Loving, Jeff Nichols (2016)

Surgelés à boire

Note : 3 sur 5.

Loving

Année : 2016

Réalisation : Jeff Nichols

Tiède, comme tout ce que j’ai vu de Jeff Nichols. C’est même mon préféré des trois vus, les deux autres n’ayant pas dépassé la moyenne. Il y a tout ce qui me gonfle dans le cinéma américain contemporain indépendant. On prend un sujet qui se veut ouvertement anti-spectacle, du contre-Hollywood quand on n’utilise les mêmes recettes sirupeuses avec juste un peu moins de sucre. Et le sucre chez Nichols qui m’a toujours donné la gerbe. Ce sont ces bons sentiments, ces regards hors-champ ou dans le flou, ces poses pénétrées qui veulent toutes dire la même chose : « On a des emmerdes, qu’est-ce qu’on est courageux, mais respirons en attendant d’exploser ». Et ça n’explose jamais. Ou rarement. Alors on se fait grave suer. On y retrouve les mêmes procédés « lourds » de mise en scène ou de séquences à faire que pour tout film à Oscar qui se respecte. Mais pas des meilleurs, du genre Philadelphia ou Le Choix de Sophie. Ce n’est pas loin d’être du Ron Howard, il n’y a que les proportions dans la musique de merde qui changent. Mais elle est bien présente pour nous dire chaque fois où il faut être ému, donc en gros à chaque scène. Sauf qu’il n’y a rien d’émouvant. Les personnages n’en ont un peu rien à foutre de leur sort, la femme le voudrait peut-être un peu plus que son mari, mais que dalle, aucun moyen de suivre des personnages avec si peu de volonté. Et pour être franc, plus d’un demi-siècle après, alors que je ne vis même pas dans ce patelin paumé de la Virginie et où par conséquent je ne peux même pas mesurer ce qui a changé depuis, leur sort, je m’en tape. C’est même pas de l’histoire parce que tout est raconté de manière scolaire et on échappe sans doute au pire, le gros du film de procès. Nichols innove en quelque sorte, il invente le film de procès sans procès. Un peu comme on montre les changements de costumes des acteurs en coulisses dans une pièce de théâtre. « Vous jouez quoi ? Une pièce importante ? Ah, vous n’allez même pas à la Cour suprême, vous vous en foutez ? D’accord, alors on va juste jeter un coup d’œil et on revient vous voir tripoter le moteur de votre 2 chevaux ».

Hé, il y a un film de Jeff Nichols où ses personnages ne passent pas leur temps sous le capot ?

Il y a quelque chose de Ozu chez Nichols. Il ne se passe jamais rien. Sauf que c’est un peu comme chez Claire Denis qui singe le maître de la béatitude heureuse. Votre quotidien fait de cambouis sur de fausses chemises de pauvres qui ont été achetées par la production la veille et où rien n’est usé… n’a pas un gramme de poésie ou de sincérité, ou de quoi que ce soit. C’est tiède comme un café qui se refroidit sous les ailes des anges et qu’on oublie de boire. Voilà ce que c’est Nichols : l’art du choix invisible, du goût tiède, de la fadeur, du combat évité, de la mollesse qu’on prend pour de la tendresse, du politiquement correct qu’on voudrait faire passer pour de l’audace subversive. Un gars blanc, une fille noire ? Sérieux ? En 2017 ? Il s’adresse à qui le film ? À ceux de chez lui le Nichols ?

Mais attention, il fait des progrès. C’est plus sobre qu’à l’habitude. Encore un peu plus épuré, encore moins d’évitement des conflits, de la confrontation qui clash pour avoir de vrais temps forts, alterner, vivre le chaud et le froid avec des personnages attachants, se questionner sur leur attachement, douteux avec eux, vouloir se battre avec eux… et bientôt quarante, cinquante ans après, Jeff pourra nous reproduire la justesse, la simplicité et la force de Nothing But a Man. Un Blanc, une Noire ? Avec deux Noirs, comme avec deux Blancs ou un Pékinois, c’est pareil Jeff. Ce ne sont pas les ingrédients qui comptent, mais la dose. Le sucre, maintenant, tu évites, merci.


Loving, Jeff Nichols 2016 | Raindog Films, Big Beach Films


Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Un jour dans la vie de Billy Lynn, Ang Lee (2016)

Over the Rainbow

Note : 3 sur 5.

Un jour dans la vie de Billy Lynn

Titre original : Billy Lynn’s Long Halftime Walk

Année : 2016

Réalisation : Ang Lee

Avec : Joe Alwyn, Garrett Hedlund, Arturo Castro, Chris Tucker, Steve Martin, Kristen Stewart, Vin Diesel

