La Fille aux jacinthes, Hasse Ekman (1950)

Laura ni l’audace ni la dégaine

Flicka och hyacinter Flicka och hyacinter Année : 1950

 

Réalisation :

Hasse Ekman

6/10  IMDb

Avec : Eva Henning, Ulf Palme, Birgit Tengroth

Listes :

Les Indispensables du cinéma 1950

Film noir suédois qui vaut surtout pour l’originalité de son pot aux roses (“rousse” presque). Tu copies Laura, tu remues ton pinceau, et ça donne Alex avec son joli tableau.

Ça reste sage, plutôt convenu et bien trop inspiré des pre-noirs américains ou toujours de Laura.

Décevant pour ce qui est censé être un des meilleurs films suédois. Reste la fin, d’accord, d’accord, mais une fin ça ne se déguste qu’une seule fois. Et un grand film, c’est sans fin, un mouvement perpétuel, inaltérable. Des neiges éternelles. Tes jacinthes sont-elles fraîches, archi-fraîches, duchesse ?

Archi-déchu. Un noir moyen vaut mieux que deux tue Laura.


La Fille aux jacinthes, Hasse Ekman 1950 Flicka och hyacinter | Terrafilm


Tabou, Nagisa Ôshima (1999)

Cerise sur gohatto

Note : 4 sur 5.

Tabou

Titre original : Gohatto

Année : 1999

Réalisation : Nagisa Ôshima

Avec : Takeshi Kitano, Ryûhei Matsuda, Shinji Takeda

Oshima souffle toujours le chaud et le froid, et c’est parfois difficile d’entrer dans ses aventures ouvertement subversives. Ça peut lasser, agacer, et paraître en tout cas toujours un peu forcé.

Je resterai pour celui-ci pas trop exigeant, car ses défauts sont nombreux, mais malgré tout, je lui trouve un certain charme, voire une retenue bien vue dans son audace. Parce que c’est bien au moins là-dessus que Oshima m’a surpris. Il ose un thème (celui de l’homosexualité au sein d’une milice armée au cours du XIXᵉ siècle), mais il arrive à adopter la bonne distance qui lui permet de ne pas trop en faire afin d’éviter le mauvais goût ou l’outrance bavant sur son sujet.

Tout cela reste en permanence descriptif et présenté comme une sorte de thriller psychologique où chacun essaierait de tirer avantage d’une situation, de sauver toujours à cette époque ce qui prime, c’est-à-dire l’honneur, et de démêler les intentions cachées de tel ou tel camarade. Le titre du film est par conséquent ici bien trouvé parce qu’il s’agit bien de ça, arriver à y voir clair dans une jungle de tabous.

Le point fort du film est sans doute d’arriver à adopter malgré tout un angle contemporain faisant de la pratique, du rapport, ou de l’amour homosexuel quelque chose d’entendu mais tabou, autrement dit, l’homosexualité n’est jamais présentée comme une pratique impure, dégueulasse, criminelle ou perverse, juste un problème de cul, d’amour, de jalousie, suscitant trahisons et connivences cachées comme si tout cela se faisait aussi bien entre hétéros. Je doute qu’une telle approche puisse être réellement vue ainsi dans le Japon de cette époque, mais c’est encore possible.

Là où en revanche le film est beaucoup moins réussi, c’est au niveau de sa dramaturgie, de sa construction. Là encore Oshima ose les audaces (en particulier les voix off des pensées de certains personnages, les cartons explicatifs), mais à force de déstructurer son récit et de chercher à vouloir prendre de la distance, notamment en ralentissant volontairement le rythme pour jouer sur le mystère et la tension, il en vient à perdre le fil et c’est le thriller qui ne décolle plus. La fin est à ce niveau plutôt mal foutu : manque de tension, et dans la dernière minute, un épilogue trop démonstratif avec un Kitano tirant de tout ça une morale “orale” quand on se serait tout autant contenté du symbole du cerisier en fleur tranché. Pour un film jouant sur le mystère, la fin en manque sensiblement.


Tabou, Nagisa Ôshima 1999 Gohatto | Oshima Productions, Shochiku, Kadokawa Shoten Publishing Co.


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L’audace au cinéma

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Zidane, un portrait du 21e siècle (2006)

Monsieur Jourdain

ZidaneAnnée : 2006

Réalisation :

Douglas Gordon, Philippe Parreno

5/10  IMDb

Art conceptuel, et comme tout l’art conceptuel, derrière le concept, l’écho d’un grand vide.

Notre “Molière”, l’artiste, à défaut de comprendre ce qu’il nous raconte, a au moins la politesse de tirer le rideau à l’heure prévue sans une seconde de prolongation. Parce que si Zidane, il le comprend ici, veut mourir sur scène, il s’offre un an avant sa retraite une répétition grandeur nature de son expulsion magistrale en finale de l’euro 2006. Rien que pour ça, l’anecdote est jolie. Mais le film l’est donc, anecdotique. Un vrai suspense, pendant 89 minutes on ne voit que la boule à Zidane, et on se demande tout du long où c’est qu’il va bien pouvoir se la fracasser.

L’acteur en répétition qui écrit son film sans le savoir. Les Zaméricains ont Jordan, la France a son Jourdain du foot. Zidane, un portrait du 21ᵉ siècle, une autobiographie. « Ze moi qui l’ai fait. Jamais je n’improvise, je prévois chaque zeste. Coups de boule compris. » Joli concept. Mais un retourné acrobatique, c’est toujours un geste attribué à l’acteur. L’auteur, lui, n’est rien.


Champ / contrechamp

Zidane, un portrait du 21e siècle 2006 | Anna Lena Films, Naflastrengir


Ombres en plein jour, Tadashi Imai (1956)

Sage comme un Imai

Note : 3.5 sur 5.

Ombres en plein jour

Titre original : Mahiru no ankoku

Année : 1956

Réalisation : Tadashi Imai

Adaptation : Shinobu Hashimoto

Avec : Kôjirô Kusanagi, Sachiko Hidari, Taketoshi Naitô, Chôko Iida, Teruo Matsuyama, Ichirô Sugai, Tanie Kitabayashi, Sô Yamamura, Taiji Tonoyama

Film d’affaire judiciaire un peu démonstratif (c’est pour la bonne cause), jusqu’à ce que Tadashi, habituellement si sage comme un Imai, joue des procédés pendant la plaidoirie de la défense : accélérés et ralentis dans une reconstitution improbable d’événements que le spectateur sait ne pas avoir eu lieu. Dans ce genre d’histoire, on se contente assez souvent du petit côté cabot de l’avocat, sauf que là les images illustrent l’ironie de son récit et l’absurdité des situations. Petit coup de génie. Si tous les avocats pouvaient disposer d’une telle rhétorique animée…

Ça commence par une mise au point du plan sur le trajet des meurtres… au pas de charge (il faut bien faire coller la chronologie des faits), puis une séquence en accéléré façon cinéma muet pour illustrer combien il est peu évident de voir cinq meurtriers débarquer dans une maison sans faire le moindre bruit, comment ensuite tous les meurtriers ont tué le couple à tour de rôle en se passant la hache et en étranglant la femme (et tout ça dans une magnifique chorégraphie au ralenti façon escaliers du Potemkine vue par les Marx Brothers), puis comment un seul a pu se retrouver avec une veste tachée quand les quatre autres n’avaient rien (belle image du gros maladroit au milieu des quatre autres immaculés) et comment un seul s’est retrouvé à partager l’argent pour les autres et a pensé à s’en garder la meilleure part alors qu’il n’était pas censé être le chef (belle image encore avec les quatre autres derrière l’épaule du premier qui laissent faire sagement), et le pompon, comment un seul type s’est retrouvé à maquiller et nettoyer les meurtres pendant que les autres l’attendaient plus loin et comment pour les rejoindre ce type dévoué a usé de ses talents de téléportation (Tadashi Imai en précurseur de Bioman, on aura tout vu).

