1984, Michael Anderson (1956)

1984

1984Année : 1956

Réalisation :

Michael Anderson

7/10  IMDb

Version plus convaincante que celle des 80’s du roman d’Orwell.

On remarquera la présence de Donald Pleasence dans un personnage assez similaire à celui que lui filera Lucas probablement en hommage à ce film pour THX 1138. C’est vrai que la thématique est la même. Dans le film de Lucas, c’est toutefois plus subtil ; c’est ici assez explicatif. Plus une démonstration, une mise en garde face au totalitarisme, alors que Lucas s’attachait aussi à installer une ambiance, un style (pas besoin de tout expliquer, on voit bien qu’il s’agit d’un monde austère qui s’attaque aux libertés individuelles).

Flippant. Me reste toujours à lire le roman.

 


Le Temps de la colère, Richard Fleischer (1956)

Wagner en guerre (sans les Valkyries)

Le Temps de la colère

Note : 3 sur 5.

Titre original : Between Heaven and Hell

Année : 1956

Réalisation : Richard Fleischer

Avec : Robert Wagner, Terry Moore, Robert Keith, Broderick Crawford

Film intéressant sur la manière qu’a la guerre de changer les hommes… en bien.

Le personnage de Robert Wagner est un propriétaire terrien dans le Sud avant que les États-unis entrent en guerre lors de la Seconde Guerre mondiale. C’est un beau salaud. Il est odieux avec ses fermiers qui cultivent son coton, les obligeant à travailler toujours plus, se plaignant qu’ils ne sont bons à rien quand lui n’a tout juste qu’à siroter son whisky ou à se prélasser sur le bord de sa piscine avec sa jeune épouse. Il vient de se marier et sa femme veut le voir à l’œuvre…, elle est servie. Elle lui fait la morale, mais rien n’y fait, les femmes sont bonnes à rien pour raisonner leur mari (ce n’est pas moi qui le dis, c’est dans le film). Comme tous les gens de son espèce, il espérait éviter la guerre ; c’est qu’il appartient à la garde nationale (ça rappelle quelque chose de plus récent…, ça doit être une coutume de fils à papa) ; mais son beau-père, général dans l’armée, lui apprend qu’il va être appelé, lui et son ami qui est dans le même cas que lui. Robert Wagner se retrouve donc au front, dans le Pacifique, et il gagne ses galons et une citation pour la silver star pour acte héroïque. Mais la guerre, sans qu’on explique pourquoi, l’a changé. Pour la première fois semble-t-il, il semble avoir trouvé des amis. Les bonnes valeurs de l’armée sont là (pourtant en 1956, on est plutôt au calme, entre la guerre de Corée et la guerre du Vietnam, pas besoin de changer les vertus de l’armée…) : on est tous pareils, les gens de la haute sont potes avec les miséreux ; et Wagner n’oublie pas qu’il a été aidé par ses trois amis, « simples fermiers ». Enfin tous pareils, pas sûr. Parce que l’ami propriétaire terrien de Wagner, lui, n’apprécie pas trop cette amitié et le met en garde. Wagner n’en a que faire ; pour la première fois, il a trouvé de vrais potes. Il est devenu moins con. Le contraste est un peu rapide, peu importe, on ne va pas s’étaler en psychologie, c’est un film de guerre. Puis le beau-père de Wagner, général d’armée se fait tuer par un franc-tireur (on parle de sniper aujourd’hui, et c’est peut-être le terme original, mais j’ai vu le film en vf). À ce moment, l’ami de Wagner prend pendant un temps le commandement et décide d’aller vérifier une position qui ne nécessitait pas vraiment de patrouille. Il envoie Wagner et ses trois potes un peu en avant tandis que lui reste sur sa jeep, les mains sur la mitraillette « pour les couvrir ». En réalité, il est effrayé de se trouver si près du front, sans doute aussi par les responsabilités, et le bonhomme prend peur en entendant un bruit anodin et… canarde ses hommes… (un peu comme moi je canarde des spoils dans tous les sens). Seul Wagner y réchappe… « Tirs amis »… Wagner vient lui casser la gueule. Son « pote » n’aura rien, sans doute couvert par les généraux, alors que Wagner échappe à la cour martiale et à une probable peine de dix ans de prison, mais on lui enlève ses galons de sergent et redevient simple deuxième classe. Pour finir, il est envoyé à un avant-poste qui a plutôt mauvaise réputation. Celui-ci est dirigé par un capitaine qui se fait appeler « Waco ». Il ne se prend pas pour Kurtz, mais c’est pour éviter les snipers qui ont un goût assez prononcé pour les officiers. Cet officier fait tout pour rendre la vie difficile à ses hommes. La raison, on ne la saura jamais. Bref, Wagner se fait un nouvel ami fermier, c’est là qu’on revit tout son passé à travers de nombreux flashbacks, et il échappera seul de l’attaque du camp par les Japonais. Seul, avec son nouveau pote fermier, à qui il a promis une place dans son entreprise (Stéphanie Powers ira se rhabiller)… On ne verra pas le changement une fois retourné dans le Sud, on laisse ça à l’imagination du spectateur.

