Man of Steel / Superman vs Batman, Zack Snyder (2013-2016)

Man of Steel / Superman vs Batman

Man of Steel / Superman vs Batman Année : 2013-2016

4/10  

Réalisation :

Zack Snyder

Avec :

Henry Cavill, Amy Adams, Michael Shannon, Ben Affleck

C’est amusant de voir Christopher Nolan à la production, on sent parfaitement sa pâte dans ces opus franchisés DC Comics. L’absence totale d’humour, l’adoption systématique de la variante sombre de Batman, la musique laide d’Hans Zimmer, les dialogues insignifiants… Du Nolan tout crashé.

Dans le détail, le premier volet sur Superman peut encore tenir la route. L’acteur qui remplace Christopher Reeve est très limité : des muscles ridicules, mais il faut sans doute faire avec, c’est de circonstance, surtout une absence problématique de charisme et de charme. Le bonhomme fronce les sourcils vers le haut en permanence pour se donner un air à la fois gentil et concerné, mais il arrive juste à avoir l’air stupide. Si DC était cohérent, ils auraient centré leur personnage pour en faire un roc assez inexpressif, figé, sombre et sans la moindre douceur juvénile, or là on sent encore l’influence du premier film avec le charme doux de Reeve sans jamais lui arriver à la cheville. Un entre-deux pour le moins stérile.

L’influence de l’ancêtre cinématographique se retrouve également dans le choix du récit présenté : pourquoi nous resservir une nouvelle fois l’origine du personnage si c’était pour nous bâcler l’affaire à force de multiplier les bastons et les surenchères pyrotechniques ? Alors que le film de Richard Donner remplissait si bien cette mission ? Si on oublie ses origines, ça permet de se concentrer sur un Superman adulte et charismatique, déjà conscient de ses pouvoirs, avec une planète déjà à la page… Zorg peut alors venir se mêler à la fête. L’idée au début, d’ailleurs, de faire de Clark Kent un fugitif à la Wolfverine, c’est du grand n’importe quoi… Et je ne sais pas ce qu’il en est du Comic mais aussi peu crédible que cela puisse paraître, déflorer l’identité et la sexualité de Superman à travers Loïs Lane, ça me paraît une nouvelle fois pas franchement une grande idée (on les voit même baiser dans une baignoire dans le second volet, je sais pas, c’est un peu comme si Zorro sodomisait Bernardo derrière un buisson). Et puis, au bout de quelques minutes, Nolan oblige, on arrête de raconter une histoire, et ce n’est plus qu’une suite de séquences de baston à rallonge.

Tout cela empire dans le second volet. Le bal masqué attendu se mue vite en festival d’erreurs de casting. J’adore Ben Affleck, mais on se demande ce que Daredevil vient foutre dans l’affaire. Même s’il correspond assez bien à certaines variantes de Batman, le souci, c’est à la fois de le montrer saillir ses muscles en permanence (à l’image des acteurs de péplum des années 50-60, il est presque plus large que long) et de le diriger. Le monteur semble avoir peiné à trouver des plans de coupe de lui avec ses scènes avec Jeremy Irons (autre catastrophe de casting) où il ne soit pas ridicule. Et qu’est-ce que c’est que cette histoire de concurrence et de baston avec Superman ? Je n’ai absolument rien compris de pourquoi ils se crêpaient le chignon, encore moins pourquoi ils arrêtaient d’un coup (« ta mère s’appelle Martha ? ah bon ? OK, on arrête de se battre, copain », wtf). Lex Luthor uploadé dans une matrice Facebook, ça reste encore la pire idée qui soit. Djamel Debouze aurait tout aussi bien pu faire l’affaire à ce stade… Le scénario est incompréhensible. En revanche, on a le placement produit le plus classe de l’histoire : coucou, c’est moi, je m’appelle Wonder Woman et je suis aussi une marque DC Comics. Accessoirement cette Wonder Woman a été miss Israël et aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est la seule chose de réussi dans le film. Pas besoin de froncer les sourcils comme Superman pour avoir du charisme, pas besoin de soulever de la fonte comme Batman, non, assez convaincante. Dommage de ne pas avoir le produit Wonder Woman en stock, ça fait très envie pour le coup.


