Les jalons du cinéma américain : vers le Nouvel Hollywood 5

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Les films du Nouvel Hollywood :

—— les années 75-80 ——

Retour du star system et fin


— 1975

Hollywood innove déjà moins. Les grands films du mouvement s’appuie essentiellement sur les nouvelles figures : ce n’est déjà plus un cinéma d’« auteurs », puisque les cinéastes de l’ancienne génération reprennent en partie le flambeau et, tout en récupérant les nouveaux usages, mettent ces acteurs sur le devant de la scène. Le star system est de retour.

Vol au-dessus d’un nid de coucou, Milos Forman

Après un premier film indépendant (Taking Off), le réalisateur tchécoslovaque se voit proposé par Michael Douglas et son père l’adaptation du roman à succès (Kirk Douglas avait déjà acquis les droits pour la scène). La présence de Jack Nicholson assure au film de la visibilité. Le triomphe populaire et critique est majeur.

Un après-midi de chien, Sidney Lumet

Al Pacino et Lumet rempilent après Serpico. Le cinéaste pousse le naturalisme un cran plus loin et permet à l’acteur d’improviser tout en évitant soigneusement de tourner en studio. L’acteur est associé à son partenaire du Parrain, John Cazale, qui deviendra a posteriori une figure mythique du Nouvel Hollywood après Deer Hunter et sa disparition prématurée.

Nashville, Robert Altman

Altman retrouve le style qui avait fait son succès sur M*A*S*H et qui deviendra sa marque de fabrique : le film choral.

Les Trois Jours du Condor, Sydney Pollack

Quatrième collaboration entre Sydney Pollack et Robert Redford ; et le seul qui rentre pleinement dans le mouvement du Nouvel Hollywood. Thriller politique en phase avec les suspicions de son époque. C’est la première fois en revanche que Sydney Pollack et le directeur de la photographie de French Connection et de L’Exorciste, Owen Roizman, se retrouvent : ils travailleront à nouveau ensemble cinq fois.

La Fugue, Arthur Penn

Nouvel opus pour Penn après Bonnie and Clyde et Little Big Man. Gene Hackman, figure marquante du mouvement depuis French Connection, Conversation secrète et L’Épouvantail, tient le haut de l’affiche dans ce thriller psychologique.

French Connection II, John Frankenheimer

À son tour, comme Lumet par exemple, Frankenheimer prend le train du Nouvel Hollywood en marche en proposant la suite d’un des films phares du mouvement. Plus classique, mais tout aussi noir. On peut discuter du rapport au film avec le Nouvel Hollywood. Gene Hackman interprète à nouveau « Popeye ».

Shampoo, Hal Ashby

Ashby continue son parcours après Harold et Maude et La Dernière Corvée. Le réalisateur s’associe cette fois avec Warren Beatty, un des acteurs qui avait initié le mouvement (acteur et producteur de Bonnie and Clyde). Comédie amère.

Le Jour du fléau, John Schlesinger

Bien qu’étant une reconstitution d’une époque passée, le film reste en lien avec la mouvance sombre et critique du Nouvel Hollywood. Après Macadam Cowboy, Schlesinger était revenu au pays. Après celui-ci, il enchaînera avec un autre film typique de cette époque : Marathon Man. Le scénariste est Waldo Salt qui avait signé le scénario de Serpico, mais surtout celui du premier film américain de John Schlesinger et étendard du Nouvel Hollywood : Macadam Cowboy.

Le Bagarreur, Walter Hill

La suite pourrait nous inciter à ne pas concevoir le film comme un pur produit du Nouvel Hollywood, mais à considérer Walter Hill pour ce qu’il était en 1975 (premier film comme réalisateur après avoir écrit des scénarios remarqués, comme Guet-apens, de Sam Peckinpah ou Le Piège, de John Huston), ainsi que Charles Bronson (Justicier dans la ville n’en a sans doute pas fait assez pour le classer parmi les acteurs de « mauvais genre »), on peut encore légitimement penser que l’on n’est pas encore dans du cinéma d’exploitation.

Premier clou dans le cercueil du Nouvel Hollywood : le succès estival des Dents de la mer ouvre brutalement une voie nouvelle, celle d’un cinéma de grande consommation, orienté vers un public jeune et avide de sensations fortes. George Lucas avait déjà amorcé ce mouvement avec American Graffiti et confirmera cette tendance avec Star Wars qui scellera la marginalisation du Nouvel Hollywood dès 1977. Les Dents de la mer récupère également les principes commerciaux amorcés par Le Parrain (sortie nationale, campagne de publicité, teasings, etc.) ; ces principes se généraliseront encore quand les studios reprendront vraiment la main. Le Nouvel Hollywood était contestataire, ses histoires traitaient de sujets réalistes, intimistes, voire sociaux et politiques ; les blockbusters balayeront cette logique ambitieuse et « auteuriste ».