Pas un grand film, mais assez sympa à regarder et donc avec un sujet assez peu traité, même si on retrouve tout ce qui fait généralement les films de guerres. Pas de star, le personnage de Robert Wagner est plutôt antipathique (le film ne fait pas assez « rédemption » pour qu’il le soit, surtout manque la continuité temporelle : on quitte sans doute trop tard le petit con du Sud ; plutôt maladroit, parce que ça met l’accent sur l’être qu’il était et non pas sur celui qu’il allait devenir suivant un récit initiatique classique…). Je ne crois pas d’ailleurs que Robert Wagner ait jamais été sympathique dans un film… Il a un petit côté flippant, distant, qu’il avait même dans son personnage pourtant au second degré de Pour l’amour du risque… (Je ne vais pas rappeler l’anecdote de la mort de sa femme, Nathalie Wood, morte noyée alors qu’elle était sur un yacht avec lui et un autre acteur bien flippant, Christopher Walken…).

À noter la présence dans le rôle du beau-père général de Robert Keith, qui jouera l’année d’après un autre général, celui complètement maboul de Men in War, probablement inspiré par les légers signes post-traumatiques du personnage de Wagner (léger, parce que dans Men in War, le général est totalement lobotomisé, quand chez Wagner, ça se limite à des tremblements intempestifs).

Le titre français du film ne met pas vraiment en lumière, comme le fait le titre us, le côté volontairement manichéen de la fable : entre le ciel et l’enfer. Ce titre sera employé plus tard par Kurosawa, mais il était plutôt bon. Pourquoi changer ? (c’est vrai aussi que le titre us n’est pas non plus fidèle au titre du roman dont est tiré le film : Le Jour où le siècle s’acheva… — ça va, ce n’est pas prétentieux).

Et question que tous les fans de Robert Wagner se posent sans doute : est-ce qu’il a son fameux brushing tiré vers le côté avec deux mèches tombant faussement et négligemment sur le front ? La réponse est oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, même dans un film de guerre. Et des cheveux d’un brillant… Seul Alain Delon a pu rivaliser.


Joli split screen d’intro pour la bande-annonce. Le Temps de la colère, Richard Fleischer 1956 | Twentieth Century Fox


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Guerre et Paix, King Vidor (1956)

Guère royal

Guerre et Paix

Note : 3 sur 5.

Titre original : War and Peace

Année : 1956

Réalisation : King Vidor

Avec : Audrey Hepburn, Henry Fonda, Mel Ferrer

La gageure qui relève de l’impossible.

Trop de personnages, donc assez déroutant pour un spectateur qui a l’habitude de suivre un point de vue unique. Il aurait fallu sucrer toutes les parties avec Napoléon, franchement lourdingues. La campagne de Russie aurait pu être évoquée à travers le personnage d’Henry Fonda, Pierre, qui suivra le convoi napoléonien comme prisonnier. C’est peut-être le problème également du roman (que je n’ai pas lu), donc si on voulait être fidèle, il aurait fallu, comme le roman, inventer à lui seul une manière de raconter l’histoire… Trop dur surtout quand on n’a que quatre ou cinq heures maximum de film. Vidor tente bien de temps en temps les voix off des personnages, ça encore ça peut passer, mais le problème est toujours le même : manque d’identification dû au nombre trop important de personnages. J’imagine que la force du livre, ce sont ses réflexions, ses descriptions psychologiques, pas son côté épique, parce que malgré le contexte, les personnages qui évoluent pas mal à cause des événements historiques, bah il n’y a pas trop d’envolées lyriques. Ça reste très réaliste, sans réels enjeux ou parcours classique de héros. C’est limite une chronique, une peinture de personnages sans volonté d’en faire des héros. Tout l’intérêt, c’est donc les rapports des personnages, leurs commentaires, et ça, c’est impossible à traduire en images.

