Alice partout, Polis nulle part

Alice et le maire
Année : 2019
Réalisation : Nicolas Parisier
Avec : Fabrice Luchini, Anaïs Demoustier
Correct. J’ai du mal à saisir le message du film s’il existe, et par conséquent à comprendre l’enjeu d’une telle rencontre (celle du titre). Est-ce une occasion perdue de faire selon l’auteur du film de la vraie politique au service des citoyens ? Le but est-il seulement d’illustrer la perte de sens des politiques et la déconnexion avec le monde réel, l’emprise du carriérisme et des communicants ?… Je l’ignore. C’est un peu confus, et je ne suis même pas sûr que l’intérêt du film réside là-dedans. D’ailleurs, je doute que la fonction de la philosophie consiste à livrer des « idées » aux politiques… Voilà ce qui pourrait être une idée de lycéen. De mon côté, j’aurais plutôt tendance à penser que les propositions politiques doivent naître de la volonté de régler des problèmes. Vision presque de plombier : pas besoin d’avoir lu Rousseau pour chercher à régler les problèmes de sanitaires dans les universités de sa ville… Tu identifies un souci, t’arrêtes le blabla et l’idéologie : tu adoptes la méthode la plus efficace pour traiter ce problème. Point. Je n’ai pas apprécié du coup la caricature faite de l’écologiste névrosée, bourgeoise et soucieuse du grand effondrement… Les amish de Macron ne sont pas loin. On pourrait deviner le penchant socialiste de l’auteur, ce qui placerait son film dans le registre de la critique de son parti et ne manquerait pas ainsi de produire ce que la gauche ne fait jamais mieux que personne : tirer sur les concurrents du même bord. L’aggiornamento se fait attendre, alors le voir à l’écran…
Saluons la sobriété dans l’exercice du film politique grâce à un renoncement clair et appréciable, par exemple, aux artifices qui visent à intégrer les acteurs dans des postures publiques de personnages politiques avec images de foule, de discours, de débats, de passage télé, etc. Tout ce qui fait vite en général qu’on ne croit plus à un film a été habilement ici évité. Mis à part cela, la seule chose réellement positive du film, c’est sa direction d’acteurs. En dehors de quelques regards enamourés étranges demandés à Anaïs Demoustier, l’actrice est parfaite tout du long. Si l’on ne s’ennuie (ou s’agace) pas trop, on le doit essentiellement à sa présence. Et Luchini incarne à l’écran ce qu’il doit être dans la vie : un mec gentil, volubile, parfois habité par des pensées venues d’ailleurs, et… un peu épuisant (en droite de ligne avec le Rohmer sur la bibliothèque, l’arbre et le maire). Il reste cependant loin du personnage histrionique des médias (et encore, je ne serais pas contre quelques envolées, mais ce n’était probablement pas le bienvenu dans ce type de film) ou de certaines de ses déclarations publiques. L’homme doit être séparé de l’artiste, et Luchini, à la mode française « quand il fait du Luchini » produit sur le spectateur une certaine curiosité. On peut regretter alors que le film n’ait pas été plus centré sur cette relation en appuyant sur un style ouvertement théâtral, voire philosophique, conforme à cet esprit bien français de drame sans problèmes ou de comédie sans humour, parfois qualifié de « comédie dramatique ». C’était sans doute au-dessus des capacités de son auteur. Un homme de la gauche caviar préférera toujours réaliser un film sur lui-même en lui donnant la forme (souvent involontaire, mais révélatrice) d’un épisode de Louis la Brocante plutôt qu’un dialogue (exigeant, ambitieux) du Neveu de Rameau.
Alice et le maire, Nicolas Parisier 2019 | Bizibi, Arte, Scope Pictures, Les Films du 10
Liens externes :
Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !
Réaliser un don ponctuel
Réaliser un don mensuel
Réaliser un don annuel
Choisir un montant :
Ou saisir un montant personnalisé :
Merci.
(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)
Votre contribution est appréciée.
Votre contribution est appréciée.
Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel












Année : 1953