Ang Lee, c’était sympathique autrefois quand il utilisait son savoir-faire sensible et conciliant au service de petites comédies douces-amères. Ang Lee, oui, le mec sympa, jamais brillant mais toujours poli qui sait se rendre sympathique aux yeux des élèves de la classe, qui dit jamais du mal dans le dos de personne, qui t’écoute parler et qui te renvoie un sourire qui n’est pas que de la bienveillance molle mais de la gentillesse sincère et généreuse. Bref, on sent que le gars est sympa et qu’il a du talent pour faire ressortir ce que les hommes ont de meilleur en eux. C’est pour ça qu’il arrivait à trouver le ton adéquat dans une gentille satire de banlieusards dans Ice Storm ou à adopter la bonne mesure dans ses comédies, sans lourdeur, que ce soit dans Garçon d’honneur ou dans Salé sucré ; c’est pour ça enfin qu’on ressent encore une certaine forme d’évidence et de simplicité dans son approche de parfait délégué de la classe pour Brokeback Mountain, l’empêchant de sombrer dans la caricature d’un « film glauque indépendant avec des garçons qui s’embrassent sur la bouche »… Si l’histoire de l’art se résumait à trouver l’angle idéal, eh bien pour lui, il faudrait se plonger dans ses premiers films pour le trouver, l’Ang. Un Ang conforme sans doute à la sensibilité du cinéaste, en tout cas à celle qu’on peut s’en faire après avoir vu ses premiers films. Parce qu’après ça, même si on attend toujours d’Ang Lee un retour à cette tonalité des premières années comme on espère retrouver le charme simple d’un vieux pote devenu insolent avec la confiance et la réussite des années, force est de constater que la suite, à défaut de la trouver franchement suspecte, peut sérieusement interroger, surtout concernant ses écarts aux pays des sabreurs volants ou du géant vert ; plus récemment encore quand son goût autrefois tourné vers le doux-amer s’est misérablement vautré dans la douceur acidulée d’un Petit Prince (« Dis, dessine-moi un tigre. »). On avance toujours avec prudence avec Ang Lee, mais aussi avec un peu d’espoir. Et là attention, Bambi s’énerve, voilà donc le cinéaste le plus inoffensif de la terre qui se prend à rêver en train de produire un pamphlet sur l’Amérique à la manière d’un Oliver Stone ou d’un Paul Verhoeven… Et à y croiser Vin Diesel, j’ai même eu comme la saveur d’un vieux goût de Lumet me remonter à la gorge, mais d’un Lumet à côté de ses pompes, avec Jugez-moi coupable.

Le résultat était un peu prévisible. Si Stone et Verhoeven sont des faux méchants qui savent mettre en scène de vrais enculés avec l’exploit de nous les rendre sympathiques (et ainsi créer un mélange d’attirance et de répulsion qui pose question), Ang Lee ne peut s’empêcher de chercher le bon côté de ses personnages. Pire peut-être, il se montre assez peu concerné par les options de jeu de ses acteurs. C’est oublier qu’un acteur cherchera toujours à défendre son personnage, à le rendre sympathique en dépit de tout. Il y a un Ang‘ mort là : ne pas mener ses acteurs dans la zone qui devrait être la leur, celle de la satire. Comment ne pas voir que tous ces personnages (hormis le personnage principal — et c’était déjà sans doute une erreur dans le livre dont est tiré le film) sont tous des blaireaux indéfendables, que leur insouciance coupable, leur ignorance et leur vulgarité, c’est ça qui doit nous péter à la gueule et qui doit poser problème. Qu’il y ait un grand écart à mettre en scène entre les fils de la nation qui vont devoir repartir pour l’enfer dès leur petit tour fini au centre de la piste, et ce show vulgaire et plein de bon sentiments hypocrites over the rainbow, d’accord, mais faut oser tordre tout ce petit monde vers le bas, en faire des cons, des abrutis, des ignares. On est dans la caricature, l’excès, et pas sûr que ce soit un domaine dans lequel notre cinéaste gentil excelle. Le grand écart ne suffit pas ; il faut être capable de prendre du recul sans finir par s’attacher à aucun des deux mondes. Il n’y a pas un ici et un là-bas dans la satire, il n’y a qu’un monde grossi sous les traits de la caricature. Il ne faut pas se laisser prendre au piège de ce qu’on décrit : d’un extrême à l’autre, les deux faces d’un même drapeau américain qu’on porte fièrement au revers de la veste. Or, Ang Lee tombe dans le piège et fait ce qu’il a toujours fait : il s’attache à ses personnages et les faits évoluer dans un univers qui paradoxalement devient presque féerique, attendri par le regard complice et bienveillant du cinéaste. L’opposition n’est plus qu’un prétexte à la découverte d’étranges personnages comme quand Dorothy ou Alice se trouvent perdus dans un univers qui n’est pas le leur. On ne fait plus que s’étonner et on doit chanter en chœur avec l’une et l’autre quand on devrait poser un regard critique sur elles. Il y a un peu du Spielberg version Schindler dans ce Ang Lee, à vouloir prendre un sujet sérieux et être incapable de lui apporter la moindre aspérité. On glisse comme sur une planche savonnée à ne plus savoir sur quel pied danser. Tous les personnages s’échinent à répéter combien c’est merveilleux, les soldats, la guerre, la juste cause de l’Amérique au pays des barbus… On devrait être dans la satire, c’est probablement écrit ainsi, seulement il faut le reconnaître, pour Ang Lee, tout est toujours merveilleux… Bambi cinéaste finirait par tomber dans les bras du chasseur qui a tué sa mère. Ce n’est même plus un conte moderne, c’est un comble.

De la satire originale (ou supposée) ne reste pas grand-chose. Il fallait que ça gratte, que ça pique, que ça crie, que ça jure, que ça pue !… Laisse ta bienveillance au vestiaire deux secondes, ta carte de délégué de la classe à la poubelle, et égratigne tout ce petit monde, que chacun en prenne pour son grade, mon Angounet chéri !

La cheerleader ? Une décérébrée, impulsive, volontaire et bavarde, pleine d’assurance et de vanité avec ses certitudes patriotes et religieuses… pas une fille réfléchie capable de tordre le cou à l’image de la jolie fille un peu conne… Dans la satire, on use de caricature, on ne lutte pas contre. Dans cette version anglienne, on dirait Cybill Shepherd : belle comme une déesse, mais au charme un peu timide et s’excusant presque d’être là… La cheerleader texane, mon Angounet chéri ! il faut y aller plein pot ! Tu n’as pas révisé tes Altman, revois-moi M.A.S.H ou Short Cuts, et que ça saute !