Pendant la première heure du film, ça marche assez bien, on a des dialogues qui font mouche, des conflits et des rapports entre les personnages intéressants. Mais ensuite, quand ils sont pris par la guerre, les conséquences de la guerre, ça n’affecte pas tant que ça leur psychologie ou leur destin. On est loin du souffle épique d’Autant en emporte le vent ou de Docteur Jivago. D’autant plus que Vidor ne semble pas très concerné dans sa mise en scène… Il y a des scènes qui ratent complètement leur but, à cause d’une mise en scène incapable de mettre en valeur ces moments importants. Il laisse les acteurs jouer et la caméra les laisse faire… Résultat, aucune tension. Du vide. Je pense notamment à la scène où Pierre comprend que la femme qu’il vient d’épouser ne l’aime pas… Scène terrible, pourtant, il n’insiste pas, pas de mise en relief, rien. Et tout est comme ça. Le sujet est survolé, l’intensité des rapports inexistants. Des personnages de cire dans un musée d’histoire : Bienvenue dans la salle « Guerre et Paix ». Vidor pensait sans doute que la simple évocation des événements rendrait le récit épique, sauf que tout tient dans les rapports des personnages, pas trop avec les événements en réalité. Pour mettre en scène des contradictions, un écrivain peut utiliser des mots, mais un metteur en scène doit utiliser les silences, les doutes, les regards échangés, tenus ou manqués, les hésitations des acteurs…, tout ce qui en fait concourt à suggérer au spectateur ce qu’on ne peut pas lui évoquer à travers des actions ou des images, et qui font sans doute la force du récit de Tolstoï.

Bref, encore une production assez médiocre pour Dino de Laurentiis, habitué des magots-grosses productions qui font pschitt.

Y préférer la version de Serge Bondartchouk de 1966.


Guerre et Paix, King Vidor 1956 | Ponti-De Laurentiis Cinematografica


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L’Invraisemblable Vérité, Fritz Lang (1956)

… j’aime la vérité, mais la vérité ne m’aime pas

L’Invraisemblable Vérité

Beyond a Reasonable Doubt

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Beyond a Reasonable Doubt

Année : 1956

Réalisation : Fritz Lang

Avec : Dana Andrews, Joan Fontaine, Sidney Blackmer

Ça commence très bien, dans la veine des films humanistes de Lang. L’éditorialiste et propriétaire d’un grand journal fait part à son ami, romancier et futur gendre, de son opposition à la peine de mort, car trop souvent des innocents sont envoyés à la chaise électrique. Il veut monter une mascarade pour prouver qu’on peut aisément faire accuser un innocent. Son ami y réfléchit et revient le voir quelques semaines plus tard pour lui signifier son intention de jouer le rôle du faux coupable. Ça tombe bien, un meurtre vient d’être commis, sans coupable, sans la moindre piste.

Pour que leur petite histoire marche parfaitement, les deux hommes se disent qu’il ne faut pas en informer la fiancée du romancier qui est également la fille de l’éditorialiste.

À partir de là, on sent le truc venir gros comme une maison, c’est ce qui est bien. On obéit à la règle du suspense de Hitchcock : faire peur avec ce qu’on attend. On a comme l’impression, et à raison, que l’éditorialiste va mourir avant qu’il ne révèle toute l’histoire, et on craint l’arrivée de cet instant. Malheureusement, sa vie est un peu trop courte à mon goût, le bon viel Alfred aurait pris son temps là… pour finir par nous le tuer dans une autre scène non montrée. Bref, c’est déjà un écart dans le style hitchcockien du film et ça va non seulement se poursuivre, mais en plus, on va perdre totalement l’idée de départ qui est de faire un film humaniste, contre la peine de mort… Même si l’idée était plus de dire que la peine de mort, ce n’est pas bien parce qu’on tue des innocents au lieu de dire simplement que ce n’est pas bien, par principe, que ce n’est pas au rôle d’un jury, représentant de la société, de faire exécuter un autre citoyen, quel qu’il soit, coupable ou non…

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L’Invraisemblable Vérité, Fritz Lang 1956 | Bert E. Friedlob Productions

On a droit alors aux traditionnelles scènes de cour, pas le plus intéressant du film, mais c’est un passage obligé. Quand l’éditorialiste meurt, bien sûr, le romancier tente de convaincre sa fiancée, son avocat, la cour, qu’ils avaient mis au point cette fausse culpabilité, mais on ne parle plus du fait que c’était pour prouver les dysfonctionnements de la justice, le film perd son accent politique, polémiste, engagé, humaniste, pour devenir un vulgaire film noir. Pour être efficace, la mort de l’éditorialiste aurait dû survenir juste à la fin du film, pour lui donner un accent tragique, rendant l’exécution du faux coupable et donc prouver non plus au public du film (autre type de jury) comme les deux hommes voulaient le faire au départ, mais de l’absurdité, de la cruauté d’un tel mécanisme qui fait exécuter des innocents. Là, non seulement, on perd le fil pour s’enliser dans un film de cour dans lequel le « faux coupable » va devoir tenter de trouver une solution pour se sortir de ce guêpier, mais surtout on a affaire à un twist ridicule rendant le film toujours plus inutile, et éloigné de la ligne ambitieuse proposée au début. Hitchcock mettait en garde contre ces « surprises » qui finalement ne font ni chaud ni froid au spectateur, sinon un haussement de sourcil incrédule. Le faux coupable est bel et bien coupable… Ridicule, tout ça pour ça… Où est passé l’humanisme du début du film ? La belle morale de l’éditorialiste semble être morte avec lui nous laissant avec un monstrueux roman de gare (peu crédible d’ailleurs, parce que le romancier était marié avec la victime et on a du mal à croire que le procureur et ses enquêteurs aient pu passer à côté de ça…).

