Crépuscule de gloire, Josef von Sternberg (1928)

Crépuscule de gloire

The Last Command The Last CommandAnnée : 1928

Réalisation :

Josef von Sternberg

Avec :

Emil Jannings
Evelyn Brent
William Powell

8,5/10 IMDb iCM

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Le silence est d’or

(Quelle bonne idée de proposer à la Cinémathèque des œuvres sans accompagnement… L’utilisation de guitares électriques et de bruitages suspects proposés pour la projection des Nuits de Chicago était déjà bien limite, là ça tourne un peu à la farce…)

La revoyure a au moins eu le mérite de pointer du doigt le gros point faible du film. Le flash-back, l’essentiel du film, en Russie, est chiant à mourir. Tout tient en fait dans les quelques scènes du début où on oppose dans un montage parallèle un figurant au bord de la rupture et un réalisateur en quête d’un acteur pour un personnage de général russe ; et bien plus encore dans les dernières scènes où la rencontre se fait. Un jeu de miroir plutôt embarrassant et pathétique. On loue souvent la performance de Emil Jannings, mais je n’ai vu pour ma part que William Powell. Toute la classe, le charisme, la flamboyance du futur acteur de Godfrey, de The Thin Man ou du Grand Ziegfleld, sont déjà là. Tout dans le regard, une sévérité pour happer d’un coup le spectateur, une rectitude qui lui donne l’impassibilité et le flegme de la noblesse, et puis soudain, l’œil qui se fait plus attendri, plus pensif, signe d’une humanité contenue. Là est la véritable bienveillance, celle qu’on accorde à ses prochains par petits gestes, loin des projecteurs et de la foule ; là est le génie de William Powell. Et pourtant, il parle. Aussi.

Un peu maigre pour faire un film. Seul l’anecdote tient la route, et au milieu, l’histoire d’amour paraît un peu accessoire et difficile à croire. C’est rare, mais parfois, il suffit d’un début et d’une fin. L’idée est tellement généreuse que je peux fermer les yeux sur les défauts de cette histoire.

Josef, sinon, dans ses œuvres. Encore et toujours des travellings d’accompagnement, latéraux ou dans l’axe, parfois simplement pour décrire une foule…


Vu le : 5 février 2014

Revu le 16 septembre 2016 (tek)

The Thin Man, W.S Van Dyke (1934)

Screwball whodunit

L’IntrouvableThe Thin man, W.S Van Dyke (1934)Année : 1934

Vu en mai 2010

9/10 IMDb  iCM

Réalisation :

W.S. Van Dyke

Avec :

William Powell, Myrna Loy


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Lim’s favorite comedies

 

Assez déroutant au début. À cause du mélange des genres. On croit voir un film policier pur et dur en voyant le nom de Hammett au générique (Le Faucon maltais, La Clef de verre), et en fait, le film tourne à cent à l’heure comme une comédie. Les balles fusent, mais ce sont celles des répliques de screwball

Au bout de quelques minutes, un premier meurtre, suivi d’une disparition. On est alors dans le roman noir, avec faux coupables, fausses pistes, enquête de détectives, etc. Mais pendant tout le film, l’humour est toujours là, accompagnant ce couple impossible et amoureux : l’ancien fameux détective, et sa femme audacieuse qui voudrait le voir reprendre du service pour cette affaire. Le couple n’arrête pas de se chamailler gentiment. C’est un peu Spencer Tracy et Katerine Hepburn sous marijuana. On est plus dans un jeu d’enquête plein de distance et d’ironie comme chez Agatha Christie, Conan Doyle, voire pour rester so british, comme chez Hitchcock. Ce n’est même plus de la distance que prennent ces deux-là à ce niveau. On frise le surréalisme ou l’absurde. Chaque situation étant prétexte à un nouveau jeu. Ça se titille, ça se chamaille, et… c’est souvent raide bourré — elle, n’étant pas la dernière à se saouler. Au contraire souvent de l’image du détective alcoolique vécu comme un fardeau et véhiculé dans les films noirs qui viendront après, ici, c’est une fête… Ils sont pépètes la moitié du film. Le couple n’est pas sans rappeler d’ailleurs les couples d’enquêteurs qu’on trouvera plusieurs décennies plus tard à la télévision dans des séries comme Chapeau melon et botte de cuir ou Remington Steele. Ce sera même un genre qui reviendra à la mode dans les années 80 : le budddy movie. Parce qu’ici, l’avantage de ce couple, c’est qu’ils sont déjà ensemble. Nul besoin de se séduire (le principe de la screwball à venir se fera souvent sur une nécessité de se séduire à nouveau, c’est pour cela qu’on appelle ces comédies parfois comédies de remariage). Ce sont donc deux potes (ce qui reste un fantasme, parce que si les hommes rêvent d’être pote avec leur femme, ça arrive assez rarement). Et la gageure quand une femme accompagne ainsi son mari, c’est de ne pas tomber dans la vulgarité. Ça ne peut marcher que quand on a la classe. Aucun ton sur ton. Malgré leur apparence distinguée, bien comme il faut, il sont d’une insolence rare. Mettez-y James Cagney et ça le fait déjà moins.

