Les jalons du cinéma américain : vers le Nouvel Hollywood 4

——— Page 4 ———


Les films du Nouvel Hollywood :

—— les années 73-74 ——

Dans la ville, sur la route, paranoïa


— 1973

On est au cœur du mouvement. Le cinéma américain a définitivement retrouvé sa vitalité d’antan. Le Nouvel Hollywood se porte bien, mais les films de studio, plus classiques, basés sur le vieux star system, sur le grand spectacle, et sur des succès de librairie (voir les titres en fin d’année) complètent une « industrie » domestique riche et prospère.

Mean Streets, Martin Scorsese

Première collaboration entre le cinéaste et Robert De Niro, surtout apparu jusque-là dans les premiers films mineurs de Brian De Palma. L’idylle créative sera particulièrement féconde. Un style et un ton naissent ici, inspirés du jeu direct et naturaliste de Cassavetes. Scorsese et son scénariste Mardik Martin s’intéressent au New York des petites frappes, comme un retour, par atavisme, aux crimes films pré-Code, mais dans un style social et naturel plus en phase avec l’air du temps.

L’Exorciste, William Friedkin

Nouveau succès retentissant pour William Friedkin après French Connection. Moins naturaliste, le film qui bénéficie d’un large budget n’en est pas moins efficace. Après avoir dépoussiéré le polar, Friedkin compose un autre chef-d’œuvre de genre, cette fois en s’immergeant dans l’horreur. Le réalisateur retrouve pour l’occasion Owen Roizman, son chef opérateur sur French Connection, et qui deviendra bientôt le collaborateur récurrent de Sydney Pollack. Le film est l’adaptation d’un roman à succès.

La Barbe à papa, Peter Bogdanovich

Après La Dernière Séance (1971), Bogdanovich poursuit sa veine nostalgique et s’oriente vers un cinéma plus grand public, tout en restant inscrit dans l’esthétique du Nouvel Hollywood (László Kovács est toujours chargé de la photographie). C’est parfaitement réussi, mais le cinéaste s’éloigne déjà des audaces et de la profondeur du Nouvel Hollywood.

La Balade sauvage, Terrence Malick

Premier long-métrage de Terrence Malick qui ouvre une nouvelle voie sur la montagne du Nouvel Hollywood : le style poétique et contemplatif. Il reprend pour l’occasion la thématique des amants criminels avec laquelle le Nouvel Hollywood avait ouvert le bal (Bonnie and Clyde). Le succès du film fera de Martin Sheen (aperçu avant ça dans L’Incident) et de Sissy Spacek des stars. Warren Oates, habituelle figure du Nouvel Hollywood, apparaît également au casting du film.

American Graffiti, George Lucas

À la manière de Bogdanovich, et après l’échec de THX 1138, Lucas se tourne vers le cinéma nostalgique commercial. Lui aussi ouvre une nouvelle voie, mais cette voie s’écarte déjà des sentiers battus du Nouvel Hollywood pour bientôt construire un nouveau mouvement, pas encore à l’œuvre, et venant s’abattre sur Hollywood comme une contre-réforme au cinéma contestataire des années 70 : le blockbuster destiné au public adolescent.

Plusieurs têtes connues (ou pas encore connues) participent au film : Coppola (comme pour le précédent film), Richard Dreyfuss (qui sera surtout employé par Steven Spielberg) et Harrison Ford.

Le film, produit avec des moyens dérisoires, est un immense succès. Il permet au prodige d’avoir carte blanche pour réaliser son prochain film et prendre toute l’industrie par surprise en réinventant le film de science-fiction populaire…

Serpico, Sidney Lumet

La collaboration entre Lumet et Pacino permet, à l’un, de revenir sur le devant de la scène en montant dans le train de cette nouvelle génération et, à l’autre, d’étendre sa palette après le succès du Parrain (imitant ainsi celui qui avait donné le ton dans le registre des acteurs faussement ordinaires capables de tout jouer : Dustin Hoffman).

Sidney Lumet applique parfaitement son propre style à celui du Nouvel Hollywood. Les deux enfonceront bientôt le clou (naturalisme au plus près de la rue et type de personnage à nouveau différent) avec Un après-midi de chien.

