
Le Nouvel Hollywood
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Les films du Nouvel Hollywood :
—— les années 70-72 ——
Sur la route
— 1970 —
Le mouvement est encore balbutiant. Seul Cinq Pièces faciles se distingue des productions habituelles hollywoodiennes (Love Story, Patton, Airport) ou des percées du cinéma indépendant. Robert Altman et John Cassavetes ouvrent leur propre voie, une voie qui restera en marge du (Nouvel) Hollywood tout en participant à un mouvement plus général réclamant plus de vivacité et de spontanéité à l’écran.
Cinq Pièces faciles, Bob Rafelson

Après Head, Bob Rafelson retrouve Jack Nicholson, cette fois devant la caméra, pour le film majeur de cette année 1970. Cinq Pièces faciles présente toutes les caractéristiques du Nouvel Hollywood : quête d’identité, errance psychologique, esthétique, nihilisme et désillusion, chronique sociale (populaire et bourgeoise à la fois, le personnage central appartenant aux deux mondes, et passant de l’un à l’autre en empruntant la route). C’est un Européen de l’Est qui éclaire le film : László Kovács, déjà chef opérateur de La Cible.

Les Garçons de la bande, William Friedkin/Mart Crowley/Robert Moore

En dehors de quelques plans introducteurs, le film est tourné entièrement en studio, masquant à peine par là l’origine de son histoire : une pièce de Broadway. À l’image, pourtant, de Qui a peur de Virginia Woolf ? (et avant ça, des adaptations de Tennessee Williams par Elia Kazan), l’apparent huis clos permet au récit de se focaliser sur les relations entre les personnages, loin des comédies de Broadway, adaptées encore et encore par Hollywood dans des atmosphères très acidulées et désormais datées.
Alors inconnu, Friedkin propose une mise en scène sobre et laisse la main à ses interprètes, fins connaisseurs de leur rôle. Oui, il ressort malgré tout quelque chose du Nouvel Hollywood dans ce film traitant un sujet encore tabou au cinéma : l’homosexualité. (Le mouvement, après avoir déjà mis de côté les luttes féministes, ne manquera pas d’invisibiliser totalement les homosexuels.)

M*A*S*H, Robert Altman

Altman est déjà actif à la télévision (et de manière anecdotique au cinéma) depuis un moment quand le Nouvel Hollywood prend son envol. Politique des auteurs contre politique des hasards : Robert Altman hérite d’un scénario dont personne ne voulait. Logique des auteurs : toute sa carrière, Altman ne cessera de reproduire le chaos génial et innovant qu’il avait instauré sur le plateau d’un film que personne ne semblait prendre au sérieux. Le résultat est plutôt savoureux, avec une forme unique et un ton libre, désabusé, provocateur et caustique.
Le film réunit nombre d’acteurs qui seront bientôt des têtes d’affiche à Hollywood après le succès inattendu du film (notamment à Cannes). Les studios s’échinaient à produire des films mobilisant une pléiade de stars pour assurer des recettes faciles ; avec des moyens dérisoires et des acteurs de second plan, Altman reproduit la recette — en mieux.
Ni vu ni connu, le film évoque implicitement la guerre du Vietnam (il est question de la guerre de Corée) — un sujet que les comparses d’Altman adopteront dans un second temps, plutôt en fin de décennie et de Nouvel Hollywood (Apocalypse Now, Voyage au bout de l’enfer).

Husbands, John Cassavetes

Après Faces, Cassavetes remet le couvert dans une forme qui n’est pas sans rappeler Altman : un genre choral très masculin, voire misogyne. Les excès tragi-comiques, l’improvisation, les confrontations verbales sans fin et des acteurs (avant que le cinéaste se tourne vers sa muse et épouse) : ce sont là les caractéristiques du style très personnel de cet « auteur » qui poursuivra sur cette voie singulière et indépendante quelques années.

