Le Baron fantôme, Serge de Poligny (1943)

Le Baron fantôme

4/10 IMDb

Réalisation : Serge de Poligny

Avec : André Lefaur, Odette Joyeux, Alain Cuny, Alerme

Une histoire du cinéma français

Cent ans de cinéma Télérama

Mélange des genres plutôt baroque et mal fichu. On recycle les acteurs parfois géniaux des comédies des années 30, mais plus à l’aise dans le vaudeville (où prime le rythme, la situation, la tonalité, sur la justesse cinématographique), et on plante tout ce joli monde dans les pieds d’Odette Joyeux (qui s’en tire, elle, pas si mal) et d’Alain Cuny, le spectre cunéiforme de la mort incarnée…

Si on assiste peut-être avec ce Baron fantôme à une des fantaisies jamais bien sérieuses de Jean Cocteau, il faut souligner la mise en scène à la fois pompeuse et maladroite de Serge de Poligny. De belles ambitions poétiques (veine féerique), voire vaguement expressionnistes, mais aucune maîtrise de la tension, du mystère et encore du rythme (quand on mêle divers genres, ça tient souvent de l’impossible gageure).

C’est plus facile d’adapter Claudine à l’école.

Dans mon souvenir, ça ressemble pas mal aux films à la noix comme L’Éternel Retour (de la même année d’ailleurs). Un certain troll allemand avait dit alors : « J’ai donné des ordres clairs pour que les Français ne produisent que des films légers, vides, et si possible, stupides. » Mission remplie. Cocteau a dû se sentir comme un coq en pâte.


Le Baron fantôme, Serge de Poligny 1943 | Consortium de Productions de Films


Carré 35, Éric Caravaca (2017)

Note : 2.5 sur 5.

Carré 35

Année : 2017

Réalisation : Éric Caravaca

Avec : Éric Caravaca

Pas bien convaincant. La forme manque de grâce pour un film documentaire personnel. Sur le fond, la découverte d’un secret familial, c’est affreusement banal et traité maladroitement.

Tout le montage, et donc vraisemblablement le discours d’Éric Caravaca, tourne autour du seul déni de la mère, personnage central du film, à nommer la pathologie dont souffrait sa fille (et sœur que l’acteur cinéaste n’a jamais connue). Ce déni devient presque un sujet psychanalytique pour le film, de là ses errances maladroites, tout fasciné qu’est Éric Caravaca par le refus de sa mère à nommer la chose.

C’est maigre pour faire un film. Faire toute une histoire (ou un récit) avec un secret, c’est monnaie courante, mais cela devient intéressant quand en tirant sur la pelote cela dévoile bien autre chose. Et on fait un peu les trois pas dans ce Carré 35. Alors, pour meubler l’inconsistance d’un tel sujet, l’acteur cinéaste y mêle des images d’archives qui, au mieux, pourraient passer pour de l’opportunisme bien-pensant, au pire, pour du mauvais goût (détournement de propagande coloniale ou images d’archives nazies sur l’euthanasie des handicapés).

Un exercice périlleux, celui du film-essai personnel (familial), auquel Chantal Akerman s’est livrée toute sa vie avec plus de réussite, sachant, elle, garder un cap, un sujet unique, quand elle filme, même sur un tout petit sujet, sans broder par-dessus, en se rendant compte ou en craignant qu’il ne se suffise pas à lui-même.

D’ailleurs, sans spoiler, est-ce vraiment une si bonne idée de prendre le spectateur par surprise et de lui révéler au bout de quelques minutes de quoi il suspecte sa petite sœur d’avoir été atteinte ? Ça donne l’impression de trouver son sujet en cours de route ou de jouer d’un artifice puéril pour intriguer son spectateur. C’est tout le dilemme avec les secrets… savoir quand et comment les divulguer.

Si Éric Caravaca voulait faire un film pour honorer la mémoire de sa sœur, c’est perdu me concernant, je trouve surtout qu’il y humilie malgré lui sa mère.


Carré 35, Éric Caravaca 2017 | Les Films du Poisson, NiKo Film, Auvergne Rhône-Alpes Cinéma

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A Girl at My Door, July Jung (2014)

A Girl at My Door

3/10 IMDb

Réalisation : July Jung

aka Dohee-ya

Top des films avec des femmes indépendantes

Scénario irréaliste dans un pays où la subtilité est sévèrement réprimée. Celui qui s’en rend coupable risque une Corée-ction…

On y apprend en tout cas que les services sociaux n’existent pas en Corée du Sud, pas plus que les avocats, les juges ou les psys. Une telle manière de procéder laisse penser qu’on est dans l’esprit d’une fillette de quatre ans à qui on demanderait avec ses moyens de raconter une histoire : les adultes sont soit de gentils individus ne nous voulant que du bien (les policiers en l’occurrence) soit des gens louches dont il faut se méfier. Pour faire semblant d’ajouter de l’épaisseur à son personnage principal July Jung lui invente une histoire de gourde à classer dans le rayon mystère à découvrir, et un passé forcément lourd et victimisant.