Le Privé, Robert Altman

Robert Altman retrouve Elliott Gould dans un film moins chaotique que M*A*S*H. Le style se veut plus classique, comme un hommage au cinéma d’antan qui vient à contre-courant des films criminels du Nouvel Hollywood, à tel point que certains commencent à parler de néo-noir (genre auquel on peut rattacher un film précurseur du Nouvel Hollywood : Le Point de non-retour).

Un quart de siècle après avoir adapté Raymond Chandler pour le grand écran (Le Grand Sommeil), Leigh Brackett est chargée d’écrire le scénario de ce retour de Philip Marlowe au cinéma. La lumière est assurée par Vilmos Zsigmond avec qui Altman venait de réaliser deux précédents films (le directeur de la photographie travaillera également en cette année 1973 pour Jerry Schatzberg sur L’Épouvantail et avant de rejoindre Spielberg ou Cimino).

Pat Garrett et Billy le Kid, Sam Peckinpah

Après s’être ressourcé en filant en Grande-Bretagne en compagnie de l’inévitable Dustin Hoffman pour Les Chiens de paille (et après deux films sortis l’année qui suit), Peckinpah revient au western. Le genre finira presque par avoir la peau d’Hollywood, mais certains réalisateurs encore liés au cinéma d’antan n’en démordent pas. Peckinpah, pourtant, insuffle au genre un souffle nouveau (crépusculaire, aime-t-on répéter quand il est question de western), grâce peut-être à son scénario, assuré par Rudy Wurlitzer qui venait d’écrire Macadam à deux voies. Le film est entravé par de nombreux conflits de production.

L’Épouvantail, Jerry Schatzberg

Nouvelle Palme d’or pour un film du Nouvel Hollywood, trois ans après M*A*S*H. Al Pacine tourne un second film avec Schatzberg après Panique à Needle Park qui l’avait révélé. Gene Hackman, qui vient d’accéder au rang de star avec French Connection en 1971, complète le haut de la distribution. Jerry Schatzberg ne retrouvera plus le succès après trois premiers films prometteurs.

La Dernière Corvée, Hal Ashby

Ashby, passé avec succès du montage à la réalisation avec Harold et Maude, signe un road-movie amer, porté par Jack Nicholson, acteur phare du mouvement. La photographie est assurée par Michael Chapman qui rejoindra plus tard Martin Scorsese pour deux de ses chefs-d’œuvre : Taxi Driver et Raging Bull. Le scénario est écrit par Robert Towne, juste avant son année faste (co-scénariste du Yakuza et scénariste oscarisé de Chinatown).

Sœurs de sang, Brian De Palma

Le suspense hitchcockien est mort, vive le suspense de palmesque… Après des films new-yorkais parfois à la limite de l’expérimentation, De Palma se tourne (comme Friedkin et Lucas) vers un cinéma de genre plus grand public. Le Nouvel Hollywood intègre ainsi d’anciens réalisateurs plus iconoclastes qui rentrent dans le rang en faisant du neuf avec du vieux. La consécration viendra réellement trois ans plus tard avec Carrie.

Les films américains de 1973 qui n’appartiennent pas au Nouvel Hollywood, mais qui en adoptent souvent certains aspects :

  • L’Arnaque, George Roy Hill
  • L’Homme des hautes plaines, Clint Eastwood
  • Woody et les robots, Woody Allen
  • Soleil vert, Richard Fleischer
  • Papillon, Franklin J. Schaffner
  • Westworld, Michael Crichton
  • Chacal, Fred Zinnemann
  • Jésus Christ Superstar, Norman Jewison
  • Nos plus belles années, Sydney Pollack
  • Charley Varrick, Don Siegel
  • Coffy, Jack Hill
  • Magnum Force, Ted Post
  • L’Empereur du Nord, Robert Aldrich
  • La Chasse aux diplômes, James Bridges
  • Electra Glide in Blue, James William Guercio

— 1974

Nouvelle année prolifique pour le cinéma du Nouvel Hollywood. Quelques réalisateurs alors étrangers au mouvement (Roman Polanski, Tobe Hooper, Bob Fosse) le rejoignent à l’occasion d’un film avant souvent de s’en détacher, voire de disparaître. On note aussi, à travers la liste des films qui n’appartiennent pas au Nouvel Hollywood (voir l’encart en conclusion de l’année), que le renouvellement de génération n’interdit pas aux vétérans de continuer à cracher leurs dernières bobines (Billy Wilder et Robert Aldrich).

