La Marchande de rêves, Tod Browning (1923)

La Marchande de rêves

DriftingDriftingAnnée : 1923

6/10 IMDb

Réalisation :

Tod Browning

Avec :

Priscilla Dean, Matt Moore, Wallace Beery, Anna May Wong

À croire que Priscilla Dean n’est jamais aussi bonne que quand un mioche vient se pendre à son cou pour la faire flancher.

Seul intérêt du film, l’originalité du finale : un merveilleux montage alterné avec une ribambelle d’actions simultanées et dramatiques (duel au couteau, maison en feu…). On frôle malheureusement le ridicule quand on quitte Wallace Berry et son pote entamer une lutte au couteau et qu’on les retrouve quelque chose comme dix minutes après et cinquante péripéties alternatives… dans une position identique.

Ah, l’art de l’ellipse… Peut-être que la meilleure ellipse, c’est celle qu’on renonce à faire, ou qui suit une cohérence, ou une apparence du moins, temporelle. Or dans le principe du montage alterné, on suit une continuité temporelle, autrement dit : pendant qu’on est ailleurs, et qu’on laisse des péripéties en cours, eh ben ces dernières suivent la même fuite du temps. Comme c’est étrange. Et logique, mais pas pour tout le monde. (Ça devrait pourtant plus l’être en 1923.)


 

La Marchande de rêves, Tod Browning 1923 Drifting | Universal Pictures


Les Rendez-Vous d’Anna, Chantal Akerman (1978)

Les Rendez-Vous d’Anna

Les Rendez-Vous d’Anna
Année : 1978

Réalisation :

Chantal Akerman

Avec :

Aurore Clément
Helmut Griem
Magali Noël
Lea Massari
Jean-Pierre Cassel

8/10 IMDb

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Jeanne peut se rhabiller. On le sent bien poindre ici l’humour de Chantal avant de se rétracter comme un téton excité qui s’excuse. Délicieusement sinistre, dépressif et drôle. Mon Akerman préféré jusque-là. Parfaitement réussi, et enfin Akerman qui convainc en fiction, mêlant comme il faut le pesant et le léger.

Suffisait de trouver une actrice pour elle (bien que Delphine Seyrig soit aussi parfaite dans Jeanne, mais j’ai le droit de m’y être emmerdé). Parce que la différence avec Jeanne, au-delà de l’humour qu’on devine, c’est qu’on prend l’air. Le huis clos, le côté Akerman qui aime filmer les chambres, c’est pas mon truc. Alors que son côté voyageuse, road movie, donc à l’opposé, tout de suite ça prend une ampleur différente, on s’évade, on fuit presque même, mais l’enfermement est le même. Il y a moins de ton sur ton, et la légèreté est là. Une légèreté d’ailleurs que parvient à apporter Jean-Pierre Cassel autant qu’Aurore Clément. De quoi être au rendez-vous, il suffit d’un rien, merci.


Les Rendez-Vous d’Anna, Chantal Akerman 1978 | Hélène Films, Paradise Films, Unité Trois, ZDF


Je, tu, il, elle, Chantal Akerman (1974)

Je, Tu, Il, Elle

Je, Tu, Il, Elle Année : 1974

3/10 IMDb

Réalisation :

Chantal Akerman

Avec :

Chantal Akerman, Niels Arestrup, Claire Wauthion

Une histoire du cinéma français

J’en viendrais presque à apprécier plus l’actrice Akerman que la réalisatrice. Une réelle fantaisie dans le regard qui ne se décèle pas toujours dans son cinéma, et le charme fou, l’imprévisibilité des grands timides.

La forme toutefois me laisse complètement froid. La première partie est une expérimentation naïve et maladroite (on pense à Un homme qui dort, sorti la même année). La seconde est toute dédiée au talent de Niels Arestrup, qui se défend pas mal en improvisation, mais Akerman gère mal la chose en demandant à son acteur de faire semblant de conduire un camion par exemple. Quant à la troisième partie, elle est sans intérêt, bêtement provocante et mal interprétée (Akerman d’ailleurs reprend son actrice de L’Enfant aimé, et on sent que tout ça formera la soupe de Jeanne, on l’y voyait déjà préparer pendant une heure un plat de riz à sa fille).


