L’Humanité, Bruno Dumont (1999)

L’homme, ce monstre

Note : 4.5 sur 5.

L’Humanité

Année : 1999

Réalisation : Bruno Dumont

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Dumont, c’est un dieu qui regarde les hommes crier au ciel que s’ils croient encore à quelque chose ce n’est pas en lui, mais en autre chose. Dumont c’est du mysticisme sans dieu. C’est le contre-pied dans la rate qui te retourne l’anus et la langue quand t’a l’impression de plus rien ressentir. Parce que le Dumont, il croit plus qu’en ça on dirait, en l’humanité ; et c’est sans doute là bien le principal pour un artiste, un auteur. Il faut certes être un peu mystique pour croire encore à cette chose aussi dégueulasse et dégénérée, mais si on ne peut plus croire en l’homme, en son humanité (et par conséquent en sa monstruosité), on ne croit plus en rien.

Il y a de l’humanité dans les monstres, et de la monstruosité chez les anges. Refus de ce qui est entendu, simple, parfait, acquis. Bruno Dumont dessine entre les lignes, s’insère en dehors des facilités et des vraisemblances. Ça encore, c’est le rôle de l’artiste. S’il y a du mystère dans l’art, elle s’exprime à travers interrogations sans réponses toutes faites. Qu’est-ce que l’humanité sinon l’art d’intégrer autant de complexité dans ce qui paraît toujours aussi simple… Le génie est là, dévoiler le monde avec ses incohérences, ses incompréhensions, ses zones d’ombre, laisser comprendre que tout s’éclaire enfin, montrer ce qu’on imaginerait peut-être un instant être la lumière, la résolution, la solution, et finir menotté à nouveau à l’inexplicable. Tarkovski disait quelque chose comme « l’art, c’est ce qui est infini, ne s’achève jamais et ne se laisse pas saisir dans sa totalité », eh ben Dumont réussit parfaitement ce pari.

L’Humanité, Bruno Dumont (1999) | 3B Productions, Arte France Cinéma, C.R.R.A.V

Il a aussi un putain de savoir pour diriger des acteurs amateurs (moins bon quand il faut mettre en scène Binoche par exemple[1]). Comment qu’te fais Bruno pour mettre en condition tes acteurs ?

Étonnant de voir à quel point P’tit Quinquin est la version grotesque d’une histoire assez similaire. Un criminel qui rôde, et puis on se rend compte qu’on rôde nous-mêmes avec les autres… Tout le monde rôde. Sorte de Twin Peaks à la française. L’étrangeté du réel mise en évidence par des crimes sordides et bizarres. L’homme, ce monstre.


[1] Camille Claudel 1915


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Camille Claudel 1915, Bruno Dumont (2013)

P’tite Camille

Note : 4 sur 5.

Camille Claudel 1915

Réalisation : Bruno Dumont

Année : 2013

Avec : Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent

Une bonne surprise, mais un sentiment mitigé au final. D’abord une évidence, Dumont saisit parfaitement ces petits “riens” qui font le cinéma. Dans cet exercice, on peut difficilement imaginer mieux que Juliette Binoche parmi les acteurs professionnels. Un excellent directeur d’acteurs (ce qu’est sans doute Dumont malgré tout) aurait pu aller plus loin avec acteurs totalement amateurs, mais le film étant basé sur des lettres, ça aurait été impossible à faire. Si la langue de Camille passe encore à l’oral, celle de son frère Paul est un supplice, au moins il nous fait la politesse de ne pas nous l’imposer pendant douze heures.

