Détective, Jean-Luc Godard (1985)

Détective

7/10 IMDb

Réalisation : Jean-Luc Godard

Un film de Godard, c’est comme une tablette de Toblerone. Un gros Toblerone. T — O — B — L — E — R — O — N — E. *

(* écrit en néon sur le toit d’un immeuble)

En gros, tu bouffes un morceau, un tableau, t’as tout vu et rien compris. Les noisettes, ce sont les références permanentes qu’il sera le seul à comprendre (on ne voit parfois même pas ce que lisent ses personnages, mais c’est sûr, voir plein de bouquins à l’écran, c’est aussi classe que des acteurs en train fumer), et le chocolat, ce sont ces éternels aphorismes visuels. Parfois c’est poétique, mais c’est vide et plein de prétention. Un boxeur qui file une gauche, puis une droite à deux nichons dont la propriétaire l’incite à travailler encore et encore ses enchaînements, c’est vrai, c’est mignon.

On peut au moins apprécier les acteurs. La théâtralité cinématographique de Laurent Terzieff face à l’autre, celle-ci non cinématographique, de Alain Cuny ; la spontanéité des Nathalie Baye, de Claude Brasseur, de Emmanuelle Seigner, ou de Julie Delpy ; et puis l’étrange et éternelle fantaisie de Jean-Pierre Léaud. Johnny quant à lui est nul, mais est-ce étonnant ? Godard de toute façon ne dirige personne, il caste et se détourne ensuite de ses acteurs pour s’intéresser aux objets : des slogans aphoriens autour de marques au sol, des jump cuts inondés de musique intempestive très pète-cul, partout des inserts beaucoup plus intelligents que tout le monde.

Même le titre sonne comme une marque de parfum. Tout chez JLG est cosmétique, publicitaire, cruciverbeux. Au mieux son cinéma est ludique, indolore.


Détective, Jean-Luc Godard 1985 | Sara Films, JLG Films


Trois Places pour le 26, Jacques Demy (1988)

Trois Places pour le 26

5/10 IMDb

Réalisation : Jacques Demy

Une histoire du cinéma français

« De Montand on pouvait niquer sa fille sans que ça pose aucun problème… »

Voilà comment pourrait être sous-titré le film. La légèreté douteuse de Jacques Demy… En somme, c’est Peau d’âne + Œdipe que Demy tente de nous faire passer pour quelque chose de fun… L’inceste est un vrai sujet de film qui ne peut être accessoire autour d’une vieille histoire d’amour et d’un film sur l’ambition (ou sur l’arrivisme). Traité par-dessus la jambe, ça devient vulgaire. Surtout quand la trame est ainsi cousue de fil blanc, quand on voit le truc consternant arriver bien avant, et quand on y fonce droit. Des petits cris quand les masques tombent, et là où commence Œdipe, Demy lui finit son spectacle d’un haussement d’épaules :

« Mais voyons, c’est pas grave : c’est fou ce que tu ressembles à ta mère. »

Sinon, (mauvais) hommage aux rehearsal movies de l’âge d’or. On n’aura finalement qu’une confrontation entre Montand et Françoise Fabian (Dieu qu’elle est belle), pas assez pour créer une tension, évoquer les souvenirs, les problèmes, se moquer de l’autre, etc. Quant à la partition purement rehearsal, c’est complètement raté : la fille remplace au pied levé la comédienne prévue, et peu alors de rebondissements suivent.

Exploitation lisse et maladroite. C’est vrai aussi que ce qui est apprécié chez Jacques Demy, c’est son amateurisme, sa naïveté. On y retrouve d’ailleurs pas mal de Golden Eighties tourné deux ans plus tôt par Chantal Akerman.


Trois Places pour le 26, Jacques Demy 1988 | Renn Productions


The Company, Robert Altman (2003)

Note : 2 sur 5.

The Company

Titre original : Company

Année : 2003

Réalisation : Robert Altman

Avec : Malcom MacDowel, Neve Campbell

Chronique du vide reprenant le principe (entre autres) de Footlight Parade en en rognant tous les enjeux et l’épice. Dramatiquement pauvre et sans tenue.