Hilarité dans la salle. Mais c’est un peu comme dans ce « chef-d’œuvre » mal-aimé, Hope, à l’annonce du verdict, c’est la douche froide.

Le Je suis un évadé japonais. Le cinéma parfois est politique, quand il réveille les consciences, et qu’il signe une morale révoltante qui ne dit rien de plus que la justice n’est qu’un mirage, une farce. Le dire, c’est permettre de mieux voir, et même si c’est vrai, c’est la seule qu’on a, alors autant s’efforcer de l’améliorer. Ça commence donc en dénonçant ses erreurs et ses dysfonctionnements.

Quand il n’y a plus d’espoirs, il y a toujours les petites histoires. Un peu comme une petite fille boudeuse qui dit : « Je ne suis même pas jolie ! », à qui on ne peut résister et dire : « Mais si, si… » Le cinéma, c’est son rôle de claquer la porte et de dire que la justice n’est qu’un mirage, mais c’est aux hommes (ceux qui la font, la rendent) de la perfectionner. « La justice est une farce ! » « Mais non, mais non ! »

Et oui !… L’art est une pisseuse fishing for compliment. C’est pour ça qu’on ne peut rien lui refuser et qu’on l’adore. Merci à toi ma mignonne.

Étrange cette ressemblance avec les histoires de Seicho Matsumoto (Kiri no hata, Le Vase de sable, etc.) avec des séquences d’enquêtes en province qui semblent sortir déjà des adaptations de Yoshitarô Nomura… Le film est de 56, la première histoire adaptée d’un roman de Matsumoto viendra l’année suivante, et dès 58, Shinobu Hashimoto et Yoshitarô Nomura proposeront une adaptation d’un de ces romans : Harikomi… Le film, tiré d’un romancier moins prolifique pour le cinéma, a peut-être marqué le romancier… Quoi qu’il en soit, c’est un domaine où Imai n’est pas du tout à l’aise parce qu’on s’y fait royalement suer. Plus à l’aise dans le drame ou le mélo. Voire dans le mélo avec une pincée de crime tragique (Shinobu Hashimoto et Kaneto Shindô lui écriront l’adaptation de Yoru no tsuzumi.) Ça annonce peut-être en tout cas un basculement des films japonais vers les films criminels qui ont si bien marqué la décennie suivante, et une disparition progressive des drames réalistes et sociaux et des mélos à la Imai.


Ombres en plein jour, Tadashi Imai 1956 Mahiru no ankoku | Gendai Eigasha


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Clément, Emmanuelle Bercot (2001)

Auto-fiction

Note : 4 sur 5.

Clément

Année : 2001

Réalisation : Emmanuelle Bercot

Avec : Olivier Gueritée, Emmanuelle Bercot, Lou Castel

Emmanuelle Bercot a du talent. Bercot sait jouer bien mieux que la plupart des acteurs qu’elle dirige. Bercot, même avec un caméscope tout pourri sait réaliser et monter son film (sauf peut-être la première séquence et quelques séquences encore au début au mixage approximatif). Bercot sait écrire une histoire et en tirer le nécessaire même sur plus de deux heures de film, et ce n’est pas un mince exploit. Mais Emmanuelle aurait mieux fait d’éviter d’ajouter la petite dédicace personnelle en toute fin de film. Avant cela, c’était notre film ; après, ce n’est plus que le sien (du moins, de ce qu’on peut en comprendre, mais on n’est pas dans les secrets d’Emmanuelle).

Reste un film de qualité pour ce qu’il est, et un véritable cinéma d’auteur qui arrive encore à surprendre, oser, malgré ce qu’on pourrait attendre (et craindre) de lui. L’audace, la fraîcheur, peut-être, du nouveau venu (ou de l’histoire perso qui tient à cœur — et je ne veux rien savoir de tout ça).

Une sorte de cinéma de l’obstination avec une unité d’action stricte plutôt remarquable. Dommage aussi qu’il y ait quelques fausses notes, dans certains dialogues ou situations alors qu’Emmanuelle Bercot prouve par ailleurs tant de fois qu’elle peut viser juste. Refaire, couper… ce qui est médiocre. En surrégime peut-être, je n’ai rien vu d’autre.


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Certaines femmes, Kelly Reichardt (2016)

Certain Women

Note : 3 sur 5.

Certaines femmes

Titre original : Certain Women

Année : 2016

Réalisation : Kelly Reichardt

Avec : Michelle Williams, Kristen Stewart, Laura Dern

Ce n’est pas du Sundance mais ça y ressemble.

Depuis vingt ans il y a une mode, ou un savoir-faire, qui permet outre-Atlantique de proposer des films exigeants en marge des circuits commerciaux traditionnels. Reste que quand on ne s’applique pas à reproduire les recettes des grosses machines, on peut parfois craindre qu’on en utilise d’autres pour avoir une chance à concourir les festivals à travers le monde. Le cinéma indépendant américain a pourtant par le passé produit quelques miracles avec des films singuliers, des sujets forts et une forme souvent imperméable à toute référence, certains citeraient Le Petit Fugitif mais pour moi l’œuvre-étalon, et du peu que j’en connais, reste Nothing But a Man. Certains films sont comme touchés par la grâce, sonnent comme des évidences, et dans d’autres, tout paraît formaté ou reproduit autour d’un modèle d’usine. Leur blueprint répond parfaitement aux stéréotypes qu’on pourrait s’en faire : l’Amérique profonde, sa déprime, ses sandwichs gras, ses hommes à barbe, son injustice, sa froideur, sa violence sociale…