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I Am Mother, Grant Sputore (2019)

Je suis Godot

Note : 3 sur 5.

I Am Mother

Année : 2019

Réalisation : Grant Sputore

Avec : Hilary Swank

Une entame prometteuse, et puis, le film se retrouve pris à son propre piège en soulevant un nombre incalculable de pistes, en suggérant des hors-champ et des environnements au-delà du huis clos de cette capsule de survie postapocalyptique, parce que comme la plupart des films de SF bon marché se maintenant à flot avec des décors léchés mais restreints, ça finit par manquer de cartouches et de carburant pour satisfaire l’appétit du spectateur.

Ouvrir autant de pistes, ça oblige à en emprunter de temps en temps, histoire de ne pas laisser le spectateur sur sa faim. Presque toujours dans ces cas-là, l’ouverture vers le monde, vers l’extérieur, est un casse-tête décoratif : on change d’un coup d’échelle de plans, les plans d’ensemble apparaissent, et au choix, soit c’est la déception qui est au rendez-vous, soit on trouve ça encore trop minimaliste : trop peu, trop petit, trop cheap. George Lucas avait bien résolu l’affaire : ne montrer l’extérieur qu’à la toute fin du récit (tandis que, de mémoire, L’Âge de cristal, par exemple, de Michael Anderson s’y était cassé les dents).

Alors, si le décoratif restreint pas mal les réponses données au spectateur (qui forcément s’en posent beaucoup), sa frustration ne fait que grimper quand les dialogues peinent à leur tour à éclaircir le beau programme promis en introduction. (En un mot, je n’ai pas tout compris, et n’ai pas beaucoup fait d’efforts pour comprendre.)

Le film souffre aussi des détours multiples entre les genres par lesquels il est obligé de passer pour meubler : thriller SF plutôt psychologique ou plutôt action survivaliste, tout peut se mêler dans l’absolu (les exemples sont nombreux), mais seulement si on arrive à gérer chacune des séquences dans un style défini et à tirer le meilleur de chacune d’entre elles. Or, le plus souvent, on reste dans une sorte de mise en scène qui ne sait trop sur quel pied danser : appliquée, certes, mais incapable de jouer sur les différents accents du récit, un peu comme si tout se valait… (Pour cela c’est vrai aussi, il faut pouvoir étoffer les rapports entre les personnages, les tendre, les rendre plus conflictuels, pour être capable de créer de véritables montées de tensions, puis des moments d’accalmie. Quand on se perd à raconter des détails qui ne font pas véritablement écho au sujet et qui sont autant de fausses ou de mauvaises pistes, ça limite le temps octroyé à ces autres éléments dramaturgiques essentiels pour faire monter la tension entre les personnages. — Par exemple, on nous dit qu’il y aurait d’autres hommes dehors, et puis, en fait, non… On attend Godot).


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Elysium, Neill Blomkamp (2013)

Note : 3 sur 5.

Elysium

Année : 2013

Réalisation : Neill Blomkamp

Avec : Matt Damon, Jodie Foster, Sharlto Copley

Pamphlet altermondialiste rêvant d’un ascenseur socio-spatial capable de réduire l’écart abyssal entre ultrariches et les autres.

Problème, le film tombe dans le piège de ce qu’il dénonce. Il peut être louable de mettre au cœur de son film les inégalités actuelles, et en particulier ethniques, mais en insistant lourdement sur le racisme à la fois anti-pauvre et anti-hispanique, on prend le risque de perdre de vue les belles intentions de départ en cours de route : les acteurs, les équipes techniques, alors même qu’ils peuvent être eux-mêmes hispaniques (voire pauvres) vont surinterpréter ce qu’on leur refile et jouer grossièrement le rôle qu’ils sont censés représenter. À ce titre, tous les personnages venant à aider le personnage principal (hispanique lui-même d’ailleurs, mais interprété par Matt Damon – on sent déjà le hiatus) paraissent antipathiques et vulgaires, ce qui anéantit d’un coup tous les efforts de départ pour dénoncer une injustice sociale.

