Hotel Imperial, Mauritz Stiller (1927)

Hotel Imperial

Hotel Imperial
Année : 1927

Réalisation :

Mauritz Stiller

Avec :

Pola Negri
James Hall
George Siegmann

8/10  

Meilleure que la version de Robert Forley.

On croirait voir un mixte étrange de deux films de Josef von Sternberg : Underworld (pour le bonhomme crasseux qui devient tout d’un coup le plus beau gominé de la terre) et The Last Command (pour le général jouant son petit caporal capricieux).

L’histoire me laisse toujours un peu sceptique (trop beau pour être vrai, trop cloisonné sans jouer sur les avantages d’un espace clos), mais la mise en œuvre du pionnier suédois passé à Hollywood, c’est chapeau. Mauritz Stiller est un maître en matière de montage, de mouvements de caméra et de surimpression. Et comme il n’est pas manchot non plus pour diriger des acteurs (c’est un ancien acteur, comme par hasard, lui n’était pas critique) ça donne des films parfaitement menés de bout en bout. Il y a de ces travellings avant ou arrière notamment qui feraient presque chialer Kubrick tellement c’est beau.

Pola Negri est plus belle que chez Lubitsch… Ces yeux clairs, cette intelligence, cette autorité… Impériale.


Hotel Imperial, Mauritz Stiller 1927 | Paramount Pictures

 



Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1927

Liens externes :


Une querelle de frontière, Mauritz Stiller (1913)

Une querelle de frontière

Gränsfolken

Année : 1913

 

Réalisation :

Mauritz Stiller

5/10 IMDb

Plutôt laborieux. L’histoire est sans intérêt, mélodramatique (normal pour l’époque), et les techniques employées sont plus que rudimentaires : Urban Gad proposait déjà un cinéma beaucoup plus moderne en 1910 avec L’Abysse.

Stiller se contente de mettre en scène son récit sous forme de tableaux avec caméra fixe en plan moyen et d’y faire évoluer les acteurs jusqu’à ce qu’un panneau appelle une autre séquence et ainsi de suite.

Le dernier acte montre une séquence de bataille qui semble prendre le bon tournant avec deux ou trois plans, mais l’intérêt c’est bien le basculement dans le montage en un ou deux ans qui mènera à Hämnaren, judicieusement projeté durant la même séance.

Gränsfolken (1913) Mauritz Stiller Svenska Biografteatern AB

Gränsfolken (1913) Mauritz Stiller | Svenska Biografteatern AB


Hämnaren, Mauritz Stiller (1915)

Hämnaren

Hämnaren

Année : 1915

Réalisation :

Mauritz Stiller

7/10  

Le jour et la nuit avec Une querelle de frontière.

Si l’histoire reste un mélodrame façon saga (sur plusieurs décennies, et pas toujours du meilleur goût, il faut se rappeler du Président de Dreyer), les techniques employées changent la donne. Que s’est-il passé en un ou deux ans ? le succès de Naissance d’une nation ?… Quoi qu’il en soit, on retrouve de jolis panoramiques d’accompagnement, des raccords dans l’axe et par conséquent un début timide mais efficace de l’emploi des échelles de plan. La porte, un peu comme chez Griffith, devient un accessoire moteur de l’action puisque les personnages s’y tiennent tout près pour regarder ce qui se passe dans la pièce voisine, passer d’une pièce à une autre ; et tout ça, ça propose un gentil va et vient en mode montage alterné.

Ce n’est pas encore l’alternance des grands espaces, ça reste timide ; mais pendant que d’autres se massacrent dans les tranchées, le cinéma met au point son langage un peu partout dans le monde, et Mauritz Stiller a rattrapé son retard, jusqu’à, semble-t-il, ne plus abandonner la tête avec ses petits copains scandinaves pendant une demi-douzaine d’années.


 

Hämnaren, Mauritz Stiller 1915 | Svenska Biografteatern AB


Liens externes :


Premier Contact (2016)

Parodie, le film vu par un fan de Nolan

Arrival

Note : 3 sur 5.

Premier Contact

Année : 2016

Réalisation : Denis Villeneuve

J’ai peinturluré au sommet des grandes tours un hymne à la sustentation HET. C’était en 1986, année anniversaire, comme tous les ans, de Rencontre du troisième type.

Depuis, mon appel a été entendu.

Ci-gît le fruit de mon devin vœu : une plaine fumante. Sur elle, une vague quantique vient de déposer un galet.

Réalisé.

Il y a Nolan. Et il y a les autres, qui se contentent de “réaliser”.

Nos rêves.

Ce qui n’est déjà pas si mal quand on n’est pas Saint Christophe.

