Le Bûcher des vanités, Brian De Palma (1990)

Le Bûcher des vanités

The Bonfire of the Vanities

Note : 3 sur 5.

Titre original : The Bonfire of the Vanities

Année : 1990

Réalisation : Brian De Palma

Avec : Tom Hanks, Bruce Willis, Melanie Griffith

Contrairement à certains films qui s’écroulent au fur et à mesure, celui-ci fait le contraire. La force du film, c’est sa morale ; tout prend sens à la fin… Paradoxale, réaliste. L’innocent lynché est obligé de se fabriquer une preuve pour s’en sortir, le juge nous fait un beau speech bien naïf sur le pouvoir de la vérité et des lois, et le narrateur, la mouche à merde, est devenu un beau papillon que tout le monde s’arrache. C’est ça la vie. Les justes ne sont jamais récompensés, ce sont les pourritures qui s’en sortent et nous sommes tous plus ou moins corrompus… Un jeu sur les apparences : puisque tout le monde ment, on se découvre comme on dit dès qu’il y a des merdes ; et quand il y a des problèmes, c’est là que les masques tombent et qu’on sait à la fois qui on est et qui sont ceux qui vous accompagnent. Ça pourrait être du Lang ou du Molière.

Le problème, c’est que si le bouquin était certainement excellent. Il est certainement trop dense et trop subtil pour deux heures de film. L’histoire englobe trop de thèmes, allant du racisme, à l’écueil des apparences, à l’injustice, au pouvoir, à la politique, aux médias, à la famille… C’est histoire sur la société new-yorkaise, un pamphlet sur la société occidentale en général… Et De Palma, comme d’habitude (ou comme souvent) n’est pas à la hauteur. Il en fait une farce ridicule, il n’a pas le temps de développer tous les thèmes. Je n’ai pas lu le bouquin mais à mon avis, au lieu de la farce nihiliste, il aurait fallu en faire un drame ironique, sarcastique. En en faisant une farce, De Palma fait du ton sur ton, il manque de subtilité et toute la profondeur des événements s’envole en fumée. Dommage.


Le Bûcher des vanités, Brian De Palma 1990 | Warner Bros


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Je suis un criminel, Busby Berkeley (1939)

C’est pas moi c’est les autres !

Je suis un criminel

Note : 5 sur 5.

Titre original : They Made Me a Criminal

Année : 1939

Réalisation : Busby Berkeley

Avec : John Garfield, Claude Rains

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Quand on est face à un grand film, parfois, on se fout de vouloir l’analyser. Et on prend plaisir à réciter dans sa tête le déroulement de l’histoire qui nous a passionnés. Sans blague donc, ceci ne fait rien d’autre que retracer le développement dramatique du film. Si vous n’aimez pas les spoils, dehors, autrement, vous aurez un aperçu de l’intérêt du film.

Garfield (son personnage) est un boxeur minable. Dans les premières scènes, on le voit dans sa “gloire”. Monsieur gagne, c’est la fête. Le soir de sa dernière victoire, il se saoule et reçoit dans son appart’ une poule et son type. Petite baston, et là, le premier, Garfield se fait assommer (aidé par l’alcool). Le type (de la poule) prend alors une bouteille et la fait péter sur la tête d’un reporter qui voulait se mêler à la fête… « Mon Dieu ! tu lui as fait mal » dit la poule. Mal ? ─ Il est mort. » (Voilà, c’est l’hamartia, la faute originelle, sur quoi est bâti tout le récit futur).

Là bien sûr, le type joue les lâches (sinon comme dit Hitchcock, si on appelle les flics, il n’y a plus de film). Il embarque Garfield toujours dans les vapes : il décidera bien de la suite plus tard. Mais faut pas rester avec un cadavre sur le dos. Arrivés dans une baraque, Garfield est toujours KO, la poule joue les ingénues (« oui mais il faut aller à la police, on nous croira, on est les gentils… »), contrepoint parfait pour l’autre type qui, lui, est une vraie saloperie : pour lui, se faire la malle sera la meilleure solution. Il profite de ce que Garfield soit dans les vapes pour lui faire les poches, lui piquer sa montre et un bracelet. ─ Ils partent. On ne les reverra plus : ils ont un accident de voiture (vraiment pas de bol, à croire presque qu’il y a un dieu qui punit les meurtriers). Garfield, qu’on désigne déjà comme le coupable du meurtre du reporter (c’était chez lui ça aide un peu), passe alors pour mort : dans l’accident, le conducteur avait sa montre et son bracelet…

Je suis un criminel, Busby Berkeley 1939 | Warner Bros

Garfield se réveille au petit matin. « Mais où donc que je suis ?! »… C’est dans le journal qu’il apprendra tout ça. Non seulement, il est mort, mais on a retrouvé le corps d’un reporter dans le coffre de sa voiture… Sacrée gueule de bois. (On ne s’embarrasse pas avec la vraisemblance… que tout ça soit arrivé pendant le sommeil de Garfield, ce n’est pas très crédible, mais ça évite d’inutiles scènes… là au moins ça va vite ; l’important n’est pas d’être crédible, mais de raconter au plus vite une histoire en un minimum de temps — le grand truc de Warner ça je crois).