On se retrouve même face à une sorte de paradoxe de la stigmatisation positive quand d’autres personnages (essentiellement des femmes hispaniques) sont au contraire présentés sans nuances comme des saintes ou des martyrs.

Les personnages d’Elysium tombent également dans les clichés : pour représenter la crème de ces super-riches, au lieu d’y représenter un modèle de la Silicon Valley (voire un industriel texan), il faut croire qu’il faille toujours malgré tout qu’un méchant identifié vienne d’ailleurs, puisque le personnage de Jodie Foster est d’origine française et que le leader de la cité spatiale semble être Indien ou Pakistanais (l’ultrariche blanc, lui, c’est un entrepreneur si dévoué à la tâche qu’il bosse sur Terre parmi les lépreux, et que dixit Jodie Foster, malgré tous ses efforts, son entreprise de robots-tueurs ne décolle pas… ; l’honnête blanc sera ainsi forcé d’accepter un deal avec la maudite Française…). Les bonnes intentions qui se vautrent… Eh oui, le politiquement correct, c’est tout un art. Si on ne veut pas froisser, autant se garder de parler de ce qui peut fâcher, et se contenter d’assurer le spectacle.

Pour le reste, on est toujours dans l’esthétique de District 9. Sorte de déchetterie high-tech sous un grand ciel bleu. Ce à quoi doivent probablement déjà être aujourd’hui certains quartiers de Los Angeles. En s’affinant, il semblerait que le point de vue du réalisateur se soit quelque peu perdu.


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Edge of Tomorrow, Doug Liman (2014)

On a volé les cheat codes de la marmotte…

Note : 4 sur 5.

Edge of Tomorrow

Année : 2014

Réalisation : Doug Liman

Avec : Tom Cruise, Emily Blunt, Bill Paxton

Je ne m’attends pas à ça. Une boucle temporelle à la Un jour sans fin qui marche comme sur des roulettes en donnant au film sa structure répétitive et son rythme, et qui nous oblige à nous maintenir éveillés et attentifs tout du long, histoire de ne pas manquer les avancées ou les incohérences possibles, prendre aussi l’ampleur vertigineuse du morceau (procédé circulaire qui donne l’impression d’un gouffre démesuré en guise de hors-champ). Et même si certains aspects des visiteurs (ces Mimics) me semblent inutilement compliqués, on ne boude pas son plaisir.

Un plaisir qui naît réellement bien plus des ressorts narratifs qui nous obligent une attention constante que de l’action ou des jolies images high-tech. L’histoire d’amour ne prend pas trop le pas sur la ligne principale du récit, comme on peut le craindre à un moment. L’humour léger que rend possible un tel procédé narratif est bien au rendez-vous (Bill Baxton se charge de donner le ton). Le personnage et la performance d’acteur (si, si) de Tom Cruise méritent d’être notés (il faut oser faire de cet officier un lâche : avant que la boucle temporelle ne s’installe, c’est un moteur formidable de l’action – ce qui permet également au film de démarrer de loin pour amener le personnage de Tom Cruise vers une maîtrise toujours plus perfectionnée sur le champ de bataille). Les films de SF sont assez rares, celui-ci rentre direct dans mes préférés.



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RoboCop, José Padilha (2014)

Note : 1 sur 5.

RoboCop

Année : 2014

Réalisation : José Padilha

Pas une des propositions de mise à jour du film original ne marche. La première connerie est monstrueuse, parce qu’elle vise à remplacer ce qui marchait très bien chez Paul Verhoeven : faire de Lewis, la coéquipière de Murphy, une femme. Un ancien partenaire féminin à cette nouvelle créature de Frankenstein high-tech qu’est RoboCop, c’était l’assurance d’interroger à chaque seconde de l’intrigue les ressorts émotifs, voire sexuels, du personnage et du spectateur. Comme une version inversée du mythe de La Belle au bois dormant. C’était au centre de l’histoire, une méthode classique de créer du lien entre les personnages principaux. Dans cette nouvelle version, Lewis est un homme, et qui plus est noir, ce qui le relègue selon les codes hollywoodiens au rang de second rôle.