L’idée de faire un film sur un meurtrier qui profite d’une occasion pour jouer les faux coupables, c’est intéressant, mais il faut jouer ce film dès le départ. Les twists, ça fait des effets de surprise, mais encore faut-il qu’il y ait un minimum de vraisemblance là-dedans (d’où sans doute le titre français qui pour le coup est bien trouvé : oui c’est totalement invraisemblable). La culpabilité du héros, elle doit être suggérée, sinon explicitement annoncée, comme on annonce son coup au billard. On ne peut pas choisir un angle d’attaque, puis faire une queue de poisson juste à la fin, ça donne l’impression d’être improvisé. Suivre le double jeu du héros, ça aurait pu être intéressant, jouer avec le doute du spectateur, cela l’aurait été tout autant. Là, on n’en a aucun, et à la fin, on nous prend pour des idiots pour nous expliquer qu’on n’a rien compris au film…

Dans le mode de fonctionnement de la justice américaine, c’est le procureur qui est chargé de l’enquête et qui mène l’instruction à charge ; en France, le procureur doit instruire à charge ET à décharge. Le problème (qui aurait pu être aussi soulevé par le film), c’est que si on a affaire à un bon procureur, et à une défense médiocre, il arrivera à tous les coups à convaincre de la culpabilité d’un accusé devant le jury.

Bref, Fritz Lang commence le film comme un Fritz Lang, il tâtonne en faisant du Hitchcock, et ça se finit avec du Howard Hughes. Il paraît que Lang n’aimait pas le film, et c’est son dernier film à Hollywood.


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Au gré du courant, Mikio Naruse (1956) Nagareru

Flowing…

Au gré du courant

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Nagareru 

Année : 1956

Réalisation : Mikio Naruse

Avec : Kinuyo Tanaka, Isuzu Yamada, Hideko Takamine, Mariko Okada, Haruko Sugimura, Chieko Nakakita, Natsuko Kahara

 

Pas le Naruse le plus réussi, mais comme toujours, si on s’intéresse à la culture et à l’histoire japonaise, on apprend plein de choses. L’histoire est banale : une chronique sur la fin d’un monde (tiens, encore), celui des geishas après la guerre. La société s’occidentalisant, mais aussi à cause sans doute de la guerre qui a ruiné leurs « protecteurs », elles ont du mal à payer leurs dettes dans leur okyia, et les jeunes filles, les apprenties, pensent à faire autre chose ou n’ont pas de talent…

C’est encore parfois compliqué à comprendre si on ne se renseigne pas un minimum sur la vie des geishas (et la traduction n’aide pas vraiment, avec des termes et des concepts intraduisibles), donc il faut s’accrocher.

Il faut l’avouer, le film est surtout illuminé par la beauté douce et désabusée d’Hideko Takamine. On la voit malheureusement trop peu. C’est elle le personnage le plus intéressant du film. Comme dans Nuages d’été, le thème du film est le changement de la société japonaise. Hideko Takamine fait le lien entre les deux époques, les deux Japon. Fille de geisha, elle comprend qu’elle ne peut être entretenue par sa mère et commence à entrer dans la vie active.


Au gré du courant, Mikio Naruse 1956 Nagareru | Toho Company


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Aparajito / L’Invaincu, Satyajit Ray (1956)

Le Pire contre-attaque

L’Invaincu

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Aparajito

Année : 1956

Réalisation : Satyajit Ray

Avec : Smaran Ghosal, Kamala Adhikari, Lalchand Banerjee

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Dur, dur… l’acte II d’une trilogie est toujours le plus dramatique*.

*sauf dans une tragédie où, bien sûr, on ne pourrait concevoir le dénouement, donc l’acte III, souvent sanglant, comme une libération.