Ça sonne rarement juste dans un film américain. Il y a une forme de justesse à laquelle ils arrivent rarement à tendre sinon seulement à lorgner finalement vers ce qu’ils savent le mieux faire, les petits polars sans prétention, quand tout à coup, au milieu de cette Amérique de nulle part, le genre, le thriller, l’artifice assumé vient pointer le bout de son nez. Quand Wim Winders vient tourner Paris Texas, il garde son style, mais ne cherche pas à rendre cette Amérique pesante ; au contraire, il restitue une part du rêve, ou des couleurs, des parfums acidulés pour proposer un contraste et poursuivre une longue fascination du public pour ces espaces aux mille mirages comme dirait mon pote Joseph Campbell. Ici, aucune chance au mirage, il n’y en a pas. Et c’est bien le risque de tout film quand il manque de nuances et s’égare dans le ton sur ton. L’Amérique, la vraie, c’est glauque, c’est cruel, c’est laid, c’est pauvre, c’est con et c’est chiant, alors je vous la montre telle quelle. D’accord, le dévoilement est toujours louable sauf que la porte était déjà ouverte et on a déjà tout vu. L’art — oui l’art —, c’est bien d’arriver à proposer un regard, un angle, une vision qui détonne avec ce qu’on pourrait attendre de ce genre de films “exigeants”. On pourrait penser à Short Cuts ou d’autres Altman… Le ton, c’est de l’art, le ton sur ton, c’est de la conserve de sardines. Un Altman, ce n’est pas un Wenders, seulement derrière le naturalisme, le dévoilement, il y a un jeu de mirage qui lui seul est capable de saisir, de sidérer presque, le spectateur ; comme une manière de lui dire : « Ah oui, c’est beau, mais heu…, non, non en fait, non… Ah oui mais quand même… Ah non, non. » Qu’est-ce que disait Sirk déjà ? Qu’on ne forçait pas la main du spectateur, qu’il fallait lui laisser interpréter seul, et pour cela ne pas lui donner trop d’éléments qui pourraient lui faire croire que le film, ou celui qui est derrière, l’oriente trop vers une interprétation, une morale, un constat. Et dans ce cinéma-là, trop affecté, trop soucieux de donner à voir du glauque, du pauvre, du social, du déprimé, on ne peut que respecter l’effort, mais on ne pourra jamais être séduits parce que tout le plaisir du spectateur, il est bien d’ouvrir les portes une à une, de regarder ce qu’il y a derrière, revenir, en ouvrir une autre, se perdre, revenir sur ses pas, voir autrement le paysage qui s’y trouve, la refermer, etc. Certaines femmes est un road movie. Si on lui donne sa place, le laisse avancer au pas comme au drive-in, et qu’on lui sert ensuite tout le film sur un plateau, c’est perdu.

Autrement, savoir-faire donc, mais le minimum, ou l’attendu : des acteurs qui peuvent montrer toute l’étendue de leur talent mais qui sont assez pauvrement dirigés. Quand un acteur en fait trop pour exprimer justement ce ton sur ton et la déprime ambiante, il faut être capable de lui dire d’en faire toujours moins. Or la sobriété, c’est manifestement rare dans la culture de jeu américaine, et ce depuis que Marlon s’est gratté les fesses dans Un tramway nommé Désir (sauf qu’avec de la musique jazzy ça passe, parce qu’il y a dans ce cinéma naturaliste des origines, encore une forme de lyrisme voire de panache ou de valorisation de la spontanéité, de la performance). Alors qu’ici, on dirait un concours de jeu tout en retenue, mais une retenue ostensible, qui cherche à se faire voir dans le sens « regardez bien comme je joue en gardant tout en moi ». Vous savez, un peu comme la jolie fille qui se sait regardée et qui fait mine de regarder ailleurs… On en viendrait presque à apprécier le jeu des acteurs chez les Dardenne, parce que là la caméra reste invisible, le montage n’est pas là non plus pour insister, en prendre le plus “expressif” des réactions en contrechamp, car c’est justement ces petites réactions, qui donnent souvent le rythme aux mises en scène américaines, qui charcutent et mettent en pièce une séquence qu’on voudrait “naturaliste”, avec l’impression « d’y être ». Car quand on assiste à des situations « en vrai », aucun monteur n’est là pour nous dire quand tel ou tel acteur exprimera la réaction significative qui nous fera comprendre son for intérieur et la cohérence nue d’une situation. Il est peut-être là le problème de cette “culture” du “faire” dans les films indépendants, ils ont beau se nourrir de films “exigeants” internationaux, ils gardent le même réflexe, celui de chercher à donner à voir en permanence au lieu de laisser des moments de flottements où le spectateur comme plongé dans la situation, sans être pris par la main par un monteur, essaie de comprendre avec le peu qu’on lui donne. Le montage, les acteurs, les cinéastes ont tous cette culture, qui est à la base du cinéma des premiers temps, du champ contrechamp, dans lequel un raccord, s’il ne peut se faire à travers un mouvement doit pouvoir se faire par une réaction. Manque donc quelques partis pris radicaux que ce cinéma reste incapable de prendre : ralentir franchement le rythme (choix de Wenders dans Paris Texas), ou reculer sa caméra et limiter les coupes (comme l’a souvent pratiqué bon nombre de cinéastes européens, ceux de l’incommunicabilité, de la distanciation), ou encore jouer sur le ton, l’ironie, la satire, le bizarre, des approches capables de se marier avec le naturalisme (faudrait qu’ils apprennent plus de Kiarostami, sans rire, l’Iranien a un ton bien à lui, parfois c’est presque du Tati, involontaire peut-être, mais c’est drôle, cocasse, et il y a de la vie, pas de la soupe à la grimace pleine de ketchup dedans).

Quant à l’écriture, en montage parallèle, à moins d’y voir justement un procédé altmanien timide car réduit à trois unités narratives, je n’y vois pas grand intérêt, sinon à donner du rythme, artificiellement. Certaines femmes, d’accord, pourquoi pas d’autres ? Le film doit être trop intelligent pour moi.


Certaines femmes, Kelly Reichardt 2016 Certain Women | Film Science, Stage 6 Films

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Crésus, Adolphe Candé (1917)

Les amours de Crésus

CrésusAnnée : 1917

Réalisation :

Adolphe Candé

7/10  

Avec :

Maurice de Féraudy, Jean Lorette, Henry Laverne, Amélie de Pouzols

Du mélo à l’ancienne. Ça vaut toujours mieux qu’un mauvais Léonce Perret. Mais alors… Maurice de Féraudy, quel acteur ! Une intelligence du geste comme j’en ai rarement vu. On sent la culture théâtrale derrière, mais dans le bon sens. Preuve une nouvelle fois qu’il ne sert à rien d’être “naturel” au cinéma, car le principal, c’est de “montrer”, « donner à voir ». Et tant qu’on est juste, qu’on offre le bon geste, le sourire ou le regard qui donne en permanence du sens, autrement dit qui exprime les sentiments du personnage comme dans un livre, il ne faut pas s’en priver, parce qu’un acteur qui donne cinquante choses à voir, qui apporte de la nuance, propose une évolution de l’humeur, des intentions ou des objectifs à son personnage au fur et à mesure que la situation évolue, c’est toujours mieux qu’un âne qui cherche à faire vraie (qui ne le fait d’ailleurs jamais en restant hiératique comme une nature morte). Une saloperie de génie qui arrive à faire passer mille images à la seconde sans la moindre parole, et tout ça avec une justesse, une aisance et un savoir-faire affolant. L’art de donner autant en donnant l’impression de donner si peu. La culture de la scène, à l’époque où il y en avait encore une. Maurice de Féraudy, c’est un mix entre Charles Vanel, Jean Gabin et Bill Murray.