Point de relation interdite entre Murphy et son partenaire, l’axe narratif glisse ainsi vers un autre binôme inattendu. Les deux qui se retrouvent propulsés tête d’affiche, c’est pour ainsi dire Bruce Wayne (alias Michael Keaton) et le comte Dracula (alias Gary Oldman). Belle ironie. Et pour quel profit ? Pas grand-chose. Tout le côté paranoïaque à la Philip K. Dick, hérité de la perte de la mémoire de Murphy dans le but de cacher son identité (alors qu’ici on tue tout le mystère en ne la cachant pas), sa perte d’humanité qu’il retrouvera peu à peu en revivant le traumatisme de son assassinat et de sa famille (le personnage féminin essentiel de Lewis dans l’original est comme transféré à sa femme ressuscitée), tout ça est envoyé à la casse pour faire du film, sur fond de transhumanisme sèchement factuel, un simple tire aux pigeons. Murphy ne cherche plus à se reconnecter avec son identité et son passé, ou encore à retrouver sa seule part d’humanité restante à travers la vengeance. Non, Murphy profite de toutes les données numériques de la ville, résout en une seconde plus d’affaires criminelles que n’importe quelle IA entraînée avant lui, et parmi celles-ci, la sienne, suite à quoi il pulvérisera tous les méchants qui lui cassent les couilles (et comme il a deux écrous à la place, il n’est pas content).

Même quand ils veulent préserver une idée du film original, la mise en scène ne semble pas en comprendre le sens et ça fait plouf. C’était un aspect sur lequel Verhoeven insistait peu mais qui était sa marque : la critique des médias, de la société de consommation, du paraître… Ce qu’on devinait par petites touches chez le cinéaste hollandais à travers des écrans de publicité ou des actualités télévisées. Le film ici est introduit, puis ponctué, par une émission TV écrite pour être comprise au second degré. Sauf que la difficulté, c’est bien de ne pas tomber dans la farce ou dans le démonstratif, parce qu’on le voit souvent, quand on veut dénoncer quelque chose à l’écran, on prend souvent le risque d’être compris de travers ou d’être autrement plus ridicules (jurisprudence Tueurs nés). Une subtilité qui n’apparaît jamais ici : Samuel L Jackson surjoue, on le verrait presque très fort penser qu’il est dans l’outrance pour dénoncer le plus fortement ce qu’il joue… Sauf que pour que ça marche, c’est justement le contraire qu’il faut faire. Un peu comme l’avait fait Verhoeven après RoboCop dans Starship Troopers, l’idée, c’est de jouer délicatement sur le doute, et donc sur la possibilité que ce qui est pris ici trop clairement pour du second degré soit en fait du premier. (Et parfois, la subtilité, c’est à double tranchant : il est difficile de déceler la critique de Verhoeven dans Showgirls — même si vingt ans après, les critiques jurent avoir tout compris.)

Bref. Dracula et Batman ont bien réussi leur exercice de sabotage : grâce à leurs exploits, la franchise RoboCop est tuée dans l’œuf. (Jusqu’à un RebootCop prochain.)



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Ant-Man, Payton Reed (2015)

Ant-Man, l’homme qui rétrécit les Gilets Jaunes

Ant-Man Année : 2015

7/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Payton Reed

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On sent fortement la filiation avec X-Men, Spider-Man et Iron-Man (plus qu’avec Avengers d’ailleurs). Et c’est pas pour me déplaire.

Les entames de séries sont toujours intéressantes quand elles sont réussies, et celle-ci l’est plutôt. Les enjeux dramatiques dans ce genre de compositions n’ont pas grand-intérêt tant ils évoluent quasiment jamais d’un héros à un autre (un psychopathe assoiffé de pouvoir déclare la guerre au genre humain, et c’est là que le héros arrive…), il faut donc se concentrer sur les origines et les fils dramatiques utilisés pour varier (très légèrement chaque fois) l’identité et les ressorts dramatiques (souvent initiatiques) du nouveau venu parmi la jolie brochette de super-héros affiliés à une peluche customisable. Et dans la veine des héros (tous) imparfaits, celui-ci a un parcours particulièrement réussi (le gendre idéal, papa absent, dévoré par une passion plutôt contraignante : le cambriolage de haut vol). Et comme l’acteur principal est une perle, ça me suffit.

