George Cukor

Classement :
10/10
- Autant en emporte le vent (coréalisation)
9/10
- Indiscrétions
- My Fair Lady
- Hantise
- Une étoile est née
- Comment l’esprit vient aux femmes
- La Flamme sacrée
8/10
- David Copperfield
7/10
- Les Invités de huit heures
- Le Roman de Marguerite Gautier
- Les Girls
- What Price Hollywood?
6/10
- Femmes
- Vacances
- One Hour with You
- Mademoiselle Gagne-Tout
- Le Milliardaire
- La Croisée des destins
- La Femme aux deux visages
- Sylvia Scarlett
- Girls About Town
- Les Quatre Filles du docteur March
- Une femme qui s’affiche
- A Bill of Divorcement/Héritage
5/10
- The Actress
- Voyages avec ma tante
- Édouard, mon fils
- La Diablesse en collant rose
- Car sauvage est le vent
- Zaza
4/10
-
The Royal Family of Broadway 1930
3/10
- Je retourne chez maman (1952)
Films commentés (article) :
Film commenté (vieille note) :
Listes :
Simples notes :
Zaza (1938)
Intrigue romantique plus que limitée et qui joue sur des archétypes de relations extraconjugales à la française. Pas sûr qu’un tel sujet convienne à Cukor qu’on verrait plus adapté à un Ophüls et bien trop centré sur son personnage féminin. La fadeur de l’acteur interprétant le mari n’aide pas beaucoup les choses, mais rien n’est fait pour opposer à Claudette Colbert une figure masculine qui vaille au moins la peine. Il y a une constante dans les histoires : un personnage passif n’a aucune chance de se faire respecter et aimer du public.
L’intérêt viendrait plutôt se cacher dans quelques détails : les numéros d’actrice de la mère alcoolique (parfois pénible, mais joli tour de force) et de la toute jeune gamine donnant la réplique à la star et qui est époustouflante de justesse. Les décors sont également une grande réussite : si l’on peut regretter l’absence de plans extérieurs pour contextualiser les événements, les intérieurs parisiens étonnent par leur authenticité. L’actrice, qui ne manque pas de faire les deux bises à tout le monde, était peut-être là pour veiller au grain.
Car sauvage est le vent (1957)
Le film obéit tellement peu aux standards qu’il nous laisse très vite sur le bas-côté. J’ai dit il n’y a pas si longtemps que j’appréciais les films hybrides, je suis servi. Problème, les hybridations ont cela en commun avec les générations spontanées d’être rares. Il ne suffit pas de glisser en douce un ananas dans une pizza pour en faire une réussite. Et le plus étonnant, c’est que j’ai beau chercher, le film comporte assez peu d’impairs. Mise en scène parfaite, même si on n’image pas Cukor dans un registre naturaliste (le western non plus, et il faut croire qu’il y prendra goût, comme aux actrices italiennes, parce qu’il réalisera trois ans plus tard le tout aussi étrange et singulier, voire raté, La Diablesse en collant rose). Les acteurs ne sont pas mauvais. L’alchimie ne prend juste jamais. Pris séparément, tous les éléments du film n’ont en plus pas réellement de grand point d’intérêt : la carrière d’Anthony Quinn étonne par son éclectisme, mais à la fois les personnages interprétés (des gens simples, pour ne pas dire parfois bêtes, bêtes, comme « étranger », à une époque où la mondialisation n’a pas encore permis à chacun de prendre la mesure de l’altérité humaine) et sa présence massive, virile, ne m’ont jamais réellement bien séduit (à l’exception de Barrabas, allez). Le sujet, surtout, me parait loin d’être une matière idéale pour une adaptation à l’écran. L’argument est tellement singulier, inattendu, presque en dehors des sentiers battus qu’une étrange impression de malaise et d’incrédulité ne nous quitte pas tout au long du film. Certaines histoires vraies auront beau être parfaitement ancrées dans le réel, si ça ne répond pas à une certaine préconception du monde que l’on se fait, on peinera toujours à y croire. C’est l’histoire du Noir affranchi et du Suédois ne parlant pas un mot d’anglais apparaissant soudain dans une scène de western : on y voit quelque chose de forcément improbable alors que ces rencontres étaient la norme au Far West.