Le Parrain II, Francis Ford Coppola

Coppola confirme son rôle clé dans le Nouvel Hollywood : Le Parrain devient une grande fresque mafieuse et Robert De Niro reprend le rôle de Vito Corleone.

Chinatown, Roman Polanski

Six ans après Rosemary’s Baby et cinq ans après le meurtre de Sharon Tate qui, pour certains historiens, marque la fin d’une époque, Roman Polanski revient réaliser un film à Hollywood. Polanski n’est pas franchement rattaché au Nouvel Hollywood, mais la présence de Jack Nicholson, de Faye Dunaway, actrice de Bonnie and Clyde, et surtout le style du film (néo-noir) impose d’inclure le film au sein du mouvement. Robert Towne signe le scénario.

Massacre à la tronçonneuse, Tobe Hooper

Là encore, on reste à la marge du mouvement. Les films d’horreur y sont rarement intégrés, sauf dans une logique auteuriste (William Friedkin, Brian De Palma) : Hooper n’ayant pas confirmé, considérons le film comme un monstre du Nouvel Hollywood… Abattez-le ou chérissez-le.

Conversation secrète, Francis Ford Coppola

Projet plus intime de Coppola après Le Parrain, au cœur des thématiques paranoïaques du moment. À cette occasion, Haskell Wexler redevient directeur de la photographie après son excellent Medium Cool, et confirme qu’il est l’un des maîtres ayant donné au Nouvel Hollywood sa « couleur », son aspect esthétique. Nouvelle Palme d’or pour le mouvement et pour… Gene Hackman (après L’Épouvantail), acteur typique autrefois de seconds rôles (il l’a été dans Bonnie and Clyde), habitué au haut de l’affiche depuis French Connection.

Une femme sous influence, John Cassavetes

Trois ans après Minnie et Moskowitz, Cassavetes reste toujours en marge du Nouvel Hollywood et recentre son cinéma sur sa femme. Le duo propose peut-être ici son meilleur film, assisté (comme souvent) par Peter Falk, génial contrepoint à l’actrice.

Phantom of Paradise, Brian De Palma

Après Sœurs de sang et avant Carrie, De Palma s’écarte un temps des pastiches hitchcockiens tout en s’essayant toujours à quelques expérimentations. Le réalisateur attendra encore un peu pour trouver le succès, mais le film trouvera sur le tard une reconnaissance.

Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia, Sam Peckinpah

Un des films de Peckinpah qui s’intègre peut-être le mieux au Nouvel Hollywood. La présence de Warren Oates y est sans doute pour quelque chose (les deux avaient déjà travaillé ensemble avant que Oates devienne une figure de la nouvelle génération).

Alice n’est plus ici, Martin Scorsese

Après Mean Streets, Scorsese abandonne un temps Robert De Niro laissé à Coppola et dirige Ellen Burstyn (l’actrice de L’Exorciste est à l’origine du projet). La même année que le pas de côté de Cassavetes, on peut toutefois regretter que Scorsese ne se soit pas plus souvent engagé vers une voie laissant une plus grande part aux actrices. Le chanteur country Kris Kristofferson, déjà aperçu chez Sam Peckinpah, donne la réplique à Burstyn. Celui-ci ne sait pas encore qu’il participera six ans plus tard au film qui enterrera le Nouvel Hollywood alors qu’il avait tourné son premier film avec l’un de ceux qui l’avaient lancé : Dennis Hopper (dans The Last Movie). Harvey Keitel et Jodie Foster font des apparitions, deux ans avant Taxi Driver.

À cause d’un assassinat, Alan J. Pakula

Pakula creuse la veine paranoïaque, emblématique de l’Amérique du Watergate. Le réalisateur y retrouve Gordon Willis qui avait éclairé trois ans plus tôt Klute et qui s’était fait remarquer entre-temps avec Le Parrain. Warren Beatty assure le rôle principal du film.

Lenny, Bob Fosse

En marge du Nouvel Hollywood, Bob Fosse, ancien acteur, danseur et chorégraphe qui sort du succès de Cabaret, impose ses choix radicaux en traitant d’un sujet toujours lié au music-hall, mais cette fois pour évoquer la vie de l’acteur de stand-up Lenny Bruce : il a recours par exemple au noir et blanc quelques années seulement après la démocratisation de la couleur. Qu’importe la lumière, pourvu qu’il y ait… Dustin Hoffman.

