
Le Nouvel Hollywood
… avec de morceaux de cinéma indépendant dedans
Une chronologie exhaustive des films américains de cette époque charnière dans l’histoire du cinéma ayant mené les cinéastes et les studios à adopter des modes de production plus conformes à ce qui se faisait déjà partout ailleurs dans le monde, à proposer des histoires plus ancrées dans le réel, plus audacieuses, parfois plus contestataires.
En comparaison, vous trouverez pour chaque année les films restant attachés aux modes de production plus académiques, ou au contraire, les films américains significatifs des réseaux indépendants non attachés au Nouvel Hollywood.
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Au début des années 60, les studios américains sont techniquement à la traîne malgré leur puissance financière et leurs larges réseaux de diffusion. En parallèle, l’influence de la télévision sur le nombre d’entrées en salle ne cesse de grandir. La méthode d’abord utilisée pour résister à cette perte de vitesse de la production hollywoodienne ? En faire toujours plus : plus dans les excès, plus dans la couleur, plus de stars réunies, des écrans plus grands, etc. Les patrons des majors n’ont parfois pas changé depuis des décennies et les cinéastes aux commandes réalisent des films parfois depuis aussi longtemps.
Depuis les années 30, les studios se restreignent à un code de bonne conduite, le Code Hays, qui a largement façonné la manière de faire des films, de représenter la sexualité ou le couple à l’écran. Au cours des années 50, quelques films tentent déjà de bousculer le conservatisme ambiant : La lune était bleue et L’Homme au bras d’or, d’Otto Preminger ; Baby Doll et Un tramway nommé Désir, d’Elia Kazan ; L’Équipée sauvage, de László Benedek ; un peu plus tard, La Rumeur, de William Wyler ; ou Psychose, d’Alfred Hitchcock.
Timidement, quelques réalisateurs issus de la télévision font leur apparition entre les années 50 et les années 60 : John Frankenheimer, Sidney Lumet, George Roy Hill, Martin Ritt, Robert Altman, Arthur Penn, Sam Peckinpah. Ces réalisateurs permettent souvent aux studios de tourner rapidement et tous continueront de travailler pendant et après le Nouvel Hollywood. Leur influence n’est, par conséquent, pas anecdotique. D’autres arrivent à percer grâce à des réseaux de diffusion alternatifs et à des films de genre comme Russ Meyer (Faster, Pussycat! Kill! Kill!), Roger Corman avec La Petite Boutique des horreurs (1960), Monte Hellman (L’Ouragan de la vengeance et The Shooting) ou Carnival of Souls, de Herk Harvey (1962).
Et parallèlement à ces nouveaux talents issus de la télévision qui commencent à essaimer dans la production hollywoodienne, au cours des années 60, des réalisateurs préfèrent échapper à la crise des studios et rejoindre l’Europe (souvent la Grande-Bretagne) afin de gagner en liberté et profiter des diverses « nouvelles vagues » locales ou des financements européens. Otto Preminger réalise Bunny Lake a disparu, William Wyler, L’Obsédé, Sidney Lumet, La Colline des hommes perdus, Stanley Kubrick, Lolita (et ses films suivants), Robert Wise, La Maison du diable, Richard Fleischer, Barabbas, John Frankenheimer, Le Train ; Blake Edwards tourne la série de La Panthère rose à Cinecittà ; Robert Aldrich réalise Les Douze Salopards et Faut-il tuer sister George ? à Londres ; Fred Zinnemann vient réaliser Un homme pour l’éternité ; Stanley Donen produit ses films en Angleterre et tourne certains de ses films en France ; Elia Kazan tourne America America en Turquie et en Grèce. Et cela, sans compter les innombrables productions et coproductions intégrant des séquences tournées en extérieur en Europe.
À cette époque, certains films européens se font également remarquer de l’autre côté de l’Atlantique pour leur audace : Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, À bout de souffle, de Jean-Luc Godard, La dolce vita, de Federico Fellini, Le Voyeur, de Michael Powell, les westerns de Sergio Leone, Elvira Madigan, de Bo Widerberg. Des cinéastes européens viennent dépoussiérer les méthodes des studios : John Schlesinger, Roman Polanski, Peter Yates, John Boorman ou Terence Young. Et déjà, dans la production américaine, on assiste à quelques tentatives pour s’émanciper des studios, par exemple à travers l’usage de moins en moins accepté des transparences (voir mon article à ce sujet).
Mais le véritable tournant de ce que l’on nommera plus tard le Nouvel Hollywood se fait à travers des films plus audacieux, parfois plus personnels, qui finissent par venir à bout du vieux Code Hays plus vraiment en phase avec la société américaine. Ce mouvement de renouvellement des procédés de mise en scène et des personnalités qui comptent dans le cinéma américain s’inscrit dans un cadre plus général de contestation des normes traditionnelles : lutte pour les droits civiques, rajeunissement de la population (les baby-boomers ont grandi), révolution sexuelle (pilule contraceptive en 1960), mouvements féministes (qui se traduiront assez peu au cinéma), contre-culture (influence de la musique). C’est ce que nous verrons dans cet article.
Parallèlement, j’avais évoqué ironiquement le passage d’un monde à un autre dans cet article fantaisiste dans lequel j’imaginais une discussion entre Harry Cohn (patron de la Columbia) et Dennis Hopper (futur réalisateur d’Easy Rider).
Le Nouvel Hollywood commence en 1967 ou en 1969 selon les sources avec Le Lauréat et Bonnie and Clyde comme point de départ du mouvement ou Easy Rider. Pour information, je cite deux films de 1966 présentant déjà quelques aspects du futur mouvement, et je termine la liste avec La Guerre des étoiles (certains historiens peuvent parfois prolonger le Nouvel Hollywood jusqu’au début des années 80 et la reprise en main des productions par les studios après l’échec des Portes du paradis de Michael Cimino).
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