Le propriétaire de l’équipe… Steve Martin, sérieusement ? Tu prends un comique un peu tiède, au regard inexpressif et… doux pour la caricature de l’entrepreneur beauf texan ? Ces gens-là parlent toujours sans réfléchir et les mots leur sortent de la gueule comme le pétrole d’un derrick. Ce sont des aboyeurs vaniteux, vulgaires, cherchant à donner le plus souvent en public une image proprette d’eux-mêmes… Trump, sans être Texan, a cette insolence…, mais Steve Martin ? Quant à Chris Tucker en caricature d’agent… Chris Tucker ? Tu comptes égratigner qui avec toute cette guimauve, mon Angoulet chéri ?

C’est dommage, la petite satire douce-amère dans Ice Storm arrivait à prendre forme avec des acteurs à contre-emploi, comme quoi… Peut-être que ça manque d’énergie, de vulgarité, d’insouciance conne. Encore une fois, on cherche Stone, Verhoeven, Altman… Les soldats aussi, à force d’apprécier les différentes tenues de pitres qu’on leur refile au fil des représentations, il aurait presque été plus utile de les rendre moins critiques face à ce qu’on leur fait faire : ils peuvent se féliciter d’avoir rencontré Beyonce, leur interprétation semble toujours trop sage, trop douce, avec un manque de spontanéité qui devrait être le propre des gens de leur âge et des imbéciles qui sont censés être aussi. Dès que l’un d’eux prend du recul et regarde le monde autour de lui pour en mesurer l’absurdité, ça ne fait qu’insister sur ce qu’on voit déjà. Et on n’aime pas, spectateur, que le travail d’introspection soit fait par quelqu’un d’autre, surtout pas un soldat, à moins de le faire en toute fin comme un pied de nez, histoire de nous dire que même ces adolescents incultes et vulgaires peuvent eux finir sur une note de bon sens, mais pas avant. Tout ce qu’on voit au fond, ce que nous montre Ang Lee, ce sont des braves types. Les mêmes braves types au fond dont on loue le courage et la dévotion patriotique aux mi-temps des matchs de sports US. Eh ben non, c’est raté sur toute la ligne, la satire tombe à plat. Je suis loin d’être un fan de Starship Troopers, mais Verhoeven arrivait à trouver un ton plus volontiers distant, donc critique, en jouant pleinement la carte de la caricature. C’est un domaine dans lequel il ne faut pas avoir peur de prendre le risque de trop en faire, même si l’entreprise satirique est ce qu’il y a de plus risqué dans le domaine. Or on se croirait tombés, avec cette petite troupe de soldats, dans l’ambiance feutrée et intime de Brokeback Mountain. Un comble, là encore. Quand ça devrait sans doute être tout le contraire. L’insouciance et la bêtise d’Alice quand elle suit le lapin blanc dans le terrier et y découvre avec naïveté un monde étrange et halluciné. La vulgarité du spectacle Playboy dans Apocalypse Now… La folie chaotique de M.A.S.H. Faudrait que ce soit un feu d’artifice de mauvais goût et avoir le talent d’y placer ses personnages sans chercher à les faire commenter ce qu’ils voient. Quand des premiers de la classe se retrouvent perdus en retenue avec toute une salle qui chamaille, on les trouverait presque à s’appliquer à défendre leurs camarades pour en être acceptés.

La satire n’a rien de sympathique, mon Angounet chéri.

Ah, mais pardon, il semblerait que je sois hors sujet. Je m’échine bêtement à parler du manque de justesse dans la direction d’acteurs, donc de l’incapacité à Ang Lee à faire ressortir le meilleur de son histoire, à trouver un ton qui fasse mouche. Et en fait, non, ce n’est pas ça, je devrais pleurer parce que le film ne m’est pas présenté dans les conditions idéales, celles souhaitées par son maître Pi.

Hé, je n’en ai rien à foutre d’avec quoi Ang Lee tourne ses films. J’ai appris à regarder des films en couleurs avec une télévision noir et blanc. Si Ang Lee est plus préoccupé par l’idée de diriger les pixels de son film que ses acteurs, j’en ai… rien à foutre ; et si au bout du compte les trois quarts de ces pixels se font la malle, et que Ang Lee en est très peiné, j’en ai… rien à foutre. Le talent ne se mesure pas au nombre de pixels. Un cinéaste, il dresse ses acteurs à jouer en fonction de sa volonté. Les pixels, c’est un accessoire. Ce n’est pas le génie de Cameron à proposer une révolution technologique pour Avatar (ou pour chacun de ses films) qui en fera un grand film. Un acteur, qu’il soit en 3D ou en 2D, ça n’y changera rien s’il est mal dirigé ou pas dirigé du tout. Alors je veux bien, si tout l’enjeu d’une histoire, c’est de savoir avec quel calibre un soldat tire sur un autre plutôt que de savoir pourquoi ils se tirent dessus, et s’interroger bêtement sur les conséquences d’une telle absurdité, d’accord, d’accord, la taille du calibre, ça en dit long sur le sens de l’histoire… Mais pardon, j’aurais aussi la meilleure excuse pour ne pas m’intéresser à la vision… unidimensionnelle portée par le cinéaste sur son sujet.

Qui voudrait voir Brokeback Mountain en 3D à part Gaspar Noé peut-être ? Qui veut voir un film avec une résolution telle qu’on serait capable de compter les points noirs sur la tronche de Kristen Stewart ? Où es-tu mon Angounet chéri ? Pourquoi prends-tu autant de temps à soigner la décoration, le papier cadeau, l’artifice, quand l’essentiel est ailleurs ? Oublie la satire, pense à me demander de venir te rejoindre sous la tante dans une montagne de ton choix, et je t’y montrerai mon géant vert. Sérieusement.