Les films hors Nouvel Hollywood de cette année 1975 :

  • Les Dents de la mer, Steven Spielberg
  • The Rocky Horror Picture Show, Jim Sharman
  • Guerre et Amour, Woody Allen
  • Grey Gardens, Albert Maysles, David Maysles, Ellen Hovde, Muffie Meyer
  • La Course à la mort de l’an 2000, Paul Bartel
  • Rollerball, Norman Jewison
  • Apocalypse 2024, L.Q. Jones
  • Les Femmes de Stepford, Bryan Forbes
  • Le Retour de la Panthère rose, Blake Edwards
  • Welfare, Frederick Wiseman
  • Les Loubardes, Jack Hill
  • Adieu ma jolie, Dick Richards
  • Course contre l’enfer, Jack Starrett
  • Cooley High, Michael Schultz

— 1976

Un « Nouvel Hollywood » qui penche sérieusement vers la côte est. Beaucoup des films marquants de cette année annonce la fin du mouvement et un virage décisif qui prendra réellement forme l’année suivante avec La Guerre des étoiles.

Taxi Driver, Martin Scorsese

Pour la fin du Nouvel Hollywood, Scorsese retrouve Robert De Niro et réalise un chef-d’œuvre récompensé à Cannes. Il s’agit du second scénario pour le cinéma écrit par Paul Schrader après The Yakuza, réalisé en 1974 par Sydney Pollack.

Rocky, John G. Avildsen

Le Nouvel Hollywood a bousculé les stéréotypes masculins à l’écran et imposé une série de nouvelles têtes. Sylvester Stallone ne correspond alors à aucun de ces stéréotypes : il ne colle ni aux clichés de l’ancien Hollywood, ni à ceux du nouveau. Alors, il écrit lui-même un scénario qu’il propose à deux producteurs new-yorkais. Rocky est produit, puis réalisé. Stallone s’impose comme interprète pour le rôle principal, et voilà une des plus belles histoires du cinéma. Le film est une parfaite jonction entre le Nouvel Hollywood (style naturaliste, rugueux) et le « nouvel Nouvel Hollywood » qui verra bientôt un retour à certains principes commerciaux dans la production des films (recours au mélodrame, au happy-end). Le film pourrait presque à lui seul résumer la décennie qui suit.

Network, Sidney Lumet

Lumet continue de zigzaguer entre les gouttes des attentes du public et entre les genres, refusant presque de céder aux étiquettes faciles. Serpico et Un après-midi de chien s’intégraient sans problème au Nouvel Hollywood, Le Crime de l’Orient-Express, pas du tout. Avec Network, le flou est permis, et l’on serait tentés de dire qu’à sa manière, comme Rocky, il décrit à la fois parfaitement l’époque vécue, comme il annonce la suite. La distribution, très hétéroclite, illustre cette ambivalence.

Carrie, Brian De Palma

Après quelques essais infructueux, De Palma trouve enfin son premier succès en adaptant, là encore, le premier succès en librairie de Stephen King. Carrie est tout aussi annonciateur que Rocky ou de Network à sa manière. Quoi de mieux pour attirer le public dans les salles qu’une adolescente ayant l’âge des spectateurs ? Trois ans après L’Exorciste, Carrie pourrait représenter à l’écran et dans l’imagination du public le personnage de Linda Blair touché par un sort différent. Quelques mois avant La Guerre des étoiles, les pouvoirs imaginés par Stephen King préfigurent aussi la Force des Jedis. L’esprit de vagabondage, d’aventures, l’aspiration à des libertés nouvelles, tout l’esprit du Nouvel Hollywood commence à se tarir, et l’on retourne en ville (si ce n’est New York ou Philadelphie, ce sera la banlieue ou les villes moyennes). Carrie annonce-t-il l’industrie cinématographique de demain ?

Les Hommes du président, Alan J. Pakula

Une grosse production qui fait la synthèse de dix années d’Hollywood : le nouveau comme le plus conventionnel. Dustin Hoffman et Robert Redford font ainsi la paire, dans un thriller politique et d’espionnage qui fera date. La face lumineuse de Network si l’on était gentil : quand le quatrième pouvoir joue parfaitement son rôle de contre-pouvoir au lieu de se regarder le nombril et de tomber en dépression. Dernier volet de la trilogie de la paranoïa, cinq ans après Klute.