Une des particularités de ce jeu, c’est la capacité chez l’acteur à proposer, certes plusieurs images différentes, mais jamais en même temps. Un mauvais acteur qui gesticule ne donne rien à voir parce qu’il donne trop, avec des gestes à peine dessinés, sans intention et mêlés à d’autres. C’est comme cinquante livres lus dans une même cacophonie, on n’entend et on ne voit rien. Maurice de Féraudy, lui, procède comme à la lecture d’un seul livre, description après description ; un geste, une image à la fois, tout en ayant le geste décidé et souple du danseur, pour que tout ait l’air simple, et pourtant ça va à mille à l’heure. Plus tard des acteurs français ont gardé cette capacité, parfois en ralentissant le rythme (le drame, qui joue plus sur la tension, donnera moins à voir mais restera tout aussi précis). C’est dans le Conformiste, il me semble, que Jean-Louis Trintignant à un moment allume une cigarette. Une simple cigarette : essayez d’allumer une cigarette et remarquez tous les gestes parasites qui l’accompagnent. Les imprécisions, les crispations, les maladresses. Jean-Louis Trintignant, lui… il porte une cigarette à son bec, sort un briquet de sa poche, le lève d’un geste sûr et précis, souple, clic, et c’est fini. On vient de voir Jean-Louis Trintignant allumer une cigarette, et c’est comme de la musique. Rien qui dépasse. Eh ben le Maurice, en 1917, c’était une richesse d’acteur comme Crésus. Où sont ces acteurs aujourd’hui ?



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Hurlements, Joe Dante (1981)

Lowjaw

The Howling

Note : 3 sur 5.

Hurlements

Titre original : The Howling

Année : 1981

Réalisation : Joe Dante

Avec : Dee Wallace, Patrick Macnee, Dennis Dugan

Amusant, John Landis a peut-être tout juste le temps de voir les scènes de transformation et il se dit : OK, je vais faire pareil, mais j’ai une idée géniale, ce sera beaucoup mieux. Et ça fait un chef-d’œuvre avec une des plus belles scènes du cinéma d’horreur, sinon la meilleure, dans Le Loup-garou de Londres. Voilà la différence entre La Métamorphose ou La Mouche, et un gorille qui fait du strip-tease devant une souris apeurée. Parce que les scènes et l’attention anti-jaws portée aux effets spéciaux et aux créatures, ça flirte bon avec la série Z ici parfois.

Dommage, le début tout en montage parallèle est un modèle et plutôt efficace. On retrouve aussi une des plus mauvaises idées de Shining tourné l’année précédente : l’appel à un ami qui vient presto vous sauver depuis sa bagnole (encore une forme de montage parallèle mais pour le coup des moins pertinents).

Pas seulement les débuts de Joe Dante (si on excepte encore le cormanien Piranhas que je n’ai pas encore vu) mais aussi ceux de John Sayles au scénario. Quand les choses sérieuses commencent, Joe Dante semble prendre les rênes et ça devient n’importe quoi, à l’image de l’épilogue (on est déjà dans les Gremlins, quand la journaliste vient annoncer à la télévision la présence de créatures du diable parmi eux, et de se changer alors sous les yeux des caméras en loup-garou tout spoilu).


Hurlements, Joe Dante 1981 | Embassy Pictures, International Film Investors, Wescom Productions


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Elle, Paul Verhoeven (2016)

Viols lents, lancinants, silencieux

Note : 3.5 sur 5.

Elle

Année : 2016

Réalisation : Paul Verhoeven

Avec : Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny

La satire est plaisante, ça se regarde comme un bon Chabrol. Même si justement la satire ne va pas assez loin à mon goût. Quand le personnage d’Isabelle Huppert évoque son viol à ses amis, l’actrice et le réalisateur font le choix du réalisme, de la cohérence psychologique. On se trouve alors un peu coi à essayer de comprendre, à scruter la réaction de tous après ces aveux, mais finalement on ne réagit pas. L’étonnement reste timide, attentif, au lieu de créer un malaise (né justement de l’amusement de la satire). Psychologiquement, cette réaction faussement désintéressée peut s’expliquer, et il n’y a aucune raison d’être mal à l’aise, choqué ou scandalisé. Là où ç’aurait été bien plus subversif et aurait questionné notre rapport, nous, spectateurs, au(x) viol(s), ç’aurait été d’insister bien plus sur le décalage, si la scène tournait à la plaisanterie sans qu’on décèle la moindre parcelle de traumatisme. Parce que le fait de savoir change tout. Huppert et Verhoeven se laissent prendre un peu au piège et tiennent à expliquer le refus du personnage à dramatiser en en faisant un traumatisme souterrain, mais malgré tout, on perçoit ce traumatisme. Trop. Or il est avéré que dans de nombreux traumatismes, et donc plus particulièrement dans le viol, beaucoup de victimes agissent réellement ainsi sans laisser rien paraître avant de voir ressurgir bien plus tard le traumatisme dont ils ont été victimes, et les proches s’en étonneraient alors. La satire plus franche au moins ici, la volonté claire de nier la réalité d’un tel traumatisme pour le personnage à travers une absence totale d’émotion (réellement totale), aurait permis paradoxalement de coller à la réalité des situations traumatiques de ce type, en illustrant ce que beaucoup de victimes et proches pourraient décrire mais qu’on aurait du mal à nous représenter. Le voir ç’aurait été le comprendre, nous questionner au moins, être comme les proches, choqués et interrogatifs devant l’absence apparente de réaction. Mieux, on se sentirait coupables de rire, on interrogerait notre interprétation des faits, notre capacité à nous émouvoir. Ce que permet la satire quand elle touche au génie.

La fantaisie, à travers la satire, peut aider à mieux jouer sur des fils d’équilibriste, parce qu’elle force à l’intelligence, à la prudence, après peut-être le malaise. C’est ce que Chabrol réussissait très bien dans Que la bête meure, avec une interprétation de Jeanne Yanne admirable dans un personnage tellement odieux qu’on ne peut y croire, jusqu’à oublier les raisons même de la venue du personnage de Michel Duchaussoy, jusqu’à nous surprendre à apprécier en même temps qu’on les regrette, les envolées misanthropes de l’assassin.

Je prends un exemple. Immédiatement après son premier viol, le personnage d’Isabelle Huppert prend un bain et semble se désintéresser de son sort. Cette scène fait étrangement écho pour moi à la scène de bain que Humbert Humbert s’impose après le décès de sa femme dans Lolita. Pour insister sur la joie intérieure du personnage, et donc le malaise, et jouer sur notre capacité à rire d’abord de la situation avant de nous rendre compte de son horreur, Stanley Kubrick y ajoute une petite musique de ukulélé qui n’a franchement rien d’une marche funèbre. Paul Verhoeven va dans ce sens mais il fait encore preuve de trop de timidité. La satire dans cette situation n’a pas à faire dans la subtilité, car c’est bien le contrepoint, la grossièreté du procédé qui doit faire son petit effet.

Reste que si la satire ne va pas assez loin (des Que la bête meure, ou des Lolita, il n’y en a pas deux par décennie), d’autres aspects du film sont beaucoup moins convaincants ou trouvent moins d’intérêt à mes yeux.

Le thriller est raté par exemple (un genre qui se noie assez mal dans la soupe ou le mélange proposé) et tout l’aspect interprétatif, supposé psychanalytique, me passe par-dessus la tête (c’est peut-être le signe que le film est bon parce que je ne vois personne proposer la même interprétation).