Quand les ingrédients sont bons, il peut arriver qu’on s’en contente. Tout le reste, ultra-formaté, viendra alors rarement me poser problème. Et puis, pour les yeux, les scènes d’action donnent un ballet plutôt réussi. Ce n’est pas toujours le cas.


 


Okja, Bong Joon-Ho (2017)

Veau d’or sous soleil vert

Note : 3 sur 5.

Okja

Année : 2017

Réalisation : Bong Joon-Ho

Avec : Tilda Swinton, Paul Dano, Jake Gyllenhaal, Ahn Seo-hyun

Il faut noter l’ironie de dénoncer la nourriture industrielle tout en faisant un film foutrement formaté. La cuisine de Bong est par moment indigeste, entre la farce Tex Avery (Jake Gyllenhaal est insupportable), le film émotif à la Disney, l’humour potache et l’action de charcutier. Ça fait trop pour moi.

Si le sujet malgré tout (celui de la satire antispéciste) vaut le coup d’œil, l’ennui l’emporte globalement. J’ai du mal par exemple à comprendre comment on peut s’émouvoir d’une telle relation avec un rythme aussi relevé où les temps morts sont rares (la séquence la plus lourde est une réunion explicative entre tous les personnages du groupe des Américains : Bong Joon-Ho est trop poli avec ses acteurs et ne contrôle rien). Il y aurait moins d’action, la fillette serait moins contrainte dans ses mouvements (un personnage principal impuissant, c’est chiant), et on aurait utilisé un poulet ou un bœuf à la place de ce machin porcin numérisé et sans charme, je me serais plus régalé… Okja, qu’elle parte à l’abattoir, ça me faisait ni chaud ni froid.

On m’a aussi fait remarquer certaines incohérences dans l’histoire. C’est vrai par exemple qu’il y a un petit côté étrange à voir débarquer le commando antispéciste et la petite, à la fin, dans l’abattoir, avec ses hectares de bétail porcin enfermé dans des enclos à ciel ouvert, et ne pas s’en émouvoir plus que ça (c’est bien là que la réalisation ne prend pas assez son temps pour nous montrer l’étendue du désastre, trop concernée qu’elle est à cet instant pour nous faire participer à une grande cavalcade).


(Me voilà moi aussi lancé dans une longue course, puisque j’entame avec Okja un mois gratuit sur Netflix. Et je compte bien saigner leur catalogue de films récents — il n’y a de toute façon rien à se mettre sous la dent en termes de classiques, c’est même le grand désert.)


 

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Les Garçons sauvages, Bertrand Mandico (2017)

Réservoir à chiennes

Note : 1 sur 5.

Les Garçons sauvages

Année : 2017

Réalisation : Bertrand Mandico

Avec : Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel

Vidéoclip de Mylène Farmer. Laid, brouillon, mal filmé, mal découpé, mal joué, mal dirigé. Effarant d’amateurisme et de prétention. On n’est pas loin, d’ailleurs, de ce qui m’exaspère le plus au cinéma, celui des vide-greniers. On multiplie les accessoires, les effets, les références, mais le tout sans logique et sans aucun savoir-faire. En littérature, ça donnerait une espèce de bazar fait d’énumérations ronflantes, de vocabulaire faussement riche et recherché. Faut juste savoir que l’imagination, tout le monde en a.

Le plus drôle, c’est à la fin de la projection, le garçon (Mandico, présent pour une discussion) qui se la raconte pour dire à la salle combien il maîtrise tout dans la production, de la caméra, aux décors, à la direction d’acteurs, à la postproduction… Et là, première question du public : « Quelle pellicule vous avez utilisée ? (le « stock Kodak ») » « Hein, quoi ? Hi, hi… Stock quoi ?… » On l’aide un peu (stock, pour stock film, qui en anglais veut dire pellicule). Et là : « Ben, je sais pas. Aucune idée du type d’émulsion employé… » Donc en gros le mec gère tout, mais il a aucune idée de ce qu’il fait et laisse tout le monde gérer sa partition sans rien comprendre (de la photo aux acteurs, c’est la même musique, le gars gère rien), tout en prétendant le contraire. Définition même de la prétention. Une arnaque complète. Mais tant mieux s’il y a un public pour regarder ces âneries. Un escroc sans victimes, ce n’est plus un escroc.

