Basic Instinct, dont une des scènes mémorables joue précisément sur la confusion des genres, sur la satire ironique et subtile. Il suffit souvent à ce stade d’un rien pour basculer dans le ridicule, ce que ne manqueront pas de faire à la place Verhoeven certains comiques en parodiant la scène en question. Puis Verhoeven, aux yeux de tous alors, se vautre avec Showgirl en allant cette fois trop loin ou en dosant mal ses effets. On comprend qu’il fait une satire, il a toujours été dans la critique de la société américaine, rien de neuf sous le soleil, mais cette fois, ça capote, c’est en tout cas sur quoi s’accordent à la fois le public et la critique.

Il s’en moque lui-même, et ça apparaît semble-t-il comme un aveu et une preuve qu’il considère lui-même son film comme un échec. Non pas incompris, mais raté. Parce qu’une satire, c’est comme une blague mal racontée, ça marche ou ça rate. Tout le monde a compris la « blague », c’est juste que racontée comme l’a fait Paul, elle est loin d’être drôle, et donc pour la satire, réussie.

Que fait-il après cet échec ? Ben, une nouvelle satire pardi, pourquoi changer ? C’est un « auteur », il creuse un sillon… Seulement, il semble comprendre, un peu, là où son film précédent péchait et il tente de réajuster la recette de sa satire, et ça donne Starship Trooper qui n’est pas non plus un modèle de satire (et pour être franc, je ne crois pas que l’humour, ou le second degré caustique, de Paul Verhoeven soit aussi subtile que celui des films italiens des années 60, ni même que le fort de Verhoeven soit précisément la satire tendance ironique : la nullité de Showgirl n’était pas dans son absence totale d’humour, après tout, Robocop est une critique de la société américaine sans disposer du moindre humour — du moins, le peu d’humour qu’on y trouve alourdi plutôt le film, et c’est valable aussi pour Total Recall).

Il n’est pas le seul à avoir tenté ça au cours des années 90. Tarantino, les frères Coen ou Tim Burton ont plus ou moins joué sur ce registre. Y a rien dans ces années qui ne se lit au premier degré. Et si on lit un peu plus Showgirl au premier degré à cette époque, c’est bien parce qu’à côté de tous ces maîtres du second degré, Verhoeven était en dessous.

Alors, l’article est intéressant, seulement comparer Showgirl à A Star is Born ou à All About Eve, d’accord, mais pour le coup, je ne suis pas sûr de comprendre si l’auteure de l’article a compris ces films : parce que ce sont justement des satires et des critiques sévères du « rêve américain ». Et accessoirement, des chefs-d’œuvre.

Parfois, trouver la bonne tonalité d’un film, ça tient à peu de chose. Showgirl, c’est Elizabeth Berkley. C’est elle qui tient tout le film sur ses épaules et qui, par conséquent, lui donne sa couleur. Vous mettez n’importe quelle actrice que Sharon Stone dans Basic Instinct, et j’ai peur qu’il y ait de grandes chances que la scène des jambes croisées deviennent sidérantes de vulgarité et au final réellement ridicule. Parce que c’est Sharon Stone, parce qu’on la sait à la fois pleine de classe et assez intelligente pour savoir jouer toute la duplicité de la situation. Et parce que dans cette scène, ce n’est pas le minou qui joue le mieux, mais bien l’expression de l’actrice. Vous mettez une actrice de série comme Elizabeth Berkley dans la même scène (ou dans n’importe quel film quelconque), et je suis sûr à 100 % qu’on ne peut y croire et qu’elle serait incapable de jouer sur la même duplicité. Parfois on est un peu esclave de son physique, et c’est ainsi, certains acteurs, on pourra jamais les encadrer ; et parfois, on n’a tout simplement pas le talent d’une Bette Davis ou d’une Judy Garland.

Dans la même veine, autour de Showgirls :

juillet 2021

Réaliser une satire, c’est comme avancer sur un fil de faux-souvenirs. Certains seront certains d’y avoir vu un chef-d’œuvre, d’autres un navet.

Cette révision de Showgirls m’amusera toujours autant. Pas assez cependant pour me faire revoir le morceau.

Exemple de commentaires :

https://t.co/EmH7aP31MP

Et parfois, ça tient vraiment à un fil. Je suis persuadé qu’avec une autre actrice, ça aurait déjà plus fonctionné. Comme disait Hitchcock, les emplois passés d’un acteur influencent les suivants. J’imagine que cette révision ne peut se faire qu’en ignorant le passé de l’actrice. Starship Troopers par exemple ne tombe pas aussi bas. Pourtant le principe utilisé par Verhoeven semble identique. La nullité est plus diluée dans un ensemble d’acteurs médiocres.

Mais le mieux encore, c’est d’en prendre de bons et de se souvenir qu’une satire ce n’est pas une parodie de série B.

RoboCop et Total Recall sont à ce titre pour moi quasi parfaits (voir Spetters). Tout le reste se maintient péniblement sur le fil ou se vautre de manière grotesque dans le vide.

J’ajoute qu’il y a un phénomène qu’on pourrait presque qualifier de psychologique, difficile à mesurer, et qui là encore ne cesse de me fasciner. C’est de voir à quel point le spectateur se nourrit et se laisse influencer par des éléments extérieurs au film. Si de mon côté, le passif télévisuel de l’actrice avait sans aucun doute joué sur ma réception du film, et si les spectateurs plus récents ont échappé à cet argument de poids en défaveur du film, je serais curieux de voir jusqu’à quel point cette révision (non pas ratée mais aux proportions ici spectaculaires), est aussi le résultat d’un mouvement général de réhabilitation de la critique concernant ce film, et que certains spectateurs ne feraient que suivre (sans que cela n’altère la légitimité de leur perception — le spectateur ayant toujours raison). Il serait bon que chacun s’essaie à déterminer son degré supposé de sensibilité aux suggestions et influences extérieures au film.

Un facteur connu consiste, inconsciemment, à rejoindre la perception ou le jugement des personnes du groupe avec qui on a vu le film, voir celui qui nous l’a recommandé. La presse en est un autre. Et chez certains, elle opère un peu comme les tendances, les modes, en matière d’habillement ou de comportements. Trouver du génie dans Showgirls serait ainsi aussi tendance que… de commander un café dalgona en terrasse. La hype.