Les acteurs principaux sont très bons et c’est assez surprenant avec une direction étrangère (le casting avant tout) et assez rare dans des productions françaises. Quelques seconds rôles pas à la hauteur ou quelques moments plutôt embarrassants toutefois, qui pour le coup, là, peuvent s’expliquer par la nationalité du réal et le manque de compréhension sur le plateau. Le réal d’ailleurs propose le service minimum en termes de mise en place toujours comme dans un bon Chabrol et c’est une sobriété plutôt bienvenue. Le contraire aurait plongé le film dans une sorte de thriller schumacherien d’un goût suspect. Et même si une austérité (et un humour noir) à la Haneke a sans doute encore rendu l’approche du sujet plus efficace.

La fausse note du film en revanche, franchement chiante, c’est sa musique. À me faire presque regretter l’austérité et la distance de Haneke. Et c’est bien le reproche majeur que je peux faire au film : son caractère composite. Un peu comme si dix films étaient montés en même temps avec l’espoir qu’au moins un contente chaque spectateur. Eh bien oui, j’ai aimé l’humour, la satire timide, et quand il y avait un autre film à l’écran j’attendais indifférent comme pendant une pub.

Mais comme quoi, parfois ça se joue aussi, à peu de choses. Je suis convaincu qu’Isabelle Huppert est une actrice exceptionnelle, pourtant je peine toujours à m’identifier aux personnages qu’elle interprète. Dans Haneke, encore, comme ici, je la trouve froide et presque trop forte. C’est parfois le problème des stars vieillissantes qui survolent presque et dominent trop leurs personnages. On ne peut plus croire à une quelconque fragilité parce qu’on les a déjà vues survivre à tant d’histoires. Plus jeune, Huppert possédait cette fragilité : corps menu, les rousseurs candides de la jeunesse, une timidité encore présence derrière la dureté de façade. Et quelque chose s’est perdu en route. La timidité s’est effacée pour ne plus laisser que la dureté, l’autorité. Difficile de s’émouvoir, de croire aux tracas et à la vulnérabilité d’une demi-déesse. Quand l’autorité s’impose à soi, malgré soi, aucun acteur ne peut lutter contre, et il faut choisir alors des rôles en conséquence.

 

Elle, Paul Verhoeven 2016 | SBS Productions, Twenty Twenty Vision Filmproduktion GmbH, France 2 Cinéma, Entre Chien et Loup


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The Lost City of Z, James Gray (2017)

The Lost Capacity of G

Note : 3 sur 5.

The Lost City of Z

Année : 2017

Réalisation : James Gray

Avec : Charlie Hunnan, Tom Holland, Sienna Miller

On pourrait comparer ce sixième film de James Gray (après vingt ans dans la profession) à certains films de fin de carrière de n’importe quel cinéaste reconnu et apprécié pour ses premiers films et installé depuis dans un système, le sien, ou celui des studios, ou d’un autre, indépendant, underground… Car vient toujours un moment où on finit par se demander si un cinéaste se répète à l’infini et reproduit à envie les mêmes procédés par confort, facilité, paresse ou habitude. Tout ça pour contenter son public, son boss, sa femme, les critiques ou lui-même, bref, tous ceux qui attendent de lui que film après film, il reproduise le miracle de la création, et pour que rien ne compromette sa position au sommet de la pyramide où il se sait en sursis comme les autres. Produire ou cesser d’exister.

Quand on a affaire à un Woody Allen ou à Frank Capra par exemple, aptes plus que d’autres à relancer la machine au fil des siècles avec leurs propres idées ou avec celles des autres, quand on a affaire à une certaine forme de génie qui en impose, on peut encore à l’occasion des nombreuses productions retrouver le souffle perdu d’autrefois, convaincre en faisant même jusqu’à oublier les succès premiers. Mais quand on est indépendant, qu’on produit finalement assez peu et s’interdit ainsi de rebondir rapidement après un échec, ou simplement quand on ne possède pas le talent que l’on croyait avoir démontré dans ses premiers films, on peut craindre petit à petit que ce qui était perçu autrefois comme des atouts devienne des faiblesses, et qu’user des mêmes procédés qui ont fait un jour notre succès finisse par ne plus suffire, et qu’arrivés au bout d’une demi-douzaine de films, ou de quelques décennies de carrière, on en vienne à ne plus prêcher que les convaincus, à surfer sur une réputation et un crédit gagné bien plus tôt. Le vilain vice de l’expérience, de l’establishment. Or ce serait beaucoup plus simple si le savoir-faire, l’expérience, le réseau, n’avaient pas au fond une si grande importance dans la réussite d’une carrière et des films ; car en fait, les navets — dans cette perspective de cinéastes reconnus radotant les vieilles recettes — y sont plutôt rares, et c’est tout le problème de juger des films moyens, paresseux, qui loin d’être de grands films peuvent surtout satisfaire à la fois critiques et publics… Sur un malentendu. Sur l’autorité.

The Lost City of Z, James Gray 2017 | Keep Your Head, MICA Entertainment, MadRiver Pictures

C’est un peu l’interrogation qu’on est en droit de se poser avec James Gray avec The Lost City of Z. Quand le jeune James Gray propose sa vision sombre d’une société bien définie au milieu des années 90, c’est rafraîchissant, c’est fait avec peu de moyens, mais c’est propre, maîtrisé, et Gray arrive à convaincre avec un savoir-faire certain, plutôt avare en effets tape-à-l’œil, mais efficace. On n’oserait alors pas parler pour un jeunot de classicisme. On sent cependant que le gars, seul dans son coin, arrive à produire quelque chose de qualité, avec un ton bien à lui qu’il semble avoir adopté des films noirs d’antan ou de certains films européens jamais trop orientés par la nécessité de contenter un public peu exigeant. James Gray est en marge d’une époque qui met de préférence en lumière les agitations de personnages hauts en couleur et d’un système qui ne fait plus que des films de genre à l’exception peut-être de celui qui pourrait le plus lui correspondre, le polar. Ce genre qu’on appelait autrefois le crime film et que depuis on nomme film noir vit des temps difficiles, pourtant le style James Gray fait tellement “recette” que tout le monde semble reprendre cette tonalité à son compte comme d’autres de leur côté essaient de reproduire les tonalités des films de Tarantino… Mais celle qui s’inspire le plus et qui est la plus préparée à adopter ce retour, à travers Gray, d’un style dépouillé, sobre, sombre et presque sociologique du film noir, c’est la télévision. L’ambiance, le jeu épuré, l’intensité refoulée, la reconstitution millimétrée, les nombreux personnages…, toutes ces caractéristiques qu’on applique rapidement au style Gray se retrouvent désormais ailleurs, souvent dans des séries US, et c’est bien là qu’on pourrait craindre que le bonhomme ne soit pas en capacité à se renouveler. Quand vous avez un coup de génie en réinventant le hot dog en songeant simplement y ajouter de la moutarde, votre idée de départ vous procure une grande réussite mais bientôt la concurrence se met à adopter votre propre recette de hot dog et voilà qu’il vous faut proposer autre chose au public. La tentation, la facilité, c’est alors de se présenter comme l’inventeur du véritable hotdog moutarde ; et pour varier la « recette », on innove et on lance… le hamburger à la moutarde.

