Pink Flamingos, John Waters (1972)

Pink Flamingos

6/10 IMDb

Réalisation : John Waters

Petit organon pour le théâtre trans-happening.

Distorsion indigeste et sympathique des convenances sociales pour mieux les dézinguer. Ce ne serait pas aussi mal joué, sans cette hystérie constante presque enfantine, que ce serait insupportable. C’est même étonnant, des films révoltants, pouvant être à la fois scatologiques, pédophiles, trans ou homo, porno-trash, qu’ils soient japonais, italiens ou hollandais, j’en ai vus, mais le plus souvent ça se prenant tellement au sérieux que la pilule de merde passait mal.

Le génie peut-être involontaire de Waters ici, au-delà de l’écriture minutieuse, théâtrale et même poétique de ses dialogues (ça pourrait être du Artaud ou du Jean Genet, voire du Brecht pour rester dans la distanciation), c’est que les acteurs sont si mauvais, tout en sachant qu’ils sont excessivement mauvais, que ça crée une forme de distanciation nous interdisant chaque instant de prendre au sérieux toutes leurs excentricités. Comme des enfants jouant à tester leurs limites, et celles du public. On pourrait être amenés àpenser ainsi qu’ils sont inoffensifs. C’est presque le cas. En fait, s’ils se font du mal, c’est certainement plus à leur propre corps…

Et au-delà de l’écriture magnifique, il faut noter l’excellence de la satire. Du moins ce que j’en comprends. Un truc qui pourrait sonner comme du « vous pensez que Divine est un monstre dégoûtant, mais que sont alors ces Marble, tout aussi odieux mais qui font tout en douce : kidnapping de femmes pour les engrosser puis revendre leur bébé à des couples lesbiens, etc. ? » Divine au moins ne fait a priori de mal à personne en dehors de lui-même et exhibe ses limites aux yeux de tous. Un monstre, certes (plus de cirque que criminel – quoiqu’il le devient à travers sa vengeance), mais inoffensif. Du théâtre cru.