Persepolis, Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi (2007)

Persepolis

PersepolisPersepolis, Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi (2007) Année : 2007

8/10  IMDb  iCM

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Réalisation :

Vincent Paronnaud & Marjane Satrapi

Le récit autobiographique est à la mode. Souvent désespérant, là c’est enrichissant, parce qu’on a quelque chose à nous raconter. Et que la forme adoptée est plutôt intéressante.

On y apprend surtout comment un pays s’est appauvri culturellement et intellectuellement au rythme des révolutions et des purges. C’est surtout ce premier volet qui personnellement m’a plu… Voir les Iraniens croire en un système meilleur en se disant que ça ne peut pas être pire que le précédent. ─ Et c’est pire… Le tout montré avec le regard d’une enfant, qui permet au récit d’avancer avec détachement et humour.

Ça commence un peu comme le Journal d’Anne Frank, ça continue en Autriche, et là on pense à Princesse Sarah (quoi ?) puis elle revient en Iran, et là, ce serait plutôt Un bon Allemand (parfois à la limite, c’est aussi lyrique et romantique que Docteur Jivago, mais le ton tombe toujours très vite dans l’humour). Le récit unique, concentré sur plusieurs années, d’un même personnage, face à des démons qu’il ne contrôle pas, des événements sur lesquels il n’a aucune prise, et dans lesquels il ne veut surtout pas s’impliquer. Il ne cherche finalement qu’à survivre. Son récit est le témoignage d’une victime des folies des hommes.

En passant, on peut remercier les lycées français du monde, qui, même si ça coûte cher, permettent à certains francophiles de se créer un lien social et de trouver des portes de sortie le jour où l’exil se révèle être nécessaire. Comme quoi, il y a d’autres méthodes que la bougonnade bien française pour développer sa pensée, sa culture à travers le monde. Mêler politique, humour, histoires sentimentales, familiales, en un seul film riche et concis, c’est tout ce dont a besoin un film pour devenir au fil du temps, peut-être, un chef-d’œuvre. Déjà un film unique, et utile.


Persepolis, Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi 2007 | 2.4.7. Films, France 3 Cinéma, The Kennedy Marshall Company


Windstruck, Kwak Jae-yong (2004)

Ressassée Girl

Windstruck

Note : 3 sur 5.

Titre original : Nae yeojachingureul sogae habnida

Année : 2004

Réalisation : Kwak Jae-yong

Dans Windstruck, Kwak Jae-young oublie le cœur de ce qui faisait le succès de My Sassy Girl : le mélange de genres. C’est assez casse-gueule, il faut de l’audace, et un vrai savoir-faire dans la mise en proportion de chacun des éléments. Et quand ça marche, ça fait souvent mouche. Quand on essaie, sans maîtrise, ça fait plutôt pschitt.

Or, ici, on n’a rien de plus qu’un film sentimentaliste. Il y a bien sûr des passages comiques, il en faut bien dans ce genre de films, mais c’est loin des scènes déjantées, burlesques de My Sassy Girl. Le petit côté Et si c’était vrai ou Ghost qui pue le gnangnan.

Et puis en voyant cette fin, on se rend compte que dans My Sassy Girl, ce n’était pas seulement la fille qui faisait la réussite du film, mais bien également l’acteur, qui n’a rien (tout comme elle, c’est le moins qu’on puisse dire, pourtant, c’est la même actrice) d’un personnage de mélo. Il avait la tête dans la lune, pas franchement beau, et avait l’air toujours étonné voire stupide. C’est ce qui était rafraîchissant et original dans ce film… Là, on dirait que ça a été passé au broyeur du politiquement correct.

Windstruck, Kwak Jae-yong (2004) | Edko Films, Surprises Ltd., i Film Co. Ltd

Même la fille paraît moins jolie. Quand elle est triste, on se met à remarquer le petit grain de beauté qu’elle a sur le nez et ça la fait loucher ─ et nous aussi (on lorgne son visage tour à tour souriant et timide, faussement méchant et franchement ému mais pas mièvre, de My Sassy Girl). Or, à l’instar d’un film comme Love Exposure, ou d’un manga comme GTO, ce qui plaît, c’est le côté rock’n’roll, potache, voire franchement décérébré, excessif, ou obsessionnel des personnages. Des personnages qui seraient insupportables dans la vraie vie, mais qui parce qu’ils représentent des monstres, des bêtes curieuses au cinéma, sont plaisants à voir évoluer. On ne sait jamais ce qu’ils iront inventer encore de stupide. Le contrepoint parfait à toute la guimauve habituelle d’un mélo.