La Diablesse en collant rose, George Cukor (1960)
Nouvelle histoire sur des saltimbanques pour Georgie, cette fois, dans un contexte de western. Le moins qu’on puisse dire, c’est que rien ne marche. L’histoire tient la route, certains effets suggérés dans les dialogues ne semblent pas si mauvais, mais c’est comme si Cukor et ses acteurs ne parvenaient jamais à trouver le bon rythme et la bonne tonalité. Il y a un souci quand on mêle ainsi divers genres, surtout des genres très codifiés, et plus encore quand la comédie côtoie le plus grave. Eh bien, ça finit par ne plus ressembler à rien. C’est une bonne manière parfois pour révolution un genre ; ironiquement, on voit là pour la première fois une passerelle entre western américain et italien (produit par Carlo Ponti pour la Paramount) ; c’est aussi le meilleur moyen de se planter, tant parce que sur le plateau personne ne sait où donner de la tête, que dans la salle où trop de codes explosés désarçonnent.
Je n’ai pas forcément souvenir que les grands films de Cukor, les comédies surtout, possèdent un rythme frénétique. En dehors de Comment l’esprit vient aux femmes (et encore, j’ai peut-être un souvenir tronqué du film), je ne me rappelle pas de grandes comédies loufoques et endiablées. Cukor a-t-il seulement réalisé une screwball ? Je n’en ai pas l’impression. Remarquable directeur d’acteurs, c’est évident, on le voit à la précision de la mise en place des acteurs, dans chacun de leur geste. Mais question rythme et à-propos, ce n’est pas son registre. Il était probablement meilleur à diriger de grands acteurs en insistant sur le point fort des grands acteurs : leur capacité à comprendre une situation et à être sincère dans ce qu’ils font. C’est bien pourquoi ses comédies sont des comédies bourgeoises : c’est la situation qui amuse et quelques bons dialogues. Or, il y aurait presque parfois un côté très enlevé dans La Diablesse en collant rose ; le rythme devrait s’appuyer sur un enchaînement rapide des actions, les personnages seraient animés par un sentiment d’urgence et ne seraient pas étrangers aux outrances absurdes et loufoques. Je veux bien croire Sophia Loren capable de cette folie ou de cette fantaisie (elle l’a démontré par exemple chez Risi) ; Anthony Quinn, un peu moins. Personne ne semble donc jamais s’accorder. Il n’y a guère que les seconds rôles qui tiennent la baraque, notamment le couple savoureux que forment une mère et sa fille dans la troupe. J’ai rarement vu autant d’argent dépensé dans des décors pour un film aussi médiocre, ruiné principalement par ses stars et son metteur en scène.
Un Cukor mineur et, à raison, méconnu.
Je retourne chez maman, George Cukor (1952)
Mélange des genres inopportun et raté pour un chef-d’œuvre du cinéma puritain. Le Hollywood des années 50 n’a aucun souci pour montrer que quand il est question des personnes aisées, un divorce en deviendrait presque quelque chose de sophistiqué, de distingué (« Oh ! J’en suis à mon troisième mari ! ») ; en revanche, quand on s’adresse aux pauvres, attention, on fait la leçon.
Pendant une heure, le film nous décrit ainsi la mésentente profonde d’un couple, on assiste aux disputes sous tous les angles au point que cela en devient pénible ; et à la fin, la juge chargée de prononcer le divorce les prend par la main et leur fait comprendre que ce n’est pas sérieux, ils ne peuvent pas divorcer ! Mais, ta gueule.
Dans le Hollywood de l’après-guerre, quand on montre les classes laborieuses, c’est soit pour en faire des films noirs, soit pour leur faire la morale afin de leur dicter la bonne conduite à suivre. Mais allez vous faire foutre. Le petit peuple aussi a droit à ses petits divorces pour éviter que la situation s’envenime ou parce qu’il a envie de prendre la tangeante. Les raisons ne regardent personne. Qu’est-ce que c’est que ce paternalisme déplacé ?