Au tournant des années 2000, le cinéma découvre le numérique, les jeunes préfèrent les fantaisies ou les intrigues high-tech, et le public qui n’était déjà pas bien nombreux pour les films de Jimmy déserte les salles pour la télévision. Reste donc à James Gray de se lier à un système pour survivre : courir les festivals ou, à l’image d’un Steven Soderbergh, se laisser aspirer par les studios tout en prétendant rester indépendant. Jimmy semble avoir de plus en plus de mal à produire ses films et il finit par s’acoquiner avec des stars pour avoir une chance de lancer ses projets. C’est l’option de Soderbergh qui est alors choisie. Tout le monde est gagnant, c’est comme dans les milieux d’affaire où les contribuables paient quand les financiers et les donneurs d’ordres trinquent (au sens littéral). D’un côté les stars ont tout intérêt pour leur carrière, leur respectabilité, à tenir parfois à bout de bras des films susceptibles de concourir aux Oscars et non au box-office (il y a un temps pour tout), et de l’autre, le réal a besoin d’eux pour continuer à faire des films en se laissant corrompre par le moins mauvais des systèmes — c’est ce qu’est être un “vendu” selon Jimmy, mais Jimmy le dirait sans doute autrement. Même les indépendants ont leur système, et les seuls misfifts qui existent, ce sont toujours ceux qu’on ne voit pas, ou plus.

Voilà, peut-être, comment James Gray peut en venir à proposer à son public, vingt ans après ses débuts, un film d’aventures. Non, James Gray ne s’est pas converti aux sirènes des gros marchés, ça ne peut être qu’un film d’aventures à la sauce Jimmy Gray. Un véritable film de James Gray. Autant dire que Damien Chazelle (ce jeune vieux) pourrait proposer une comédie musicale, que ça resterait un film de Chazelle, que Scorsese pourrait réaliser un film pour enfant que ça resterait un film Scorsese, que Spielberg pourrait adapter Hergé que ça resterait un film Spielberg… On est au pays où tous les rêves peuvent devenir réalité, si bien que dans l’imaginaire américain, même les losers ont tenté leur chance (au loto), et certains ont fini par réussir. James Gray peut donc suivre la tradition de l’antihéros américain (même si son personnage ne l’est pas), car un loser qu’on présentera dans un film d’aventures comme un gagnant, peu importe, on s’en moque, l’important c’est bien que ça reste un film… James Gray. Et à la longue, à défaut de pouvoir dire que Jimmy est un génie, on pourra toujours lui faire dire : « L’antihéros, c’est moi ! »

Les histoires du cinéma adorent leurs renégats, leurs losers magnifiques.

Et c’est bien le problème. Gray est-il plus un cinéaste médiocre avec de hautes ambitions ou un loser génial à la Coppola, Erich vont Stroheim ou Welles ?

Jusqu’à The Immigrant, je dois avouer que j’étais plutôt séduit, convaincu, presque béat devant le peu de nuances qu’offrait le cinéma de Gray. Les stars incorporées semblaient encore tenir la route dans The Yards ou dans La nuit nous appartient. Il restait une forme de logique dans les projets de Jimmy, il ne se laissait pas corrompre par un système qui n’est pas le sien, il tenait bon, la route… et l’aventure, il semblait la fuir et se satisfaire de ses études de mœurs vues désormais à la TV. Et puis, que fait-il depuis deux films ? Des fresques. Une dramatique et historique pour The Immigrant ; épique, historique et biographique ici avec The Lost City of Z. En changeant de registre, James Gray s’est mis en danger… Une nécessité pour tout cinéaste passé vingt ans de carrière à produire les mêmes joujoux. Mais il a aussi pris le risque que les défauts de son style (quand on aime, certains de ces défauts peuvent devenir des qualités) apparaissent comme des « trucs », des facilités, auxquels le spectateur sera de moins en moins sensible. Il faut parfois reculer… pour tomber. L’excursion vers des genres nouveaux pour le vétéran en quête de nouveauté, comme pour tout artiste qui n’aurait plus rien à dire mais qui se verrait poussé par la nécessité de l’ouvrir, eh ben c’est toujours l’option la plus facile. La prise de risque passe alors par un assujettissement à un système qui n’est pas le sien, un travestissement léger de « son style » mais aussi du « genre » en question comme s’il y avait une vertu naturelle à sillonner à l’écart des usages ou entre les lignes.

Est-ce que l’exercice de style, l’audace bercée au rocking-chair, convainc au moins ?

Ce serait plutôt non. Si on enlève le savoir-faire, l’exécution, sans quoi le film ne serait pas plus satisfaisant, reste peu de choses. Ni divertissant ni enthousiasmant sur quelque plan que ce soit. Parce qu’il manque l’élan, la nécessité, la fraîcheur, la vie. Parce qu’à tous ces cinéastes confirmés qui disent avoir des difficultés à monter des projets « personnels », arrêtez de nous la faire : vous n’auriez aucun problème à monter des projets à trois francs six sous comme vous l’aviez fait avec vos premiers films, et c’est bien parce que vous cherchez à vous exiler dans vos jungles, à vous dresser au-dessus d’impossibles projets pharaoniques, à vouloir monter vos éléphants blancs, qu’aucun producteur et distributeur ne peut vous prendre au sérieux. C’est le paradoxe : pour convaincre à nouveau, le cinéaste vétéran en plein doute pense qu’il devra s’éloigner de son cinéma pour en proposer un autre, toujours plus épique, plus lourd, supposément plus ambitieux. Mais tout le monde n’est pas Cecil B. DeMille. Un bon film se passe bien souvent de grandiloquence. Un bon film, c’est avant tout un bon sujet. Une bonne histoire. Et les bonnes idées ça ne coûte pas un kopeck à une production. Les meilleurs cinéastes l’ont toujours compris. Et ç’a toujours été des risques qu’eux pouvaient se permettre.

Il y a des cinéastes qui sont à l’aise à filmer des ongles de pieds dans des boîtes à chaussures et il y en a d’autres qui ont des aptitudes pour filmer les grands espaces, les envolées lyriques, les grandes trajectoires épiques avec une maîtrise sans faille de la narration. Jimmy Gray pourrait maîtriser tout ça, en vrai, mais sans grand génie. Pas ici. Pas encore. Surtout, il n’est jamais aussi meilleur que dans une seule chose, qui peut faire illusion dans des petits films c’est vrai, c’est quand il crée des ambiances sombres, lourdes, dans lesquelles il peut noyer ses personnages, souvent perdus, au sein même de leur propre monde. Dans la reconstitution aussi, James Gray sait y faire… Rien à dire ici sur tout ça. Là où Gray se noie en revanche, c’est dans le traitement des personnages car l’obscurité habituelle de ses films ne devient plus ici qu’un accessoire, un code ou une patte personnelle qui perd tout son sens dans un tel projet. Avec tout ce fric dépensé sur un territoire qui n’est pas le sien, Gray est incapable d’insuffler de l’énergie, de l’absurde, de l’ironie, du lyrisme à cette histoire. D’abord, parce que contrairement à ce qu’il aurait sans doute cru au départ, son sujet en est dépourvu. Le côté loser du personnage, c’est lui qui veut le voir ainsi : le sujet ne s’y prête pas au départ. L’explorateur dont il raconte l’histoire n’est pas un rigolo, ce n’est pas parce qu’on ne trouve rien qu’on est un loser. Pour un explorateur qui reviendra avec des découvertes d’importance, il y en aura cent autres qui auront moins de chance. Si ceux-là n’existaient pas, celui qui reviendra, lui, avec quelque chose n’existerait pas plus — Gray tombe dans une vision un peu simpliste, et pardon « américaine », du succès, qui est de croire qu’il y a des gagnants et des perdants (des gars de l’ombre participent non pas à ce que d’autres gagnent à leur place mais à ce que tout le monde gagne : le Graal, c’est la connaissance partagée par tous, pas la gloire d’un seul homme). L’idée de mettre en scène un loser pourrait par ailleurs passer si son acteur ne jouait pas une tout autre partition que celle prévue par le cinéaste.