Le fait d’en faire une policière n’est pas une bonne idée. Un peu ton sur ton. Kwak Jae-young voulait sans doute faire un hommage à son personnage de Sassy Girl en reprenant son côté autoritaire et insolent, mais justement, elle y perd tout son charme. On pouvait y croire parce qu’elle était fragilisée dans My Sassy Girl, au bord de la rupture ; et cette agressivité était compréhensible. Comme un appel à l’aide. Une nouvelle fois, la clé devait être ici dans le mélange des genres. Faire d’un flic un personnage autoritaire, où est l’audace ? Où est le relief ? Il n’a retenu du premier, formidable mélo, que la fille avait une certaine autorité, mais qu’elle était aussi vulgaire.

Kwak Jae-young a trop bien entendu les critiques. Et à mon sens, elles n’étaient pas légitimes. Preuve sans doute que ce premier opus était un de ces films à succès qui doivent tout au hasard. Une alchimie sans contrôle. En entendant les critiques, Kwak Jae-young n’a pas saisi ce qui faisait le charme de son film pour ceux qui n’émettaient aucune critique à son égard. Les excès étaient une force, un exutoire cathartique. Ce qu’on se refuse à faire ou à admirer dans la vraie vie, on se plaisait à le voir. Mieux, quand on commence une relation de la pire des manières, on ne peut tomber plus bas, et le film ne cessait d’élever son niveau, et notre plaisir avec, jusqu’à ce final inattendu. C’est une chose bien connue : les liens ne se resserrent jamais que dans les situations les plus extrêmes. Je ne dis pas que chacun rêve de tomber sur une fille lui ayant vomi dessus et passant les premières heures à meugler, mais au moins au cinéma, si on arrive à ne pas rendre antipathique les personnages, si on arrive à mettre en évidence une faille qui déclenchera notre pitié ou notre sympathie, tout le reste quand il faudra remonter la pente, n’est que du bonheur. Parce qu’on a déjà vu les personnages dans les pires situations possibles, et c’est en général ce qui nous permet de nous attacher à eux. Quand on donne au contraire tous les éléments en main au spectateur dès le début, quand les situations sont presque statiques, que les personnages sont rigides et sans faille, sans défaut, on peine à trouver du plaisir.

Dans Sassy Girl, le rapport ambigu entre les deux personnages (ensemble sans être ensemble) apportait un plus dans le développement du récit. Il y avait comme un suspense, une attente. On cherchait à comprendre ce qui pouvait clocher maintenant qu’ils semblaient sortir de ce début épouvantable. Or dans ce « Wind-suck », au bout d’un quart d’heure, ils sont ensemble… Ça tue toute magie.

Le mélange de genres, je l’ai déjà dit, est assez casse-gueule. Un film burlesque sentimental, ça peut passer, parce que ce n’est que le grossissement de quelque chose qui existe déjà (la comédie sentimentale — dont la screwball était déjà une variante poussée). Mais le polar sentimental ?… Rien que de le dire, ça fait sourire. Le grand écart est trop grand.

Le fait de vouloir faire sans cesse référence à My Sassy Girl, c’est déjà un aveu d’échec. Ça expose à des critiques comme celle-ci. C’est déjà dire qu’il ne fera pas mieux. Un film de fan qui ne parvient pas à s’émanciper de l’influence de son grand frère… De fan oui. Un peu comme l’enfant qui produit malgré lui un lazzi qui fait sourire les adultes, et qui s’amuse, sans pourtant comprendre les raisons de cet amusement, à reproduire ce lazzi à l’infini en espérant contenter les adultes. On a aimé ce que j’ai fait, je n’ai aucune idée de ce que ça peut être, mais puisque ça a plu, je vais le reproduire… Oui allez, au pot Jae-Jae ! (c’est d’ailleurs ce qu’il semble avoir fait avec ses autres films…)



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My Sassy Girl, Kwak Jae-yong (2001)

L’Amour vache

My Sassy Girl

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Yeopgijeogin geunyeo

Année : 2001

Réalisation : Kwak Jae-young

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J’avoue, je suis tout émoustillé par ce film.

