Exercice de théâtre 5
Travail autour de la prosodie
But de l’exercice : les textes imposés obligent trop souvent les acteurs inexpérimentés à tomber dans une prosodie monocorde. Dans les techniques du comédien, on dit que l’acteur « s’installe ». Pour essayer d’aller contre cette tendance, l’idée consiste à exposer l’élève à diverses manières d’adopter une prosodie censée casser cette installation.
Pour définir simplement les choses, passons par Wikipédia. La « prosodie », ce sont des traits de la langue qui s’expriment à travers « l’accent, le ton, l’intonation, la jointure, la pause, le rythme, le tempo et le débit. » Le « yaourt », surtout connu pour le chant, est une technique « qui consiste à chanter en produisant des sons, des onomatopées, des syllabes qui font penser qu’il s’agit d’une langue réelle ».
1/ Certains textes, que ce soit des romans à la première personne (Proust, Céline, Pessoa, etc.) ou des monologues, à la lecture, peuvent servir à illustrer le problème. Le lecteur, comme l’acteur, a tendance à s’installer, même si la prosodie adopte alors une forme spécifique. Chacun possède une prosodie de lecture ; elle peut varier sensiblement d’une personne à une autre, et cette prosodie n’a souvent rien à voir avec celle qu’un acteur adoptera pour « réciter » un texte. À ce stade, l’élève doit comprendre comment et pourquoi il faut lutter contre cette habitude, cette facilité.
2/ Parler en yaourt (reproduction de la prosodie d’une langue, pas forcément le français) peut aider à l’élaboration d’une prosodie factice. Préparer ainsi les élèves à intervenir, à travers des monologues ou des échanges, pour leur faire prendre conscience qu’une prosodie véhicule déjà des intentions, des élans, des hésitations, des incises, des tonalités, des humeurs, des sens simples (oppositions, interrogations, argumentations, incertitudes, approbations, ironie). Une prosodie monocorde et standard ne transmet rien.
3/ S’exercer à regarder des débats, des documentaires, des interviews ou des discussions (non des fictions) dans une langue étrangère et repérer les sens véhiculés par la prosodie. En discuter, puis s’amuser à en reproduire les tonalités, les couleurs.
4/ Retrouver les élans prosodiques de l’exercice précédent en les appliquant à des textes appris par cœur. Peu importe à ce stade le respect du sens du texte ou de la situation, le but vise à forcer l’élève à adopter une prosodie non standard. Cette prosodie l’habitue à donner un sens, une intention à ses interventions (en prenant soin de faire en sorte que l’écoute reste par ailleurs active).
5/ Reproduire les mécaniques prosodiques d’un débat ou des voix d’un documentaire, d’une interview, mais cette fois en français, par petites phrases (par élans), et éventuellement en en répétant des extraits entiers.
Désormais, les élèves devraient comprendre non seulement que la prosodie véhicule un sens, mais qu’elle porte, un peu comme le mouvement d’un yo-yo ou d’un élastique, un élan, une énergie. Chacun, dans sa voix de tous les jours, adopte une prosodie propre, plus ou moins élaborée, c’est cette prosodie qu’il faut rencontrer et développer. Si l’acteur est en mesure de créer une telle prosodie avec un texte appris par cœur, même en s’installant par instant (ce qui reste inévitable), le public pourrait moins s’y laisser prendre.
L’élève remarquera alors que cette prosodie s’appuie sur des intonations franches, des respirations assurées, sur des brèves et des longues accentuées. Tout le contraire de la récitation, à la fois monocorde et semblable à une rêverie désincarnée faite d’intonations vides de sens, de brèves molles et de longues… évanescentes, paresseuses, signes de « l’installation » de la prosodie et de la pensée).
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