Le présent nu

L’Ennui et sa diversion, l’érotisme
Titre original : La noia
Année : 1963
Réalisation : Damiano Damiani
Avec : Bette Davis, Horst Buchholz, Catherine Spaak
Le sujet n’est pas inintéressant, mais il manque toujours chez Damiano Damiani un petit quelque chose qu’il lui permettrait de mettre en valeur les histoires qu’il adapte. En dehors de quelques musiques diégétiques par exemple, il semble ne pas vouloir, ou ne pas savoir, utiliser la musique pour rehausser la tension dans ses films. Si avec la caméra, il se débrouille, sa direction d’acteurs paraît inexistante et son sens dramatique suspect. Dans un drame sexuel et psychologique, voire social, comme ici, sur la durée, Damiano Damiani échoue à instaurer un ton et une harmonie propices à l’émergence d’une curiosité chez le spectateur ou d’un suspense. Dans la construction d’un récit, et dans la mise en scène, avec les acteurs, à travers les regards ou les silences, il faut arriver à faire peser sur l’instant, le moment présent de l’action, dans la situation, le poids du passé (parfois inconnu, caché, mais suggéré) et celui de l’avenir (incertitude sur les relations, conflits futurs, résolution des conflits à travers des compromis ou achèvement d’un but). Quand sur le présent ne pèse jamais ni le passé ni l’avenir, si l’on attend de chaque séquence qu’elle trouve son propre rythme, sa propre logique, sa propre intensité, le film rame. Et l’on s’ennuie. C’est exactement ce qui arrive ici.
Si Catherine Spaak ne s’en sort pas trop mal, c’est à la fois parce que l’insouciance qui définit beaucoup son personnage n’est pas le trait de caractère le plus compliqué à rendre pour une actrice, parce qu’elle a beaucoup de talent, et parce que c’est essentiellement le type de personnage qu’elle incarnait à l’époque. Mais les conflits intérieurs, les incertitudes morales, les détours psychologiques reposent sur l’acteur masculin. Impossible pour lui d’adopter le ton requis sans l’aide d’un grand directeur d’acteurs ou sans reproduire instinctivement les pulsions qui animent le personnage. Je doute d’ailleurs qu’un acteur puisse arriver à rendre un tel personnage sympathique… Pas convaincu non plus que de disposer de trois interprètes principaux de nationalités différentes contribue à la cohérence de jeu…
Dommage que Damiano Damiani ne se soit pas aventuré plus souvent vers des sujets personnels comme pour Les Femmes des autres : adapter les histoires des autres (ici, Alberto Moravia), a fortiori des romans, réclame un savoir-faire, en particulier une certaine audace à s’approprier un sujet, à ne pas le respecter. Au contraire de Damiano Damiani, Lattuada, par exemple, disposait de ce sens de l’adaptation (la « qualité italienne »).




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Année : 1943-45