Doux-amer. « Oh-oh-oh »


Un jour dans la vie de Billy Lynn, Ang Lee 2016 | Bona Film Group, Dune Films, Film4


Liens externes :


Fais de beaux rêves, Marco Bellocchio (2016)

Les poings sur la couture du pantalon

Fai bei sogni Année : 2016

Réalisation :

Marco Bellocchio

5/10  

On s’emmerde royal. Rien à sauver, le cinéma italien est mort. De tels sujets, on pourrait en écrire des dizaines dans chaque famille. La petite différence, peut-être, c’est que tout le monde ne peut pas l’exposer dans un journal et émouvoir ainsi toute l’Italie avec des mots.

C’est assez souvent le problème des récits tournant autour d’une introduction qui nous prend un peu un otage pour le reste du film : « c’est une histoire vraie ». À croire que plus les mauvais films s’enchaînent avec en préambule cette saloperie, plus les cinéastes cherchent à y avoir recours. Vincere, pour être un biopic était déjà un peu sur la même ligne, et Buongiorno, Notte y était totalement mais on était déjà plus dans un fait divers criminel voire politique. Faut être un peu flemmard pour relayer de telles histoires, on cherche à surfer sur un contexte qui précède le film, ce qui autorise alors le cinéaste à faire n’importe quoi. Un peu pénible.

Le seul moment de grâce du film, c’est la scène des devoirs du gosse qui regarde sa mère amoureusement, qui elle le séduit comme si c’était son jules. Là c’est du cinéma, ça dérange, il dépasse la ligne des convenances, et ça reste beau sans être vulgaire, parce qu’on peut le comprendre. Mais dès qu’on entend plus parler de la mère et qu’on navigue d’une époque à une autre, vu qu’on se fout totalement de ces personnages et de leur vie commune, on laisse tomber et on attend que ça se passe.

Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel.


Fais de beaux rêves, Marco Bellocchio 2016 Fai bei sogni | IBC Movie, Kavac Film, Rai Cinema


Liens externes :


Harmonium, Kôji Fukada (2016)

Crématorium

Fuchi ni tatsu Année : 2016

Réalisation :

Kôji Fukada

2/10  IMDb

Une fille violentée par un ignoble connard, une famille déchirée par l’incommunicabilité et par le poids… d’un lourd secret… Merci, Hope, passerait presque à côté pour être un chef-d’œuvre.

Une idée de départ intéressante et… la catastrophe. Aucun savoir faire : scénario d’une bêtise affligeante, dialogues consternants, lenteur forcée pour cause de direction d’acteurs inexistante, acteurs tous sans exceptions d’une grande médiocrité (la palme pour la tétraplégique à la face torve qui laisse bien comme il faut tomber le filet de bave au millimètre, et au moins ma rangée qui se retient de rire tellement c’est consternant), photographie & design sans intérêt (ni beau, ni laid, c’est tiède comme un reportage d’Envoyé spécial), musique…… insupportable, et, et, et… même pas la politesse de la concision parce que c’est long à en contracter des escarres.

Harmonium, Kôji Fukada 2016 Fuchi ni tatsu | Comme des Cinémas, Nagoya TV


Premier Contact, Denis Villeneuve (2016)

Les Galettes de Pont-Aven

Premier Contact

Arrival

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Arrival

Année : 2016

Réalisation : Denis Villeneuve

Avec : Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker

On attend encore la fiction qui saura exprimer au mieux une des grandes révolutions scientifiques du XXᵉ siècle dont personne n’a jamais compris grand-chose, la physique quantique. Si personne n’a jamais pu proposer une histoire capable de convaincre à ce niveau, c’est précisément que fiction et science du XXᵉ siècle sont incompatibles. Joli paradoxe, puisqu’on en reste encore finalement il me semble à une vision de la science du temps de Mary Shelley.

Un récit a besoin de cohérence et adresse sa logique au plus grand nombre ; il fait appel au sens commun. Autrement dit, une histoire ne fait jamais rien d’autre qu’enfoncer des portes ouvertes, redire les vieilles conneries que nos anciens nous contaient déjà dans les cavernes magiques. C’est une connaissance empirique qui se transmet à travers la culture. Toutes les cultures, toutes les histoires, procèdent de la même manière, parce que le cerveau d’un petit Chinois du XXIᵉ siècle diffère en rien d’un petit homo sapiens d’Afrique de l’âge de pierre. Notre cerveau obéit à une logique (qui n’est pas, toutefois, totalement affranchie des mirages, illusions ou autres biais cognitifs), et c’est cette logique qui nous a permis d’appréhender le monde qui nous entoure. À notre échelle, tout se tient, et les histoires, leur logique propre, ont suivi ce même élan. Parce qu’à ce stade, science technique et science narrative pouvaient se confondre. La seconde accompagnait la première pour en répandre les principes (souvent fallacieux quand il était question de transmettre des idées sur le monde qui échappaient justement à l’échelle de l’homme, quand celui-ci cherchait à interpréter le cosmos sans avoir les outils pour l’observer) ; et la science pouvait à son tour se nourrir des interrogations exprimées à travers les histoires.