L’Invaincu n’atteint pas toutefois les sommets du premier volet. L’originalité de la trilogie, c’est que si Apu fait le lien entre les trois films, il n’en est pas l’élément le plus poignant. L’émotion est bien au cœur de la trilogie, mais ce sont les disparitions successives des personnages qui la suscitent. Apu en est en quelque sorte le seul rescapé. Dans le premier, on suivait avec admiration sa sœur Durga ; dans le second, le récit se focalisait sur sa mère. Et ça se termine chaque fois par un drame. (Attention, je ne m’applique comme souvent qu’à retracer les éléments essentiels de la trame, donc pour ceux qui veulent voir, un film vaut mieux qu’un commentaire.)

(Gâchoterie.) Le début commence donc là où l’on en était resté. Apu, sa mère et son père ont rejoint la grande ville au bord du Gange où le père récite des textes pour gagner un peu d’argent. Le fait de quitter la jungle constitue un premier choc. Le vide laissé par Durga se fait sentir. Son prénom ne sera jamais évoqué. Au centre pourtant d’un film précédent, on ne peut pas passer à côté de son absence. Et le deuil, l’absence, est dur à vivre… Apu a grandi, ça déprime un peu plus. Le regard a perdu de son innocence, et il semble avoir gagné un peu du vice de la ville… Si l’on adhérait aux petits péchés véniels de sa sœur parce qu’ils représentaient une révolte face à l’injustice, parce que ça partait d’une intention de préserver ce qui allait disparaître (le passé, la mémoire familiale, la tante), ici c’est plus difficile d’y voir quelque chose de positif. On craint de voir Apu plus suivre les traces de son père que ceux de sa sœur. C’est pourquoi on espère tant voir sa mère reprendre ce rôle de guide.

L’Invaincu, Satyajit Ray 1956 | Angel Digital Private Limited, Epic Productions

Le sort s’abat très vite à nouveau sur la famille. Cet imbécile de père tombe malade, sans doute à cause de l’eau du fleuve. Jusqu’à son lit de mort, il persistera dans sa bêtise en réclamant un peu de cette eau… Apu et sa mère doivent suivre un oncle dans un coin plus reculé du Bengale. Ce n’est plus la jungle mooglienne, mais c’est toujours mieux que la crasse et le vice de la ville. Une autre vision du Bengale : celle d’un plateau désertique avec trois ou quatre palmiers et une maison modeste. Pas loin, bien avant l’horizon, la ligne de chemin de fer. Tout un symbole par rapport au premier opus. Et une école aussi. La première partie de ce second volet se termine par ces mots d’Apu à sa mère : « ma, je peux aller à l’école ? » Eh oui ! l’école, c’est quand on n’y va pas qu’on veut y aller, et c’est quand on y va qu’on ne veut plus y aller… En fait, le meilleur apprentissage pour inciter les enfants à se rendre à l’école serait de leur interdire quand d’autres auraient le « privilège » de s’y rendre. Tout le monde irait en courant. Et peu importe la tête du professeur…

Brutalement, on passe plusieurs années… Nouveau drame. Après avoir perdu Durga, le père, c’est l’acteur qui jouait Apu, remplacé par un autre… Toujours un exercice périlleux, et un effort d’identification pas facile à gérer pour le spectateur. Heureusement qu’il reste les petits cris de la mère pour appeler son fils… Après les innombrables « Durga ?! » dans le premier, place désormais aux « Opu ?! Opu ?! ». De quoi bien nous mettre dans le crâne que c’est bien lui, même avec une nouvelle tête… (De quoi comprendre pour moi que ce qui me fascinait dans ces piaillements de la mère appelant sa Durga, c’était plus la beauté d’une mère montrant l’affection qu’elle portait à son enfant. Parce que ça me fait le même effet qu’avec… La mienne n’a jamais piaillé comme ça… Ses interjections faisaient plutôt penser aux cris d’une sorcière ou d’un colonel d’inquisition. Il y a parfois plus d’amour exprimé dans un film que dans la réalité – on ne choisit pas sa galère.)