Je, tu, il, elle, Chantal Akerman (1974) | Paradise Films


La Promesse de l’aube, Eric Barbier (2017)

La Promesse de l’aube

La Promesse de l’aube Année : 2017

6/10 IMDb

Réalisation :

Eric Barbier

Avec :

Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg

Je n’ai rien contre les adaptations historiques si elles savent transgresser leur sujet pour proposer autre chose qu’une simple illustration d’événements pliés sous quelle que forme que ce soit : purement historique, ou comme ici, adaptée d’un récit de Romain Gary. Eric Barbier fait le job en ce qui concerne l’adaptation, mais l’invention cinématographique est pauvre. C’est certes un écueil rarement dépassé, parce qu’il faut savoir et oser s’approprier un sujet, le charcuter, le violer presque. Mais on ne fait pas de bons films en respectant (trop) une matière qui n’est pas encore ou pas du tout du cinéma : une œuvre préexistante, comme un scénario, ce n’est déjà plus une œuvre, et ce n’est de toute façon déjà pas du cinéma. On retourne, et c’est malheureux, aux critiques que les tenants de la politique des auteurs pouvaient faire dans les années 50 à propos du cinéma d’adaptation…

Le meilleur acteur, c’est à souligner, il n’a qu’une scène : c’est l’usurier qui refuse le samovar à la mère de Romain, et qui lui propose de travailler pour elle.


 

La Promesse de l’aube, Eric Barbier (2017) | Jerico, Pathé, Nexus Factory


L’Étreinte du serpent, Ciro Guerra (2015)

L’Étreinte du serpent

El abrazo de la serpiente Année : 2015

6/10 IMDb

Réalisation :

Ciro Guerra


Vu le : 3 décembre 2017

Pas sans rappeler l’esthétisant et creux Tabou. Il y a une forme de sacrilège à vouloir proposer des images d’Amazonie en noir et blanc, surtout avec un thème comme ça. Qu’est-ce que fait le noir et blanc sinon dénaturer les couleurs de la jungle ? Un choix esthétique qui sert, comme bien trop souvent, à combler le manque de maîtrise d’un cinéaste.

La direction d’acteurs est plutôt bonne, le scénario ça peut encore aller, mais la mise en image manque de poésie, de lyrisme. Boorman, Herzog, Coppola, en voilà des cinéastes qui savaient mettre en scène la forêt. Ici c’était comme si le cinéaste ignorait ce qu’il était en train de filmer, et qu’il se foutait de ce que ça représentait. Un comble quand on monte un tel sujet.

Qu’on ne me dise pas que le film est beau. Non, c’est vide. Le néant c’est tout sauf beau.


L’Étreinte du serpent, Ciro Guerra 2015 El abrazo de la serpiente | Buffalo Films, Buffalo Producciones, Caracol Televisión


L’Accordéon, Igor Savchenko (1934)

L’Accordéon

Garmon/ Гармонь Année : 1934

3/10 IMDb

Réalisation :

Igor Savchenko

Avec :

Zoya Fyodorova, Pyotr Savin, Igor Savchenko

Stupide comédie musicale qui fait semblant d’apporter au milieu de son néant un peu de subversif en moquant le zèle d’un secrétaire d’une coopérative agricole. Mais il n’y a finalement pas grand-chose à sauver sinon l’intérêt folklorique de la chose.

Si on ne juge que l’aspect musical, c’est bien pauvre. L’aspect visuel passe encore, mais la postsynchronisation des chevaux, des pas, ou pire des routines de danse, alors là bravo.

J’ai cru comprendre qu’on réalisait ce même genre de comédies musicales champêtres en Corée du Nord. Le vide absolu. La consensualité mièvre avec le pouvoir à travers l’exaltation de valeurs faussement populaires.


