
Clément Viktorovitch, lors de son « Café rhétorique » (2 et 3 mars 2026)
Réponse de la vidéo de Clément Viktorovitch accablant Jean-Luc Mélenchon sur une prétendue sortie antisémite.
La prononciation phonétique des noms supposés juifs comme la biologie n’a aucun fondement. Ce sont des arguments qui n’ont aucune portée ailleurs que dans les milieux antisémites. Contrairement à ce qui est annoncé, parmi les non-antisémites, la prononciation de tel ou tel nom en « ein » ne révèle en rien l’appartenance supposée à la judéité. C’est une obsession peut-être antisémite, mais pas du tout française.
Les noms Epstein, Frankenstein, Einstein ou Eisenstein prononcés « a-ïn » font « allemand/Europe continentale » dans l’esprit populaire, pas spécifiquement « juif ». Le second est Suisse, l’autre était Allemand avant de devenir Américain et le dernier était Soviétique. « Epstein » est par ailleurs un nom ancré en France bien connu des cinéphiles. Preuve que tous ces clichés et ces obsessions antisémites ne reposent que sur du vent.
Laissons-les aux antisémites ; cessons de reprendre leurs tropes pour accuser des individus qui n’ont jamais tenu des propos antisémites.
La prononciation ici ne dit rien de la judéité des noms. Qui a déjà suggéré que Frankenstein était juif, franchement ?… Ce n’est pas parce que l’on prononcerait « Epsta-ïne » que cela ferait « juif » : c’est une prononciation française, voire européenne, d’un nom par ailleurs tenus par des Français. Et ce n’est pas parce que l’on prononcerait « Epstine », comme le laisse entendre Mélenchon, que cela ferait russe. Parce que c’est la prononciation… américaine originale concernant le criminel.
Si « Epstine » fait russe demande Viktorovitch à quoi fait référence « Epstein » ? Eh ben, à la prononciation française (comme allemande, voire russe, cf. Einstein). Il y a des Epstein en France. Dont des connus : ce sont des cinéastes français connus de l’époque du muet (Marie et Jean, nés à Varsovie). Quant à la prononciation « monstrueuse » du « a-ïne », cela peut être de l’antisémitisme comme cela peut être induit par la créature de Frankensta-ïne.
Ce n’est pas parce que les antisémites ont des obsessions que tous les commentaires sur la consonance d’un nom procèdent de l’antisémitisme et que ces obsessions sont partagées.
Bel exemple de « loi de l’instrument » selon laquelle si vous disposez d’un marteau, tout ressemble à un clou.
Non, le cadre est primordial. Et le cadre du discours de Mélenchon, ce n’est pas les juifs, c’est l’angle anti-russe des médias qui auraient choisi cette prononciation « Epstine » pour faire plus russe.
La take de Mélenchon est complotiste, prorusse, pas antisémite. Dans sa bouche, le fait qu’il faille prononcer « Epstine » à l’américaine (lui dit à la russe) serait une manière de salir les Russes. C’est très exactement son propos. C’est une critique des médias qu’il juge anti-russes. Il est là le scandale. Mais pour ça, il ne faut pas couper lamentablement la phrase comme cela est fait ici par Clément Viktorovitch, ou partout ailleurs dans les médias.
Un expert en rhétorique qui ne sait pas qu’aucune phrase ne commence par « sauf ». Mais bien sûr… « appelle-nous con, ça ira plus vite », pour reprendre une de ses phrases favorites.
« Sauf » est une préposition, elle met par conséquent en relation deux éléments d’une même phrase et d’une même idée. Vous coupez ce qui précède la préposition, vous faites dire complètement autre chose à la phrase. J’ai besoin d’expliquer quelque chose de si élémentaire ?
Clément Viktorovitch participe donc, en connaissance de cause, au lynchage médiatique de Mélenchon pour des raisons fallacieuses, voire malhonnêtes. Je n’aime pas Mélenchon, mais non pas parce qu’il serait antisémite, mais à cause de ses sorties pro-Russes, complotistes, anti-sciences et parce que sa politique de bordélisation/diabolisation promet une gifle pour la gauche alors que lui-même n’est pas porteur de propositions politiques si radicales que ça.