Jadis aussi, j’ai vu, de mes yeux nus, franchir les petits du seuil gris. Ils avaient de longs doigts fuselés comme des baguettes magiques. Ils nous tenaient la blagounette à l’œil et au doigt. Et c’est alors que la zigounette au vent et le vit en apéritif, le petit-gris se faisait eskimoter pour mieux se découvrir, qu’il est velu. L’intelligence extraterrestre était forcément là, parmi nous.

Ainsi fait. Depuis Christopher, la possibilité qu’Ils arrivent, ou qu’Ils soient, dans l’extra-monde est l’hypothèse privilégiée. Les réalisateurs (des rêves) s’engouffrent à leur tour, dans le monstre, comme un nuage de poussières stellaires dans le ventre d’un trou noir. Nolan a montré la voie, Villeneuve ressasse et ressasse encore ce que d’autres n’ont cessé de faire après Lui.

Premier Contact après Saint-Christophe, comme on dit An 1 après Jésus-Christ.

Premier type, troisième contact.


En rab, un nouveau poème

De toutes les mers

La mer qui parle et qui sourit
La mer qui oublie et qui ment
Sur ses jupons lents tombent
Le vent

La mer, comme une amie
Recueille sur elle toute la pluie
Mais quand renaît sur elle
Au matin, les larmes d’une autre

Alors elle cesse d’être là.

La mer.

A ses reflets d’argent.

Ton fric.

C’est ton froc.

Alors, danse la mer
Que tes amis te voient
Filer.

Parmi les vents
Qui eux te reconnaîtront.

Ne traîne pas. La mer.
Ou c’est l’homme qui te prend.



Sur La Saveur des goûts amers :

Fabulations nolanesques

Fabulations kubrikiennes

Commentaire (sérieux) sur Premier Contact


La Moustache, Emmanuel Carrère (2005)

La Moustache

La Moustache

Année : 2005

Réalisation :

Emmanuel Carrère

7/10 IMDb

Ça finit très vite par tourner en rond, mais Carrère comprend au moins très bien qu’à la question posée, il ne faudra jamais y répondre. Une histoire typique cependant pour un court métrage, pas autre chose. Le détour vers Hong-Kong est superflu.

Difficile cependant de dézinguer un tel film, parce que s’il n’y a aucun génie, il va dans le bon sens. Et tout de même, si Emmanuel Carrère ne connaît rien aux acteurs et les laisse évoluer à leur guise, il y en a peu, mais il a su choisir la crème parmi ceux en France capables de jouer en permanence dans le registre de la justesse. Quand on caste Hippolyte Girardot en second rôle, on comprend presque que ça ne peut être un hasard : peut-être pas un grand acteur de composition, mais toujours la diction juste (si, si), l’honnêteté de la voix (c’est la sienne, et parler avec sa voix, sa musique, c’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile pour un acteur, parce que mine de rien, c’est se mettre à poil). Quant aux deux premiers rôles, des fulgurances de génie, et dommage alors que la direction ne puisse pas les aider à refaire des prises mêlant l’excellent et le juste bien, parce qu’avec des acteurs comme ça, on sent que ça peut aller bien haut…


 

La Moustache, Emmanuel Carrère 2005 | Les Films des Tournelles, Pathé Renn Productions, France 3 Cinéma


Rêves, Akira Kurosawa (1990)

Rêves

Yume

Yume

Année : 1990

Réalisation :

Akira Kurosawa

5/10 IMDb

Fin de carrière compliquée pour Kurosawa, j’apprécie peu ses derniers opus.

Rêves est une suite de petits récits, des rêves donc, qui peuvent paraître naïfs au début, mais qui prennent vite une tournure écolo-politique. Kurosawa enfonce les portes ouvertes, fait sa leçon de vieux sage au monde. C’est crétin, c’est lent, c’est moche, c’est absurde et finalement sans grand intérêt. Quelques éclairs avec Martin Scorsese en Van Gogh, acteur de talent tout de même, ou avec Chishû Ryû s’amusant de voir que son ancien amour parti avec un autre venait de rendre l’âme. Tout le reste est digne d’une croûte offerte à maman pour la fête des mères.

On pourrait se demander pourquoi on a si peu intérêt à raconter nos rêves ; c’est peut-être simplement que ce qu’on en dit ne sera jamais à la hauteur de l’expérience vécue. Comme le disait Billy : « La fille rêve d’un garçon, et le spectateur s’endort. »


 

Rêves, Akira Kurosawa 1990 | Akira Kurosawa USA


L’eau était si claire, Yoichi Takabayashi (1973)

L’eau était si claire

Gaki zoshi

Année : 1973

Réalisation :

Yoichi Takabayashi

2/10 IMDb

Cette saloperie valait bien Le Trésor des îles chiennes. La même prétention pour cacher le vide : faire un film en noir et blanc, tout de suite, on gagne en crédibilité. Mais cette horreur nippone sortie d’on ne sait où (ça devait être une vieille copie de la Semaine de la critique…) ajoute au supplice visuel, une bande sonore vide, comme en écho à la trame narrative. Pas un bruit, pas une parole, pas une musique. Et il ne se passe rien. L’heure tourne comme dans un film de Chantal Akerman, mais comme Yoichi n’est pas une femme, on a moins de scrupules à dire qu’il n’a pas de talent.