Y a-t-il encore la place dans la production française pour les œuvres montées par des créateurs pleins de savoir-faire ou est-ce qu’on laisse faire toutes ces bandes d’incapables et de prétentieux dicter leur loi ?


Les Garçons sauvages, Bertrand Mandico 2017 | Ecce Films


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Interstellar (2014)

Parodie critique, le film vu par un fan de Nolan

Note : 5 sur 5.

Interstellar

Année : 2014

Réalisation : Christopher Nolan

Avec : Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Matt Damon, Michael Caine, Casey Affleck

entre les murs du temps

Succombez aux étoiles, maudits prophètes de l’apocalypse, car je serai votre bourreau,
Laissez-vous engloutir, princes de l’obscurantisme, car Christopher sera votre Voyager.
Maudissez le héraut qui vous sourit, c’est entre ses dents que vous goûterez au labyrinthe
Putride du temps. Du bouseux viendra la lumière. Le corn-flake est son étendard. Sa fille, son fourreau.

Là-haut, entre les montagnes stellaires, la plaine est un éther sans fin et Christopher fait gicler
En filament lacté son génie de part l’univers. Les naufragés écument l’espace et le temps,
Ébouriffent les étoiles, pour y tringler la matière, la chair, et y ensemencer l’ultime espoir
Des hommes.

Oh oui, de par les étoiles, Christopher nous envoie sceller le sort de l’humanité.
De sa moissonneuse, il avale les années et dans son trou opaque et ferme s’insère
L’abondance féconde de sa logique stellaire. Il est le Voyager, l’épitomé, de l’Homme
À destination de l’Autre. Sa seule issue. Son achèvement.

Kubrick menait au surhomme, et ce surhomme, c’était lui :
Christopher. Le Nouveau Voyager.

Matthew, épître de La Nouvelle Genèse.



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Fabulations nolanesques

Fabulations kubrikiennes

Commentaires (sérieux) sur Interstellar

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Premier Contact, Denis Villeneuve (2016)

Les Galettes de Pont-Aven

Premier Contact

Arrival

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Arrival

Année : 2016

Réalisation : Denis Villeneuve

Avec : Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker

On attend encore la fiction qui saura exprimer au mieux une des grandes révolutions scientifiques du XXᵉ siècle dont personne n’a jamais compris grand-chose, la physique quantique. Si personne n’a jamais pu proposer une histoire capable de convaincre à ce niveau, c’est précisément que fiction et science du XXᵉ siècle sont incompatibles. Joli paradoxe, puisqu’on en reste encore finalement il me semble à une vision de la science du temps de Mary Shelley.

Un récit a besoin de cohérence et adresse sa logique au plus grand nombre ; il fait appel au sens commun. Autrement dit, une histoire ne fait jamais rien d’autre qu’enfoncer des portes ouvertes, redire les vieilles conneries que nos anciens nous contaient déjà dans les cavernes magiques. C’est une connaissance empirique qui se transmet à travers la culture. Toutes les cultures, toutes les histoires, procèdent de la même manière, parce que le cerveau d’un petit Chinois du XXIᵉ siècle diffère en rien d’un petit homo sapiens d’Afrique de l’âge de pierre. Notre cerveau obéit à une logique (qui n’est pas, toutefois, totalement affranchie des mirages, illusions ou autres biais cognitifs), et c’est cette logique qui nous a permis d’appréhender le monde qui nous entoure. À notre échelle, tout se tient, et les histoires, leur logique propre, ont suivi ce même élan. Parce qu’à ce stade, science technique et science narrative pouvaient se confondre. La seconde accompagnait la première pour en répandre les principes (souvent fallacieux quand il était question de transmettre des idées sur le monde qui échappaient justement à l’échelle de l’homme, quand celui-ci cherchait à interpréter le cosmos sans avoir les outils pour l’observer) ; et la science pouvait à son tour se nourrir des interrogations exprimées à travers les histoires.