Marathon Man, John Schlesinger

Un temps pressenti pour réaliser Les Hommes du président, Schlesinger se retrouve à diriger Dustin Hoffman dans un autre thriller. Le « conventionnel », ici, est représenté par la présence inquiétante de Laurence Olivier.

Meurtre d’un bookmaker chinois, John Cassavetes

Cassavetes retrouve Ben Gazzara et s’intéresse au milieu interlope de la nuit à Los Angeles. Se rapproche-t-il du mouvement en venant tourner en Californie ?…

Mikey et Nicky, Elaine May

Sorte de négatif de Meurtre d’un bookmaker chinois dans lequel Cassavetes joue cette fois devant la caméra en compagnie de Peter Falk. Rare figure féminine à la réalisation, Elaine May attendra dix ans avant de réaliser un dernier film. Elle s’adaptera à son époque en signant le scénario de Reds et de Tootsie, puis deux derniers pour son ancien partenaire de scène, Mike Nichols. Mais cette variante sombre et indépendante du cinéma américain sera vouée à disparaître dans les années à venir. À contre-emploi, Ned Beatty (l’acteur révélé dans Délivrance dont le personnage subissait un viol) joue ici un tueur à gages.

Missouri Breaks, Arthur Penn

Dernier film estampillé Nouvel Hollywood pour un des initiateurs du mouvement après Bonnie and Clyde, Little Big Man et La Fugue. Missouri Breaks réunit à l’écran Jack Nicholson et Marlon Brando.

Assaut, John Carpenter

Après son film de science-fiction indépendant Dark Star sorti en 1974, Carpenter réalise un chef-d’œuvre de violence minimaliste. Toujours produit en dehors des cercles hollywoodiens, il convient tout de même de citer le film dans sa manière de revisiter le western à travers un huis clos (à la manière de Rio Bravo) et un environnement pleinement ancré dans l’Amérique du Nouvel Hollywood. Comme beaucoup d’autres films de 1976, Assault, imaginé comme un simple film d’exploitation, annonce les films d’action de la décennie suivante.

En route pour la gloire, Hal Ashby

Nouveau film mis en lumière par Haskell Wexler, cette fois pour se mettre au service du réalisateur de Shampoo, de La Dernière Corvée et d’Harold et Maud. Les deux techniciens avaient travaillé sur un des films annonçant le Nouvel Hollywood : Dans la chaleur de la nuit. La boucle est bouclée, Hollywood peut désormais passer à autre chose…

Entre westerns, films d’époque, comédies, films de science-fiction, thrillers, voici tous les autres films de cette année 1976 réalisés en dehors du Nouvel Hollywood :

  • La Malédiction, Richard Donner
  • Josey Wales hors-la-loi, Clint Eastwood
  • L’Âge de cristal, Michael Anderson
  • Bugsy Malone, Alan Parker
  • Quand la Panthère rose s’emmêle, Blake Edwards
  • La Chouette Équipe, Michael Ritchie
  • Silver Streak, Arthur Hiller
  • Complot de famille, Alfred Hitchcock
  • L’inspecteur ne renonce jamais, James Fargo
  • Le Prête-nom, Martin Ritt
  • Obsession, Brian De Palma
  • Le Dernier des géants, Don Siegel

— 1977

Avec La Guerre des étoiles, Hollywood prend définitivement un tournant qui enterre le Nouvel Hollywood. Les films du Nouvel Hollywood se font plus rares. Le succès n’est plus au rendez-vous. Après le succès du film de George Lucas, la contre-réforme est effective. Les studios retourneront très vite à des projets calibrés pour un public facile limitant théoriquement les gouffres financiers. L’industrie ayant trouvé un nouveau marché (les jeunes) reposant sur un type de produit spécifique (l’imaginaire), inutile d’avoir recours à des « auteurs ». De nouveaux usages et une nouvelle génération sont apparus ; tout roule ; aucune raison de prendre des risques.

Trois Femmes, Robert Altman

Deux ans après Nashville, le réalisateur de M*A*S*H revient avec un film dont il a lui-même écrit le scénario. Il retrouve pour l’occasion une de ses actrices fétiches, Shelley Duvall, et une des rares égéries du mouvement, Sissy Spacek (La Balade sauvage, Carrie).

