Terror in a Texas Town, Joseph H. Lewis (1958)

Note : 2 sur 5.

Terror in a Texas Town

Année : 1958

Réalisation : Joseph H. Lewis

Avec : Sterling Hayden, Sebastian Cabot, Carol Kelly

Il suffit parfois de voir un très mauvais film pour prendre conscience de la difficulté d’en réaliser un.

En dehors du scénario (Dalton Trumbo à l’écriture — incognito, listé oblige, il est crédité en Ben L. Perry —, avec cette amusante et symbolique histoire de harpon : arme et image inattendue d’un type de pionniers bien réels dont on parle assez peu dans le mythe de Far West), rien ne marche :

  • aucun rythme : c’est outrageusement lent, et pas une lenteur pour instaurer une atmosphère, c’est lent parce que la direction d’acteurs est inexistante, et parce que les acteurs semblent presque attendre des indications pour qu’on vienne les sauver ou parce qu’ils attendent qu’on leur souffle leurs répliques.

  • une caméra posée façon TV, apathique, incapable de saisir les évolutions dramatiques à l’intérieur d’une scène (faut dire que sans un réel metteur en scène pour guider les acteurs et souligner ces avancées, ça n’aide pas non plus), si bien que tout est joué avec la même intensité (le tueur à gages est particulièrement mauvais à jouer toujours « en dessous » des autres), la même humeur.

En revanche, c’est amusant, on retrouve certaines des bonnes idées dans cette histoire qui feront le succès d’Il était une fois dans l’Ouest : le riche propriétaire, l’homme de main qui assassine froidement le pauvre propriétaire assis sur « une mine d’or », l’enfant face au tueur, la putain blasée mais ferrée aux pieds du tueur… Je ne suis pas sûr que le harpon ait pu faire plus recette que l’harmonica en revanche.



Sur La Saveur des goûts amers :

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Liens externes :

IMDb


Menaces dans la nuit, John Berry (1951)

La nuit, tous les moutons sont noirs

He Ran All the Way

Note : 4 sur 5.

Menaces dans la nuit

Titre original : He Ran All the Way 

Année : 1951

Réalisation : John Berry

Avec : John Garfield, Shelley Winters, Wallace Ford

John Berry était l’auteur de l’excellent From This Day Forward (pour lequel Hugo Butler était déjà scénariste) avec Joan Fontaine, et ce Menaces dans la nuit sera son dernier film aux États-Unis avant d’être blacklisté. En effet, l’année précédente, il prend le parti de défendre dans un court documentaire les « dix d’Hollywood » et sera forcé de s’exiler en France où il n’aura pas le même succès que Losey ou Dassin. Il fait ici appel d’ailleurs à Dalton Trumbo pour le scénario, non cité au générique. Une bien triste histoire et du talent gâché. C’est également le dernier film de John Garfield qui mourra l’année suivante à seulement trente-neuf ans.

Le film est pourtant une petite merveille. Un film noir qui tourne déjà par son réalisme au thriller psychologique. On y tourne dans les rues de Los Angeles pour les scènes d’extérieurs et la ville y apparaît bien plus inquiétante et impersonnelle, depuis son centre-ville, que dans certaines grandes productions d’alors où on y décrivait plutôt les banlieues huppées. Un film noir qui s’émancipe légèrement des codes de la mythologie « noire » établis dans les années 40 et qui retrouve un peu de la violence brute et malsaine des films de gangsters du pré-code. Crasseux et crapuleux. Avec une distinction de taille qui change tout et permet de rester encore dans les clous : la dimension psychologique et solitaire du personnage interprété par Garfield. Fini la complaisance envers ces faux héros que sont les gangsters. Non seulement Nick Robey est une petite crapule de rien du tout, mais surtout il représente une face probablement bien plus crédible et conforme à la réalité : il est con comme un citron pressé. Sa mère le dit bien d’ailleurs, il n’a pas d’amis, sinon son complice qui décide lui-même des coups à faire, et qui le laissera choir après dix minutes de film. Il n’a pas d’autre famille que cette mère qui le laissera elle aussi tomber à la première occasion. Il n’en est rien, il n’a rien. Stupide (son QI frôle les mottes de terre dans un terrain vague de Los Angeles), mais également parano et trouillard. Ce sont bien ces faiblesses psychologiques qui le mèneront à chaque fois un peu plus vers le fond. Pour le rattacher à une chance de survie, il faut donc lui trouver une sorte d’équivalent et lui faire miroiter ce dont les pauvres types dans son genre ont cessé d’espérer : l’amour…