L’Accordéon, Igor Savchenko 1934 Garmon /Гармонь | Mezhrabpomfilm


La Chasse au lion à l’arc, Jean Rouch (1966)

La Chasse au lion à l’arc

La Chasse au lion à l’arc
Année : 1966

Réalisation :

Jean Rouch

8/10 IMDb

Les Indispensables du cinéma 1966

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Eh bien, en voilà un exemple de Rouch documentariste. Pas de fiction, sinon le récit d’une chasse bien réelle qu’il s’attache à rendre fidèlement avec force détails. Rouch est ethnologue comme Painlevé était scientifique, et c’est son regard, ses précisions, notamment sur les préparatifs, l’utilité de chaque objet, la signification de tel ou tel geste ou comportement, qui valent de l’or. Quand on regarde ses films, on n’attend pas seulement qu’il nous raconte une histoire (et la voix de Rouch, omniprésente ici, prouve également que c’est un excellent conteur) mais qu’il nous donne des informations sur ce que lui, en tant que sage africain et ethnologue, peut partager avec nous.

Apprendre et s’amuser, le ludique et le didactique… le Graal pour tout auteur depuis Aristote.


La Chasse au lion à l’arc, Jean Rouch 1966 | Comité du film ethnographique, Les Films de la Pléiade


Dionysos, Jean Rouch (1984)

Dionysos

Dionysos Année : 1984

6/10 IMDb

Réalisation :

Jean Rouch

Joyeux bordel volontaire. On est plus dans la fiction que dans l’ethno, et même si Rouch peut être amusant dans le baroque (ou le surréalisme), il épuise avec ses danses antiques, ses références lourdes ou incompréhensibles. Espéré un temps que ça tourne à L’Héritage de la chouette de Marker, autrement dit que le film devienne pour de bon didactique, éclairant. Dans l’ethnofiction de Rouch, c’est rarement la fiction qui captive. Cocorico Monsieur Poulet, tourné avec ses fidèles acolytes, avait la même veine absurde, sorte de mélange improbable entre Easy Rider et Vanishing Point, le tout bien sûr en Afrique. Mais Rouch n’est jamais aussi meilleur que quand il fait dans l’ethnographie. Et Dionysos est surtout un grand n’importe quoi


Dionysos, Jean Rouch 1984 | CNRS Audiovisuel, Films A2, Les Films du Jeudi


Femmes en révolte (Amour et Haine), Albert Hendelstein (1935)

Femmes en révolte

Lyubov i nenavist Année : 1935

5/10  

Réalisation :

Albert Hendelstein

Deux actrices formidables pour une direction d’acteurs très pauvre. Une histoire et un film au service du pouvoir et de l’idéologie. Une subtilité digne de la moustache de Staline. On connaissait les films tire-larmes, eh ben le bon goût soviétique n’a pas seulement fait couler la glycérine sur les joues de ses actrices (et pas vraiment des nôtres), mais aussi le lait maternel d’une pauvre ouvrière envoyée à la mine et dont la poitrine gonflée laisse couler sur son chemisier la précieuse pitance lactée promise au bambin laissé derrière les grilles de la mine. Les films n’ont pas seulement à être tire-larmes, mais aussi tire-lait. Vive les bolcheviks.


Femmes en révolte (Amour et Haine), Albert Hendelstein 1935


Lien externe :

IMDb

 


Komsomol, chef de l’électrification, Esfir Choub (1932)

Komsomol, chef de l’électrification

K.S.E. – Komsomol Shef Elektrifikatsii Année : 1932

7/10 IMDb

Réalisation :

Esfir Choub

Documentaire qui vaut surtout pour sa valeur historique.

C’est étonnant de voir à quel point l’effort d’industrialisation du pays pour les Soviétiques passait par l’adoption des méthodes américaines. Pour ce faire, on en vient même à faire appel à des ingénieurs américains pour superviser les travaux. On ne parle pas encore de guerre froide. Pourtant, on pourrait parfois se croire projetés dans les années 60. Comme dans cette scène, lors de l’inauguration de ce qui est présenté alors comme le plus grand barrage au monde, où un responsable américain commence son discours par : « I have a dream ».

Entre film de propagande (ou de commande), voire simplement partisan, et film industriel comme il en existait à l’époque du muet pour mettre en scène les usines d’assemblage, les ouvriers ou artisans à l’œuvre. Un montage à la chaîne, d’un mécanisme presque poétique.


Komsomol, chef de l’électrification, Esfir Choub 1932 K.S.E. Komsomol Shef Elektrifikatsii | Rosfilm