Là où ça cloche, ou là où ça manque d’audace, c’est le traitement du sujet, voire les interrogations que le film finit par soulever quant au traitement et à l’interprétation d’événements historiques mais encore plus encore ici, personnels et familiaux. Dumont ne dit finalement pas grand-chose d’autre de ce qu’on attend d’un tel film, et dès les premières minutes on comprend qu’il sera question d’entrer en empathie avec Camille. Un acteur aura probablement toujours tendance à rendre sympathique son personnage, en le rendant victime injuste de la vie, de la société ou de la cruauté d’un frère… C’est là que l’auteur, le cinéaste, devrait lui, au contraire, tempérer cet élan en ajoutant à tout ça une dose d’incertitude et des nuances semant le doute. Le caractère difficile de Camille est souvent évoqué, mais il est toujours interprété pour en faire une faiblesse, une folie douce… Or il pourrait y avoir là des pistes et des interprétations qui sont trop rapidement balayées pour ne rester que sur la même ligne empathique, voire accusatrice à l’égard du frère. D’abord Camille est présentée comme orgueilleuse, puis on rappelle qu’elle a, même vingt ans après, du ressentiment pour Rodin, qu’elle méprise son prochain, etc. Qu’importe si une partie de tout ça est relayée par son frère, parce que ça expliquerait au moins pourquoi il laisse cette femme indésirable dans un asile, mais surtout ça justifierait d’une certaine manière son enfermement. Peut-être pas selon des critères psychiatriques d’aujourd’hui, mais montrer au moins à l’image une Camille bien moins sympathique s’en prenant violemment aux autres, et là on se trouverait peut-être dans la position de celle de son frère, à nous dire « enfermez-la, cette conne ! ». La présenter comme une dépressive, souffrant de l’injustice et du mépris des autres, est sans doute une manière facile et malhonnête de présenter la situation. On prend pour fait acquis qu’une personne qui se plaint d’être enfermée sans motif l’est forcément, surtout quand celle-ci a vécu dans l’ombre de deux hommes illustres… La femme bafouée, injustement oubliée… Belle révision de l’histoire où finalement après deux films très largement en faveur de l’artiste, celle-ci en finit par être bien plus connue que son frère. Nous placer en tout cas dans la position du frère et de millions d’autres personnes dans la même situation, à savoir pouvoir décider de laisser croupir une personne de son entourage dans un asile, aurait été bien plus intéressant. La vérité historique, personnelle, nulle ne la connaît parce que les lettres ou les rares témoignages ou documents ne diront jamais ce que nous pourrions voir, et même ce qu’on peut voir pour juger d’une telle situation, souvent on ne le ferait qu’en fonction d’éléments épars nous donnant une mauvaise idée de la réalité… Montrer différentes facettes de cette réalité, bien contradictoires, voilà qui aurait sans doute plus fait honneur à la “grande réalité”, celle qui nous échappe à tous, qu’on prétend tous pouvoir capter en une seconde, et qui nous reviendrait à la tronche « si on savait ». On ne sait rien, et on ne fait que croire. On ne vaut pas mieux que Paul Claudel avec ses délires mystiques justifiés par du blabla habile. Présenter une évidence (l’injustice de l’internement de Camille Claudel) et ne jamais lui tordre le cou, c’est un peu comme enfoncer les portes ouvertes et ça ne fait rien avancer du tout. Face à la question posée, historique et quelque peu biaisée, « est-ce juste qu’on ait pu ainsi laisser enfermer des gens ? » (et des gens bien parce qu’ils étaient connus !) , d’autres auraient été plus pertinentes : « que ferions-nous si nous pouvions laisser enfermer une personne de notre entourage qu’on aime plus ou moins mais qui serait surtout encombrant, voire nous serait dangereux ? » ou « ce qu’on croit savoir des gens, des faits, à travers ce qu’on nous en dit ou ce qu’on voit ou vit de l’intérieur, n’est-ce pas une image fausse de ce qui est vraiment ? ».

Reste l’exécution, donc. Belle ironie sachant que le prof de philo me convainc assez peu ici dans son traitement du sujet alors qu’il y réussit beaucoup plus dans sa mise en scène, à sa capacité de reproduire une ambiance, une réalité, à diriger des acteurs, à concevoir des instants suggestifs ou poétiques. Enfin, ironie…, c’est peut-être là encore une vue biaisée de la réalité. Combien de temps Dumont a-t-il passé à “philosopher” dans sa vie et combien de temps a-t-il passé à réfléchir à ces situations, à ses images, hautement cinématographiques ? Si je ne savais rien de lui, je dirais sans doute que le message est un peu creux, paresseux, mais heureusement un artisan de l’image, un directeur d’acteurs, était là pour donner à voir malgré tout. C’est sans doute ce qu’il y a encore de plus juste à dire…


Camille Claudel 1915, Bruno Dumont 2013 3B Productions, Arte France Cinéma (1)Camille Claudel 1915, Bruno Dumont 2013 3B Productions, Arte France Cinéma (2)

Camille Claudel 1915, Bruno Dumont 2013 | 3B Productions, Arte France Cinéma


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Tabou, Miguel Gomes (2012)

Tarzan et Jane en peau de croco, ou le film des parties en vrille

Tabou

Note : 3 sur 5.