Garfield retrouve son manager. « Mais tu es vivant ! super, je peux garder tout le fric que je te dois… puisque si tu dis que tu es en vie… tu vas en prison ! » Elle est belle l’humanité des gens… S’ils ont votre destinée entre leurs mains, ils ne vont pas se priver pour se servir. Et on comprend mieux une phrase dite plus tôt par Garfield : « Des amis ?! Les amis n’existent pas… » (Hé, on est à New-York, c’est chacun pour soi !).

Notre boxeur est donc obligé de partir sur la route, aller le plus moins possible de la côte est, là où on ne le reconnaîtra pas. Pendant ce temps, Claude Rains, lui, un flic un peu illuminé. Il a fait condamner autrefois un innocent et ne s’en est jamais remis… ─ C’est encore là, le thème du film : l’injustice… Bref, on se croirait en plein dans un film de Fritz Lang. Persuadé que ce n’est pas Garfield qui est mort dans l’accident, il se lance à sa recherche, tandis que tous ses collègues se foutent gentiment de sa gueule (ce n’est pas l’homme invisible mais tout comme).

On revient donc à Garfield qui se promène tranquillou sur le toit d’un wagon en plein désert de l’Arizona (normal… pas de fric rien). Course poursuite (oui, c’est un film d’action) sur le toit… Il tombe… C’est le désert. Il ne passe pas quarante jours à marcher, mais il arrive bien dans une sorte d’oasis coupée du monde, un paradis, qui rappelle pas mal l’arrivée de Moïse au Pays de Madian. Il y trouve la Séphora qui deviendra son amoureuse, et les bergères sont changées en terribles diablotins, des voyous eux aussi de New York, envoyés ici vers la quiétude (relative) des champs de palmiers dattiers. Une nouvelle fois, notre boxeur, s’effondre par terre (comme Moïse), affamé. Décidément pour un boxeur, il est souvent au tapis ! Fin du premier acte (ou round).

Le développement est classique. Comme on pouvait s’y attendre, il va rester pour aider dans le ranch (dans ce genre de truc comme par hasard, il n’y a pas d’homme adulte, et la seule femme est jolie et célibataire). Garfield se montre alors parfaitement antipathique… C’est une petite frappe de New York, pas un saint. Et c’est justement pourquoi le récit est intéressant : si c’était un homme parfait et sans reproche qu’on accusait d’un crime qu’il n’a pas commis, ce serait trop facile. Et en ça, c’est mieux par exemple que J’ai le droit de vivre (Henry Fonda, ce n’est pas James Cagney, alors que Garfield, ce n’en est pas loin… bref, le salaud qu’on aime non pas détester ici, mais défendre). Antipathique donc, parce qu’il fait les quatre cents coups avec les gamins. Là je zappe, un peu, il y a une longue séquence dans un réservoir d’eau qui est excellente, bien utile pour montrer la naissance des liens entre Garfield et les enfants qui l’idéalisent.

Mais la vie n’est pas aussi rose qu’elle y paraît dans ce petit havre de pays… Les dettes s’accumulent. Ah, l’argent… cette invention du diable, l’unique chose au monde qui puisse corrompre plus un homme qu’une femme. La solution à ce petit souci apparaît donc évidente (et facile, peu importe) : en ville, un boxeur professionnel propose de fric à qui arrivera à tenir plusieurs rounds face à lui. Exactement ce dont Garfield avait besoin pour aider ses amis. Bien sûr, en montant sur le ring, il prend le risque de se découvrir, et il en est conscient. Peu importe, il est heureux de voir que tout le monde est confiant et fier de son geste. On l’aide à regagner une bonne condition physique (tout cela sachant qu’il ne révèle jamais qu’il est recherché, ou plutôt qu’il serait recherché s’il dévoilait sa véritable identité ─ tel Moïse qui ne dit pas qu’il est Prince d’Égypte ─ les secrets et les mensonges, c’est le carburant des bonnes histoires).

