Coda, Ewa Brykalska (2012)

À coder

Photo et décors au point. Idée vaguement intéressante mais piètrement exécutée avec une structure un peu creuse (sur le papier, la description des différentes séquences donne sans doute à penser une évolution et un sens général, mais manque de maîtrise pour donner corps à ces idées visuellement à travers des dialogues, des objets, un rythme, un montage…).

Des acteurs qu’on devine pas si mauvais mais aucun sens de la direction d’acteurs : un acteur voudra toujours montrer, donner à voir, et soit la tonalité et la direction de ce qu’il propose sera en contradiction avec ce vers quoi le film tend, soit il rejouera la même partition pour montrer qu’il l’a comprise mais en fera alors dans ce cas toujours trop. Une partie du travail de direction d’acteurs est alors de lui demander d’en faire toujours moins, pour que le spectateur puisse, lui, opérer seul ce travail d’interprétation (l’acteur suggère, le metteur en scène gère…).

Résultat, une fausse lenteur : les éléments de second plan qui pourrait évoluer naturellement sont ralentis (le type qui nettoie le sol) et ceux au contraire qui devraient offrir des “poses” et des “pauses”, bref, tenir notre attention éveillée et porter notre regard pour faire ressentir l’atmosphère glauque et crépusculaire, finissent dans la gesticulation. Et la gesticulation, c’est le vide. C’est le sens qui se brouille. C’est la poésie et la tension qui meurent.

Le vide c’est bien, la pesanteur c’est mieux. L’un détourne le regard, l’autre le happe et l’interroge. Et pour maîtriser ça, pas de secret, il faut apprendre à travailler avec des acteurs, et au mieux, avoir quelque chose à raconter (deux choses qui semble-t-il ne sont jamais appris dans les écoles de cinéma).

Il y a des centaines de milliers d’histoires à raconter, déjà écrites, qui pourraient tout à fait être adaptées, et donc mises en scène. Ce serait déjà très utile pour des novices de commencer avec une dramaturgie en place, au lieu de se perdre avec des histoires qui n’en sont pas, et qui rendent le reste compliqué. On voudrait que des “cinéastes” soient à la fois scénaristes et metteurs en scène, ils n’apprennent finalement à être ni l’un ni l’autre et sont donc incapables de faire preuve de maîtrise dans aucun de ces deux domaines. On parle « d’auteurs » sans savoir ce que c’est, comme s’il était question juste de faire, ou d’être, pour comprendre les “codes” que d’autres, plus talentueux ou mieux aiguillés, formés, finissent par deviner ou acquérir. On attend alors que chaque élève soit un miracle, au lieu de lui apprendre un art.

Et l’essentiel donc… un metteur en scène qui n’a jamais tâté une scène et un acteur aura peu de chances de savoir comment en diriger sur un plateau. À moins, encore, d’attendre un miracle.