On navigue entre la comédie sentimentale et le burlesque. Il y a dans le film deux parties bien distinctes. L’une traditionnelle où on nous raconte l’histoire de deux personnages qui vont finir par se rencontrer, s’accepter, et la seconde nous montre ce qu’on voit rarement : l’après. Un peu comme si on nous montrait ce qu’il se passait dans un conte. Après le « ils se marièrent et eurent plein d’enfants insupportables ». Or là, ç’a un sens : la relation des personnages principaux, si elle a eu un dénouement dans la première partie du film, on peut dire qu’ils n’ont pas conclu. C’est ce qui fait l’originalité de cette histoire : avec un personnage aussi imprévisible que celui de la fille, pas étonnant qu’on soit un peu perdus. Ils sortent ensemble, mais comme des amis…

My Sassy Girl, Kwak Jae-yong (2001) | Shin Cine Communications

Les traditionnelles unités d’action et de ton sont loin d’être respectées. Ça va dans tous les sens, comme dans la vie en fait. Le mélange des genres surprend au début, surtout dans la première partie, mais dans la seconde, quand la comédie sentimentale gagne en profondeur, le film devient irrésistible. C’est parfois grossier, mal fait, mais c’est un peu le burlesque qui veut ça (c’est un style, somme toute, qui a disparu et qui manque de code aujourd’hui).

De fait, puisqu’il n’y a pas d’unité d’action et de ton, chaque scène devient une sorte de saynète qui se suffit à elle-même. On peut alors avoir le pire comme le meilleur.

Le plus intéressant dans le film, c’est ce rapport entre les deux personnages, particulièrement contemporains dans son traitement, et que personnellement je ne me rappelle pas avoir vu traité au cinéma. Les nouveaux rapports d’égalité entre les hommes et les femmes imposent une nouvelle donne : les femmes peuvent être moins coincées et être plus entreprenantes, voire vulgaires. On est dans l’amour vache. Un rapport sado-maso irrésistible source de nombreuses scènes comiques et une opposition réelle motrice entre les personnages. La fille apparaît, au premier contact, plutôt insupportable, vulgaire, violente, insolente, mais tout comme le personnage du garçon, on s’y fait, et on se laisserait bien botter le cul par un si parfait tyran.

Quand ils vont sur une montagne pour admirer le paysage et que la fille demande (commande plutôt) à son ami d’aller grimper sur la montagne d’en face pour voir s’il l’entend crier, il s’exécute. Il ne l’entend pas, et là, la fille en profite pour lui dire ce qu’elle a sur le cœur… Bien trouvé et très émouvant.

J’ai revu deux fois la seconde partie du film, c’est dire si ça m’a plu. Ça m’a permis de comprendre que j’étais passé à côté de l’identité d’un personnage secondaire, trop attaché sans doute à la première vision au duo principal, et ému. Les allusions finales sur l’ironie du destin m’avaient échappé, et elles ne rendaient que plus intéressant le film.

On rit, on est ému, on tombe un peu amoureux de la fille (et pourtant elle ne fait pas envie au début du film), que demander de plus ?



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Scoop, Woody Allen (2006)

ScoopScoopAnnée : 2006

 

Réalisation :

Woody Allen

7/10  lien imdb
MyMovies: A-C+

Vu le : 21 octobre 2007

Largement préféré celui-ci au précédent tourné à Londres… Et je vais finir par m’habituer à la Scarlett aux grosses lèvres et aux gros seins qui paraît ici beaucoup moins maniérée que d’habitude (remarque je l’aime bien dans les adaptations de comics). Je reste persuadé qu’elle n’est pas faite pour jouer des répliques rapides dans le ton des comédies de Allen. Elle n’a pas non plus la gravité nécessaire pour certaines scènes. Bref, elle est superficielle cette fille, loin de la folie douce, la maladresse charmante et la volubilité de Keaton ou de Farrow… (Enfin, à quoi bon comparer ?…)

En revanche, Hugh Jackman est parfait : Woody a merveilleusement exploité le côté « derrière chaque Britannique de la haute société se cache un Wolverine ».