Le générique fait assez peine à voir. Il illustre la manière grossière avec laquelle les studios lançaient les « stars » à l’époque : on l’associe dans un film mineur à une actrice qui vient de se révéler et qu’on tente de mettre sur le devant de la scène, et à la fin, on dépose, là, l’air de rien, une incrustation avec le placement produit assis sur un lit qui dit en gros : « Vous avez apprécié Aldo Ray ? Nous espérons que vous irez voir ses prochains films. On vous promet une réduction de 20 % sur les dialogues. » Mais, ta gueule. « Tiens, j’ai créé une star de a à z, je la mets là, j’espère que tu l’adopteras. » Et le public : « Tu veux pas en faire un acteur d’abord ? Et puis, moi, j’aime cet acteur, là, c’est lui ma star. » « Oui, non. C’est pas prévu. Mange encore un peu d’Aldo. Il a un contrat longue durée, lui. Donc tu dois l’aimer. C’est une star. » « Oui, mais il est nul. C’est pas une star. » « Si, c’est une star de la Columbia. On le paie très cher. » « Je m’en fous de son salaire. Tu t’es fait niquer. Il est nul. » On est plus subtil aujourd’hui.
Les Quatre Filles du docteur March (1933) et Édouard, mon fils (1950)
Là encore, une séance après l’autre. Les deux films n’ont rien à voir, mais je me disais que le premier manquait sérieusement de vice avec ces personnages tous modèles de catéchisme, et patatras, le second offre un salaud comme on en a rarement vu au cinéma. Les deux films sont surtout marqués par une excellente distribution et une excellente mise en scène (ça aide l’une quand on s’est facilité la tâche avec l’autre). Si le film de 33 possède donc certains aspects franchement pénibles à vouloir dépeindre des personnages si « parfaits », lui restera toujours la fantaisie et le désordre proposés par Jo. Je travaille actuellement si une liste de films mettant en scène des femmes indépendantes et étrangères à la romance, je suis servi (le film de Greta Gerwig, au contraire de toutes les autres, s’était fait remarquer, dans mon souvenir, dans son refus de montrer Jo revenir dans « le droit chemin » et d’assumer son indépendance jusqu’au bout).
Édouard, mon fils, en revanche, en dehors de ses acteurs donc (et malgré les excès imposés par le scénario), il n’y a pas grand-chose à sauver. Pour pimenter la chose, j’essaie d’imaginer un Edward G. Robinson à la place de Spencer Tracy qui a toujours tendance à arrondir le caractère de ses personnages, même si ce sont des crapules. J’ai du mal à trouver du sens à cette histoire rocambolesque digne d’un mélo des années 20 (façon Sarah and Son, même le titre semble être un hommage…). Un « nouveau riche » (tel que joliment défini en français dans le texte par le directeur de l’école) gâte son gamin jusqu’à l’absurde. Le film présenté en flashback par le père semble vouloir insister sur une morale, mais cela paraît tellement crétin que je préfère ne pas aller au bout de la logique… Certains films vous rendent meilleurs en vous faisant réfléchir, d’autres vous imposent de brider votre intelligence de peur de comprendre où on voudrait vous mener… Film largement méconnu malgré la distribution, parfois, il ne faut pas chercher bien loin. Si le papier cadeau est joli, mais qu’on n’a jamais pris le temps d’ouvrir le paquet, c’est qu’on a déjà une idée de ce qu’il cache. Certains imbéciles persistent à vouloir imaginer qu’un trésor n’est jamais impossible. (Et je continue à le penser.)
Comme le film m’ennuyait, je me suis mis à divaguer : à force de voir les anniversaires fêtés (moyen faussement futé de montrer le temps qui passe), je me suis demandé pourquoi c’était les gosses qu’on honorait et pas les mères. Tous les ans, ils apprennent depuis le plus jeune âge à recevoir des biens matériels dont ils n’ont rien à faire, et ça se perpétue ainsi jusqu’à ce que eux offrent des colliers de nouilles à leur mère pour la fête du même nom. Qui faut-il féliciter pour la naissance d’un gosse ? Le gosse qui n’a rien demandé, qui n’a eu qu’à brayer et qui, l’instant d’après, aura oublié par quoi il est passé ; ou la mère qui a vidé ses tripes pour voir sortir de son ventre un monstre qui lui pourrira la vie ? Je sais pas, les gosses devraient plutôt apprendre à se faire tout petits aux anniversaires… de leur mère. Et celle-ci devrait recevoir une double ration de colliers de nouilles.

Lien externe :






