C’est à Nanni rien comprendre ! Et le meilleur de Moretti sans doute. Absurde à souhait, à la limite même parfois du surréalisme. Dieu que ça joue mal en revanche, en dehors d’Asia Argento toute jeunette…
Les Frissons de l’angoisse (1975), Ténèbres (1982)
Vu les deux films à la suite dans une programmation assez bien vue par la Cinémathèque : on y retrouve la même actrice et les deux films étant des whodunits où on se questionne plus ou moins sur sa culpabilité, ils se répondent pas mal. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas vu un Argento, et j’ai été épouvanté par la médiocrité de sa mise en scène. Des lenteurs ridicules alors que parfois on ne sait même pas où veut nous mener la situation, des séquences stéréotypées qu’il est incapable de mettre en scène correctement (merci à la musique de meubler pendant les longs travellings à la grue), direction d’acteurs digne d’une série z (le pire étant peut-être les flics dans Ténèbres, j’ai pouffé quand le flic a sorti son flingue comme un enfant depuis l’appartement pour courir après un suspect situé… dans la rue). C’est parfois tellement ridicule qu’on se demande si on n’est pas dans une parodie (la poursuite avec le chien est assez gratinée par exemple).
En plus de ça, c’est sévèrement sexiste. Je veux bien croire que c’est l’époque qui veut ça ou qu’un thriller se doit d’être sexiste pour bien mettre en lumière les fragilités des victimes…, mais ça devient un peu embarrassant quand toutes les femmes ou victimes ont le même profil (des grandes tiges aux seins pointus). Je ne suis pas trop adepte du male gaze, mais là il faut bien reconnaître qu’on est dans l’épandage de fantasmes obscènes typiquement masculins. Il y a un concours pour trouver la seule actrice du film qui porte un soutien-gorge ? On remarque aussi le sans-Peter-Neal double twist final censé estomaquer le spectateur quand on ne fait que plonger un peu plus dans le ridicule… (comme toujours, quand on s’ennuie, on trouve des jeux de mots stupides). Le seul élément des films qui sauvent tout le reste, c’est la musique.
Le seul exemple de ce que pourrait être l’adaptation réussie d’une pièce de boulevard au cinéma. Hilarant, charmant, tout du long. Revu vingt ans après, aucun souvenir précis.
– Pablo, tu as fini tes devoirs ? On mange. – Oui. Attends, je voudrais finir mon tableau. – Je te laisse cinq minutes. Et après tu ranges tes encres. – Tu as fini ? – Pas encore. – Fais voir ça. – Qu’est-ce que tu en penses ? – C’est bien, Pablo. Tu viens manger ? – Je trouve que c’est « extérieur ». Je voudrais essayer avec de l’huile comme à la maison et peindre par dessus. – C’est risqué… – C’est justement ce que je cherche. On mangera une autre fois. – D’accord. On change de technique de prise de vue alors.
Pablo peint un chef-d’œuvre. Et décide de tout bazarder en deux trois coups de pinceau.
– C’est très mauvais. C’est très mauvais. Pourquoi tu fais cette tête ? Si tu crois que c’est mauvais t’inquiète pas pas ça peut être encore plus mauvais. Voilà, bon, c’est vraiment très mauvais, mais maintenant je sais ce que je veux faire. C’est précisément ce que je voulais montrer. – Hum.
Ça commence en film de Clouzot, ça finit par être un film de Picasso. Bien joué l’artiste.