Mais une fois que la physique quantique est apparue, les faiseurs d’histoires et les scientifiques eux-mêmes se sont toujours heurtés au même écueil : sa vulgarisation. La science, quand elle interroge le cosmos, peut encore nous éblouir face à une multitude de questions que l’homme s’est toujours posée et certaines applications concrètes de la relativité générale ou restreinte ont été bien intégrées dans la fiction (le paradoxe des jumeaux dans Interstellar par exemple). Mais quand on en vient à la science des particules, à une tentative d’illustrer une quelconque théorie du tout, ça se complique. Aucune fiction n’est jamais parvenue, non pas à nous l’expliquer, car ce n’est pas le rôle de la fiction d’expliquer, mais de nous permettre de la comprendre. Tout simplement parce que la physique quantique n’obéit pas à la logique classique de l’homme, telle qu’il a su la développer à l’intérieur du monde, local, dans lequel il vit. C’est un casse-tête sans fin qui risque de ne jamais voir de solution… S’il faut attendre pour voir notre cerveau adopter une logique différente de ce que le monde qui l’entoure lui dicte tous les jours, on va pouvoir attendre longtemps parce que ça n’arrivera jamais.

Le souci dans Premier Contact, c’est peut-être moins qu’il soit impossible de conjuguer logique quantique et logique narrative puisque personne n’y est jamais parvenu, que le fait que certains auteurs s’appuient sur de vagues connaissances scientifiques ou oublient à quel point leurs théories (parfois même leurs hypothèses) sont limitées à un cadre particulier, et surtout que cette science est depuis un siècle face à un dilemme, un mystère, une incompréhension qui devrait rendre plus humbles les faiseurs d’histoires et les rendre moins attachés à expliquer non seulement ce qui est impossible à rendre intelligible à travers une histoire, mais surtout devraient les obliger à insister sur la nature bancale, inachevée, de ces théories. La science donne souvent à voir qu’elle est statique, impérieuse, alors que son principal moteur, c’est le doute. Un doute qui permet ses évolutions (ou avancées) permanentes. Or une histoire, si elle peut finir sur des incertitudes, doit poser des interrogations claires, autrement dit il faut que le monde dans lequel évoluent les personnages ait une cohérence propre, une cosmologie éprouvée et incontestable (sinon le spectateur ne cesse de remettre en question la logique de ce qu’il voit). La question du déterminisme dans le film est intéressante, mais elle prend comme acquis, ce qui en science peut l’être au niveau des particules mais qu’il est très compliqué d’observer à une autre échelle. Le film ira baser toute sa logique propre (lié aux possibilités illustrées dans le dénouement) sur une cosmologie bancale mais présentée comme acquise, arrêtée, irréfutable. Ce ne serait pas embarrassant si les scientifiques au début du film émettaient des commentaires pour évoquer cette difficulté, et sans cesse, et n’y comprenant finalement que peu de choses, j’y sens comme un manque, une maladresse qui interroge la cohérence des possibilités proposées par la fable. Bien sûr, l’intérêt de la science-fiction, c’est de mettre à l’épreuve ces théories, mais quand les théories elles-mêmes restent imparfaites et font encore l’objet de tant d’études, ça peut paraître un peu idiot de prendre pour acquis ce qui ne l’est pas. La science-fiction me paraît intéressante quand elle pose les problèmes clairement de notre époque en brodant sur des possibilités, mais quand la fiction se met à tirer dans tous les sens en « tirant des plans sur la comète », je ne peux que m’interroger sur la pertinence de la démarche. Est-ce de la (hard) science-fiction ou de la fantaisie ? Si on ressort toujours d’un de ces films avec des interrogations, il y aurait un peu comme une arnaque à en ressortir non pas avec celles soulevées par les recherches en la matière ces cent dernières années, mais avec des monstres nolaniens ou la science ne sert plus que de prétexte à supporter de nouveaux mystères, de nouvelles conceptions fantaisistes du monde.

Premier Contact, Arrival, Denis Villeneuve 2016 Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment (2)_

De ces difficultés pour le récit à transmettre des principes de deux sciences aux logiques complexes, naîtra pour l’auteur la nécessité de tout expliquer à son public quand lui-même n’y comprend pas grand-chose (pourquoi y aurait-il une logique narrative du « tout » quand la science n’y arrive pas elle-même ?). Au mieux, c’est chiant à force de devoir se farcir des discours ronflants comme on expliquerait à Ulysse que le vent doit souffler dans la voile de son navire pour qu’il avance… au pire, un peu comme dans ce commentaire, on gesticule en laissant penser qu’on a tout compris, et on entoure tout ça de poésie pour en masquer l’imposture et les belles prétentions. Nolan m’a toujours agacé en allant dans ce sens, et même si on y échappe pour une grande part dans Premier Contact, ça va encore trop loin à mon goût.

Il y a deux cinéastes qui me gonflent à ce niveau depuis une quinzaine d’années : Nolan, on l’aura compris, et Malick.

Villeneuve fait mieux que ces deux-là, c’est déjà ça de gagné, mais que ce soit dans l’approche paradoxale du temps ou dans la mise en scène faite de flashs (forward) au téléobjectif et contre-jours, il y a dans certaines séquences trop de niaiserie dégoulinante pour que je me laisse complètement aller à mon plaisir. La seule question du « contact », puis celle passionnante du langage, aurait dû suffire. Seulement il faut toujours qu’un personnage joue les héros (les élus, presque) et vienne y donner de sa personne pour sauver le monde. Peut-être que mêler histoires individuelles avec les préoccupations du monde est une manière de proposer une de ces théories du tout (narratif), sauf que ça me met toujours mal à l’aise. J’aimerais tellement voir une approche plus distante, échappant à l’émotion, aux révélations nécessaires en fin de trajet, au parcours du héros classique alors que la conception de la science évoquée ne l’est plus… Il y aurait un genre hybride entre documentaire et fiction qui mettrait sans doute beaucoup mieux ça en scène. Les spectateurs sont déjà fascinés par certaines des problématiques exposées dans le film, comme la question cruciale du langage, il n’est donc pas nécessaire de faire intervenir une dramaturgie classique, des héros, pour leur faire comprendre tous les enjeux d’une telle rencontre. Après tout, notre goût pour la transmission, notre soif d’apprendre, ne se limite pas qu’au seul plaisir d’écouter ou de voir des histoires ; certaines questions essentielles peuvent très bien nous passionner sans avoir à passer par des personnages centraux ou des arabesques dramatiques, révolutionnaires, pour ne pas dire répétitives. On éviterait alors l’écueil de l’explicatif, puisqu’un tel film, sans oublier les belles images ou la chronologie des événements sous un angle non personnel se contenterait de n’être plus que didactique. Vive le docusfiction.