Les Flambeurs, Robert Altman

Altman, après M.A.S.H. et Le Privé, retrouve Elliott Gould dans un film qui aurait dû originalement être réalisé par Steven Spielberg.

Sugarland Express, Steven Spielberg

Premier long métrage de Spielberg après son téléfilm Duel. Avant d’avoir la tête dans les étoiles, Steven avait les yeux braqués sur la route. Il intègre ainsi (à contresens peut-être), la voie déjà empruntée par d’autres : le road-movie nihiliste. En germe, on devine le tournant futur (Spielberg deviendra, un temps, le cinéaste de la famille — souvent décomposée — de la classe moyenne).

Commentaire du film.

Le Canardeur, Michael Cimino

Premier film de Cimino produit et interprété par Clint Eastwood. Même si l’on considère rarement Eastwood comme une figure majeure du Nouvel Hollywood, force est de reconnaître que son expérience à la télévision, et surtout en Europe dans les années 60, lui a permis de porter un regard neuf et critique sur les méthodes des grands studios. En plus de passer lui-même à réalisation, sa société de production a mis le pied à l’étrier à diverses personnalités. C’est ainsi qu’est apparu Michael Cimino. L’acteur de Dirty Harry se laisse convaincre par un scénario écrit spécialement par Cimino qui n’avait été alors que réalisateur de publicités dans les années 60. Il lui donne également les rênes de la réalisation pour son premier film. Le succès au box-office permettra à Michael Cimino de mettre sur les rails Voyage au bout de l’enfer.

Cockfighter, Monte Hellman

Cinéma d’une obsession : le combat de coqs. En marge peut-être d’Hollywood, trop peut-être. La forme reste parfaitement en accord avec le Nouvel Hollywood. Trois ans après Macadam à deux voies, Hellman retrouve l’inévitable Warren Oates.

The Yakuza, Sydney Pollack

Loin d’être un incontournable du Nouvel Hollywood, Sydney Pollack s’inscrit surtout dans une démarche classique. La présence de Paul Schrader au scénario justifie l’incorporation de ce film nostalgique et austère dans cette liste. Schrader passera bientôt à la mise en scène et assurera le scénario d’un des derniers chefs-d’œuvre du mouvement : Taxi Driver. L’histoire lui a été inspirée par son frère, Leonard, et sera reprise par Robert Towne quand Pollack héritera du projet. Towne sort de l’écriture de La Dernière Corvée et de Chinatown (les deux avec Jack Nicholson). Jugé déconcertant par le public et la critique, le film fera un flop au box-office.

Commentaire du film.

Larry le dingue, Mary la garce, John Hough

Une série B, certes, mais qui là encore s’inscrit dans une logique automobile et d’aspiration vers la liberté des grands espaces propres au Nouvel Hollywood. Peter Fonda hérite du personnage de hors-la-loi automobile.

Commentaire du film.

Harry et Tonto, Paul Mazursky

Mazursky semble regarder d’un œil coquin la mode des road movies et propose de se lancer sur la route en y brisant tous les codes. Mais sur les routes n’y trouve-t-on pas forcément la même chose ? Misère et désolation ; solitude et désert ?

Film issu sans doute plus de la vague indépendante que du Nouvel Hollywood, mais le genre du film et sa tonalité générale en dépit du type de personnages proposés (en tout cas pour ce qui concerne le personnage principal) collent bien au mouvement.

À titre de comparaison, les succès du cinéma américains en 1974 n’entrant pas du tout ou pas tout à fait dans le cadre du Nouvel Hollywood :

  • La Tour infernale, John Guillermin
  • Le Crime de l’Orient-Express, Sidney Lumet
  • Les Pirates du métro, Joseph Sargent
  • Frankenstein Junior, Mel Brooks
  • Le shérif est en prison, Mel Brooks
  • Un justicier dans la ville, Michael Winner
  • Phase IV, Saul Bass
  • Foxy Brown, Jack Hill
  • Spéciale première, Billy Wilder
  • Plein la gueule, Robert Aldrich
  • Dark Star, John Carpenter
  • Female Trouble, John Waters


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Cinéma :