Il y a des personnes qui écrivent des scénarios et il y en a d’autres qui mettent sur papier, puis sur pellicule, leurs fantasmes, avant de les barioler pudiquement de caractères et de motifs mosaïques.

Assez navrant dans son écriture. Dommage parce qu’à la mise en scène July Jung se défend. Cette fois-ci, on tient bien une petite sœur de Hope en matière de subtilité. Tout le monde ne peut être Lee Chang-Dong (qui produit le film d’ailleurs).


 

A Girl at My Door, July Jung 2014 | Pine House, FilmNow Films


La Pointe courte, Agnès Varda (1955)

La Pointe courte

7/10 IMDb

Réalisation : Agnès Varda

Avec : Philippe Noiret, Silvia Monfort

Une histoire du cinéma français

Cent ans de cinéma Télérama

Les Indispensables du cinéma 1955

Varda qui invente presque le style Bresson avec une pointe de néoréalisme et qui précède la nouvelle vague (bande de Resnais-Marker oblige). Influence possible de Bergman, mais ça ressemble à peu de choses d’époque.

On y voit quelques travellings dans des espaces vides et ouverts (pas de ceux comme dans Sang et Or tournés à la grue, mais bien en gardant une ligne d’horizon fixe) qui pourraient bien avoir influencé Resnais notamment pour LAnnée dernière à Marienbad (il a monté le film), mais pas seulement (le final dans Profession : Reporter d’Antonioni), et une particularité des films tournés en extérieur avec de faibles moyens : la post-synchro obligatoire rendant le tout étrangement artificiel malgré les images voire les sujets (la révolution des micros miniatures est pour bientôt il me semble, au tournant des années 60).

C’est parfois un peu maladroit. Non pas que ce soit bavard (ça l’est, mais ce n’est pas un défaut tant qu’on a de tels acteurs et la possibilité de tout postsynchroniser en assumant ce caractère artificiel), mais certaines répliques sont à la limite du ridicule.

(Amusant de voir Philippe Noiret avec une coupe improbable au bol issue sans doute d’une pièce du TNP — Macbeth apparemment).


La Pointe courte, Agnès Varda 1955 | Ciné-tamaris


La Goualeuse, Fernand Rivers (1938)

La Goualeuse

6/10 IMDb

Réalisation : Fernand Rivers

Mélange étrange de mélodrame à l’ancienne (avec fils caché, lignes de l’intrigue nouées sans vraisemblance, dévouement pathétique pour l’être chéri…) et de comédie.

Grâce aux acteurs, le volet comique est réussi, le mélo un peu moins. Mais l’intérêt se cache surtout ailleurs : c’est le seul film ou presque dans lequel on peut voir chanter Lys Gauty, la goualeuse du titre, qui se met donc à chanter en plein milieu de n’importe quoi, et ça, ça vaut sérieusement le détour. Dommage qu’on ne puisse la voir et l’entendre par ailleurs : une voix et une interprétation exceptionnelles, combinées à une beauté espagnole à l’accent parigot, capables de vous « embarquer » loin. C’est aussi elle qui possède la meilleure tirade du film, avec son réquisitoire contre la justice des riches. Bel aphorisme : « L’honnêteté, c’est un bateau qui s’embarque vers nulle part. »

Une agréable trouvaille de la Cinémathèque, typique d’avant-guerre, honteusement oubliée, politique des auteurs oblige (parfois relayée par une politique des stars). Il serait temps de redécouvrir ce film (ainsi que beaucoup d’autres de son époque) et de lui rendre sa légitime place dans l’histoire du cinéma.


La Goualeuse, Fernand Rivers 1938 | Les Films Fernand Rivers


Le Feu, Giovanni Pastrone (1916)

Il fuoco (la favilla – la vampa – la cenere)

Le Feu Année : 1916

6/10 IMDb

Réalisation :

Giovanni Pastrone

Avec :

Pina Menichelli

Parangon du film de vamp populaire à l’époque. Le film est sous-titré la favilla — la vampa — la cenere. En français, l’étincelle, la vamp et la cendre, autrement dit une allégorie de l’inspiration artistique dans laquelle la muse de l’artiste devient maléfique… On peut alors retraduire le titre par « elle l’allume, le vampirise (ou l’aspire, là où les vraies muses inspirent) et le grille ».

Repérée dans Cabiria, Pina Menichelli se voit ici proposer le premier rôle par Giovanni Pastrone, délaissant ainsi un temps les péplums pour profiter de la popularité du phénomène « vamp ». C’est simple et efficace, le film étant structuré autour des trois parties de son sous-titre, et Pastrone propose deux ou trois travellings à la Cabiria en plus de nombreux panoramiques.