À titre de comparaison, les succès du cinéma américains en 1970 n’entrant pas du tout ou pas tout à fait dans le cadre du Nouvel Hollywood :
- Patton, Franklin J. Schaffner
- Little Big Man, Arthur Penn (discutable)
- Love Story, Arthur Hiller
- Zabriskie Point, Michelangelo Antonioni
- Catch-22, Mike Nichols
- La Vie privée de Sherlock Holmes, Billy Wilder
- Un nommé Cable Hogue, Sam Peckinpah
- Le Cerveau d’acier, Joseph Sargent
- Airport, George Seaton
- Sierra torride, Don Siegel
Les films américains en marge du système hollywoodien :
- Wanda, Barbara Loden
- La Vallée des plaisirs, Russ Meyer
- Hospital, Frederick Wiseman
— 1971 —
Coup d’accélérateur impressionnant du Nouvel Hollywood. Beaucoup de violence, de vitesse, et de la route, beaucoup de route.
French Connection, William Friedkin

Premier grand succès critique et commercial de William Friedkin après Les Garçons de la bande (1970). Le film est emblématique du Nouvel Hollywood par son réalisme brut et son style quasi documentaire. Grâce à la lumière d’Owen Roizman le thriller policier trouve un nouveau souffle. Le film est un balai urbain, froid, naturaliste, violent, cherchant presque à doubler Bullitt par la droite (fameuse course-poursuite automobile).

L’Inspecteur Harry, Don Siegel

Collaboration marquante entre Don Siegel et Clint Eastwood, après Les Proies (sorti la même année). Le film introduit le personnage de « Dirty Harry », symbole d’une justice expéditive, reflétant les tensions sociales de l’époque.
Vigilante film avec un fond droitard (les figures conservatrices ne sont pas absentes du mouvement) ; et sur la forme, beaucoup d’éléments empruntés ou estampillables « Nouvel Hollywood ».

La Dernière Séance, Peter Bogdanovich

Premier grand succès de Peter Bogdanovich avec un casting incluant Jeff Bridges et Cybill Shepherd. Chronique mélancolique de la jeunesse texane des années 50. Après un film peut-être un peu trop en avance sur son temps (La Cible), Bogdanovich fait un pas de côté et se tourne davantage vers la nostalgie.

Les Chiens de paille, Sam Peckinpah

Après La Horde sauvage (1969), Peckinpah poursuit son exploration de la violence humaine… loin d’Hollywood. Le film met en scène Dustin Hoffman qui continue à diversifier sa palette après Le Lauréat, Macadam cowboy et Little Big Man. L’acteur est, en ce début de nouvelle ère, la grande figure du mouvement avec Jack Nicholson.

Macadam à deux voies, Monte Hellman

Film culte de la contre-culture avec Warren Oates, Laurie Bird, James Taylor et Dennis Wilson. Après des westerns indépendants tournés avec Jack Nicholson, Hellman livre une œuvre minimaliste et taciturne sur la quête de liberté.

Duel, Steven Spielberg

Premier long métrage de Spielberg initialement diffusé à la télévision. Thriller routier en phase avec les films du moment, ce road movie révèle surtout le talent de son réalisateur pour le sens du rythme et pour la tension dramatique. À l’opposé du suspense hitchcockien, l’intensité ne naît pas de la crainte d’un risque connu, mais au contraire de la répétition d’une même situation inexpliquée montant crescendo (un procédé classique, mais que le futur réalisateur des Dents de la mer maîtrise… à merveille). Spielberg poursuivra sur les voies routières dès son prochain film (Sugarland Express).

Klute, Alan J. Pakula

Premier volet de la « trilogie de la paranoïa » de Pakula (suivront À cause d’un assassinat et Les Hommes du président). Néo-noir mettant en scène Jane Fonda (dont la transformation capillaire résume le basculement vers une nouvelle époque) et Donald Sutherland (qui vient d’accéder au rang de star après le succès inattendu de M*A*S*H), le film sera salué par la critique. Il permet également à Gordon Willis de se faire remarquer à la photographie. Le « prince des ténèbres » rejoindra l’année suivante, Francis Ford Coppola sur le tournage du Parrain. Alan J. Pakula se révèle en tant que réalisateur en pleine période du Nouvel Hollywood, mais il était jusqu’à présent producteur (en particulier des films de Robert Mulligan).