Il aurait pu en revanche se passer de nous mettre encore et encore une Smart… Cette fascination des Ricains pour cette bagnole ça m’exaspère…


Jugez-moi coupable, Sidney Lumet (2006)

Find Me Guiltyfind-me-guilty-sidney-lumet-2006Année : 2006

Réalisation :

Sidney Lumet

5/10  lien imdb

Vu le : 13 octobre 2017

Là je ne vois pas trop où veut en venir Lumet… Il prend le parti d’adopter totalement le point de vue des “accusés”… Enfin, en fait on a l’impression qu’il ne prend même pas parti : il ne sait tout juste pas ce qu’il fait. Ce qui semble l’intéresser, c’est l’histoire vraie de ce type qui s’est défendu seul, c’est extra-ordinaire, mais après il faut adopter un angle, un point de vue, et là il nous sert ça comme ça avec un œil mou. Résultat, les salauds s’en sortent bien, ils sont heureux… et alors, à quoi bon ?

Le public ne s’y est pas trompé…, le film a été un gros flop. L’acteur a eu son rôle en marge, le réalisateur a pu se payer un dernier film (alors que ça fait déjà un moment qu’il est à l’ouest le bonhomme)… La pauvre production qui a fourré son fric là-dedans…

La Science des rêves, Michel Gondry (2006)

Manège enchanté

La Science des rêvesla-science-des-reves-michel-gondry-2006Année : 2006

Réalisation :

Michel Gondry

7/10  IMDb

Je ne suis pas un amateur des bidouillages, des rafistolages, de la récup, du grotesque ou de l’onirisme oui-oui de Michel Gondry. Mais c’est un univers singulier et parce que le langage est intéressant, sans vouloir prétendre qu’il invente des trucs cent fois employés ailleurs, ça se laisse regarder sans trop de problèmes.

Ça ne fait pas trop gadget, les trucs de Gondry finalement servent l’histoire. C’est un peu ennuyeux qu’on n’arrive pas à « s’entendre » avec le personnage principal… Il y a un truc qui n’a pas marché, peut-être une identification difficile à cause de son accent, mais aussi sans doute au manque de fantaisie de l’acteur. Et là malheureusement on voit que Gondry n’est pas un directeur d’acteur parce qu’il avait laissé aller Jim Carrey dans ce même ton sinistre dans son précédent film (Carrey qui voulait prouver qu’il était crédible en personnage sérieux refoulait sa “folie” qui aurait été utile pour son personnage, mais lui s’en sortait avec un charme gagné par la poésie, le sentimentalisme). Il y a Chabat et Gainsbourg qui rattrapent le coup tout de même.

Contrairement au précédent (Eternal Sunshine of the Spotless Mind, donc), ça manque un peu de densité et certains choix de scènes sont assez médiocres, et auraient nécessité un peu plus de travail, mais ça donne aussi peut-être le charme du film, son côté improvisé, fait avec trois fois rien.


La Vie aquatique, Wes Anderson (2004)

The Life Aquatic with Steve Zissouvie aquatiqueAnnée : 2004

 

Réalisation :

Wes Anderson

7/10  lien imdb
 

Vu le : 22 avril 2007

Comme tous les Anderson, c’est drôle et déprimé à la fois. Un truc parfait pour Murray donc. Mais ça reste assez loin de La Famille Tenenbaum… Ça part peut-être un peu trop dans tous les sens. Mais bon, c’est toujours savoureux de voir Bill Murray, toujours à son maximum.

C’est également sympa de voir Cate Blanchett dans ce genre de rôle… plutôt que dans des films comme l’Aviateur où elle joue une improbable Katherin Hepburn.

À noter l’album Ziggy Stardust chanté par un Brésilien qui vaut le coup d’œil.


Deuce Bigalow : European Gigolo (2005)

Deuce Bigalow : European Gigolodeuce-bigalow-european-gigoloAnnée : 2005

 

Réalisation :

Mike Bigelow

4/10  lien imdb
Listes :

Vu le : 22 avril 2007

Il paraît que c’est la suite du non moins célèbre Gigolo à tout prix (tu m’en diras tant !). Et pour avoir un peu une idée du film (mais je suis sûr que vous êtes déjà un peu sur la voie), on lit sur Allociné que l’idée du film, le scénariste-acteur principal, en a eu l’idée quand tout le monde lui disait : « pourquoi ne faites-vous pas une suite à Gigolo à tout prix ? » (on se serait sans doute plus poilé devant un Mary malgré lui).