À noter l’utilisation du hibou pour illustrer symboliquement le caractère sournois et malfaisant du personnage féminin (Pina Menichelli porte même une sorte de diadème rappelant la coiffe d’un hibou…). Y a des symboles étranges : Ridley Scott reprendra l’animal aux côtés d’une autre femme fatale dans Blade Runner


Le Feu, Giovanni Pastrone 1916 Il fuoco (la favilla – la vampa – la cenere) | Itala Film


Dokoku / Lamentation, Shin Saburi (1952)

Dokoku / Lamentation

Dokuku Année : 1952

5/10 IMDb

Réalisation :

Shin Saburi

Avec :

Sumiko Abe
Michiyo Kogure
Tatsuya Mihashi
Kuniko Miyake
Shin Saburi

Shin Saburi devant et derrière la caméra. On le connaît surtout comme acteur, et il fait appel à d’autres têtes connues pour l’occasion. Vendu par la Maison de la culture du Japon où il est projeté comme une sorte de Eve japonais, ce serait plutôt The Actress (tourné l’année suivante).

Difficile de s’émouvoir pour une telle histoire : le personnage principal de l’actrice est insupportable, prête à tout pour réussir ; et l’écrivain ainsi assailli paraît un mollusque à se laisser manipuler sans jamais se départir de son insupportable nonchalance.

Les effets de mise en scène n’y changeront rien. Impossible de s’intéresser au destin de personnages antipathiques. En général, tous les acteurs veulent rendre leur personnage plus sympathique qu’il ne devrait l’être, là Shin Saburi ne se fait pas prier…

On se demande comment un tel film a pu être sélectionné par la revue Kinema Junmpo pour être un des meilleurs films de l’année 52.


La Prise de pouvoir par Louis XIV, Roberto Rossellini (1966)

La Prise de pouvoir par Louis XIV

7/10 IMDb

Réalisation : Roberto Rossellini

Les Indispensables du cinéma 1966

Excellent scénario, sorte de docufiction très informatif. Reconstitution parfaite. Reste la direction d’acteurs quasi inexistante.

C’est paradoxalement un des Rossellini les plus supportables, probablement parce qu’il n’y a pas grand-chose de lui dans le film.

Et bon film de l’ORTF. C’est laid, mal fagoté, dirigé avec les pieds, mais on apprend deux ou trois choses (pas forcément historiquement fiables d’ailleurs, mais on fera semblant), aucun élément n’est pour ainsi dire développé après avoir été annoncé, un peu comme on balance des anecdotes de pouvoir, mais avec un tel sujet c’est bien le principal.

Faire « un peu » d’histoire, sans prétendre à en faire une fiction et flirter avec le dramatique (et ça, c’est peut-être finalement assez rossellinien).


La Prise de pouvoir par Louis XIV, Roberto Rossellini 1966 | ORTF


Avventure straordinarissime di Saturnino Farandola, Marcel Fabre (1913)

Avventure straordinarissime di Saturnino Farandola

5/10 IMDb

Réalisation : Marcel Fabre

aka Les Aventures extraordinaires de Saturnin Farandoul

Influence certaine de Méliès, à travers l’adaptation d’un type de récit lui-même très inspiré de Jules Verne.

On alterne étrangement les séquences (ou tableaux) tournées en studio (scènes sous-marines ou assez fabuleuses dans les nuages) et d’autres en extérieurs. Si la bataille finale en aéronefs est spectaculaire, il faut peut-être plus retenir l’épisode dans les marais contre les Indiens (ou les alliés de Phileas Fogg).

On est la même année que Quo Vadis ? et on peut repérer (si on n’est pas trop attentif à l’histoire) le même type de panoramiques d’accompagnement.

Pour le reste, c’est du gros spectacle niais et insignifiant (présenté encore une fois lors d’une séance « jeune public » à la Cinémathèque, et forcément presque vide).


Avventure straordinarissime di Saturnino Farandola, Marcel Fabre 1913 | Società Anonima Ambrosio


Hi, Mom! Brian De Palma (1970)

Hi, Mom!

Hi,Mom!Année : 1970

6/10 IMDb

Réalisation :

Brian De Palma

Avec :

Robert De Niro

Robert De Niro dans un cinéma à mater un film porno, Robert De Niro se talking tout seul et se mettant en situation, Robert De Niro avec une veste de l’armée… et pourtant, non, ce n’est pas Taxi Driver.

On ne retient pas grand-chose de la satire un peu lourde de Brian De Palma, mais y en a un qui va refourguer pas mal des caractéristiques de son personnage pour un autre film bien meilleur, mais certes moins léger (enfin léger… c’est tout de même souvent bien lourd ici, si Brian était doué d’humour, ça se saurait).

Heureusement que les acteurs (pratiquement tous en roue libre et avec une grande part d’improvisation) font le boulot. Parce que rien à redire sur la mise en scène rythmée de De Palma, mais son scénario vaut rien (il fait peut-être avec les moyens du bord, faut reconnaître).


 

Hi, Mom!, Brian De Palma 1970 | West End Films