THX 1138, George Lucas

Premier long métrage de George Lucas produit par Francis Ford Coppola, mettant en scène Robert Duvall et Donald Pleasence, le film explore une dystopie futuriste soulignant le talent de Lucas pour le montage, les expérimentations et l’étrangeté. Marqué par l’échec du film en salles, le jeune prodige prendra un tournant qui bouleversera Hollywood en fin de décennie. Seule constance tout au long de sa carrière : les courses de bolides (une passion ancienne ayant failli lui coûter la vie).

Point limite zéro, Richard C. Sarafian

Road movie existentialiste mettant en scène Barry Newman. Le film est devenu emblématique de la contre-culture américaine. La route comme salut.

Shaft, Gordon Parks

Film pionnier de blaxploitation avec Richard Roundtree. Troisième film de Gordon Parks, photographe renommé. (Le film est cité ici à titre indicatif ; les autres entrées liées à la blaxploitation seront mentionnées en fin d’année.)

Un frisson dans la nuit, Clint Eastwood

Entre deux Siegel, Dirty Clint signe des débuts prometteurs à la réalisation aux antipodes de ce qu’il tourne en tant qu’acteur. Le film illustre parfaitement l’atmosphère de suspicion et de tension de l’époque.

Panique à Needle Park, Jerry Schatzberg

Second film de Jerry Schatzberg après un premier mettant en scène Faye Dunaway. Le cinéaste offre un premier rôle principal à Al Pacino dans un film traitant de la drogue d’une manière plus frontale et moins psychédélique que dans de précédents films. C’est à nouveau un New York réaliste qui sert de vitrine à ce « Nouvel Hollywood » loin du glamour des studios et de la côte ouest. C’est la seconde assignation en tant que directeur de la photographie du Polonais Adam Holender après un autre film mettant en scène New York dans un style documentaire : Macadam cowboy.

Les Proies, Don Siegel

Deuxième collaboration de l’année entre Siegel et Eastwood. Le film joue sur l’inversion des rôles et la brutalité intrinsèque d’un animal sauvage : l’homme. Moins placé dans cette liste pour ses protagonistes que pour son sujet audacieux et sa violence contenue, révélateurs des nouvelles possibilités offertes aux cinéastes, ainsi que pour sa photographie : déjà collaborateur des films de Don Siegel et de Clint Eastwood, Bruce Surtees passe directeur de la photographie pour trois premiers films tournés au sein de la jeune Malpaso Company : Les Proies, Dirty Harry et Un frisson dans la nuit. Une époque est parfois aussi caractérisée par la musique qu’on y soumet aux oreilles du public : après avoir signé celle de Bullitt, l’Argentin Lalo Schifrin compose, en cette année 1971, là encore, la partition des Proies, de Dirty Harry, mais aussi de THX 1138.

Ce plaisir qu’on dit charnel, Mike Nichols

Après Qui a peur de Virginia Woolf ? et Le Lauréat, Nichols poursuit son exploration des relations intimes. Jack Nicholson y tient un nouveau rôle marquant après Easy Rider et Cinq Pièces faciles. La photographie est signée Giuseppe Rotunno, directeur de la photographie sur divers chefs-d’œuvre du cinéma italien de la décennie précédente.

Minnie et Moskowitz, John Cassavetes

Après avoir essentiellement mis en scène ses collègues, Cassavetes, retrouve un second souffle en dirigeant sa compagne, Gena Rowlands, associée ici à Seymour Cassel dans une comédie romantique aux teintes naturalistes. Le film prépare le terrain pour Une femme sous influence. Nouvel Hollywood ou cinéma indépendant, faites votre choix.

À titre de comparaison, les films américains notables sortis en 1971 n’entrant pas du tout ou pas tout à fait dans le cadre du Nouvel Hollywood :
- Harold et Maude, Hal Ashby
- Willy Wonka au pays enchanté, Mel Stuart
- Un nouveau départ, Elaine May
- L’Homme sans frontière, Peter Fonda
Les films américains en marge du système hollywoodien :
- Punishment Park, Peter Watkins
— 1972 —
Après une année 71 remarquable, dernière Le Parrain, la majorité des meilleurs films américains de cette année 1972 n’ont rien à voir encore avec le Nouvel Hollywood (et souvent rien à voir avec Hollywood). La liste comparative en conclusion est bien plus impressionnante.
Le Parrain, Francis Ford Coppola

