Crise, Georg Wilhelm Pabst (1928)

Note : 3.5 sur 5.

Crise

Titre original : Abwege

Année : 1928

Réalisation : Georg Wilhelm Pabst

Avec : Gustav Diessl, Brigitte Helm, Hertha von Walther

La haute société de 1928 ne connaît pas la crise.

Mélodrame parfois follement répétitif rehaussé par quelques fulgurances. La séquence du cabaret est interminable, par exemple, mais de jolis travellings sur la face livide de Brigitte Helm. Un humour également, qui vient souvent étrangement à rebours, voire à rebrousse-poil, mais qui fait toujours mouche. Et une « art direction » digne de Hollywood.

La description des humeurs de la femme (forcément changeantes voire contradictoires) me paraît assez bien faite, assez amusante même, malgré le ton résolument dramatique de ses revirements pathétiques : il faut voir notre héroïne se dévêtir dans l’atelier de son amant en sachant que son mari est à la porte, regarder pleine d’insolence forcée son mari quand l’amant un peu nigaud se résout à ouvrir, et qui se décompose en voyant que son mari s’apprête à tourner les talons et qu’elle le dégoûte ou se désintéresse d’elle. On croirait voir une petite fille jouant au docteur qui s’amuse à lui montrer, à lui interdire, à lui montrer… On frôle peut-être la caricature, mais il y a un peu de vrai dans tout ça.


 

 


 

Ne pas confondre esclavagisme et racisme. Une méprise qui n’aide pas à la lutte des stigmatisations, ostracismes ou différentes xénophobies.

Les capitales

Violences de la société

Discoursusation résultat de commentaires sur le colonialisme.

 

L’esclavagisme, c’est une idéologie dont la finalité est de tirer profit de la négation de l’autre. Sa barbarie n’en est pas sa finalité, mais le moyen. L’esclavagisme institutionnel a aujourd’hui disparu : ses victimes sont rares et les lois les protègent.

Le racisme en revanche est rarement idéologique. Il existe, c’est vrai chez les suprémacistes blancs, par exemple. Mais le racisme, c’est surtout un biais cognitif auquel nous sommes tous potentiellement… esclaves. Il est partout. Tous, cela signifie, tous, sans distinction de couleur de peau. Le racisme ne fait aucune distinction entre ceux qui s’en rendent, parfois sans le savoir, coupables. On ne peut pas lutter contre le racisme si on ne s’attaque qu’à ses idéologues et à ses expressions les plus extrêmes dans nos sociétés, ou si on le confond avec une barbarie dont plus grand monde n’est victime aujourd’hui (certaines sociétés sont plus permissives que d’autres, et des exemples peuvent ça et là faire l’objet de poursuite, mais l’esclavagisme institutionnel, lui, a disparu).

Le racisme, c’est la peur de l’autre, sa mise à l’écart pour sa différence apparente ou supposée. Et c’est avant tout un réflexe, ou un raccourci, intellectuel qui dans l’histoire humaine (ancienne, hein) a probablement servi à renforcer les liens de son propre groupe. Ce qui, dans l’évolution humaine a plutôt servi l’espèce, est devenu chez l’homme civilisé un lourd fardeau à l’origine non seulement de la mise à l’écart des moutons noirs du groupe, mais aussi des luttes entre clans, puis des guerres (parfois même préventives : la peur de l’agression du voisin justifie l’agression du voisin). La peur de l’autre serait ainsi ce qui nous maintiendrait à la fois en vie et ce qui nous pousserait à nous combattre. Le racisme est présent en chacun de nous, c’est un processus cognitif biaisé contre quoi on apprend plus ou moins à lutter. Mais pour cela, encore faut-il en comprendre l’origine.

Ça touche donc tout le monde, le racisme est partout, il touche tout le monde : le racisme n’est pas… discriminant. Le « racisme de couleur », c’est son exemple le plus évident, mais la stigmatisation peut tout aussi bien toucher les vieux, les pauvres, les femmes, les étrangers, les imbéciles, les homos, les nains, les roux, les juifs, les gros, les malades, les riches, les Noirs, les jaunes, les musulmans et… les Blancs. Même si pas grand monde ira se plaindre que, parfois, les groupes privilégiés soient stigmatisés. Mais je ne parle pas ici de juste de pas juste, mais des origines d’un biais cognitif. C’est exactement le même processus cognitif qui est à l’œuvre qu’il s’attaque à tel ou tel groupe, et c’est ce même processus qui est derrière les idéologies ouvertement racistes, quand celles-ci n’ont pas en plus d’autres buts, mais qui ne viennent jamais que se plaquer sur des biais déjà existants.

Maintenant, dire qu’il y a des victimes de racisme plus importantes que d’autres, bien sûr. Dire que la discrimination des Noirs ou des musulmans en France sont sans commune mesure avec le racisme anti-blanc, c’est autre chose que de dire que le racisme anti-blanc ne peut pas exister… par principe. Parce que ça, c’est nier l’essence du racisme, c’est prétendre que seuls ceux qui en sont majoritairement victimes peuvent en être victimes.


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Violences de la société


Autres capitales :


The Assassin, Hou Hsiao-hsien (2015)

Note : 2.5 sur 5.

The Assassin

Titre original : Ci ke Nie Yin Niang

Année : 2015

Réalisation : Hou Hsiao-hsien

Pour faire simple, je n’ai rien compris et, très vite, lassé par une mise en scène qui fait illusion dans un film contemporain mais fait pschitt ici, je n’avais plus l’intention de comprendre. Hou Hsiao-hsien n’est pas pour moi, il me parle chinois.

Après, c’est décorativement parlant très joli. Les intérieurs sont soignés et les extérieurs sont époustouflants. Ça n’a juste pour moi aucun intérêt. Dès le premier panneau, j’étais déjà aux pâquerettes, et en retrouvant le style de mise en scène inutilement lent de Hou Hsiao-hsien, j’ai commencé à m’agacer.

Le pire entre tous ces effets n’aidant pas à suivre une ligne de récit particulièrement fine et fragile, la gestion du son avec ces hors-champ de nature, en particulier le vent, poussés à fond les manettes. C’est un peu comme essayer de lire du Corneille avec du Led Zeppelin en arrière-fond.

Je le dis souvent, si un réal fait tous les efforts possibles pour que ce soit moi qui en fasse le plus en retour, il n’y a aucune raison que j’accepte de me faire avoir de la sorte : les efforts, c’est à lui de les faire pour que j’en fasse, peut-être pas le minimum parce qu’aucun plaisir ou intérêt ne peuvent se faire en laissant son cerveau à la cave, mais pas trop (d’effort). C’est comme ça qu’on m’a appris à donner à voir au théâtre ; c’est comme ça que j’entends être servi au cinéma. Je peux à la limite en faire pour des génies, mais Hou Hsiao-hsien avec l’ensemble de ses manières adoptées pour cacher son manque de savoir-faire en matière de mise en scène, ne m’aide pas plus à ce niveau.