La Vie d’un tatoué, Seijun Suzuki (1965)

Puzzle spatial

Note : 4.5 sur 5.

La Vie d’un tatoué

Titre original : Irezumi ichidai

Année : 1965

Réalisation : Seijun Suzuki

Avec : Hideki Takahashi, Masako Izumi, Akira Yamauchi
Yûji Odaka

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On trouvera toujours quelque chose de surprenant dans cette dernière décennie de l’âge d’or du cinéma japonais… Le film souffre de quelques excès tout à fait charmants qui frisent la parodie (ce que Le Lézard noir, vu récemment, était incapable de faire), mais La Vie d’un tatoué est probablement un de ces films étranges où tout s’accorde par hasard pour en faire, parfois, un chef-d’œuvre.

Il y a bien sûr la présence de Seijun Suzuki à la réalisation, qui fait notamment preuve de son extravagant talent visuel dans la dernière séquence, un affrontement « un contre tous », avec notamment une contre-plongée presque sidérante prise sous le tatami et une plongée en plan-séquence sur le ballet des duels au katana (façon Old Boy).

Pourtant ce sont deux autres aspects qui m’ont fasciné dans ce Irezumi ichidai : l’histoire et le lieu où les personnages évoluent. Les deux sont liés, et si on a affaire à un film de yakuza, on y retrouve l’aspect serial de certains films de l’époque (Zatoichi, La Pivoine rouge — et des Ninkyo eiga qui me restent inconnus) ou même de certains films de samouraïs où on retourne à la campagne pour croiser ces populations autochtones comme dans les vieux contes, ces auberges tantôt accueillantes tantôt inquiétantes, toujours d’étranges lieux de passage et de rencontres. On pourrait presque être chez Dumas ou dans Miyamoto Musashi.

Seijun Suzuki (1965)

L’histoire est simple, d’un grand classicisme, mais c’est l’alliance de ses éléments qui forment une sorte d’alchimie efficace. Un yakuza et son frère se sont fait truander par leur propre clan et échappent de peu à la mort. Ils entreprennent alors de rejoindre la région qui apparaît comme la terre promise, l’Eldorado d’alors : la Mandchourie. Faute d’argent, à nouveau truandés, ils se voient obligés de travailler dans une mine. D’abord mal vus, ils parviennent à gagner la sympathie des mineurs et l’intérêt de la fille du propriétaire. La suite est merveilleusement prévisible, bien huilée comme une symphonie au phrasé déjà connu, jamais dissonant. Et il y a donc dans cet univers, une gestion de l’espace qui rappelle certains westerns ou épopées : chaque scène propose presque un nouveau décor tout en restant souvent dans un lieu reconnaissable, si bien qu’on finit par nous reconstituer mentalement la représentation de l’espace qui crée une forme de jouissance imaginative qu’on retrouve dans assez peu d’autres films. Pour ça, il faut aussi retrouver certains espaces mythiques voire archétypaux (la rivière et ses chutes, l’intérieur de la mine, la cellule de prison, la maison du propriétaire, et les ruelles avec leurs nombreuses échoppes…).

Certains événements sont tellement traités avec désinvolture ou excès qu’on est à la limite de la dérision (c’est trop bien mené pour croire à une véritable série B). Par exemple quand le héros vient à s’évader, ou à sortir plutôt, de sa cellule, ou la manière dont est traitée l’histoire d’amour, le jeu de séduction, on peine à croire en toutes ces circonstances heureuses, mais c’est si bien fait que ça n’apparaît plus que comme un jeu.

Grand plaisir.