Tout le film tient donc dans ce mélange d’humour, de légèreté et de crime. Parce qu’il y a tout de même des enquêtes que notre détective, dans sa nonchalance, devra résoudre. Avec la facilité du héros à comprendre les nœuds qui se profilent devant lui, on pourrait penser que ce n’est plus tout à fait un whodunit, mais plutôt un whodunit ? whocares ?… Ce qui compte ce n’est pas l’enquête (on n’y comprend que dalle comme d’hab’ — Chandler, Hammett, même combat) mais les ambiances, les confrontations, les revirements, et bien sûr l’attitude des deux personnages principaux… Un polar qui part dans tous les sens, où le crime est ludique. À l’époque où les romans noirs et les screwball comedies mijotent encore avant de s’imposer dix ans plus tard, ce Thin Man fait de la résistance en gardant une inspiration très britannique. Le dénouement par exemple, où le détective réunit tous les suspects dans un dîner chez lui pour confondre le meurtrier, n’a rien du roman noir. C’est un jeu à la Agatha Christie. Le plaisir de l’énigme, et le prétexte de l’énigme. Aucune ambiance glauque, aucun malfrat qui se rebelle une fois démasqué. C’est comme un sudoku avec des rires. « On a réussi ! buvons un verre ensemble ! »

Étonnant de voir que ce récit baroque et hybride est l’adaptation de ce qui sera le dernier roman de Hammett. 1934, c’est l’année des débuts du code Hays. Hammett aurait-il senti le vent de la moralisation tourner ? S’est-il amusé avec ce dernier récit à imiter ses compères anglais pour tirer sa révérence ? Le film noir, héritier direct de ces romans de truands qu’on appellera plus tard romans noirs, naîtra de toute cette période de moralisation du cinéma. Mais Nick et Nora Charles s’ils n’ont rien des gangsters de l’époque sont encore moins des personnages dont Hammett a lui-même contribué à créer l’archétype ; ils ont l’apparence de ce que le code voudra voir à l’écran, à savoir des représentants de la haute société. Il y a dans le film noir une renonciation, une fatalité. L’impertinence est celle des héros qui n’ont plus rien à perdre. Et les Charles sont impertinents, eux, parce qu’ils s’amusent comme dans une screwball comedy.

Hammett sera plus tard victime de la chasse aux sorcières. Pourquoi a-t-il arrêté d’écrire des romans ? pourquoi précisément après celui-ci qui parait si anachronique ? Mystère. Quoi qu’il en soit, ça a fait un film sublime, pétillant (forcément, même si ce n’est pas du champagne qu’on y boit), lumineux et rythmé. De nombreuses suites viendront se greffer à celui-ci.

À signaler l’excellente performance des acteurs pour incarner ces personnages à la fois pleins de classe et de fantaisie. William Powell n’a pas aujourd’hui la renommée qu’il mériterait. Cette présence, ce détachement, ce charme… Et le minois de Myrna Loy est intemporel…

Permission jusqu’à l’aube, John Ford et Mervyn LeRoy (1955)

Permis de fuite

Mister RobertsAnnée : 1955

Réalisation :

John Ford et Mervyn LeRoy

5/10  lien imdb
Avec : Henry Fonda, James Cagney, William Powell, Jack Lemon

 

Vu en juin 2008

Une frégate de ravitaillement dans le Pacifique pendant la seconde guerre mondiale. Loin du combat. Un capitaine tyrannique, un équipage qui s’ennuie, et un officier qui rêve de partir pour le front…

Petite comédie. Minuscule. On s’y fait suer presque autant que les hommes d’équipage. Jamais vu autant de monde embarqué dans la même galère. Et ils s’y sont mis à deux pour réaliser un film avant tout bavard. Ça papote entre James Cagney, Henry Fonda et Jack Lemon, et on a l’impression de voir leur gueule sur les affiches de leurs grands films respectifs se donner la réplique. Un cauchemar.

Même Opération jupon a plus de charme.