Thirst, Park Chan-wook (2009)

Thirst, ceci est mon sang

Bakjwi Année : 2009

6/10 IMDb

Réalisation :

Park Chan-wook

Avec :

Kang-ho Song, Ok-bin Kim, Hee-jin Choi

Sous-titré Curé de jouvence

Sérieusement, la mise en scène est brillante, ça fout des grues à tous les étages sans jamais donner la nausée. En revanche, on frôle la crise de foie côté écriture, elle aussi découpée à la grue. Je vais finir par penser que le personnage principal d’un film, c’est l’unité d’action. Celui-ci en est dépourvu, c’est du baroque dense et foisonnant, touffu et indigeste. Ça part bien trop dans tous les sens pour qu’on puisse se concentrer sur une problématique bien définie, et ça récupère bien trop d’éléments venus d’ailleurs qu’on cherche à maintenir artificiellement en vie à force de transfusions incessantes et de greffes improbables qu’il faut presque goutte que goutte arriver à faire tenir. Le tout donne une œuvre morte, boiteuse, flasque, une créature de Frankenstein qui erre sans jamais savoir où aller et qui trouve finalement sa parfaite définition dans l’image de fin : deux corps consumés mis à jour se répandant en poussière.



Pour une nuit d’amour, Edmond T. Gréville (1947)

Note : 3 sur 5.

Pour une nuit d’amour

Année : 1947

Réalisation : Edmond T. Gréville

Avec : Odette Joyeux , Alerme, Sylvie

Poursuite de la rétrospective cachée Christian Dior à la Cinémathèque.

Ce n’est pas loin d’être du bon, la forme est très réussie, on s’y croirait : costumes, décors, ambiances… Odette Joyeux est à « croquer ». Seule ombre au tableau, l’adaptation qui ne me semble pas tirer du roman les scènes qu’il faudrait, s’attardant sur des broutilles (comme la séquence du cadavre porté sur les épaules de Julien jusqu’à la rivière, montée alternativement avec des plans du bal afin d’accentuer l’intensité artificiellement) et expédiant vite fait les moments clés (conséquence : on a du mal à croire à l’amour de Julien pour Thérèse, alors qu’on aurait pu espérer là une petite insistance à la Brève Histoire d’amour…). La tension ne naît pas toujours du montage, mais au contraire du temps passé pour développer une même situation si elle est clé…

Des dialogues remarquables pleins d’une repartie vaudevillesque (encore la marque d’un mélange des genres pas forcément bienvenus dans cette rétrospective dédiée au cinéma français des années 40), mais c’est encore ce qu’il y a de meilleur à sauver ici, puisque précisément, ce sont les séquences sinistres, façon « thriller » ou film noir, qui piochent). Quand on a Alerme et Sylvie capables d’envoyer de telles répliques, pourquoi se priver, c’est sûr. Certains aphorismes en particulier sont savoureux, qu’ils soient de Zola ou plus vraisemblablement des dialoguistes. Ah oui, à une époque, en plus d’avoir des scénaristes, des décorateurs, des acteurs aussi, il y avait… des dialoguistes. Enfin… quand on a Odette Joyeux en vedette, on a au moins déjà la moitié d’un chef-d’œuvre.


Listes sur IMDb  : 

Une histoire du cinéma français

Liens externes :


Une querelle de frontière, Mauritz Stiller (1913)

Une querelle de frontière

Gränsfolken

Année : 1913

 

Réalisation :

Mauritz Stiller

5/10 IMDb

Plutôt laborieux. L’histoire est sans intérêt, mélodramatique (normal pour l’époque), et les techniques employées sont plus que rudimentaires : Urban Gad proposait déjà un cinéma beaucoup plus moderne en 1910 avec L’Abysse.

Stiller se contente de mettre en scène son récit sous forme de tableaux avec caméra fixe en plan moyen et d’y faire évoluer les acteurs jusqu’à ce qu’un panneau appelle une autre séquence et ainsi de suite.

Le dernier acte montre une séquence de bataille qui semble prendre le bon tournant avec deux ou trois plans, mais l’intérêt c’est bien le basculement dans le montage en un ou deux ans qui mènera à Hämnaren, judicieusement projeté durant la même séance.