Il y a toujours un danger à raconter une épopée ratée. Le loser finit peut-être parfois par être celui qui tente de le mettre en scène. S’il y a une forme de réussite dans la grandiloquence absurde d’un Fitzcarraldo, on voit surtout ici une épopée boursouflée de l’inutile, grandiose non pas par l’absurdité de sa quête ou par l’obstination de son personnage principal (les losers, au moins depuis Don Quichotte, ont toujours fasciné) mais bien ridicule par l’ambition vaine et sans grande cohérence du cinéaste qui la met en œuvre. Non, Fawcett n’est pas un loser.

Après, comme Gray le dit lui-même, on pourrait laisser au film le bénéfice du doute et le regarder pour autre chose qu’une épopée de l’inutile (je ne l’ai pas vu comme ça d’ailleurs — d’où le danger d’assurer le service après-vente et de s’autoriser à « expliquer » ce que le public se plaît toujours mieux à faire). Gray termine son film d’ailleurs par des indications bienveillantes à l’attention de son personnage principal, disant en gros que Fawcett n’était pas en quête que d’un mirage… « Je fais un film sur un loser, mais en fait, non, ce n’est pas ça, ce n’en est pas un, la preuve : on a trouvé des traces d’une civilisation perdue sur les lieux mêmes où l’explorateur situait sa cité… » Faudrait savoir Jimmy. C’est un loser ou ce n’en est pas un ?

Alors d’accord, Gray se dit très concerné par l’idée de peaufiner son récit. Pourtant, tout ce qui apparaît justement dans son film, c’est que son histoire ne tient pas la route et/ou qu’il est incapable de nous la présenter telle qu’annoncée (il le dit en interview, ses films n’ont jamais été compris de la manière que lui les avait écrits). James Gray voudrait y voir un personnage enfermé dans l’étroit costume que d’autres auraient taillé pour lui ; je n’y vois aucun personnage assujetti au regard des autres ou de sa condition, de son rang. Je n’y ai vu qu’un cinéaste prisonnier des pièges habituels des « histoires vraies » ou des biographies au cinéma, dont la plus grossière est celle qui consiste au respect presque dévot de « l’histoire » et de ses « grands (ou petits) hommes ». Une quête qui s’avère souvent n’être qu’un mirage pour nombre de cinéastes, et qui bien souvent tourne à l’hagiographie la plus simple, si ce n’est au classicisme vide et pompeux. J’y ai vu aussi un acteur principal (plutôt médiocre d’ailleurs) délaissé par son metteur en scène et qui cherchait à jouer de son autorité forcée (oxymore) comme n’importe quel type qu’on a préféré aller chercher dans l’équipe de football du lycée plutôt que dans le club de théâtre, tout ça pour le plaisir de parader et de jouer les héros en Amazonie. L’idée d’absurde et de héros zéro suggérée après coup par le cinéaste aurait pu être là, tendre vers une forme de bêtise héroïque telle que dépeinte dans Starship Troopers ; mais manque à cette interprétation un côté matamoresque, ou une fragilité, qui annoncerait déjà cet échec. Il faut à ce type de récit une part d’inéluctabilité qui, si elle manque au départ, peine à convaincre par la suite. Ce parti pris aurait été de toute manière tellement loin de l’univers et des tonalités habituelles de Gray, qu’il nous aurait été difficile d’y croire. La démesure d’un Herzog, l’absurde des Coen ? Non, je pense Gray en être incapable. Rien ne laisse ici penser le contraire en tout cas.

Résultat, le film se regarde au premier degré, comme une aventure exotique, échouant à la fois à nous satisfaire dans ce qu’elle aurait pu nous procurer d’épique, mais aussi et surtout à nous convaincre dans l’exercice difficile du film de loser. Une sorte de Barton Fink d’Amazonie, c’est peut-être ce qu’aurait voulu en faire James Gray, sauf que Charlie Hunnam, sans être la star des films précédents, n’est pas un acteur conforme à l’ambition de Jimmy. Pour ce qui est du récit, ou de la manière dont est racontée cette « histoire vraie », tout est ampoulé, vite expédié. Tout est certes joliment montré, mais toujours trop soigné, trop bien exécuté, et surtout trop bien fait dans les règles ou dans le style, celui qu’on attend de Gray quand il filme cinquante personnages dans une boîte à chaussure ou un seul sur un trottoir humide à contempler dans la nuit l’orteil d’un autre (ah non, ça, c’est le prochain Lynch).

Car manque à tous ces cinéastes embourgeoisés, bien souvent, l’irrespect. L’irrespect des conventions, de ces conventions qu’ils ont souvent réussi à bousculer lors de leurs premiers éclats. Parfois on se répète en se focalisant sur des petites évidences qui laissent penser au final qu’une histoire et que la manière dont on tâche de la mettre en œuvre, ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes ; d’autre fois, et c’est plus rare, on se répète avec la même brillance. Parce que les génies peuvent dire cent fois la même chose sans tomber dans la facilité. La pertinence et l’à-propos des grands auteurs. Ce n’est pas la répétition qui pose problème, c’est la fadeur de ce qu’on dit. Le confort, la convention. Le respect. Il y a ceux qui suivent les courants, finissent par les rejoindre, et il y a ceux qui ne cesseront jamais de les prendre dans le mauvais sens, et à raison, non pour faire différemment des autres, mais parce qu’il se trouve que c’est là qu’il y a quelque chose à dire et à creuser.