La Vie d’un tatoué, Seijun Suzuki 1965 Irezumi ichidai | Nikkatsu


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Liens externes :


La Marque du tueur, Seijun Suzuki (1967)

Tirez sur le bassiste

Koroshi no rakuinLa Marque du tueur, Seijun Suzuki (1967)Année : 1967

 

Réalisation :

Seijun Suzuki

7/10  lien imdb
 

Les Indispensables du cinéma 1967

Vu le : 22 avril 2007

C’est dingue le nombre de films asiatiques qui passait à l’époque à la trappe en Europe ! Il n’y avait guère que Kuro, Mizo et Kobayashi qu’on connaissait (Ozu il me semble qu’on ne l’a découvert que dans les années 80′). Ils faisaient quoi dans les festivals, les distributeurs ? (remarque, il a peut-être fait le tour d’Europe, j’avoue ne pas avoir recherché). Il y a en plus une parenté très forte avec la Nouvelle Vague française : entre Godard et Melville, avec également un montage rapide à la mode dans le cinéma italien dans ces années-là.

L’histoire est un peu sans intérêt (les vicissitudes d’un tueur dans la mafia qui rate un coup et qui devient à son tour la cible…). Elle est même parfois un peu compliquée à suivre. C’est vraiment la mise en scène qui prime, dans la pure tradition de la Nouvelle Vague ou des “errances” qu’on trouve beaucoup dans le cinéma italien des 60′. C’est daté, parfois un peu obscure, mais si on aime ce genre de ciné ça vaut vraiment le coup de le voir.

J’ai vu peu de films de Suzuki pour l’instant. Élégie ne m’avait pas franchement convaincu (très excessif, dans le même genre et à la même époque, je préfère et de loin, les films d’Imamura), tandis que j’adore la Jeunesse de la bête. Il faudra encore quelques films pour me faire une idée.*

*La Vie d’un tatoué[1] est très bien.


La Marque du tueur, Seijun Suzuki 1967 Koroshi no rakuin Nikkatsu

La Marque du tueur, Seijun Suzuki 1967 Koroshi no rakuin | Nikkatsu


Seijun Suzuki

Crédit Seijun Suzuki

Ses meilleurs films concentrés en seulement deux ans… Toute une époque, un âge d’or…

Classement :

10/10

Histoire d’une prostituée (1965)

9/10

  • La Jeunesse de la bête (1963)
  • La Vie d’un tatoué (1965) *

8/10

  • La Barrière de chair (1964)

7/10

  • La Marque du tueur (1967) *
  • Le Vagabond de Tokyo (1966)
  • Kagerô-za (1981)

6/10

  • Élégie de la bagarre (1966)
  • Carmen de Kawachi (1966)

5/10

4/10

  • Mélodie tzigane (1980)
  • Pistol Opera (2001)

3/10

*Films commentés (articles) :

Notes simples :
Carmen de Kawachi (1966)

Le travail de Suzuki avec tout ce qui tient de la forme, de la technique et de l’esthétique vaut toujours le coup d’œil : composition des plans, recherche du mouvement ou du cadre parfait, addition de musique pour proposer une sorte de spectacle total, jeux de montage, effets de transition et des putains de décor, des accessoires, des trouvailles, tout ce qui alimente une certaine densité esthétique à son film.

Reste que cela ne suffit pas. L’intrigue fait passablement penser à celle de La Femme insecte, film réalisé quelques années plus tôt par Shôhei Imamura. Deux chroniques d’une femme qui abandonne la campagne (plus précisément ici la montagne) pour rejoindre la ville. Imamura comme Suzuki dépoussièrent ce sujet classique dans les shomingeki, mais là où Imamura adopte une approche naturaliste, presque documentaire, voire psychosociale, Suzuki préfère la chronique comique qui flirte avec la satire. J’ai souvent eu l’occasion de le dire ici : il est rare que la comédie japonaise, quand elle passe par autant d’exubérances, parvienne à me séduire. Les comédies douces-amères ou pince-sans-rire à la Ozu ou à la Shimizu auront davantage ma préférence. Oh, bombe, d’Okamoto ou Les Combinards des pompes funèbres, de Misumi se placent exactement dans cette veine de la satire grotesque, aux accents presque napolitains, à laquelle je n’accroche pas du tout. À aucun moment, je ne suis en mesure de m’identifier au personnage principal. Trop d’agitation, trop de situations tirées par les cheveux, et je me désintéresse du sort des personnages. Je n’aime pas les gens qui parlent fort et qui remuent dans tous les sens, j’y suis pour rien…

Seijun Suzuki