(Au spectateur déçu, la liberté de pleurer le film qu’il aurait voulu voir…)

Parce que quand on doit traduire toute cette complexité en action, c’est peut-être l’époque qui veut ça, mais ça tombe très vite dans le mystère et la révélation sans fin, un peu à la Lost, ou donc, encore, à la Nolan. On n’échappe alors jamais aux questions du spectateur qui me semblent toujours légitimes.

Pourquoi les Aliens, s’ils sont plus évolués que nous pour savoir, eux, taper à notre porte, sont-ils incapables de se mettre à notre hauteur et font-ils les difficiles en ne prenant même pas soin d’apprendre notre mode de communication primitif ? Pour nous forcer à faire l’effort de nous mettre, nous petits lutins, à leur hauteur ? Parce qu’après avoir passé quelques milliers d’années dans l’espace, ils ne se seraient pas seulement ramollis physiquement comme des poulpes, mais leur intelligence en aurait aussi souffert ?…

Premier Contact, Arrival, Denis Villeneuve 2016 Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment (3)_Premier Contact, Arrival, Denis Villeneuve 2016 Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment (5)_

Une idée intéressante (qui est à peine suggérée dans le film parce qu’on ne voit pas débarquer les Aliens au fond : ils apparaissent) aurait été de voir émises certaines interrogations sur leur nature extraterrestre (hypothèse de la Terre creuse, engins humains venus du futur), voire douter un peu plus de leur intelligence (suggérant par là qu’une intelligence étrangère qu’on suspecte d’être supérieure pourrait tout à fait donner l’impression d’être incohérente pour notre propre intelligence). Pourquoi préjuger en effet que de tels objets célestes soient des voyageurs de l’espace ? En ufologie, on adore procéder à ce genre de raisonnements dont les conclusions farfelues seront d’autant plus facilement acceptées qu’elles procèdent à toute une culture foisonnante (et souvent contradictoire) favorable à l’hypothèse extraterrestre (HET, pour les intimes) ; or il n’aurait pas été vain de voir des scientifiques (ou des militaires), émettre dans cette histoire des doutes quant à l’origine de ces engins, tout simplement parce que ce serait réaliste : rares sont les scientifiques et militaires tenants de l’HET, donc avant de se plonger tête baissée dans la gueule du monstre et y voir tout de suite des visiteurs de l’espace, une simple évocation à cette question aurait fait le plus grand bien. La thématique de la communication est passionnante, mais dans Rencontres du troisième type par exemple, Spielberg montrait parfaitement cette mouvance culturelle. Là on a l’impression qu’en choisissant de ne pas évoquer la question ufologique, c’est la fiction malgré les apparences qui dévore un peu trop la science et toutes ses interrogations légitimes… Le résultat était déjà moisi quand on évoquait la science à travers ses paradoxes temporaux, mais là la question ufologique n’est même pas évoquée. Ils sont là, point, c’est forcé qu’ils viennent de l’espace. Ah ?… Comment le sait-on ? Ils l’ont… dit ?

Pour les aspects positifs du film. En vrac : le refus du tout technologique avec des vaisseaux qui tels des pierres ponces voudraient seulement venir nous chatouiller la croûte. Les créatures sont plutôt réussies : des mains de vieillards, ou des troncs aux racines apparentes, postillonnant des quipus d’encre en forme d’anneaux stellaires… On échappe (mais pas complètement) aux scènes d’émeutes et à la surenchère militaire (on frise la crise diplomatique avec les vilains petits canards habituels, Russie et Chine en tête, heureusement le salut viendra de la Chine… guidée par la sainte matrone américaine). Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu Forest Whitaker aussi bon : en une séquence tout en sobriété, il est arrivé à me convaincre, et peu importe si on ne le voit plus par la suite sinon pour jouer les contradicteurs de service… Dommage que Jeremy Renner n’ait pu profiter d’une telle séquence introductive, parce qu’on ne le voit que trop effacé par la suite face à une Amy Adams omniprésente. Enfin, si on passe tous les effets malikiens qui se répandent comme une nausée contagieuse dans le cinéma en ce début de XXIᵉ siècle, Villeneuve maîtrise son sujet, avec un rythme non-agressif rappelant les meilleurs passages du Jour où la terre s’arrêta, de Contact ou de Rencontres du troisième type.