Le Convoi de la peur, William Friedkin

Le Convoi de la peur

Six ans après French Connection et quatre ans après L’Exorciste, Friedkin propose un remake du Salaire de la peur qui tournera à la catastrophe. Si l’idée d’un thriller routier pouvait sembler en phase avec les principes de l’époque, le dépassement de budget annonce d’autres projets fous. Les studios mourraient à petit feu du manque de renouvellement de génération, mais quand une partie de cette génération a eu l’idée d’hypothéquer toute une industrie à travers des paris incontrôlés, cette industrie décidera de miser alors sur des hommes et des projets jugés moins risqués. Fallait pas jouer avec la nitroglycérine.

Opening Night, John Cassavetes

La meilleure période de Cassavetes qui coïncide étrangement avec celle du Nouvel Hollywood, s’achève avec cet hommage à la scène et aux acteurs de Broadway. Trois ans après Une femme sous influence, le réalisateur redonne le rôle principal à une femme (la même, la sienne). Gena Rowlands sera récompensée à Berlin.

À la recherche de Mister Goodbar, Richard Brooks

Vétéran et assez marginal dans la production, Richard Brooks propose un dernier film que l’on peut rattacher au Nouvel Hollywood. Film sombre, bénéficiant de la présence de Diane Keaton, sa photographie est assurée par William A. Fraker, le chef opérateur qui avait éclairé en 1968 Bullitt et Rosemary’s Baby.

Comme un symbole, un jeune acteur nommé Richard Gere fait une apparition remarquée. Trois ans plus tard, il deviendra une figure (et un sex-symbol, preuve que l’époque a bien changée) du cinéma paillettes des années 80 grâce à American Gigolo.

Martin, George A. Romero

Peut-être le film de Romero le plus en phase avec le Nouvel Hollywood. La critique de la consommation mise à part, Martin questionne notre place dans la société, traite de paranoïa, de vices, de crimes, de la part monstrueuse en nous…

Avec La Guerre des étoiles, Hollywood prend définitivement un tournant qui enterre le Nouvel Hollywood. Voici les films de cette année 1977 qui illustre de la fin d’une époque (certains contiennent encore quelques éléments spécifiques au mouvement) :

  • La Guerre des étoiles, George Lucas
  • La Fièvre du samedi soir, John Badham
  • Eraserhead, David Lynch
  • Rencontres du troisième type, Steven Spielberg
  • Annie Hall, Woody Allen
  • La Castagne, George Roy Hill
  • Cours après moi shérif, Hal Needham
  • Légitime Violence, John Flynn
  • La colline a des yeux, Wes Craven
  • Capricorn One, Peter Hyams
  • Adieu, je reste, Herbert Ross
  • New York, New York, Martin Scorsese
  • Black Sunday, John Frankenheimer
  • Le Grand Frisson, Mel Brooks
  • Last Chants for a Slow Dance, Jon Jost
  • Desperate Living, John Waters
  • Julia, Fred Zinnemann
  • Le Tournant de la vie, Herbert Ross

— 1978-80

Après La Guerre des étoiles, quelques films peuvent encore s’intégrer à la mouvance du Nouvel Hollywood jusqu’en 1980 :

Les Moissons du ciel, Terrence Malick

Cinq ans après un premier film remarqué (La Balade sauvage), Malick poursuit ses explorations poétiques de la campagne américaine. Il ne reviendra au cinéma qu’en 1998 avec La Ligne rouge.

Voyage au bout de l’enfer, Michael Cimino

Quatre ans après Le Canardeur, Cimino évoque la vie de quelques ouvriers dont le destin basculera au moment de la Guerre du Vietnam. Triomphe public et critique. Le film réunit à l’écran Al Pacino, Christopher Walken, Meryl Streep, John Savage et John Cazale, tous des visages de la nouvelle génération et du Nouvel Hollywood.

Blue Collar, Paul Schrader

Premier film à la réalisation du scénariste de Taxi Driver et de Yakuza. La classe ouvrière est encore au centre du film.

Apocalypse Now, Francis Ford Coppola

Tournage mouvementé pour ce chef-d’œuvre moite, viril et psychologique, adaptant librement Au cœur des ténèbres, de Joseph Conrad, à la Guerre du Vietnam.

Raging Bull, Martin Scorsese

Nouveau film du duo Scorsese-De Niro. Mardik Martin et Paul Schrader écrivent un scénario évoquant la vie du boxeur Jake LaMotta. Scorsese et Michael Chapman (La Dernière Corvée, Taxi Driver) font le choix du noir et blanc. Le montage de Thelma Schoonmaker des séquences notamment de boxe fera date.

La Porte du paradis, Michael Cimino

Parfois considéré comme le chant du cygne du mouvement, le film est sorti la même année que Raging Bull : 1980. Désastre financier dont « l’auteur » est le seul responsable, les studios voient rouge et reprennent définitivement la main sur les productions.



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