Le Chant du loup, Antonin Baudry (2019)

Le Chant du loup

Note : 3.5 sur 5.

Le Chant du loup

Année : 2019

Réalisation : Antonin Baudry

Avec : François Civil, Omar Sy, Mathieu Kassovitz, Reda Kateb

Pas mal du tout au final. Le scénario et le contexte géopolitique proposé me paraissent en revanche assez tirés par les cheveux. Gâchotons ça de plus près : des djihadistes achètent un ancien sous-marin lanceur de missiles nucléaires très longue portée aux Russes en vue de déclencher une guerre nucléaire, et puisqu’ils n’ont, bien sûr, pas d’ogives nucléaires, ils ont l’idée de se faire passer pour des Russes dans l’attente que la situation entre les Russes et les Européens se tende à un point suffisant pour que leur attaque puisse être comprise comme une attaque russe (à qui ils ont donc acheté le sous-marin). Gros coup de chance, la Russie menace la Finlande et au même moment, les djihadistes interviennent au large de la Syrie avec leur nouveau sous-marin en espérant qu’il sera reconnu mais pas trop par les forces alliées dont ils ne savent même pas qu’elles sont précisément sur la zone. Il se trouve que les Français étaient donc sur place pour faire je ne sais quelle opération secrète sur les plages syriennes, et qu’un sous-marin doit venir récupérer les hommes-grenouilles partis ainsi en mission… Une telle somme de coïncidences malheureuses, ou de génie préparatoire, on ne peut voir ça que dans la réalité, jamais au cinéma. Et pourtant ça continue, c’est ici que le film commence réellement : notre oreille d’or chargé d’identifier les bruits des profondeurs tombe sur la trace d’un engin inconnu qu’il ne reconnaîtra que plus tard au prix de quelques efforts improbables dignes de Mission impossible, et alors même, je le rappelle, que la finalité des djihadistes serait donc que les Français apprennent à reconnaître la trace de ce sous-marin disparu des bases de données depuis que le progrès informatique a rendu possible l’effacement volontaire des bases de données…

On change de paragraphe pour éviter de rester en apnée, et on continue en petit cachottier que je suis… À cet instant (pour plus de détails, se référer au paragraphe précédent), les choses ne sont pas loin de tourner mal puisque le sous-marin, qu’on ne sait pas encore être un sous-marin russe aux mains des djihadistes, donne l’alerte aux Syriens qui de leur côté envoient un hélicoptère sur place en vue de sonder la zone et de balancer gratuitement des bombes sur la tête d’un bâtiment inconnu qui avait juste le tort de croiser près de leurs côtes (bon, ça a mal tourné sur la plage, mais avant qu’un État réagisse aussi vite, même une dictature, la chaîne de commandement et le relais de l’information ne se faisant pas à la vitesse des ordres de marchés automatiques, c’est improbable qu’un pays réponde aussi vite, et à l’aveugle, à un tel incident). Cerise sur le gâteau, les Syriens auraient donc collaboré avec ceux qu’on ne sait pas encore être les djihadistes à cette occasion puisqu’on suppute un moment qu’il s’agissait des Russes (ça fait un peu penser à un raccourci limite raciste du genre « tout ça, ce sont des Arabes, ils sont forcément dans le même camp »).

On reprend notre souffle, et on continue… Ensuite, pile poil quand, et parce que, les Français comprennent qu’ils ont eu affaire à un sous-marin russe, les djihadistes en profitent (et puisqu’au même moment les tensions avec les Russes en Finlande le permettent) pour passer à la dernière étape de leur plan machiavélique : lancer un missile vers Paris en faisant donc croire qu’il s’agit là d’une attaque nucléaire russe… Quoi de mieux pour lancer une telle attaque que de le faire depuis… le Pacifique (à la limite, dans ce coin, on aurait plus pensé à la Corée du Nord, mais admettons). Et de là, en ni une ni deux, puisqu’on reconnaît (grâce à un faux coup de bol — ou à un épisode de Mission impossible – imaginé par l’ennemi) un missile envoyé par un engin russe depuis l’autre côté de la planète, on réplique par une attaque nucléaire en direction des Russes, et on tente au passage d’intercepter le missile… au-dessus de la Pologne (on montre les dents à la Russie parce qu’elle ose se montrer un peu trop pressante en Finlande, mais pour sauver Paris, on serait prêts à dégommer un missile qu’on croit être nucléaire au-dessus de la Pologne : « On ne s’attaque pas à mon petit frère finlandais !… Oh, mince, une attaque ! Vite, servons-nous d’un autre petit frère, le Polonais, prendre les baffes à notre place ! »).

Sérieusement ?! J’ai cru comprendre que l’armée française faisait appel à des auteurs de SF pour imaginer les menaces de demain, j’ose espérer qu’ils travaillent sur des scénarios hautement plus crédibles que celui-ci…

Autrement, oui, si on pose son cerveau quelques minutes, on y prend beaucoup de plaisir.