Les meilleurs films de science-fiction sont toujours à venir. Beaucoup de belles promesses, toujours des déceptions.

premier-contact-lenigme-du-kangourou-2016

Premier Contact / Arrival, Denis Villeneuve 2016 | Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment

Revoyure 2021 : À la relecture, je trouve l’introduction de ce texte un peu dure et déplacée. Oui, la science-fiction a toujours peiné, et peinera toujours à rendre la « réalité » de la physique quantique, mais plus encore, malgré mes efforts, ce qu’il faut reconnaître, c’est que je peine surtout moi à m’en représenter une vision correcte. Je vois surtout mal en quoi cette question de particules vient faire dans cette histoire. Reste à voir, si la clé narrative du film, la violation du principe de causalité (faire intervenir un élément du futur dans le passé pour influencer l’avenir — ce qui pour le coup est du déjà-vu dans le cinéma) a un rapport avec la physique quantique. Pas évident, et surtout, cette question, c’est moi qui la pause, pas vraiment le film. Celui-ci semble beaucoup plus poser la question du rapport au temps et du langage, et donc in fine, le rapport entre la sophistication d’une intelligence ou d’un savoir exprimé par l’élaboration d’un langage complexe capable de s’affranchir de la perception, ou de l’illusion, du temps. Puisque ça, on semble en être sûr aujourd’hui, le temps linéaire est aussi une perception biaisée, parcellaire, que notre cerveau interprète en fonction de ses moyens. Qu’ensuite, on en vienne dans une histoire à faire interagir présent et futur, ma foi, c’est du cinéma, pourquoi pas, mais plus que la question quantique ici, c’est bien le rapport entre langage et intelligence qui ne m’avait pas tant que ça sauter aux yeux. Si Louise a ces visions de l’avenir, c’est bien parce qu’elle intègre une nouvelle forme de langage complexe, et que le présupposé du film, c’est que ce langage s’affranchit d’une logique temporelle linéaire, causale, qui est le propre des intelligences sur Terre, voire primitives (même les superstitions, donc des fausses connaissances, se basent sur des principes de causalité : si je fais ça, ça va donner ça, alors que la logique ici serait plutôt de voir les choses dans leur ensemble, sur un temps long en comprenant les différents événements non plus en fonction d’un principe de causalité, mais d’un tout : plus de dire qu’on prédit l’avenir, il est plus juste de dire que le futur et le présent font partie d’un même ensemble que notre cerveau est incapable d’appréhender).

Cela était dit, sur la manière de mettre en œuvre cette logique narrative à l’écran, je reste toujours aussi hermétique à l’usage trop prononcé à mon goût de l’émotion et du recours aux histoires personnelles forcément un peu neuneus (même s’il faut noter l’effort ici avec un personnage principal à la fois scientifique et féminin) et aurais préféré que l’accent soit mis sur la coopération et la question, encore plus, du langage. En un mot, un peu moins de Nolan et de Malick dans le film, et plus de Contact et d’Abyss par exemple : la coopération est au centre de ces deux films, sous une forme bien différente et aurait pu donner un indice ici de comment arriver à concilier « coopération internationale » (propre à Contact, et qui devient vite une forme de concurrence personnelle dans le film) et « coopération technique » au sein d’une même équipe rendant possible un recours à l’émotion (dans Abyss). Ces deux films possèdent par ailleurs des conclusions bien plus fortes que ce qu’on peut voir ici : ce sont de véritables accomplissements, des rencontres produites après un parcours épuisant (rappelant par là beaucoup aussi 2001, mais beaucoup d’autres récits obéissent à cette logique narrative). Et que se passe-t-il dans Premier Contact ? Les visiteurs repartent après avoir semé la petite graine d’une langue qui devrait être une clé, une « arme », offrant aux humains la possibilité de s’affranchir de cette vision temporelle, causale, du monde, et nos personnages principaux se marient et auront un enfant. C’est intéressant, mais pour le coup, du simple point de vue émotionnel, et pour un dénouement, ça ne fait pas bien lourd. Ce qui expliquerait pourquoi Villeneuve (mais le scénario déjà tombait dans ce travers) se sente obligé d’en rajouter. Et je n’aime pas trop qu’on me force. L’émotion, elle doit venir des éléments mêmes du récit, pas de la corde sur laquelle on s’autorise plus ou moins à tirer.

Premier Contact, Arrival, Denis Villeneuve 2016 Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment (1)_Premier Contact, Arrival, Denis Villeneuve 2016 Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment (4)_


Sur La Saveur des goûts amers :

Top des meilleurs films de science-fiction

Liste sur IMDb : 

SF préférés

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Planetarium, Rebecca Zlotowski (2016)

Boule à neige

Note : 3 sur 5.

Planetarium

Année : 2016

Réalisation : Rebecca Zlotowski

Avec : Nathalie Portman

Film ambitieux avec une idée de départ intéressante (un petit nabab du cinéma français d’entre-deux-guerres se met dans la tête d’innover son « art » par l’intermédiaire de deux sœurs médiums dont il espère en vain pouvoir filmer les visions paranormales), une excellente maîtrise de la structure et du montage (même si ça joue un peu trop parfois des montages-séquences*, des raccords sonores lourdingues, ou d’autres effets à la mode pour provoquer une intensité artificielle, comme on le fait beaucoup à Hollywood, qui donne une impression parfois agaçante de voir une longue bande-annonce). La maîtrise d’ensemble en revanche est assez laborieuse, pour ne pas dire très déficiente. Autrement dit si la forme se met au service du fond.

Or, le récit s’effiloche à mesure qu’on comprend où Rebecca Zlotowski veut en venir (on peut même se demander si elle n’a pas choisi Emmanuel Salinger pour sa ressemblance avec Peter Lorre, qui aurait été certes parfait dans ce rôle d’ogre naïf à qui tout le monde finit par vouloir la peau). Le contexte historique du coup est mal exploité, voire pas exploité du tout, (ce n’est pas le tout de planter son histoire à une époque spécifique, faut-il encore que des événements extérieurs viennent déborder franchement sur le monde intime des personnages, sinon on n’évite pas l’effet boule à neige, et là on y est totalement, aucune séquence ou plan pour mettre sur le devant de la scène l’aspect et la situation historique de l’époque, on reste toujours centré sur les personnages principaux et leurs préoccupations).