Titre original : Tabu

Année : 2012

Réalisation : Miguel Gomes

Avec : Isabel Cardoso, Laura Soveral, Telmo Churro, Miguel Gomes

Un film estampillé “Cahier”. Comme c’est étonnant.

Quand on prend des mannequins à la place de vrais acteurs, quand on chie une image toute caca, quand on pallie le vide sidéral d’une histoire sans intérêt et le manque d’unité affolant du film par une couche de titres et de sous-titres pour prétendre à une structure grossière, il y a tout à parier qu’on est en face d’un film qui se la raconte plus qu’il ne nous raconte.

Formellement, c’est excessivement grossier et impersonnel. Au-delà de toutes ces prétentions formelles et superficielles que reste-t-il au film ? Rien. Comme un film brouillon sans queue ni tête, sans intention, sans direction et sans rigueur. Un film, ça s’écrit avant que ça ne se réalise. On commence à s’interroger sur la couleur des meubles, les références, le style joli à donner à ses compositions, avant de chercher à raconter une histoire avec un début, un milieu et une fin.

Parce que pour s’émouvoir d’autant de prétentions molles et d’un savoir-faire plus que suspect, c’est s’attacher un peu facilement à vouloir y reconnaître des hommages à un cinéma vaguement lointain et qui parce que lointain, parce qu’en noir et blanc, parce que muet, aurait forcément une valeur supérieure à ce qui se fait aujourd’hui. Les intentions, au moins, formelles, seraient louables avec un propos cohérent, mais on ne juge pas les intentions, ou les prétentions de mise en scène, avant celles du sujet qui, ici, n’existent pas. Il y a même à parier que si on est aussi prompt à vanter l’intention de se rapporter à ce cinéma disparu, c’est qu’on s’y connaît soi-même assez peu, mais qu’on y adhère parce que, merde, les vieux films en noir et blanc, muet, ça peut n’être que trop cool. À l’image de The Artist. Les bonnes intentions, ce n’est pas le talent. Et du talent, il en manque furieusement ici. Donc, pour un jeune cinéaste, c’est bon à savoir : la rigueur et le savoir-faire sont accessoires ; honore les anciens, et comme on ne crache pas sur les vieux (qui puent), tout le monde se précipitera pour t’applaudir. Tout est question de posture. Un peu à la « Indignez-vous ! » dans un autre registre. Mais oui bordel, les jeunes, indignez-vous, révoltez-vous ! « Hein ? contre quoi ? Bah… » Donc honore les vieilleries, jeune cinéaste, on y gagne toujours. Les bonnes intentions ne font pas de films. Mais elles donnent du grain à moudre à la presse. Leur offrir un angle tout trouvé sur un plateau, vous pensez bien qu’elle adore ça et vous le rendra bien. C’est la grande différence entre un mauvais film sur quoi on aurait pas mal de (bonnes) choses à dire ; et des bons films qu’on est incapable de défendre.

Tabou, Miguel Gomes 2012 Tabu RTP, O Som e a Fúria, Komplizen Film, Gullan,e Ibermedia, ZDF Arte (4)_

Tabou, Miguel Gomes 2012 Tabu | RTP, O Som e a Fúria, Komplizen Film, Gullane, Ibermedia, ZDF/Arte

Tabou, Miguel Gomes 2012 Tabu RTP, O Som e a Fúria, Komplizen Film, Gullan,e Ibermedia, ZDF Arte (5)_

Les personnages ont l’épaisseur d’une feuille de papier toilette ; et on abandonne ceux développés au début du récit donnant au film une sévère impression d’improvisation. Certaines scènes au début du film sont ce que j’ai pu voir de pire en matière de direction d’acteurs ; et je ne sais pas quoi penser au fait que se sachant piètre directeur, Michel Gomes fasse tout d’un coup le choix, comme ça sans raison, de limiter justement le jeu des acteurs dans toute sa seconde partie en flashback (déjà une horreur dramatique en soi) en les rendant muets… Ma foi, si tu es si piètre directeur d’acteurs mon bon Michel, ça aurait été plus cohérent de focaliser ton film sur la seconde partie. Seulement, il est probable qu’à l’écriture, te rendant compte de la faiblesse du sujet, que tu te sois évertué à l’améliorer en lui adjoignant une imposante et inutile introduction. Et puisque trop imposante…, tu maquilles le monstre en scindant artificiellement le film en deux. « Si, si, amigo, je t’assoure, c’était prévou ! » L’errance structurelle du récit, cherchant sur le tard à se trouver une cohérence, ça me laisse sur le cou… Quand le sujet de départ est bidon, il n’y a rien à améliorer. On ne fait pas de clafoutis avec de la boue et quelques trognons de pommes. Et ce n’est pas en s’interrogeant sur la disposition ou la température de cuisson qu’on y changera quelque chose.