Le Chant du loup, Antonin Baudry 2019 | Pathé, Trésor Films, Chi-Fou-Mi Productions

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La Promesse de l’aube, Eric Barbier (2017)

La Promesse de l’aube

La Promesse de l’aube Année : 2017

6/10 IMDb

Réalisation :

Eric Barbier

Avec :

Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg

Je n’ai rien contre les adaptations historiques si elles savent transgresser leur sujet pour proposer autre chose qu’une simple illustration d’événements pliés sous quelle que forme que ce soit : purement historique, ou comme ici, adaptée d’un récit de Romain Gary. Eric Barbier fait le job en ce qui concerne l’adaptation, mais l’invention cinématographique est pauvre. C’est certes un écueil rarement dépassé, parce qu’il faut savoir et oser s’approprier un sujet, le charcuter, le violer presque. Mais on ne fait pas de bons films en respectant (trop) une matière qui n’est pas encore ou pas du tout du cinéma : une œuvre préexistante, comme un scénario, ce n’est déjà plus une œuvre, et ce n’est de toute façon déjà pas du cinéma. On retourne, et c’est malheureux, aux critiques que les tenants de la politique des auteurs pouvaient faire dans les années 50 à propos du cinéma d’adaptation…

Le meilleur acteur, c’est à souligner, il n’a qu’une scène : c’est l’usurier qui refuse le samovar à la mère de Romain, et qui lui propose de travailler pour elle.


 

La Promesse de l’aube, Eric Barbier (2017) | Jerico, Pathé, Nexus Factory


Arlette et ses papas, Henry Roussel (1934)

Arlette et ses papas

Arlette et ses papas
Année : 1934

Réalisation :

Henry Roussel

Avec :

Max Dearly
Jules Berry
Renée Saint-Cyr

9/10 iCM IMDb

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Le théâtre de boulevard dans sa splendeur.

Du bonheur à chaque seconde servi par deux acteurs exceptionnels, Max Dearly et Jules Berry, parfois en roues libres, dont un petit moment d’improvisation qui passe inaperçu quand Jules Berry parle de sa “fille” au lieu de sa “femme”, lapsus qui aurait dû alerter à la fois les autres personnages, la script-girl, le réal et le spectateur, mais on n’y voit que du feu : même quand il fait des conneries, ça passe pour du génie.

Du quiproquo à tous les étages et un esprit français aujourd’hui disparu qui valait bien le pré-code (la “fille” cherchant avec un entrain assez peu conforme à la bienséance à se faire dépuceler par… son mari).

Le dénouement est un régal : la pièce est parfaite mais les acteurs qui la servent sont là encore et toujours exceptionnels… Dearly face à Berry, deux sacrés numéros. Ce cinéma français là souffre d’une réputation… ou d’une exposition… Nul n’est prophète…


Arlette et ses papas, Henry Roussel 1934 | Pathé-Natan


La Moustache, Emmanuel Carrère (2005)

La Moustache

La Moustache

Année : 2005

Réalisation :

Emmanuel Carrère

7/10 IMDb

Ça finit très vite par tourner en rond, mais Carrère comprend au moins très bien qu’à la question posée, il ne faudra jamais y répondre. Une histoire typique cependant pour un court métrage, pas autre chose. Le détour vers Hong-Kong est superflu.

Difficile cependant de dézinguer un tel film, parce que s’il n’y a aucun génie, il va dans le bon sens. Et tout de même, si Emmanuel Carrère ne connaît rien aux acteurs et les laisse évoluer à leur guise, il y en a peu, mais il a su choisir la crème parmi ceux en France capables de jouer en permanence dans le registre de la justesse. Quand on caste Hippolyte Girardot en second rôle, on comprend presque que ça ne peut être un hasard : peut-être pas un grand acteur de composition, mais toujours la diction juste (si, si), l’honnêteté de la voix (c’est la sienne, et parler avec sa voix, sa musique, c’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile pour un acteur, parce que mine de rien, c’est se mettre à poil). Quant aux deux premiers rôles, des fulgurances de génie, et dommage alors que la direction ne puisse pas les aider à refaire des prises mêlant l’excellent et le juste bien, parce qu’avec des acteurs comme ça, on sent que ça peut aller bien haut…


 

La Moustache, Emmanuel Carrère 2005 | Les Films des Tournelles, Pathé Renn Productions, France 3 Cinéma


The Perils of Pauline (1914) Louis J. Gasnier et Donald MacKenzie

Pauline à la page

Les Exploits d’Elaine

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : The Perils of Pauline

Année : 1914

Réalisation : Louis J. Gasnier & Donald MacKenzie

Avec : Pearl White, Crane Wilbur, Paul Panzer

Petites précisions. Non sorti en France en 1914 par Pathé, qui est à la fois le producteur et le diffuseur du feuilleton, le studio décide de le remonter et de le sortir en 1916 après le succès des Mystères de New York dont le titre original est The Exploits of Elaine. Pathé ne fait pas que remonter le feuilleton, il fait croire aux spectateurs familiarisés avec le personnage d’Elaine que cette fausse nouvelle série est liée au feuilleton qu’il connaît déjà en changeant Pauline, en Elaine. On a donc affaire à un tout nouveau film avec le titre Les Exploits d’Elaine (reprenant pour le coup le titre original… des Mystères de New York).