Bref, c’est très con et ça s’assume comme tel. Pas franchement un bon film, mais au moins on ne s’ennuie pas. Et puis on découvre Amsterdam (très rarement photographié au cinéma, voire jamais, alors qu’elle se révèle vraiment plutôt photogénique — et je crois qu’on évite les clichés — même si le scénario lui ne passe pas à côté de tous les clichés possibles sur les Hollandais ; mais il faut savoir que tout ce qui est pour nous un cliché est pour l’Américain moyen une information de première main). On se demande alors ce que vient faire une tour de Pise sur l’affiche (encore une arnaque pour vendre un film… — ou sinon j’ai manqué une partie, ou le troisième volet de la trilogie !).

C’est bien donc si on veut se détendre et vraiment si on n’a rien à faire… — Et puis… si ! ça vaut le coup au moins pour une autre bimbo dans un autre genre que Eva Mendes : Hanna Verboom (« Quand notre cœur fait Boom ! Tout avec lui “Verboom” Et c’est l’amour qui s’éveille… ») Encore un canon ; j’ai passé ma soirée à tirer… mais j’ai plus vraiment l’âge des “Boom”.


OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, Michel Hazanavicius (2006)

SOS qualité française

OSS 117Année : 2006

 

Réalisation :

Michel Hazanavicius

5/10  lien imdb
 

Vu en mars 2007

Il est loin l’âge des bonnes comédies populaires d’autrefois.

Choix ou pas de mise en scène, la production fait cheap (pour nous faire croire qu’on est en 1950, on nous fout des plans d’archives avec bagnoles dans les rues…). Dujardin est un pitre, pas un acteur. Même dans la comédie, il faut de la sincérité et de la justesse dans l’excès. Un sourire niais, une mimique, un brushing, pour remplacer le vide du scénario. Aucun acteur n’arriverait à rendre meilleurs des dialogues insipides et grossiers, alors Dujardin, certainement pas. Un personnage doit vivre non seulement grâce aux détails d’une histoire, mais aussi à travers l’imagination de l’acteur. Et ça, l’imagination, ça lui est totalement étranger à Dujardin. Tout le film d’ailleurs est comme ça. Le hors-champ a une importance capitale dans un film. Ce qui est suggéré, c’est ce qui permet de nous représenter un monde. Si tout est devant nos yeux, sans profondeur, sans faire vivre l’arrière-plan, et je ne parle pas que de l’image, ça pue l’artificiel. On me dira que c’est précisément ce que le réalisateur a voulu, il a voulu la facilité oui. C’est comme renoncer à l’exigence. On pourrait y adhérer si par ailleurs le fond avait meilleure allure.

Le casting est désastreux. Les deux gonzesses en particulier sont loin d’être à l’aise. Depuis Émilie Dequenne dans le Pacte des loups pour afficher un nom au film, je croyais avoir vu le pire. Ça se vaut presque. Si les acteurs français sont globalement à la ramasse face à leurs collègues étrangers, c’est d’abord à cause de ces maudites années 60 et ce mirage poursuivi par des cinéastes ni artisans, ni écrivains, ni théâtreux : la vérité. Pour être vrai, il suffisait de prendre des gens dans la rue. Bah oui, c’est évident. Certains ne s’en sont pas trop mal sortis en développant des méthodes propres souvent basées sur l’improvisation, mais c’est toute la production qui en a souffert.

Traditionnellement, un metteur en scène est un acteur. C’est en tout cas les plus efficaces. Parce qu’ils connaissent tous les écueils et les fausses promesses de certaines évidences. Pour être vrai, il faut passer par le faux. Un Delon qui arrive à être vrai en “étant” Delon, c’est rare. Pour les autres acteurs, il faut passer par le faux : la technique. Une fois qu’on maîtrise certains principes, qu’on les a éprouvés sur scène, on est prêt pour se livrer à un metteur en scène qui connaît cette fois les difficultés pour passer d’une “technique” de théâtre à celle du cinéma. À moins d’avoir un génie qui peut comprendre ça instinctivement, ou à moins de savoir déjà bien s’entourer, la distribution et la direction d’acteurs, un metteur en scène ne connaissant rien aux acteurs aura de grandes chances de faire n’importe quoi. Et c’est ce qu’on voit ici. Mais c’est une constante depuis que les cinéastes sont des critiques de cinéma, pas des artistes. Pour jouer des femmes, et des femmes d’un certain niveau social, on prend donc des gamines dans la rue. Tu es jolie, fais donc du cinéma ! Ce serait un peu comme voir Arletty dans les rôles de Michèle Morgan ou Giulietta Masina dans celui de Sissi. Un maintien de femmes du trottoir…

