Maurice Tourneur

Classement :
10/10
9/10
8/10
- Volpone (1941)
7/10
- Le Dernier des Mohicans (1920)
- Une pauvre petite fille riche (1917)
- L’Oiseau bleu (1918)
6/10
- Katia (1938)
- A Girl’s Folly (1917)
- La Phalène blanche/The White Moth (1924)
- Le Papillon brisé (1919)
- The Wishing Ring (1914)
5/10
- La Main du diable (1943)
- Les Gaîtés de l’escadron (1932)
4/10
- The Whip (1917)
- Les Deux Orphelines (1933)
3/10
Simples notes :
Les Deux Orphelines (1933)
Montage de coïncidences et d’excès grotesques. Je l’ai souvent dit : le cinéma parlant a servi de fossoyeur au mélo : plus aucune audace et facilité ne passe l’épreuve du son. Tourneur ne se refuse aucune de ces audaces. Lui qui savait très bien dans les années 20 jouer sur le montage alterné pour créer une attente, se laisse ici aller à un montage des plus grossiers (entre bien autres crétineries) : alternance entre un couple de jeunes premiers à la prière et des fêtards avinés et chantants dans un cabaret populaire.
Non seulement, le scénario est grotesque d’un bout à l’autre, mais la réalisation de Tourneur me laisse parfois circonspect, son rythme est paresseux, comme sa direction d’acteurs (oubliez la nuance, les méchants sont très méchants, les gentils, très gentils). C’est parfois si ridicule qu’on se croit plongé dans une adaptation de la Justine de Sade. Sauf que Sade tirait sur la corde parce qu’il proposait une encyclopédie des sévices et s’amusait à plonger sa créature vers toujours plus de souffrance.
Les coïncidences heureuses comme malheureuses, ça peut passer une fois, ça passe pour une erreur. Quand c’est systématique, c’est qu’il y a volonté à tirer vers le grotesque. C’était le propre du mélodrame. Le genre, un peu comme le Grand-Guignol qui à ma connaissance n’a même jamais pu s’exposer au temps du muet, n’est plus du tout adapté aux exigences de vraisemblances du cinéma parlant.
Les décors sont en revanche excellents.
Volpone, Maurice Tourneur/Ben Jonson/Zweig (1941)
Je ne connaissais rien des productions de ce contemporain de Shakespeare, sinon me semble-t-il que des rumeurs avaient couru à son sujet sur le fait qu’il ait pu écrire les pièces de Shakespeare (comme probablement tous les dramaturges du théâtre élisabéthain). La structure est peut-être un peu paresseuse, mais le sujet est violemment critique et satirique. Pour les dialogues, le film semble s’être appuyé davantage sur l’adaptation qu’en a fait Stefan Zweig. Et puisqu’elle a été montée au théâtre de l’Atelier et qu’on y retrouve deux des fondateurs du Cartel, Jouvet et Dullin, il est assez probable que l’adaptation cette fois de Tourneur s’est juste bornée à reprendre une mise en scène avec ces deux-là (c’est ça, après vérification, c’est Dullin qui avait mis en scène en 1928 la version de Zweig).
C’est du théâtre filmé sans aucun doute, Dullin est toujours un peu moins bien passé que Jouvet, mais retrouver ces deux-là associés à Harry Baur, ce n’est que du bonheur. Jouvet, surtout, cabotine, comme jamais (ou comme toujours), mais son jeu de scène est exceptionnel. Il y a du Shakespeare (forcément, on pense au Marchand de Venise), du Molière (lui aussi contemporain de Jonson) et du Goldoni dans cette adaptation. Certaines répliques sur les femmes faciles de Venise sont d’une irrésistible cruauté.
La Phalène blanche/The White Moth, Maurice Tourneur (1924)
Mélodrame sans grande imagination. L’unique intérêt du film tient dans l’art du montage de Tourneur. Il suit parfaitement les règles du montage alterné sur quoi la plupart des récits de l’époque reposent. Le principe est simple : montrer le plan d’un personnage rejoignant (quittant parfois) la scène principale et alterner permet d’annoncer la suite. Le spectateur gagne au change à tous les étages : création d’un suspense (attente d’une rencontre à venir) et rythme accéléré. C’est aussi plus facile à établir des échelles de plan et à placer sa caméra. Tourneur s’en sort admirablement dans un exercice pas toujours maîtrisé par tout le monde. Il faut savoir créer un espace scénique qui illustre à la fois totalement la situation, mais qui lui offre, malgré quelques artifices, un certain réalisme. Les extérieurs sont rares, pourtant, on sent jamais que cela est tourné en studio. Quant aux placements des acteurs dans le cadre (et les uns par rapport aux autres), là encore, ils sont parfaits. Un pionnier, mais alors… ce que ça peut être insipide…
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