Malcom MacDowell a certes un petit côté James Cagney en maître de cérémonie hautain, mais il n’est pas crédible une seconde en chorégraphe tyrannique. Le duo Neve Campbell (productrice et à qui on doit le projet) James Franco ne marche pas plus.

C’est pas donné de s’insérer dans la méthode Altman, et le boss ne semble manifestement pas très impliqué pour forcer un réalisme qui ne cesse de nous échapper tout au long du film.

Les séquences dialoguées sont lentes. Tous les rapports forcés sans la moindre nuance. Les scènes de danse sont longues et chiantes : même quand on aime la danse — ce qui est mon cas —, c’est un supplice : non seulement à force de danser sans lien avec la musique et en ajoutant les bruits des pas, on ne se laisse jamais porter par des gesticulations acrobatiques où la poésie n’est que trop absente (il faudrait manger un peu de Martha Graham pour se laver les yeux) ; et en plus de ça les dialogues qui sont censés illustrer ce qu’on y voit semble là encore forcés, peut-être techniques mais… pas forcément en rapport avec ce qu’on vient de voir et surtout de gros clichés ramassés sans la moindre nuance.

Company, Robert Altman (2003) | Sony Pictures Classics, Capitol Films, CP Medien AG

Le problème dans le style Altman, c’est souvent son intérêt pour la composition naturaliste des rapports humains, en particulier dans des milieux à la fois fermés ou bien définis, mais aussi avec de nombreux éléments ou personnages. Une troupe, ça devrait coller effectivement parfaitement avec son style. Sauf qu’à force de diluer la dramatisation dans une forme qu’on ne maîtrise plus, on perd les deux : le sens dramatique (la tension) et la saveur du réalisme. Dès qu’on assiste à un tournant dramatique, là où un Altman en forme se serait attaché à rendre le naturel de la chose sans l’éclipser, ici c’est au fond comme s’il s’en détournait de peur de tomber dans des excès « hollywoodiens ». Il y a un juste milieu entre le refus des conventions « classiques » dans le traitement des événements, et l’attachement à une forme naturaliste. Une forme d’alchimie : quand on croit plus à ce qu’on voit, même en se détournant assez des passages obligés pour augmenter la tension, le spectateur peut encore s’y identifier en adhérant aux enjeux qui sont encore là, rien que par le jeu des acteurs. C’est un peu comme quand on décide de jouer la carte de la distanciation (en opposition toujours à l’identification) : on prend toujours le risque de perdre son public.

Un exemple assez désastreux de rehearsal movie.



Listes

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Un jour, Zsófia Szilágyi (2018)

Anna, un jour

Note : 4 sur 5.

Un jour

Titre original : Egy nap

Année : 2018

Réalisation : Zsófia Szilágyi

Avec : Zsófia Szamosi, Leó Füredi, Ambrus Barcza

Un jour… quand on cherchera à savoir ce qu’était une femme typique de 40 ans dans la société occidentale en 2018, on dira : Un jour

Ou pas.

L’atout majeur du film, c’est son absence totale de discours. Zsófia Szilágyi ne juge pas, n’appuie aucun effet. On se situe entre Asghar Farhadi et Cristian Mungiu pour ce qui est de la méthode de direction d’acteurs ou de rendu naturaliste (sans doute basée sur de l’improvisation dirigée), mais c’est finalement moins démonstratif, et par conséquent aussi malgré tout, moins prenant. Une séparation et 4 mois 3 semaines 2 jours évoquaient des sujets lourds et parvenaient à nous rendre plus intelligents, peut-être plus humbles, en tout cas changés, bouleversés, après leur visionnage. L’ambition est peut-être plus prosaïque dans Un jour : le récit du drame commun, quotidien, d’une femme comme une autre de notre époque.

La volonté de ne pas trop en faire, c’est paradoxalement l’atout majeur du film et son principal défaut. Mais ce qui est déjà proposé vaut largement le coup d’œil. Arriver à nous mettre à la place d’une femme élevant ses trois enfants, travaillant, et s’interrogeant sur sa vie de couple, ce n’est pas une mince affaire. Il n’y a que le cinéma capable de proposer à des spectateurs un tel niveau d’empathie avec des personnages aussi étrangers qu’ils peuvent nous être, ou nous sembler le temps d’un film, familiers. Ils sont là, on les croise tous les jours, on sait qu’ils existent, mais cette évidence-là, on ne nous la montre jamais comme ça, avec autant de justesse.