Et il faut croire que l’exigence du public est presque aussi grande que ceux qui leur montrent des films puisqu’il — le public – n’y voit rien de choquant. Normal : les dames du monde, ça n’existe plus. Il y en aurait du monde à passer entre les mains du Professeur Higgins ! Le pire, ce n’est pas qu’on fasse de tels films avec des acteurs aussi médiocres. C’est surtout qu’on ne trouve rien à y redire, et qu’on pourrait tout autant voir une bergère dans un rôle de reine de France (une Kirsten Dunst jouant Marie-Antoinette par exemple…).

Le rythme est également affreusement lent. On veut couper avec le “théâtral” (c’est devenu un gros mot) mais en revanche, par facilité, on a gardé le principe des scènes où on s’installe pendant des heures… Le film ici ferait à peine un quart d’heure dans Austin Power. On pourra s’étonner que le film donne une grande impression de vide… C’est un art qui se rapproche de celui de la narration, à la composition littéraire (un roman a moins de contrainte spatiale que le théâtre…). Pas besoin de couper à la sauvage ou de créer trop grossièrement une précipitation des événements. Mais si on peut donner une information sans devoir y rester des plombes, autant le faire pour donner autre chose à manger à son spectateur. Ça permet également les changements de rythme, les mises en relief, ou s’attarder… Il semblerait que pour monter un film l’exigence et le talent soient inutiles. Une mention « vu à la TV » suffit.

Delon disait qu’il n’y avait plus de star, il avait bien raison. Il n’y a plus non plus de cinéma populaire. Rien que des téléfilms. Avec Belmondo, voire Defunès, c’était bien autre chose.


Combien tu m’aimes, Bertrand Blier (2005)

Combien tu m’aimesAnnée : 2005

 

Réalisation :

Bertrand Blier

5/10  lien imdb
 

Vu en mars 2007

 

 Ça fait déjà plus de 10 ans que Blier n’est plus Blier. Manque de folie, manque d’énergie. On dirait du Kaurismaki et ça finit par ressembler à du Deville. Légèrement décalé mais très sage, “bourgeois”. Autrefois dans les Blier, les personnages habitaient dans des banlieues miteuses, on errait tel des gamins dans les rues ou dans des bars pour trouver quelle connerie faire. On voyageait sans billet sans savoir où on allait mais on y allait et on vivait à fond l’instant présent. Aujourd’hui les personnages de Blier donnent des rendez-vous et habitent dans de riches appartements parisiens et, pire que tout, ils sont devenus polis. Où sont passées la gueule et la gouaille de Blier père, Dewaere, Depardieu, Serrault ? Il y a vraiment un problème de casting dans ce film : Campan il est franchement mauvais (c’est Bourdon le bon acteur des Inconnus) et ne convient pas au rôle tout comme la Bellucci qui est trop douce, trop lisse, trop polie, pour Blier. Il faut des acteurs français qui ont l’expérience des textes écrits, qui ont la culture des différents types de jeu, tons, styles, car celui de Blier est particulier, décalé, un peu théâtral et le piège est de vouloir le jouer trop réaliste ou trop mou, trop lent. Voir Sara Forestier qui est une très bonne actrice quand elle joue sur la spontanéité et le naturel, dans ce type de film, elle est totalement perdue et joue comme une cloche.

J’imagine que c’est aussi Blier qui cherche à faire autre chose, il voudrait sans doute un ton plus poétique, contemplatif, mais faire beau, ce n’est pas son truc, ça ne marche pas, on n’y croit pas, en tout cas il n’y a rien qui se passe. Son truc à lui, c’est la beauté du langage bien dit, vite dit, de l’action, vite faite, mal faite… — Pas loin d’Audiard, avec une touche d’absurde. Tous ses personnages étaient des cons ou des imbéciles, des voleurs, des petites frappes, mais toujours des « bons salauds », et tout cela les rendait attachants. Ici ses personnages (en tout cas le principal) sont des types ordinaires.

Buffet Froid et les Valseuses sont bien loin.