Qu’est-ce qu’être réactionnaire dans le cinéma ? Faire un film à la fois muet et en noir et blanc. On flirte même avec le pinku quand un moine éjacule sur la tête d’une statue représentant Bouddha, et une fillette violée qui tombe amoureuse de son agresseur.

Même Wakamatsu a plus de talent, au moins il ne ment pas sur la marchandise.

Yôichi Takabayashi réalisera quelques années plus tard, La Femme tatouée (curiosité pinkuesque passée il y a bien longtemps me semble-t-il sur Arte).


I Am Not Your Negro, Raoul Peck, James Baldwin (2016)

L’histoire de l’autre, ou d’avant-hier, est toujours plus verte

I Am Not Your NegroJe ne suis pas ton nègreAnnée : 2016

Réalisation :

Raoul Peck

6/10  IMDb

On honore les morts, on méprise les vivants. Facile d’aller fleurir les tombes des héros autrefois méprisés. Dans les années 60, on découvre les horreurs des camps de concentrations de la guerre et on chie sur la tête de ces futurs prophètes des luttes contre la ségrégation. Aujourd’hui, on honore sans fin les martyrs noirs du nouveau monde, et on s’apprête pour la moitié d’entre nous à voter pour un parti arabophobe. L’histoire spectacle, l’histoire de la bonne conscience, avec ses fleurs et son chloroforme.

Le documentaire à la première personne a sans doute plus de valeur que je veux bien lui donner, mais dans le contexte actuel, ça apparaît foutrement hors sujet, voire indécent. Une petite larme, on oublie et dimanche on marine.

Reste l’un des messages de fin qui vaudrait bien pour nous, celui que certains par chez nous auraient des raisons légitimes d’être amers. Prétendre le contraire serait de « l’aveuglement ou de la lâcheté ». Et le problème, c’est bien que regarder le passé du voisin en se refusant de regarder ce qui se passe en bas de chez soi, c’en est bien, de l’aveuglement et de la lâcheté.


I Am Not Your Negro, Raoul Peck, James Baldwin 2016 | Velvet Films, Artémis Productions


Twin Kiddies, Henry King (1917)

La vie est un long fleuve tranquille

Deux Rayons de soleilDeux Rayons de soleilAnnée : 1917

Réalisation :

Henry King

7/10  IMDb

Tout à fait charmant. Henry King a donc été acteur… Les meilleurs directeurs le sont toujours.

Le film tient essentiellement à la présence craquante de Marie Osborne, six ans, jouant ici deux rôles au caractère bien distinct pour deux quasi-jumelles (les explications inutiles qui viendront à la fin font bien tirer les boucles).

1917, âge d’or du montage alterné, encore et encore, et un sujet qui s’y prête… Forcément. Deux gamines charmantes et donc fort semblables que le hasard fait se rencontrer et intervertir les vies le temps d’un instant. Le film s’encombre d’une histoire de mine sans intérêt. Ah, que les adultes nous ennuient avec leurs histoires de grands…

(Plus de trente ans après, King réalise La Cible humaine… OK)


La Joyeuse Prison, Ernst Lubitsch (1917)

Farce de faces

Das fidele Gefängnis

Année : 1917

Réalisation :

Ernst Lubitsch

6/10  IMDb

Tout chez Lubitsch (comme chez Wilder) est souvent lié au seul principe de travestissement. L’art du subterfuge. Le travestissement des sexes, ou plus souvent encore comme ici de classes. C’est toujours l’identité qui prend un masque.

Le (faux) amant se fait donc passer ici pour le mari, le mari se faisait passer pour un célibataire, la femme se faisait passer pour quelqu’un d’autre auprès de son mari, le (faux) mari dandy est poussé dans une prison à la place du (vrai) mari où se mêlent idiots et alcooliques (voilà un train commun à toutes les classes), et le plus savoureux sans doute, la servante se pointe à la même soirée que son patron avec une robe de sa maîtresse (pas celle du mari, mais de la servante).

L’éternel : « Personne n’est parfait ! ».

Savoureux, déjà. La Lubitsch touch viendra après, on en est ici à du burlesque de situation, à de la farce de bonnes faces (il faut que les expressions soient très expressives, pas de place à la subtilité).


La Joyeuse Prison, Ernst Lubitsch 1917 Das fidele Gefängnis | Projektions-AG Union