Apu devient grand. Il a suivi les cours de l’école voisine, il y a réussi (au moins, son père lui avait appris à lire et à écrire). Et il se prépare à aller à Calcutta pour poursuivre ses études. La mère hésite à le laisser partir. Pour elle, ça signifie rester seule (toujours plus appréciable que des parents qui vous demandent de dégager à l’âge de la majorité et qui ne montrent qu’un soulagement libératoire quand ils vous voient disparaître comme s’ils venaient enfin à bout d’un lourd crédit). Elle fait ce que toute mère fait à cet instant : elle se résigne, suit à contrecœur la volonté de son fils, et lui donne l’argent qu’il lui reste pour ses études (il y a dans le règne animal d’autres exemples d’espèce qui se sacrifie jusqu’à la fin pour leur progéniture). Si Apu ne se montrait pas à la limite de l’ingratitude, on ne saisirait pas la valeur de ce sacrifice. Au contraire, on aurait pesté contre ces bons sentiments. L’antipathie que l’on peut éprouver pour Apu parfois sert dans le processus cathartique du spectateur : en montrant l’opposition extrême des comportements, on en comprend mieux les enjeux. Une absence totale de conflit, d’opposition, de tort, nous aurait agacés comme avec un concessionnaire automobile louant les vertus de son produit. J’ai, un moment, eu peur toutefois que le récit tourne à l’injustice à la America America quand les campagnards partent vers un monde meilleur et se font voler l’argent que leur a donné la famille… Heureusement, ça n’arrive pas. La suite déprime ; j’avais été mal pendant trois jours après le film de Kazan…

Comme à l’habitude, les parties du récit qui concerne Apu forment les morceaux les moins attachants. Il arrive en ville, doit travailler la nuit pour payer sa chambre. Heureusement, Ray a l’intelligence de ne pas insister là-dessus. Le plus émouvant encore une fois va concerner un autre membre de sa famille. Et généralement, ce n’est pas bon signe pour le karma du membre en question. On revient donc vers la mère qui déprime dans sa campagne, seule. Bien sûr…, les drames n’arrivent jamais seuls… : une femme qui perd son mari, sa fille et qui voit son fils entrer dans la vie est forcément seule… Elle semble attendre quelque chose à l’ombre de son arbre, on pense à Siddhārtha en quête de la Vérité. Elle se laisse comme mourir, sans manger, en regardant les trains passer. Et quand le train s’arrête enfin, elle retourne à la maison, pour faire croire à son fils qu’elle ne l’attendait pas. Mais si certains arrivent à jouer l’indifférence toute leur vie sans effort, elle montre tout de suite à son fils que cette visite est ce qu’il y a de plus précieux pour elle.

Apu vient la voir pour les vacances. Comme chaque enfant, il fait croire à sa mère que ça l’ennuie de venir et il prévoit de repartir très vite. La veille de leur séparation, il lui demande de le réveiller au lever du soleil de sorte qu’il ne rate pas son train. Le lendemain, sa mère regarde l’aube naissante et hésite à le réveiller. Elle sait que s’il part, il y a de grandes chances pour qu’elle n’y survive pas. Elle tente de le réveiller ; Apu ne réagit pas. Elle semble décidée à le laisser dormir, mais en reculant elle se cogne contre la porte ce qui réveille son fils… Magnifique illustration en une scène du dilemme auquel doit faire face un parent à l’égard d’un enfant : le cœur voudrait crier encore le nom de son enfant pour le ramener à lui, mais la raison dit tout le contraire. Au cinéma, il est toujours plus émouvant de voir un personnage retenir ses larmes que de pleurer, et il est plus émouvant de voir un parent réprimer ce cri du cœur que de dire à son enfant qu’il l’aime comme on lui dirait « passe-moi le sel ». Le fils part en courant sans penser à dire au revoir à sa mère. Il arrive à la gare. Son train arrive. Pensif, on voudrait croire qu’il pense à sa mère sans avoir osé lui dire. Et il revient auprès de sa mère en disant qu’il est arrivé trop tard pour attraper son train. Il restera un jour de plus. L’omniscience permet un montage alterné des consciences et des états d’âme. Aucune émotion palpable entre les deux protagonistes. On est émus pour eux. Un train peut bien arriver à l’heure prévue, on en rattrapera un autre. Le temps se rattrape. Les cris d’amour, eux, restent sourds, et l’on a toutes les chances de les manquer surtout quand le chef de gare prétend (à contrecœur) que la gare est déserte. Qu’est-ce qui est le pire : voir passer les trains ou les voir s’arrêter pour s’entendre dire qu’ils ne prennent plus de voyageurs. On n’a pas l’omniscience des dieux.