Que dire ensuite de la photographie… À l’image des deux protagonistes de la seconde partie : trop beaux pour être crédibles. On sent trop la volonté de faire “esthétique”. Seul compte, toujours, la forme, la prétention. Et au final, la tonalité générale du film donne l’impression de voir la vie depuis l’intérieur d’un sac-poubelle. Contraste me direz-vous entre la laideur de l’image et la beauté des acteurs… Heu oui, d’accord, c’est comme déposer un gros caca place de la Concorde, y planter une belle marguerite, et dire : « voilà, le contraste saisissant du monde ; tout est résumé en une image ». Woah… hé, mais, hé, chères amibes, l’art, ce n’est pas le ton juste, la proportion juste ?

Reste une qualité au film. Rayon « équipe technique ». Sa capacité à passer rapidement d’une scène à une autre, d’une époque à une autre. Paradoxalement, c’est plus réussi dans la première partie avec une certaine réussite dans l’usage des ellipses. Seulement, là encore, on se rend très vite compte du manque de cohérence, et que ça ne nous mène nulle part — difficile dans ces conditions de pouvoir accepter de laisser son imagination jouer son rôle. Quant à la seconde partie, il n’y a pas à se fouler puisque tout est monté autour d’une pénible voix off. Les images ne font qu’illustrer, et n’apportent pas grand-chose de plus à une histoire déjà profondément insipide. Mais oui, le côté image publicitaire marche très bien. Foutre un crocodile dans son film, ça ne sert pas à grand-chose, mais ça fait cool. L’Afrique sauvage domestiquée quoi, l’aventure ! La supériorité de l’homme (blanc) sur la nature ! Oué… trop profond. Ah, et pis tiens, ça fera une jolie affiche de film. Qui résume très bien à elle seule le sujet. Nada.

Faut éviter d’écrire des scénarios bourrés, Michel. Tu t’es vu quand Tabou ?… (Ah, tiens, je me disais bien qu’elle devait avoir été déjà faite… Quel Artist.)


L’Apollonide, souvenirs de la maison close, Bertrand Bonello (2011)

Ça bande mou

L’Apollonide

Note : 3 sur 5.

Année : 2011

Réalisation : Bertrand Bonello

Avec : Noémie Lvovsky, Hafsia Herzi, Céline Sallette, Jasmine Trinca, Adèle Haenel, Alice Barnole

Techniquement, en dehors des actrices, c’est tout de même très faible. Suffit pas de foutre des dorures, des lumières tamisées et des filles à poil qui tirent la tronche comme dans un défilé de mode pour que visuellement ce soit réussi. C’est pompeux, oui, mais que c’est pauvre et vide… Au moins, le titre ne ment pas. Il est bien question de « souvenirs ». Parce que le scénario est en carton et ne mène nulle part. Il prétend, il simule, comme dans un rêve, comme ces putains. Des éléments épars, des thèmes récurrents, une pseudo-vengeance en toile de fond pour faire tapisserie, mais ça ne ressemble à rien. Le sens de tout ça ? de cette fin ridicule ? On ne sait pas, et on s’en fout. C’est juste beau. Oui, non, c’est vide comme le cœur d’une pute. Sous les apparences d’un message, il y a la prétention d’un grand vide qui demande qu’on s’y engouffre. On demande juste au spectateur de payer avant.

Il y a deux intérêts au film, toutefois. L’aspect documentaire. En dehors du langage qui est typique des petites Parisiennes du XXIᵉ siècle, j’imagine que les détails sont justes. C’est informatif. Ensuite, il y a les comédiennes. En général, si on a Noémie Lvovsky, c’est que l’on comprend qu’elle, elle a la technique. Toutes les filles sont justes, à quelques détails prêts qui auraient pu être gommés avec une direction d’acteurs digne de ce nom.