Et patatras…, le flic Claude Rains a retrouvé sa trace en ville. Garfield le surprend au guichet de la salle où se tiendra le jeu de massacre. Rains ne sait qu’une seule chose sur Garfield, qu’il est gaucher (et il est fameux pour son crochet du droit). Garfield revient au ranch et alors qu’on préparait une fête pour le futur champion, il est obligé d’annoncer qu’il renonce, avançant un problème cardiaque. Personne le croit. On le traite de lâche, etc. Finalement, un des mômes le convainc de se battre… (snif). Et là, « l’éclair de génie » : « Je n’ai qu’à faire croire que je suis droitier ! » Hé, tu ne pouvais pas y penser plus tôt John ?! (bah non, sinon on n’aurait pas eu droit à tous ces beaux sentiments).

Le soir des massacres, deux boxeurs amateurs se font d’abord liquider. Arrive Garfield sur l’arène des héros, masqué ou presque, non pas comme un joueur de catch, mais comme Robin des bois au concours de tir à l’arc. Garfield prend des coups, il arrive péniblement à tenir quelques rounds. Il tombe, et Claude Rains lui murmure à l’oreille : « Je t’ai reconnu ! Utilise ta droite…, ta droite, ce magnifique crochet du droit ! ». Comme dans les meilleurs films de boxe, Garfield se relève au bout des neuf secondes trois quarts, il prend encore deux ou trois coups histoire de comprendre qu’il ne pourra pas continuer sans sa botte secrète…, et là instant magique du film, la révélation (comme Néo comprenant comment se servir de ses “pouvoirs”) : plan sur ses jambes et changement de garde (ce n’était pas au ralenti, mais c’est tout comme). Le beau Garfield se sent revigoré, il gambade comme un jouvenceau, son adversaire lui dit : « Waoh, mais tu es gaucher ! » (la bonne scène classique de “reconnaissance”), et il en prend plein la gueule pour son plus grand plaisir… De l’uppercut du gauche, du direct…, et son fameux crochet du droit. Bref…, il perd. Ce n’est pas encore la mode des happy ends (de même, le mot le plus utilisé dans le film, c’est “suck”, gentiment travesti par la traduction par “poire”). Pourtant ses amis viennent le féliciter, et pas seulement. Claude Rains est là, sympa, qui ne dit rien, qu’on voit à peine, comme un remake de l’Homme invisible. Scène classique du héros qui doit partir et qui peine à se séparer de ses amis qu’il s’est faits durant ses joyeuses vacances en colonie de vacances… Il prévient sa belle que Claude Rains est un imprésario qui veut faire de lui un professionnel… Claude Rains joue le jeu. On a commencé le récit avec des salauds, on le finit avec des saints. Finalement, il est là le happy end.

Sur le quai de la gare. Claude Raine blablate : le meurtrier du reporter était droitier, et conseille à Garfield de le dire à son avocat… Claude Rains commence à avoir des remords. Il voit bien que Garfield est aimé dans cette ville, surtout par toute la petite bande du ranch de palmier dattier. Rains monte sur le marchepied du wagon, le train amorce son départ et il repousse Garfield sur le quai : « J’ai déjà fait une erreur par le passé. Je peux bien en faire une deuxième ». Si on n’avait pas compris, on enfonce un peu plus le bouton « happy end ». Et ça marche. Mais la fin est à l’image du film : on est heureux pendant tout le film.

À quoi bon analyser le reste quand le principal est à la fois simple et efficace. C’est la marque de certains chefs-d’œuvre.



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Les Indispensables du cinéma 1939

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La Faille, Gregory Hoblit (2007)

La Faille

Fracture Année : 2007

Réalisation :

Gregory Hoblit

6/10  IMDb
Avec :Anthony Hopkins, Ryan Gosling, Rosamund Pike

Agréable si on n’est pas trop difficile.

Jusqu’au trois-quarts, ça va… On prédit un peu tout, mais ça m’a jamais dérangé ça (parfois, c’est même fait exprès, donc…). Mais à la fin, d’une part, on a vu tellement de films de ce genre qu’on s’attend à un retournement final, et là on est un peu déçu ; surtout la mise en scène passe à côté des effets pour mettre en valeur les moments clés. C’est un peu comme si le type récitait un poème étranger sans en comprendre le sens… La mise en scène est bien, impeccable, formellement excellente, mais elle ne sait pas se focaliser sur des points importants du récit. L’emploi de la musique notamment est lamentable. On attend, les “tindin”, un peu passage obligé dans ce genre de truc, et non ça reste mou, tout est traité de la même manière, aucun relief, du coup on reste en rade en attendant la scène qui nous fera décoller.

L’acteur qui joue le jeunot a une vraie gueule de con. Je ne sais plus où je l’ai vu, mais ça ne devait pas être un chef-d’œuvre (Ryan Gosling). Et Hopkins, avec le talent qu’il a, il pourrait faire autre chose de temps en temps…


La Faille, Gregory Hoblit (2007) | New Line Cinema, Castle Rock Entertainment, Weinstock Productions

À noter, Fiona Shaw, qui joue le rôle du juge (c’est noté, merci).