Cremaster 1, Matthew Barney (1996)

Sorbet de merde acidulée

Cremaster 1

cremaster-1-matthew-barney-1996Année : 1996

Réalisation :

Matthew Barney

1/10 IMDb  iCM

 

 

Probablement le niveau zéro de la création par un artiste ayant atteint le niveau maximum de la prétention.

Dans un certain milieu branché, on parle de performance ou d’avant-garde et les questions de savoir-faire, d’efficacité, d’artisanat, sont mis de côté parce que cela demande de la maîtrise et du talent. Or, quand notre seul talent réside dans la prétention de vouloir faire de « l’art », dans son carnet d’adresses, et de surtout pas se comparer à d’autres arguant que ces “performances” valent par elles seules, le détour, et qu’elles sont toutes en quelques sortes des pièces d’art endémiques issues d’on ne sait quelle génération spontanée, eh ben ça donne ça. On ne juge ainsi plus une œuvre à travers sa maîtrise, mais en fonction de ce qu’elle ira représenter sur notre propre image si on dit l’apprécier. C’est le grand désastre d’une certaine frange de l’art contemporain, et si le cinéma expérimental n’en est pas vraiment touché, en général, il fallait bien que certains petits cons passés par la mode viennent y foutre les pieds.

Voici donc Matthew Barney nous proposant les délires creux et sans maîtrise de son imagination. Jeu de symboles grossiers, défilés de mannequins dans des tenues acidulées se mouvant avec la grâce de cônes de glace, pub assumée à travers laquelle on sent la référence très « pop art » warghrolienne… Tout cet univers creux aurait un intérêt si on avait en réalité affaire à un metteur en scène de talent, à un véritable chorégraphe de ballet, à un vrai monteur, bref, à une quelconque personnalité ayant un minimum de savoir-faire. Seulement pour certains grands prétentieux arrivés dans le gotha par accident ou par relations, le savoir-faire, ça les emmerde, parce qu’ils n’en ont pas, et n’ont même pas idée de ce que ça pourrait être. Aucune notion de mise en scène, aucun sens du rythme, aucun sens du cadrage, choix de musique exécrable, blondasses hideuses, costumes dignes d’une cérémonie d’ouverture de Jeux olympiques… Bref, on a bien compris, qu’il y aura toujours des snobs pour aller vanter les qualités des hartistes qu’ils fréquentent dans leur milieu, mais quand je pense au fric dépensé pour cette orgie de médiocrité et de grandes prétentions creuses, ça me fait un peu gerber. Certes, les grands de ce monde ont bien droit à quelques caprices ; et ça me donnera bien le droit aussi d’entartrer si j’en avais l’occasion ces parasites de la société, cette élite nourrie de vacuités, d’apparences, et de prétentions. Oui, c’est de l’art, et ça permet au moins de poser les bases de la grande médiocrité, mettre le doigt (pas de trop près) sur ce qu’est de la merde bien puante.