Parce que là encore, la mise en place est très pauvre. On sent une volonté de ralentir l’action, d’instaurer une ambiance lourde, seulement le réal n’y parvient jamais. Les acteurs, quand ils sont bons, il arrive aussi qu’ils gesticulent, c’est le revers de la médaille. Le rôle du metteur en scène est d’aller contre ça, surtout quand on veut créer une pesanteur, une lenteur, une certaine artificialité. Alors, il leur fout des masques pour essayer de les déshumaniser, et ça rappelle Fellini ou Kubrick. C’est lourd de sens, oui… Bienvenue dans le monde merveilleux du poncif. Une pute, c’est un pantin. Merci de bien écarter les jambes, je n’étais pas sûr d’avoir bien vu. Contre la futilité, il y a la technique, la rigueur, la suggestion, le non-dit. On gomme le superflu. Pauline disparaît, c’est très bien, on n’explique pas. Tout le reste est trop explicatif et souligné. Tu as vu, tu as compris le message ? Non, je n’ai rien vu. Je vois une pesanteur qui s’aplatit plus qu’elle n’envoûte. Il ne faudrait pas se laisser prendre par les apparences, et la futilité du vide.

Il y a un (non)sens de l’esthétisme ou de l’ambiance, de nos jours, qui me laisse assez dubitatif. Ah, on pouvait bien se foutre de certains réalisateurs à l’époque de l’âge d’or d’Hollywood (ou… de la « qualité française ») qui n’étaient que des décorateurs pour des films sans auteur, des produits de studio… Eh bien, ça manque. Entre une publicité pour un parfum et un grand film, on dépense la même chose, et le résultat est identique. Ah, et, on retrouve des « auteurs » appelés pour « réaliser » ces mêmes films (Godard, l’auteur, ne faisait pas autre chose d’ailleurs, forcément schick). Il y a plus de vie et de magie dans un vieux film de la MGM que dans ce machin.

L'Apollonide, souvenirs de la maison close, Bertrand Bonello 2011 Les Films du Lendemain, My New Picture, Arte France Cinéma (1)_

L’Apollonide, souvenirs de la maison close, Bertrand Bonello 2011 | Les Films du Lendemain, My New Picture, Arte France Cinéma

L'Apollonide, souvenirs de la maison close, Bertrand Bonello 2011 Les Films du Lendemain, My New Picture, Arte France Cinéma (2)_L'Apollonide, souvenirs de la maison close, Bertrand Bonello 2011 Les Films du Lendemain, My New Picture, Arte France Cinéma (3)_


Réponse à un commentaire :

La dramaturgie ? Elle est réduite à néant. Parce que Bonello ne maîtrise pas les codes, les techniques, qui permettent de raconter une histoire.

Les références ? C’est bien pour moi le problème de ce type de cinéma. Raconter une histoire, ce n’est pas balancer des références, jouer des symboles ou faire de citation. Faut laisser ça aux petits-bourgeois qui s’écoutent parler dans un dîner en ville. Faire une citation, il n’y a rien de plus facile. En faire, deux, en faire trois, ce n’est pas plus dur. Et les enfiler comme des perles, pardon, des boules puantes, ça ne prouve en rien une quelconque capacité à « produire du drame ». Puisqu’on est bien dans une maison close, au mieux, c’est un amoncellement de cons qui demandent qu’ils soient payés quand on les tripote. Une référence, il ne suffit pas de l’agiter comme en grelot pour qu’elle vise juste.

On peut parfaitement rester dans une évocation, la chronique. Et c’est probablement l’intention du réalisateur. Le récit est par conséquent a-dramatique (si tant est qu’on puisse s’entendre sur ce que ça pourrait dire). C’est le concept de « production dramatique » rapporté au film qui me paraît être une étrangeté. Je n’en ferais pas un argument contre Bonello. L’intention de « produire » un récit « a-dramatique » me paraît évidente ; c’est l’exécution qui à mon sens poserait plus problème.