La dépression des parents au départ de leur enfant est un fait connu. Pourtant, c’est un sujet assez rare au cinéma. Alors, quand il est question en plus de cette mère qu’on a appris à aimer depuis le premier épisode, c’en est d’autant plus émouvant. L’interprétation est excellente. L’actrice reste digne, la tristesse du personnage reste imperceptible. On ne la voit pas, on la connaît. On n’a pas affaire à un personnage qui se tord de douleur, qui pleure comme un chacal en se ruant au sol, en suppliant son fils à genoux de rester (comme aurait pu le faire la vieille tante). Elle ne dit rien, fait ce qu’il y a de mieux pour son fils, mais chaque geste trahit son émotion. Elle continuera d’attendre des nouvelles de ce fils ingrat qui comme son père dans La Complainte du sentier ne lui écrivait jamais. Jamais elle ne lui écrira qu’il lui manque ou que sa santé décline. La seule lettre que recevra Apu à Calcutta lui apprendra que sa mère est malade… Et quand il vient enfin pour la rejoindre…, comme son père arrivant à la fin de la mousson dans le premier film, tout est déjà fini. Sa mère est morte. Non seulement on ne verra pas sa mort (on l’a suffisamment vue agoniser et c’est plus fort de la deviner), mais on ne verra même pas son visage au retour d’Apu, ce qui augmente l’impression de vide, de manque… Et c’est à nous de nous sentir orphelins… La mère d’Apu, c’était la dernière rescapée du premier film. C’était finalement devenu à cet instant le personnage principal du film…, et comme à la fin du premier acte, le récit coupe la tête de son meilleur élément. Les tragédies se succèdent, et Apu en réchappe toujours. Le procédé se répète, efficace. À la fois tragique et insupportable. Un peu comme chez De Sica, l’injustice perçue sera d’autant plus forte que les personnages ne se plaignent pas. Pourquoi nous laisser nous attacher autant à des personnages, si c’est pour nous les enlever aussitôt ? Parce que ce n’est pas la trilogie d’Apu, mais la nôtre. Elle nous apprend que la vie se présente comme une succession de disparitions qui ne verra sa fin que quand arrivera notre tour. Tout comme Apu, si l’on est là, c’est qu’on a survécu, jusque-là.

Ça fait deux fois que Ray fait le coup. À la mort de la sœur, succède celle de la mère. Il faut tenir le coup, parce que si le troisième acte suit le même principe, Ray aura notre mort, enfin… celle d’Apu. J’espère qu’il y aura un peu d’espoir dans ce dernier acte. Après tout, il peut bien crever Apu : s’il se marie, j’aime autant que sa femme lui survive. Les hommes ne peuvent pas se comporter éternellement comme des goujats et des survivants.

Adieu donc Sarbajaya, maman au regard calme et bienveillant. Ta petite voix d’oiseau inquiet (signe d’amour et de fermeté envers ta progéniture) restera pour moi comme le nid réconfortant auquel chacun de nous a droit. Ce cri résonnait un peu pour nous. Rien n’est plus honnête, de plus gracieux, de plus beau, de plus sûr, de plus gratuit, sur terre, que l’amour d’une mère — s’il y en a.

Le cinéma nous accompagne dans notre vie, nous en apprend un peu plus sur nous-mêmes. Mission réussie. Retour au port. Prochaine escale : Le Monde d’Apu.



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Thé et Sympathie, Vincente Minnelli (1956)

Thé et Sympathie

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Tea and Sympathy

Année : 1956

Réalisation : Vincente Minnelli

Avec : Deborah Kerr, John Kerr, Leif Erickson, Edward Andrews, Edward Andrews, Darryl Hickman

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Journal d’un cinéphile prépubère (25 août 1996)

Merveilleux.

Un scénario du tonnerre. Un drame en utilisant tous les procédés du suspense. À aucun moment, le cheminement de l’histoire ne devient complaisant avec le spectateur. Tout est fait pour frustrer et émerveiller, car le spectateur aimerait qu’un véritable amour puisse s’installer entre Laura Reynolds et Tom Lee. On attend on espère, mais cela n’arrivera jamais, car, au fond, on sait que le scénariste ne doit pas relâcher l’élastique, au contraire, il faut le tendre de plus en plus sans se laisser à la facilité heureuse. À la fin, c’est plutôt le spectateur qui suffoque et attend la libération qui ne viendra jamais. C’est lui qui craque à la place des personnages. Il sent que ça ne se terminera pas, que la tension, au lieu de redescendre dans un dénouement traditionnel, se renforce, car les événements, frustrants pour le spectateur, et tragiques pour les personnages, se multiplient. On aimerait alors qu’ils s’échappent tous les deux, mais c’est impossible, leur amour est impossible.

Quand, à la fin, Tom lit la lettre de Laura qui a quitté son mari, qu’elle ne sait plus aimer, et qu’on apprend que Tom est marié, et qu’on lit sur son visage qu’il est heureux ainsi, on ne peut qu’être dégoûté de voir que « l’amour » passé n’est plus qu’un bon souvenir pour lui, alors que nous sommes toujours dix ans plus tôt, avec Laura, qui en assume les conséquences : « quand un caillou tombe dans l’eau, il fait des cercles jusqu’à l’infini et les conséquences sont infinies. » On comprend alors que le personnage qui était en fait le plus en danger, c’est Laura. Tom, lui, avait droit à une seconde chance, celle-là même que Laura avait eue avec lui.