Un argument contre Mélenchon, en rapport avec l’antisémitisme, tiendrait en revanche la route :
Quand on guette toutes tes interventions pour y trouver des passages à détourner, et que tu le sais, tu évites de jouer justement avec des tropes qui pourraient être pris pour ce qu’ils ne sont pas. Mélenchon est supposé être un prince de la rhétorique, c’est un grand orateur. Mais sa stratégie rhétorique prête justement le flanc trop souvent aux critiques. Légitimes comme illégitimes.
Clément Viktorovitch avait fait les frais il y a quelques jours d’un montage tronqué qui lui avait valu une campagne de dénigrement en ligne. L’arrosé se fait arroseur ?
Je rappelle que Mélenchon, comme aucun membre de son mouvement, n’a jamais été épinglé pour des propos antisémites. Est-ce que cela pourrait ou pourrait arriver ? Bien sûr. Il y a moins d’antisémitisme à gauche que dans les autres partis, mais nul n’est à l’abri. En revanche, voir de l’antisémitisme partout et qualifier tout et n’importe quoi d’antisémite rend inopérante la lutte contre l’antisémitisme. L’obsession maladive à chercher des antisémites partout relève du même complotisme et de la même haine que l’antisémitisme. Si tout devient antisémite, plus rien n’est antisémite.
Autre rappel, ce n’est pas parce que vous êtes émus (et cela peut être légitime), en croyant reconnaître des tropes antisémites, que ce que vous pensez identifier comme des tropes antisémites le sont véritablement. C’est la différence entre le ressenti et la réalité. On peut légitimement avoir un sentiment d’insécurité et être pour autant en sécurité. Cette émotion ou ces sentiments doivent être compris et entendus, mais ils ne peuvent faire la preuve d’un antisémitisme. On ne juge pas les gens sur des impressions personnelles, mais sur des faits.
On connaissait déjà cette situation avec des accusations de harcèlement en ligne : si vous êtes harcelé en ligne, il devrait y en avoir des preuves.
Oui, cela pose la question des dog whistles. Mais seuls les déclarations claires et les faits peuvent être condamnés, pas les intentions masquées, les messages codés ou les accusations qui reposent sur un ressenti personnel.
Mélenchon et LFI sont rarement à la hauteur, mais qu’ils soient critiqués avec des arguments légitimes : sur leur politique internationale, sur leur stratégie politique, sur leurs propositions énergétiques ou de santé. Les attaques contre leur antisémitisme supposé, comme cela avait déjà été le cas lors de la polémique des caricatures d’Hanouna, restent, pour l’heure, illégitimes.
Quant à l’argument « linguistique » de Clément Viktorovitch qui préfère prononcer à la française le nom « Epstein », donc…, dans sa logique, à la juive, je le trouve tout aussi faible.
Changer « Epstein » pour « Epstine » n’a rien d’une préciosité des anglophones (il parle de « pureté », attention avec les tropes antisémites, hein). La prononciation de Nike à la française s’est imposée dans un monde fermé sans Internet. Si l’on prononce « Epstine », malgré le fait que l’on a toujours prononcé à la française ces noms à consonance d’Europe continentale (prononciation exclusivement juive, seulement pour les antisémites), c’est précisément pour ne pas salir les familles Epstein françaises (dont on se fout qu’elles soient juives ou non – ça, c’est une obsession antisémite). On distingue ainsi « Epstine », le nom américain et « Epstein », le nom et la prononciation française.
Si certains ça leur « hérisse le poil » chaque fois que LFI utilise des tropes prétendument antisémites, il y a aussi des Epstein en France qui tique quand on associe leur patronyme à un pédophile.
Quand ce n’est plus la raison, mais les sentiments qui l’emportent, comment fait-on ? Qui dispose de l’émotion la plus légitime ? Ceux qui sont émus de la prononciation française d’Epstein par un supposé antisémite ou ceux qui sont émus d’être confondus avec un pédocriminel ?
Les émotions sont légitimes. Les attaques infondées basées sur des manipulations ne le sont pas.
Politique et médias
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