Un jour, Zsófia Szilágyi (2018) | Filmpartners, Sparks


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Top films hongrois

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L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

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Loin du Vietnam (1967)

Note : 2.5 sur 5.

Loin du Vietnam

Année : 1967

Réalisation : Joris Ivens, William Klein, Claude Lelouch, Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Chris Marker, Alain Resnais

Au cinéma quand on est cinéaste, il y a le contrôle continu (la filmographie), et il y a le tour de force un peu passé de mode mais obligatoire dans les années 60-70 : participer à un film à sketchs. L’amusant ici, puisqu’il y a presque autant d’auteurs crédités au générique que d’élèves pas classe, c’est, à la moindre connerie ou bon point relevé dans le film, de noter les noms. Tout l’enjeu pour les participants est de parvenir à ne pas se faire reconnaître.

Le cancre dans cet exercice, c’est encore notre ami Jean-Luc (élève Godard), qui bien qu’ayant très bien compris qu’il fallait respecter le sujet en évitant de montrer sa trombine à l’écran, n’a évidemment pas pu s’empêcher de le faire, filant ainsi en beauté, droit, vers le hors-sujet : le titre Loin du Vietnam vient peut-être de là. Remarque, je préfère encore écouter Jean-Luc raconter ses petites contrariétés d’aristocrate attiré par le prolétariat innocent et bête, ou chagriné face à son impuissance dans le conflit vietnamien (et même un peu vexé mais compréhensif de se faire éconduire par ses héros), que devoir bouffer vers la fin, et dans la copie de je ne sais quel élève, une suite de commentaires recueillis sur le pavé. Jean-Luc est touchant au moins dans sa volonté d’être lucide, et maladroit. Ce qui est loin d’être le cas de cette femme à l’accent insupportable du XVIᵉ arrondissement de Paris, présentée comme vietnamienne et se réjouissant de l’immolation napalmée et volontaire d’un Américain protestant contre la guerre.

Comment on dit déjà ? Inégal. (Et assez inutile, en tout cas cinquante ans après.)


Loin du Vietnam 1967 | Société pour le Lancement des Œuvres Nouvelles


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1967

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Les Fusils, Ruy Guerra (1964)

Os Fuzis

Os Fuzis Année : 1964

6/10 iCM IMDb

Réalisation :

Ruy Guerra


Cent ans de cinéma Télérama

Les Indispensables du cinéma 1964

Western révolutionnaire (ou qui incite à l’être) qui commence comme du Glauber Rocha et qui s’achève en Sam Peckinpah.

À ma grande honte, je dois avouer que quand un fusil manque à l’appel, on s’ennuie un peu. Tous les passages poético-symboliques à la Rocha me laissent de marbre, jusqu’à l’étrange séquence finale, et probablement allégorique, du bœuf sacré vite charcuté par la population affamée. Tandis qu’une séquence avec un fusil, c’est simple à comprendre comme dans un film de cow-boys. L’allégorie y est alors plus simple : la lutte de pouvoir selon de quel côté du canon du fusil on se trouve.

Un fusil = la loi. Pas de fusil = pas de chocolat. (Si j’ai tout compris.)

Trois séquences de “fusils” sortent du lot. Celle dans le bar où les soldats font la leçon aux paysans avant que le camionneur n’arrive et fasse la leçon aux soldats. Celle du meurtre par accident mais à l’insu de son plein gré rappelant la violence niaise de la chasse au kangourou dans Réveil dans la terreur. Et celle du retournement final quand le camionneur lance la révolution à son échelle, et son suicide, en s’emparant d’un fusil et s’attaquant aux soldats après avoir vu un paysan résigné à la mort de sa gamine affamée… Tout le film, et le rapport au titre, se trouve dans ces trois séquences. Le reste est soit accessoire, soit pénible et long à se mettre en place.