Un drame de ce type montre bien que le fameux « happy end » n’est pas ce qu’il y a de plus beau. Ici, la fin (comme dans Autant en emporte le vent) est tragique (surtout pour Laura dont le spectateur s’identifie à ce moment) et la tension ne s’est toujours pas détendue comme un véritable dénouement, bien sûr, il y a la morale avec la nouvelle situation de Tom, mais pour elle, la tragédie continue.

Une œuvre qui restera dans les cœurs comme un poids dont on ne se serait pas délaissé. Un chef-d’œuvre.

Il faut noter aussi que cet amour transparaît derrière un sujet brûlant, celui du manque de virilité (perçu possiblement comme la marque d’homosexualité de Tom). Derrière la description psychologique et des mœurs, c’est toujours l’amour ou l’amitié qui prévaut (une amitié qui entretient des rapports mystérieux avec la pitié comme le fait remarquer, vers la fin, Tom à Laura). Cette situation n’est pas un prétexte à la romance, mais plus une cause. Il est évident aussi que le drame est aussi profondément psychologique : Laura est la mère que Tom n’a jamais eue, comme son professeur (« depuis, j’aime toutes les femmes avec des décapotables »), et ce complexe d’Œdipe explique peut-être tout le mystère et le secret qui tournent autour des relations des deux personnages. Un amour maternel plus que charnel.

Comment arriver à une si jolie perfection ? Les acteurs (et leur mise en scène) y sont aussi pour quelque chose (en plus de l’histoire). Et la photographie, presque la peinture, chez Minnelli est toujours splendide.


Thé et Sympathie, Vincente Minnelli (1956) | Metro-Goldwyn-Mayer


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Les Indispensables du cinéma 1956

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Gervaise, René Clément (1956)

Gervaise

Note : 3.5 sur 5.

Année : 1956

Réalisation : René Clément

Avec : Maria Schell, François Périer

Journal d’un cinéphile prépubère

Quel film magnifique ! quelle histoire ! quelle interprétation ! et quelle mise en scène !

Ce film nous rappelle l’importance de cette œuvre monumentale de Zola dont L’Assommoir est l’épisode le plus connu. Un patrimoine exceptionnel que nous avons là. Un patrimoine dont nous ne nous servons pas suffisamment. Ce XIXᵉ siècle nous offre une multitude d’œuvres littéraires formidables qu’on ne prend pas assez en référence comme Shakespeare dans le monde anglo-saxon. Ce sont pourtant des œuvres universelles, grandioses, indémodables, dans lesquelles le cinéma pourrait puiser jusqu’à en tirer un genre à part entière. Imaginons une suite de films retraçant l’épopée humaine des Rougon-Macquart, La Comédie humaine, Les Mystères de Paris, mais pourquoi pas aussi Les Mémoires d’outre-Tombe ? Pourquoi préférer adapter cinquante fois Les Misérables ? Certains films naturalistes d’aujourd’hui manquent d’une histoire forte et les mises en scène ne sont pas souvent à la hauteur. René Clément nous montrait pourtant parfaitement la voie.

L’interprétation de Maria Schell est excellente. Mais aussi celle de Suzy Delair dans le rôle de Virginie, ainsi qu’une surprenante jeune fille jouant Nana sur laquelle le film se termine.

René Clément est un genre de cinéaste-metteur-en-scène qui n’existe plus. Tourné en 1956, on pensait déjà à la nouvelle vague. Après Gervaise, c’est toute une manière de filmer qui va disparaître brusquement. Un cinéma naturaliste qui commence seulement aujourd’hui à revivre avec de jeunes cinéastes*, alors qu’aux USA, le cinéma s’est modifié et diversifié sans perdre sa qualité (hum).

*Je pense que je songeais encore à Desplechin et à la Sentinelle à ce moment-là, sans savoir qu’il s’enfermerait par la suite dans un cinéma réaliste de beaux appartements parisiens. L’émergence de réalisateurs français faisant le choix du naturalisme et ayant émergé dans les années 90 me semble être avérée. Même si le meilleur exemple est probablement belge, et même si on peut regretter à la fois l’absence d’adaptation d’envergure, et la frilosité épique des histoires proposées. Au mieux, le temps du récit dépasse quelques mois, rarement des années ; c’est un cinéma de faits divers, de situations, de témoignages, et non de destins.


Gervaise, René Clément (1956) | Agnes Delahaie Productions, Silver Films, Compagnie Industrielle et Commerciale Cinématographique (CICC)