Coppola a déjà réalisé Les Gens de la pluie en 1969 et produit deux ans plus tard THX 1138, de George Lucas, via American Zoetrope. La Paramount achète très vite les droits du roman, et c’est Coppola qui s’y colle non sans difficulté. Un certain nombre d’acteurs de la nouvelle génération accède au rang de stars avec Le Parrain, en premier lieu Al Pacino, acteur qui deviendra emblématique du mouvement. La photographie est signée Gordon Willis, qui avait éclairé l’année précédente Klute, comme Bad Company (prochain film de cette liste) ainsi que beaucoup d’autres qui suivront… Le studio met également au point une nouvelle stratégie publicitaire qui annonce les techniques employées pour les futurs blockbusters (Le Parrain est parfois considéré comme le premier) et, en creux, indique ainsi ce qui mettra un terme au mouvement. Le Parrain est à la fois totalement représentatif du cinéma du Nouvel Hollywood et un aperçu du Hollywood de demain qu’incarneront Steven Spielberg et… Georges Lucas.

Bad Company, Robert Benton

Premier film de Robert Benton, scénariste de Bonnie and Clyde. Un western sombre et critique. Jeff Bridges se retrouve en haut de l’affiche, après sa prestation remarquée dans La Dernière Séance (la même année, il tourne dans Fat City, pour John Huston).

Délivrance, John Boorman

L’époque de la mondialisation est au survivalisme (Walkabout, La Proie nue) et à la remise en question des icônes viriles d’autrefois (Dustin Hoffman, Al Pacino, Jack Nicholson et bientôt Richard Dreyfuss). Et après Duel dans le Pacifique, John Boorman rejoue la petite musique inquiétante de l’exotisme, mais cette fois… dans l’Amérique profonde. Le cinéaste britannique arrive à réaliser un chef-d’œuvre d’intensité en réunissant à l’écran deux acteurs relativement médiocres : Burt Reynolds (dont c’est probablement le meilleur rôle) et Jon Voight (parfait face à Dustin Hoffman dans Macadam Cowboy). Le film reste célèbre pour son duel au banjo (sorte de terrier d’Alice musical duquel les protagonistes peineront à sortir).

The King of Marvin Gardens, Bob Rafelson

Rafelson retrouve Jack Nicholson et László Kovács après Cinq Pièces faciles et Easy Rider. Le film, austère, représentatif d’une certaine mouvance désabusée du cinéma de cette époque, et moins réussi que le précédent, offre surtout un joli rôle à Ellen Burstyn qui vient d’apparaître devant la caméra de László Kovács dans La Dernière Séance (produit par la société de Bob Rafelson). L’actrice (l’une des rares révélées par le Nouvel Hollywood) enchaînera avec des rôles plus imposants dans L’Exorciste et dans Alice n’est plus ici (on la voit aussi brièvement dans Harry et Tonto). Bruce Dern (acteur plus en retrait du mouvement, aperçu dans The Trip et qui tourne en cette même année Silent Running) complète la distribution.

Les films américains les plus en vue de l’année hors Nouvel Hollywood :
- Cabaret, Bob Fosse
- What’s Up, Doc?, Peter Bogdanovich
- Fat City, John Huston
- L’Aventure du Poséidon, Ronald Neame
- Jeremiah Johnson, Sydney Pollack
- Guet-Apens, Sam Peckinpah
- Abattoir 5, George Roy Hill
- Votez Mc Kay, Michael Ritchie
- Juge et hors-la-loi, John Huston
- Images, Robert Altman
- 1776, Peter H. Hunt
- Les flics ne dorment pas la nuit, Richard Fleischer
- Pink Flamingos, John Waters
- La Dernière Maison sur la gauche, Wes Craven
- Tombe les filles et tais-toi, Herbert Ross/Woody Allen
- Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe… sans jamais oser le demander, Woody Allen
- Silent Running, Douglas Trumbull
- Le Brise-Cœur, Elaine May
- Fritz the Cat, Ralph Bakshi
- Super Fly, Gordon Parks Jr.
- Sounder, Martin Ritt
- Deep Throat, Gerard Damiano
- Meurtres dans la 110e Rue, Barry Shear
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