Surtout le gros, l’énorme point noir du film, c’est sa direction d’acteurs. Curieusement, c’est la petite Depp qui s’en tire le mieux, sans doute parce qu’elle n’a pas grand-chose à dire ni à faire sinon offrir toujours la même face livide à la Mia Farrow. Louis Garrel, Pierre Salvadori (lui-même, excellent directeur d’acteurs) ou Amira Casar ont leurs moments ; mais justement, on les sent totalement laissés à eux-mêmes et le résultat en termes d’interprétation reste très aléatoire, inégal et brouillon… Un coup c’est bien, un autre, ils le sont moins, et là aucun directeur d’acteurs pour les remettre en vol, les diriger, leur proposer une autre prise… Parfois même ce sont les dialogues qui sont si mauvais qu’aucun acteur ne sera jamais en capacité de les dire avec sincérité et justesse. Il faut parfois une certaine épaisseur, une certaine expérience, pour être crédible dans certaines situations, et Salinger en entrepreneur, on n’y croit pas trop (qu’il s’adresse en public ou à une servante n’y changera pas grand-chose, je me souviens surtout d’un Emmanuel Salinger efficace et convaincant dans un rôle mutique, La Sentinelle).


*article connexe : l’art du montage-séquence


Planetarium, Rebecca Zlotowski 2016 | Les Films Velvet, Les Films du Fleuve, France 3 Cinéma


Liens externes :


Le film de Dolan (2016)

Juste n’importe quoi

Juste la fin du mondejuste-la-fin-du-mondeAnnée : 2016

Vu le : 11 octobre 2016

IMDb  iCM 3/10

 

Réalisation :

 

Xavier Dolan

Avec :

Nathalie Baye
Vincent Cassel
Marion Cotillard

Dolan est un génie de la médiocrité (ce terme me paraît même un peu fade, ça fait bizarre de l’avouer). C’était pas assez d’écrire ses propres films et d’en tirer ce qu’il y a sans doute de pire dans le cinéma actuellement, il a donc le génie de faire pire encore avec une idée, forcément… de génie : adapter une pièce de théâtre.

Il lui reste quoi à faire pour tomber encore plus bas et nous faire marrer d’autant de bêtise et de mauvais goût ? Quelle créativité du pire, c’est un véritable miracle de la culture poubelle ce garçon.

Comble du mauvais goût et preuve si c’était encore nécessaire de prouver que le garçon est un directeur d’acteurs d’opérette, il arrive à rendre Nathalie Baye… nulle, à vomir, écœurante. Et je l’adore Nathalie, elle était, elle, parfaite dans le précédent (ou un autre, me rappelle plus). Ne rien comprendre à la direction d’acteurs et mettre en scène, au cinéma, des dialogues de théâtre (une horreur aussi), faut quand même un culot énorme.

En général, quand on est nul à ce point (et j’en ai vu des gratinés, seulement, ils n’avaient pas une caméra), on se cache, on a honte. Lui en rajoute. C’est peut-être ça d’ailleurs le génie. L’outrance dans la médiocrité. C’est tellement gros que ça ne peut être qu’un malentendu. Il le fait exprès. C’est un génie, un vrai, se faisant passer pour un crétin fini… Mais non, je pense vraiment qu’il ne faut qu’un crétin fini pour pondre ces horreurs. De là à comprendre ce qu’il passe par la tête de ceux qui apprécient ça, je suis tolérant, là j’ai mal à ma tolérance. On travaille toute sa vie pour essayer de sauver ce qui végète dans la médiocrité, on cherche des excuses, on se fait l’avocat du diable, on essaie d’adopter un point de vue différent… Mais face à autant d’horreur, de vulgarité, de mauvais goût, d’absence totale de subtilité, d’excès sans fin, on en vient presque à douter de sa foi. Quelle souffrance. Indescriptible.

Les seules horreurs qui me reviennent en mémoire et qui peuvent rivaliser avec cette vulgarité, c’est d’un côté Loft Story. De l’autre, les films de Poiré. Poiré pensait que pour que ce soit drôle, il fallait interdire le spectateur de réfléchir, ainsi il ne lui laissait aucun répit et ce qu’il pensait être le “rythme” était insupportable car aller à toute berzingue, c’est le contraire du rythme. Parce que le rythme, c’est la nuance, le mesure, l’accélération, le ralentissement, la pause (si nécessaire à la comédie…). Eh ben Dolan possède le même non-savoir-faire : tout son film est sur un climax permanent. Il faut que tout soit “émouvant”, excessif, et quand tout l’est, rien ne peut plus l’être. Quand on est déjà au sommet que reste-t-il à atteindre ? Il y a une notion dans l’art qui doit bien lui être inconnu à ce petit bonhomme de rien du tout : le médium. Ça vaut pour les chanteurs et pour les acteurs, mais ça vaut un peu aussi pour le reste. Le médium permet de ne pas forcer (donc de crisper le spectateur) et surtout permet de descendre ou de monter. Le plaisir naît à la fois du confort, de l’aisance de celui qui « l’ouvre », mais aussi de cet inconnu mélodique : va-t-on descendre ou monter. Dolan ne descend ni ne monte, il adopte une posture, et demande aux autres de lui tourner autour, de le soulever.

Moi je le mets directement à la cave. Ce mec est une poire. Qu’on le foute au fond d’une bouteille et des extraterrestres dans deux siècles y trouveront là certainement de quoi s’émouvoir. Cul sec.