L’histoire est d’une grande simplicité, c’est même logique et efficace. Une fois que le truand cherche à fuir et voit des flics partout, c’est là qu’il doit trouver sa muse. Il y aura Bonnie and Clyde pour renouer totalement avec l’idéalisation des petites crapules, ici, c’est beau et crédible comme deux cloches carillonnant à l’unisson. Stanley Kubrick se servira d’elle plus tard dans Lolita, et c’est vrai que Shelley Winters joue les gourdes comme personne. Il faut du génie pour jouer les idiots tout en nuances et en sensibilité. Et la première rencontre donne le ton : Peg et Nick se rencontrent, se percutent même, dans la piscine publique. Peg barbote et Nick le futé ne trouve rien de mieux de se servir d’elle comme d’un bouclier et l’aider à échapper à ses ennemis invisibles. Dans un Hitchcock, en général, on a affaire à un faux coupable en fuite cherchant par tous les moyens à s’innocenter. Ici, la trajectoire est inverse. Pour les morceaux de bravoure, il faudra repasser. Non seulement Nick est coupable de tout ce qu’on pourrait lui reprocher, mais il a l’art en plus de se rendre encore plus coupable en ne cessant d’aggraver son cas. On le verra là encore plus tard dans les années 70, une bonne prise d’otages, c’est toujours l’occasion de multiplier les grandes scènes où tout le monde a la classe et fait montre d’une repartie et d’un courage sans égal. Nick, lui, non seulement prend en otage cette pauvre idiote quand il aurait mieux fait de quitter la ville (chez Hitchcock, on se demande de la même manière pourquoi les personnages ne vont jamais tout simplement chez les flics), mais en plus il s’entiche d’elle, fait participer toute la famille, et bien sûr, entame une prise d’otages des plus pitoyables qui aurait pu donner quand on y songe des idées à la comédie italienne (il y a une apparentée avec le Alberto Sordi d’Une vie difficile…). Tout ça le rend paradoxalement sympathique, et c’est bien pourquoi, code oblige, il ne pourra pas en réchapper…

La fin autour d’une porte vitrée (sorte de Scarface du pauvre qui aura très certainement inspiré Luc Besson pour sa scène des billes de billard dans le Cinquième Élément, oui, oui) et d’une voiture jaune, symbole de la vaine et tardive sagacité de Nick, est tout à fait admirable (il ne manquerait plus que quelques notes de Bernard Hermann au saxo, un travelling arrière tout en souplesse, et on s’y croirait).


Menaces dans la nuit, John Berry 1951 He Ran All the Way | Roberts Pictures Inc


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Ma femme est une sorcière, René Clair (1942)

Ma sorcière s’appelle revient

Ma femme est une sorcière

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : I Married a Witch

Année : 1942

Réalisation : René Clair

Avec : Fredric March, Veronica Lake

TOP FILMS

77 mètres de film, 1cm51 de Lake…

Un bonbon ! Une pure comédie comme en faisaient les studios ricains à cette époque. Que du bonheur… Le film a la « qualité » du code Hays où tout est strictement « épuré », emballé. À se demander comment certaines scènes ont passé la censure. La robe en mousseline de Veronica Lake où on voit poindre ses tétons, l’auréole en prime. Ou ses jambes nues au-dessus des genoux… Arrêtez ! Ce que c’est sexy ! C’est suave, c’est bon…

Bon, bon bon…

Le film a inspiré Ma sorcière bien aimée. Seule différence notable, mais elle a son importance, le couple n’est pas marié, mais c’est papa et sa fifille. C’est tout le moteur de film de Clair. Ensuite… une voiture volante qui s’écrase sur un chêne magique… tiens, tiens, ça rappelle JK Rowling — un hommage sans doute, ou un vieux chocogrenouille collé sous une table.

Veronica Lake jouera plus tard dans l’excellent Dahlia bleu, et enchaînera en quelques mois Le Voyage de Sullivan, Tueurs à gage et la Clé de verre. Trop acide en bouche la Veronica… Dommage qu’on ne l’ait pas vue plus souvent derrière son écran cellophane. Quelle bombe ! 1m51 à sucer ! Quel magnifique bonbon !

À noter aussi l’apparition de Susan Hayward en caramel mou. Une autre bombe acidulée qui sera plus savoureuse en couleur… Parce que la Lake, par sa seule présence (minuscule), elle met de la couleur à la pellicule. Parfaitement éclairée par René Clair, il est vrai.

Vous entendez ce petit crissement derrière l’écran ? J’ai rouvert la boîte. J’en redemande. Veronica Lake fond trop vite en bouche…


I Married a Witch, René Clair (1942) | Rene Clair Productions, Paramount Pictures