Os Fuzis / Les Fusils, Ruy Guerra (1964) | Copacabana Filmes, Daga Filmes, Inbracine Filmes


Le Piège d’amour, William Wyler (1929)

The Love Trap

The Love Trap
Année : 1929

Réalisation :

William Wyler

Avec :

Laura La Plante
Neil Hamilton
Robert Ellis

8/10 IMDb iCM

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L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Lim’s favorite comedies

Un de ces films composites de la période de transition vers le parlant. L’occasion de virer étrangement vers une screwball comedy dès les premières séquences parlées (la petite virée en taxi à la campagne, muette, avait déjà c’est vrai, un peu la saveur d’un New York – Miami), le tout devenant savoureusement bavard.

La longue séquence dans laquelle Laura La Plante prend à son propre piège son beau-père qui tentait de se débarrasser d’elle préfigure nombre de situations du parlant où c’est la femme qui se joue des hommes : au lieu d’entrer dans son jeu, elle renverse le piège avec malice en tentant de le mettre dans son lit, ou du moins de le laisser croire mais si le beau-père à cet instant ne comprend pas le piège dans lequel sa bru tente à son tour de lui tendre, la connivence avec le public est totale. On sait que quand son mari arrivera en les surprenant tous deux, cela obligera le beau-père à se tirer, lui, de cette impasse en abandonnant son propre chantage, ou du moins le rendant inopérant…

La comédie américaine comme meilleur moyen d’émancipation de la femme. C’est qu’il en faut de la jugeote pour se moquer ainsi d’un homme si respectable (par son statut, pas par ses agissements).

On oublie que William Wyler a aussi tâté de la comédie sentimentale, et avec brillance. Ces objets hybrides à moitié sonorisés ne sont pas les meilleurs témoins d’une telle évidence.


Le Piège d’amour, William Wyler (1929) The Love Trap | Universal Pictures


Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles, Chantal Akerman (1994)

Note : 3 sur 5.

Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles

Année : 1994

Réalisation : Chantal Akerman

Bien écrit, bien réalisé, mais comme à son habitude, Chantal Akerman dirige mal ses acteurs. Manque la fantaisie de J’ai faim, j’ai froid tourné dix ans plus tôt.

À noter deux séquences que Chantal Akerman montera dans son autoportrait tourné pour la télévision, les deux meilleures du film : le tout début montrant l’errance du personnage féminin décidant de faire l’école buissonnière ; et un plan-séquence tout en légèreté d’une danse à la boom, la caméra s’attardant le plus souvent sur Michelle, mais captant également les autres personnages, puis finissant sur elle en un long gros plan où elle regarde son amie partie avec un autre… La première séquence marche parfaitement parce qu’elle est improvisée, et démontre là encore une certaine fantaisie, un humour bien particulier (qui bien qu’improvisé est la marque du meilleur des Akerman) ; la seconde est sans dialogues, visuelle et très cinématographique.

Toujours les mêmes qualités et les mêmes défauts. Quand il y a des dialogues, quand on n’a pas une actrice formidable pour lui apporter un style et du rythme, ça ne marche pas. Ce n’est pourtant pas si mal écrit, comme toujours, mais Akerman vient du cinéma expérimental, et ça se voit. L’emploi de la caméra pourtant, a minima et durant tout le film, est formidable : quelques travellings latéraux (l’une des marques de fabrique de la réalisatrice), mais surtout une caméra mobile alternant les sujets, gros plans, plans à deux, permettant des champs contrechamps souvent dans le même plan.

À force d’expérimentation, en tout cas en fiction, au lieu de la recherche de l’expérience au sens « maturité », « expertise », Akerman donne l’impression de se chercher sans jamais trouver l’approche adéquate. Elle montre plus de certitude et de régularité dans ses documentaires.


Le film, tourné pour la télévision, fait partie de la collection d’Arte, Tous les garçons et les filles de leur âge, un des symboles de la nouvelle production française naissante dans les années 90, dont on trouve notamment Travolta et moi, US. GO Home ou la version TV des Roseaux sauvages.


Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles, Chantal Akerman 1994 | La Sept-Arte, IMA Productions


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J’ai faim, j’ai froid, Chantal Akerman (1984)

Douce Fiction

Note : 4 sur 5.