Quand on adapte les histoires des autres, quand on se réfugie derrière l’argument confortable des faits pertinents car historiques, quand on se lance dans un projet qu’on ne sait soi-même s’il est poussé par une envie de plaire à un plus grand nombre ou si on tient à rester en marge, quand on accepte d’aller à la facilité dans le casting pour s’assurer l’aval des distributeurs et du public (avec la satisfaction trompeuse de ne s’être pas compromis jusqu’au cou en n’ayant pas impliqué les plus grosses stars du moment), eh bien on maîtrise moins son sujet, on se repose sur ses acquis ou sur des procédés qui assurent peut-être une certaine visibilité au film mais qui lui interdit tout génie. Les acteurs correspondent moins aux personnages qu’on a en tête, on se passionne moins à leur direction parce que des acteurs reconnus sont censés être… professionnels et être capables de sentir la situation ou la logique d’ensemble d’une histoire… Oui, après des années de travail, après un retour critique qui n’a jamais cessé de remettre en question nos capacités à mettre en scène les sujets qu’on sortira au hasard de la hotte, on tombe dans la facilité, on en vient à penser, comme le personnage de Robert Pattinson auprès duquel Fawcett revient plusieurs années après leur première expédition pour lui proposer de repartir : « À quoi bon prendre des risques, on est si bien chez soi ? Comment ? ma barbe ? mais c’est une barbe de respectabilité et de sage, non d’aventurier. » Oui, quand on gagne de l’autorité, et qu’on parvient à réunir des équipes censées être responsables et créatives, on cède à la facilité, aux certitudes, et chacun est tellement bien à sa place, tellement performant, tellement loin de ses zones d’inconfort, à quoi bon faire des efforts et regarder si tout le monde est à l’unisson, si quelqu’un ne propose pas quelque chose d’innovant ailleurs, si ce qu’on fait tient vraiment la route… À quoi bon ? Si on tient Darius Kondji, à quoi bon lui demander de faire autre chose que ce qu’il a toujours fait ?… À quoi bon ? La respectabilité, on l’a. Et les losers, ce sont les autres. Ce sont ceux qui prennent des risques et qui disparaissent dans la jungle. Celui-là, c’est l’autre, celui qu’on ne voit jamais. Au mieux, c’était celui qu’on a été en commençant dans le métier, parce que pour se faire remarquer de la Royal Cinematographical Society, il faut bien en prendre des risques, il faut bien affirmer son style par rapport aux autres… Alors, non, pour rien au monde, on ne tenterait d’hypothéquer tout ce crédit. On s’assied sur la pyramide et on regarde si on vient nous y bousculer. On respecte pharaon, ne prenons pas le risque d’écorner cette image. Et on se répète, on reproduit les certitudes d’autrefois, on creuse son sillon, et on se laisse envahir par le confort des habitudes. Puis, le prétexte pour se donner l’illusion qu’on est encore capable d’audace, ce sera de changer de « genre », de monter des projets « ambitieux ». Pour ces cinéastes installés dans leur confort, « ambitieux » ne veut plus dire que « colossaux », des Pacific Rim sans robots, parfaitement personnels, des éléphants blancs qui profiteront à tous, bref… « coûteux ». Et ce sera toujours l’argent des autres. Explorateurs comme cinéastes lèvent des fonds pour satisfaire leurs petits caprices, leurs certitudes ; et leur échec, s’il est personnel, fera au moins leur richesse alors que d’autres se ruineront pour eux. Le loser magnifique, il est là, pas sur pellicule. C’est un loser qui gagne toujours à la fin. Alors oui, c’est cet escroc qu’il faudrait mettre en scène, pas l’explorateur qui peut, aussi par ses échecs, faire avancer les connaissances. Ne pas trouver, c’est aider à ce que d’autres puissent le faire, ailleurs, en d’autres temps, en d’autres circonstances, alors que l’escroc n’est pas capable d’un tel sacrifice : l’escroc doit vivre, respecter son rang, s’asseoir dans sa boîte avant de rejoindre une autre plus grande qu’il aura fait construire par d’autres. L’escroc contre le loser, la voilà l’opposition. Digne d’un film d’antihéros.

Alors, la lumière, l’espoir dans tout ça ?… « On va la faire sombre et un peu orangée, c’est ce qui a toujours bien marché dans mon cinéma. Et Darius est là. — Oh, pardon… de quelle lumière vous parliez déjà ? »

Quand Gray insiste sur l’incapacité de ses personnages à sortir des boîtes dans lesquelles la société se plaît à les y enfermer, il a raison et ça ne concerne pas seulement ceux de son film. Un cinéaste qui veut « produire », se doit de faire des films comme un explorateur se doit d’aller au bout de son idée quitte à tout perdre. Mais un cinéaste doit aussi reconnaître l’environnement dans lequel il est à l’aise et apprendre à se renouveler dans ce cadre. Il y a toujours des exceptions, et j’attends la suite pour Jimmy, mais l’épopée qu’il semble vouloir adopter pour ses deux derniers films ne me paraît pas convenir tout à fait à son style et présager en tout cas de bien enthousiasmant pour la suite. Il y a peut-être comme chez Cassavetes une sorte d’épopée de l’âme dans les premiers films de Gray concentrés dans des environnements beaucoup plus restreints. Ici, Gray a perdu le fil et semble avoir oublié l’essentiel, la carte qui impose à tout raconteur d’histoire de suivre un parcours clair et bien défini pour son personnage principal. Dans l’interview accordée à la Cinémathèque en fin de projection, James Gray faisait la distinction entre ce qui est « vague » et « ambigu. » Une histoire doit être ambiguë pour questionner le regard, l’intelligence, tendre l’attention du spectateur. J’ai peur que James Gray soit beaucoup plus ici vague qu’ambiguë, en particulier dans la définition de ses personnages. Il y a la question claire de la quête bien sûr, mais pour le reste, rien. Le cœur du problème il est bien là : ce sont ces définitions, ces trajectoires, qui donnent de la chair, de la cohérence (parfois à travers les incohérences ou les… ambiguïtés d’un personnage) à une histoire. C’est un principe d’identification auquel aucun raconteur d’histoire ne peut échapper. Qu’a-t-on ici en guise de présentation pour exposer notre héros ? Une chasse à courre qui sera plus pour James Gray l’occasion de proposer à son public une scène d’action pour le happer à son siège en commençant son film plutôt que des séquences servant de départ à une psychologie en mouvement, de mise en route d’une personnalité avec ses contradictions, ses aspirations. L’appel de l’aventure, qu’on dit… Et l’aventure, si Fawcett la voit d’abord ailleurs, c’est bien la trajectoire de ses hésitations qui est mal rendue, un peu comme si on condensait les aspirations d’un Lawrence d’Arabie et son attrait presque naïf pour le désert en dix minutes et qu’on passait le reste du film à en faire un illuminé magnifique et capricieux… Un personnage évolue, et le rôle du metteur en scène est bien de souligner, mettre en évidence, ces trajectoires, parce que l’aventure à suivre pour le spectateur, les sinuosités narratives du long fleuve dramatique, il est là, pas dans l’exotisme ou la seule finalité d’une quête. Le loser ne l’est pas dans l’inaccomplissement de sa quête, mais bien dans la manière de la mener. Peu importe qu’il réussisse au final, car l’échec, c’est avant qu’il faut le trouver.

Le sujet, pour ce que cherchait à en faire Gray, était sans doute déjà mal foutu (c’est le problème trop souvent des « fables » héritées d’histoires vraies), mais le cinéaste s’est montré incapable de le tordre pour l’adapter à ses désirs. En plus de ça, sa direction d’acteurs n’est pas à la hauteur, avec des interprètes ne donnant jamais rien de plus qu’attendu dans un tel film « d’aventures » : un homme forcément vaillant, aidé des siens, qui lutte contre des opposants multiples, forcément tous incapables de comprendre les enjeux cachés derrière sa formidable quête… Bel exemple de ton sur ton, car le sujet est là, et Gray et ses interprètes ne donnent rien de plus que ce qu’il annonce. Le sous-texte dont parlait Gray n’apparaît jamais dans son film. Et c’est bien ce qui lui manque.

James Gray est après vingt ans un élève modèle toujours aussi respectueux des bonnes règles à suivre. Il est au premier rang et rares sont ceux qui oseront l’y déloger.

Classique. Mais pour combien de temps.


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