On adhère ou pas, c’est certain. Mais ça me paraît un peu facile de juger un film à travers ses intentions (supposées, qui plus est). Si on est dans l’évocation, reste à juger la maîtrise formelle, technique, ce qu’on pourrait appeler « savoir-faire ». Ce n’est plus un travail de scénariste, mais de metteur en scène. Il ne suffit pas d’écarter les jambes et d’évoquer un tableau pour pouvoir qualifier l’image produite de picturale. Encore faut-il mettre en scène cette citation, référence ou évocation. Je citerai de mon côté Kubrick et Fellini. On voit très bien la différence dans la maîtrise formelle entre deux génies de la mise en ambiance, capables de proposer des évocations sans doute pleines de références, mais la poésie émanant des images se suffit à elle-même sans avoir à passer par autre chose. C’est par exemple notable dans la scène du bain au champagne : Bonello ne maîtrise rien de ce qui se déroule devant sa caméra, tout intimidé sans doute qu’il est à devoir mettre en place des corps, des décors, des accessoires ou des angles de caméra.

Chacun sa vision du cinéma, ce n’est qu’une question d’adhésion. Quand on parle pour ce film de « définition de la prostitution », on fait le choix de ne plus être dans l’évocation (ce qui relève pour beaucoup du cinéma), et il n’y a plus de définition à donner… pour le spectateur. Dès qu’on veut forcer le sens et trouver une logique aux images, on tombe dans l’explication (ce qui relève plus de l’exégèse que du cinéma). Toute œuvre, si elle peut user de figures de style pour mettre en scène des idées, pour illustrer une action, n’a pas, à mon sens, à définir quoi que ce soit. Simplement parce qu’on ne trouverait pire moyen pour se faire entendre qu’une « production artistique ». Un auteur à travers elle ne dit pas, il montre. On ne peut pas être à la fois celui qui interpelle et celui qui interprète. L’auteur et le spectateur.

Dans l’interprétation de ce genre de films, il y a donc pour moi non seulement un problème dans l’exécution des « évocations » (un manque de maîtrise, de poésie…), mais une prostitution même du rôle des évocations dans une œuvre quand on veut leur donner un sens. Si l’on prend Eyes Wide Shot par exemple, les interprétations peuvent être multiples, mais la mise en scène reste dans l’évocation, le rêve, et ne force jamais une interprétation ; Kubrick laisse juge le spectateur, qui même sans chercher une « explication » à ce « salmigondis d’évocations » peut se contenter des images présentées avec maîtrise comme un voyage nocturne. Il est certain qu’il faudrait un autre savoir-faire que celui de Bonello pour arriver à nous faire voyager dans le huis clos d’une maison close (à deux occasions d’ailleurs, il est question de l’enfermement dont sont victimes les prostituées, chaque fois, c’est amené par les dialogues ; et jamais la mise en scène ne pense à évoquer justement cette thématique ; plus qu’en enfermement, ce qui ressort de la mise en scène, c’est l’ennui des prostituées ; et quand elles viennent à sortir ensemble, c’est présenté comme une simple sortie au bord de l’eau en référence sans doute à Manet et à Renoir père et fils ; le thème de la prostitution est déjà loin).


L'Apollonide, souvenirs de la maison close, Bertrand Bonello 2011 Les Films du Lendemain, My New Picture, Arte France Cinéma (4)_L'Apollonide, souvenirs de la maison close, Bertrand Bonello 2011 Les Films du Lendemain, My New Picture, Arte France Cinéma (5)_L'Apollonide, souvenirs de la maison close, Bertrand Bonello 2011 Les Films du Lendemain, My New Picture, Arte France Cinéma (6)_


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La Journée de la jupe, Jean-Paul Lilienfeld (2008)

La Journée de la jupe

La Journée de la jupeAnnée : 2008

Réalisation :

Jean-Paul Lilienfeld

B-/10  IMDb

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MyMovies: A-C+

Une nouvelle fois, Arte sort un de ses téléfilms au cinéma.

Beaucoup aimé pour ce que c’est (un petit film cherchant à viser juste, sans s’éparpiller, sans grandes ambitions non plus), en dehors de la performance d’acteur de quelques-uns, Denis Podalydès en tête… Mais les élèves sont convenables et Isabelle Adjani, c’est Adjani… l’une des meilleures actrices françaises avec Catherine Deneuve et Isabelle Huppert.

Le thème est fort. Il y a certaines répliques bien vues. Une tension incessante, des revirements inattendus et une révélation finale qui sonne juste.

Un film sur la société. Indispensable. Parce que ça a le mérite de poser tout un tas de problèmes.


La Journée de la jupe, Jean-Paul Lilienfeld (2008) | Mascaret Films, ARTE, Radio Télévision Belge Francophone (RTBF)