Gränsfolken (1913) Mauritz Stiller Svenska Biografteatern AB

Gränsfolken (1913) Mauritz Stiller | Svenska Biografteatern AB


Nana, Dorothy Arzner (1934)

Nanaconda

NanaAnnée : 1934

Réalisation :

Dorothy Arzner

5/10  IMDb

Avec

Anna Sten, Phillips Holmes, Lionel Atwill

Anna Sten est jolie, très jolie. Seulement pour le reste… Direction d’acteurs pitoyable comme d’habitude chez Dorothy Arzner. Tous jouent trop fort, pas assez vite ou au contraire incapables de ralentir et de jouer sur l’intensité pendant les moments forts. Surjeu affligeant en particulier de la part de l’actrice principale, Anna Sten, si craquante dans La Jeune Fille au carton à chapeau… Ben, une actrice du muet, oui. Et une pauvre jeune fille à qui on demande de singer Dietrich… Que c’est laid. Grossier. Annaconda, c’est trop fin pour toi.

Alors d’accord, c’est très dur à jouer, mais ces acteurs médiocres laissés à l’abandon ça me rend presque triste. Il n’y a qu’un second rôle qui émerge dans tout ça, celle qui joue Satin, l’amie de Nana, jouée par Mae Clarke, « madame Frankenstein », et qui de mémoire était tout aussi excellente dans Waterloo Bridge… Une sorte d’autorité androgyne, un charme railleur et une insolence très pré-code… Pas de place dans ces années 30… L’âge d’or d’Hollywood, c’est aussi l’âge d’or des actrices. Dommage pour Mamae, mais quelques secondes de respiration pour nous dès qu’elle apparaît à l’écran… et au revoir.

Samuel Goldwyn à la production pour ce nanarcondo. Contente-toi de monter des projets pour Willy Wyler, Samie.

Nana, Dorothy Arzner (1934) The Samuel Goldwyn Company


 


Gervaise, René Clément (1956)

Gervaise

Note : 3.5 sur 5.

Année : 1956

Réalisation : René Clément

Avec : Maria Schell, François Périer

Journal d’un cinéphile prépubère

Quel film magnifique ! quelle histoire ! quelle interprétation ! et quelle mise en scène !

Ce film nous rappelle l’importance de cette œuvre monumentale de Zola dont L’Assommoir est l’épisode le plus connu. Un patrimoine exceptionnel que nous avons là. Un patrimoine dont nous ne nous servons pas suffisamment. Ce XIXᵉ siècle nous offre une multitude d’œuvres littéraires formidables qu’on ne prend pas assez en référence comme Shakespeare dans le monde anglo-saxon. Ce sont pourtant des œuvres universelles, grandioses, indémodables, dans lesquelles le cinéma pourrait puiser jusqu’à en tirer un genre à part entière. Imaginons une suite de films retraçant l’épopée humaine des Rougon-Macquart, La Comédie humaine, Les Mystères de Paris, mais pourquoi pas aussi Les Mémoires d’outre-Tombe ? Pourquoi préférer adapter cinquante fois Les Misérables ? Certains films naturalistes d’aujourd’hui manquent d’une histoire forte et les mises en scène ne sont pas souvent à la hauteur. René Clément nous montrait pourtant parfaitement la voie.

L’interprétation de Maria Schell est excellente. Mais aussi celle de Suzy Delair dans le rôle de Virginie, ainsi qu’une surprenante jeune fille jouant Nana sur laquelle le film se termine.

René Clément est un genre de cinéaste-metteur-en-scène qui n’existe plus. Tourné en 1956, on pensait déjà à la nouvelle vague. Après Gervaise, c’est toute une manière de filmer qui va disparaître brusquement. Un cinéma naturaliste qui commence seulement aujourd’hui à revivre avec de jeunes cinéastes*, alors qu’aux USA, le cinéma s’est modifié et diversifié sans perdre sa qualité (hum).

*Je pense que je songeais encore à Desplechin et à la Sentinelle à ce moment-là, sans savoir qu’il s’enfermerait par la suite dans un cinéma réaliste de beaux appartements parisiens. L’émergence de réalisateurs français faisant le choix du naturalisme et ayant émergé dans les années 90 me semble être avérée. Même si le meilleur exemple est probablement belge, et même si on peut regretter à la fois l’absence d’adaptation d’envergure, et la frilosité épique des histoires proposées. Au mieux, le temps du récit dépasse quelques mois, rarement des années ; c’est un cinéma de faits divers, de situations, de témoignages, et non de destins.


Gervaise, René Clément (1956) | Agnes Delahaie Productions, Silver Films, Compagnie Industrielle et Commerciale Cinématographique (CICC)


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