Cela ne poserait aucun problème si on disposait encore des copies originales des Perils of Pauline, seulement face au succès des divers feuilletons avec Pearl White, le film est reprojeté de nombreuses fois aux États-Unis d’après… les copies françaises. Des copies qu’il faut retraduire du français (mal, apparemment) et forcément avec un montage qui n’est pas d’origine. C’est cette version étrange qui est aujourd’hui disponible.

Il ne faut donc pas se fier au titre français, déjà à l’époque, les diffuseurs massacraient les titres dans l’espoir d’attirer plus de monde dans les salles… Un peu comme si on remplaçait Indiana Jones par Han Solo : « Han Solo et le temple maudit ». En France, on pouvait placer cette série dans la continuité des Mystères de New York, puisque diffusée ainsi (on peut voir par exemple que Claude Beylie, cite The Perils of Pauline, comme œuvre constitutive des Mystères de New York, alors qu’il s’agit, je le répète, d’un feuilleton, à l’origine, distinct et antérieur), or, en pratique aujourd’hui, ne disposant plus que de cette version « américaine » retapée en fonction du montage tronqué français et dans laquelle le nom d’Elaine a été retraduit par le nom original de l’héroïne, Pauline (alors que celui du secrétaire garde le nom bien allemand en temps de guerre — c’est le méchant — que leur avaient trouvé les diffuseurs en France, allez y comprendre quelque chose…), il n’est plus possible de resituer l’histoire dans le feuilleton des Mystères de New York, dont par ailleurs il ne reste pas grand-chose. C’est clair, non ?…

On peut voir par exemple dans le catalogue Pathé que dans le résumé, c’est encore le nom d’Elaine qui apparaît :
http://filmographie.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/17562-exploits-d-elaine-les

Concernant le feuilleton en lui-même, ça correspond assez à ce qui se faisait à l’époque en termes de cinéma populaire. Les livres d’histoire du cinéma racontent que le feuilleton est une invention française (avant même Feuillade) et que Pathé a donc développé le principe en coproduisant ces films sur la côte est des États-Unis à une époque où de nombreux cinéastes français participaient au développement de cette nouvelle industrie de ce côté de l’Atlantique. Les productions domestiques se faisant plus compliquées avec la guerre, le public français (et européen) va s’habituer à réclamer ces feuilletons américains dont il peut suivre en même temps les aventures dans les journaux. Ces films avaient un immense succès à l’époque et ayant un peu mauvaise réputation, il n’en reste pas grand-chose aujourd’hui. C’est un peu comme si dans un siècle, on oubliait même jusqu’à l’existence des films de superhéros pour ne connaître que les titres de films primés ou quelques grosses machines ayant fait date.

L’histoire est d’un ridicule à faire pleurer un âne, et c’est pour ça que c’est savoureux. Le père de Pauline en mourant dit à sa fille qu’elle héritera de sa fortune quand elle se sera mariée ; jusque-là, c’est son secrétaire Koerner qui tiendra boutique. Or, au lieu de se marier, aussitôt papa mort et enterré, Pauline préfère vivre la grande vie d’aventurières. Comprenez, s’attirer des emmerdes. Et des emmerdes, elle n’aura que ça, parce que le brave secrétaire Koener n’entend pas la laisser profiter de l’héritage de son papa chéri… Chaque épisode est donc le prétexte à de nouvelles aventures exotiques dans lesquelles Pauline file droit vers les emmerdes avec l’insouciance de Titi ou de Bip Bip, et dans lesquelles Koener cherche à la tuer avec la même réussite que Gros minet ou que le Coyotte. Et tout ce monde se retrouve en fin d’épisode comme si de rien n’était. Jamais Pauline ne se demande par qui ou pourquoi elle est poursuivie : « Ah, l’aventure ! » Rarement vu une histoire aussi idiote. Mais c’est amusant comme un cartoon de Tex Avery.

À signaler aussi que le réalisateur français ayant fait carrière aux États-Unis (à la demande de Pathé), Louis J. Gasnier, est également connu pour avoir réalisé un des pires films du cinéma quelques décennies plus tard : Reefer Madness.

The Perils of Pauline / Les Exploits d’Elaine 1914 Louis J. Gasnier et Donald MacKenzie | Pathé Frères


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1914

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