J’ai faim, j’ai froid

Année : 1984

Réalisation : Chantal Akerman

Avec : Maria de Medeiros, Pascale Salkin

La fantaisie d’Akerman… Pourquoi ne pas avoir poursuivi dans cette voie…

L’étrange dans l’histoire, c’est que les dialogues sont tellement écrits et récités rapidement, à l’italienne, qu’on reste malgré tout toujours un peu dans une certaine forme de distanciation. Et la Chantal, la distance, elle adore. Seulement ici, contrairement à ses autres films, qu’ils soient de fiction ou documentaire, ça va à cent à l’heure : ça joue comme chez Blier ou dans un Rohmer en accéléré, et au second degré (ce ton parfois si singulier chez Akerman mais qu’on peine justement trop à déceler).

Le ton est si particulier avec une désinvolture telle, un mécanisme dans les situations si étrange, qu’on imagine un peu que Tarantino ait pu avoir vu le film et adopté dix ans après Maria de Medeiros pour Pulp Fiction. À moins que ce soit l’actrice qui parvienne à apporter d’elle-même cette note de fantaisie…

Je persiste à penser que la véritable vocation de Chantal Akerman, c’était la comédie. On le voit même dans un documentaire, Dis-moi, où elle apparaît interviewant une grand-mère juive, l’accueillant chez elle, lui racontant son histoire et tenant à ce que Chantal mange le gâteau qu’elle a préparé pour elle. Le cocasse s’invite dans un documentaire sérieux, et peu à peu Akerman délaisse son sujet : la grand-mère l’invite à dîner chez elle, elle accepte, mais ça tourne au cauchemar, car la vieille dame regarde la télévision en mangeant et décroche quelques regards vers son invitée. Akerman fait alors mine de s’endormir, offense quelque peu son hôte… Un personnage étrange cette Akerman, à la fois attachant et provocateur, une audace troublante, qui peu être certes la marque d’un certain génie, mais paradoxalement aussi d’une certaine maladresse ou d’un inaccomplissement coupable parce que de ce génie à peine esquissé, on en verra trop peu tout au long de sa carrière, finalement. C’est ce qui apparaît dans ce court de 18 minutes, avec une actrice faite pour elle, et dont on peut regretter qu’elles ne se soient pas croisées par la suite : Maria de Medeiros.


J’ai faim, j’ai froid, Chantal Akerman 1984

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Top Films français

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Les Années 80, Chantal Akerman (1983)

Les Années 80

Les Années 80Année : 1983

6/10 IMDb

Réalisation :

Chantal Akerman

 

L’une des qualités principale de Chantal Akerman, c’est l’audace. Elle est capable de faire n’importe quoi avec un film, ou un film de n’importe quoi. Du casting pour un film à venir (déjà un certain pari puisqu’il s’agit d’une comédie musicale, et qui deviendra Golden Eighties), elle en fait un autre film. Dans cinéma expérimental (et Akerman en vient), il y a expérience… C’est plutôt réussi d’ailleurs, mais c’est surtout un film pour acteurs, un film instructif, pas vraiment une forme d’art, ou même un réel document, au sens film documentaire.

On voit ainsi comment Chantal Akerman dirige ses acteurs, et on comprend les raisons pour lesquelles elle ne s’y est jamais bien prise : elle les mène comme si c’était des chevaux, sans leur laisser la moindre liberté, cherchant à les guider à chaque instant pour les diriger, questionnant chaque intonation, interdisant aux acteurs de se libérer du texte et de rentrer dans une situation et laisser leur propre imagination se dévoiler sous ses yeux à elle. Autrement dit elle dirige comme un directeur d’acteurs amateur, en pensant qu’on dirige un acteur (un être humain avec sa propre imagination) comme on peaufine un texte à la virgule près. C’est ne pas comprendre que jouer, c’est un élan, une respiration, et qu’on peut difficilement rendre cette liberté en étant à ce point derrière un acteur.

Le résultat fait peine à voir, même Aurore Clément est ridicule (tout en restant classe, toutefois, et talentueuse, parce qu’elle arrive à transformer les approximations de sa réalisatrice en fantaisie, signe peut-être qu’elle la connaissait bien).


 

Les Années 80, Chantal Akerman 1983 | Abilène Productions, Paradise Films