Mais une fois que la physique quantique est apparue, les faiseurs d’histoires et les scientifiques eux-mêmes se sont toujours heurtés au même écueil : sa vulgarisation. La science, quand elle interroge le cosmos, peut encore nous éblouir face à une multitude de questions que l’homme s’est toujours posée et certaines applications concrètes de la relativité générale ou restreinte ont été bien intégrées dans la fiction (le paradoxe des jumeaux dans Interstellar par exemple). Mais quand on en vient à la science des particules, à une tentative d’illustrer une quelconque théorie du tout, ça se complique. Aucune fiction n’est jamais parvenue, non pas à nous l’expliquer, car ce n’est pas le rôle de la fiction d’expliquer, mais de nous permettre de la comprendre. Tout simplement parce que la physique quantique n’obéit pas à la logique classique de l’homme, telle qu’il a su la développer à l’intérieur du monde, local, dans lequel il vit. C’est un casse-tête sans fin qui risque de ne jamais voir de solution… S’il faut attendre pour voir notre cerveau adopter une logique différente de ce que le monde qui l’entoure lui dicte tous les jours, on va pouvoir attendre longtemps parce que ça n’arrivera jamais.

Le souci dans Premier Contact, c’est peut-être moins qu’il soit impossible de conjuguer logique quantique et logique narrative puisque personne n’y est jamais parvenu, que le fait que certains auteurs s’appuient sur de vagues connaissances scientifiques ou oublient à quel point leurs théories (parfois même leurs hypothèses) sont limitées à un cadre particulier, et surtout que cette science est depuis un siècle face à un dilemme, un mystère, une incompréhension qui devrait rendre plus humbles les faiseurs d’histoires et les rendre moins attachés à expliquer non seulement ce qui est impossible à rendre intelligible à travers une histoire, mais surtout devraient les obliger à insister sur la nature bancale, inachevée, de ces théories. La science donne souvent à voir qu’elle est statique, impérieuse, alors que son principal moteur, c’est le doute. Un doute qui permet ses évolutions (ou avancées) permanentes. Or une histoire, si elle peut finir sur des incertitudes, doit poser des interrogations claires, autrement dit il faut que le monde dans lequel évoluent les personnages ait une cohérence propre, une cosmologie éprouvée et incontestable (sinon le spectateur ne cesse de remettre en question la logique de ce qu’il voit). La question du déterminisme dans le film est intéressante, mais elle prend comme acquis, ce qui en science peut l’être au niveau des particules mais qu’il est très compliqué d’observer à une autre échelle. Le film ira baser toute sa logique propre (lié aux possibilités illustrées dans le dénouement) sur une cosmologie bancale mais présentée comme acquise, arrêtée, irréfutable. Ce ne serait pas embarrassant si les scientifiques au début du film émettaient des commentaires pour évoquer cette difficulté, et sans cesse, et n’y comprenant finalement que peu de choses, j’y sens comme un manque, une maladresse qui interroge la cohérence des possibilités proposées par la fable. Bien sûr, l’intérêt de la science-fiction, c’est de mettre à l’épreuve ces théories, mais quand les théories elles-mêmes restent imparfaites et font encore l’objet de tant d’études, ça peut paraître un peu idiot de prendre pour acquis ce qui ne l’est pas. La science-fiction me paraît intéressante quand elle pose les problèmes clairement de notre époque en brodant sur des possibilités, mais quand la fiction se met à tirer dans tous les sens en « tirant des plans sur la comète », je ne peux que m’interroger sur la pertinence de la démarche. Est-ce de la (hard) science-fiction ou de la fantaisie ? Si on ressort toujours d’un de ces films avec des interrogations, il y aurait un peu comme une arnaque à en ressortir non pas avec celles soulevées par les recherches en la matière ces cent dernières années, mais avec des monstres nolaniens ou la science ne sert plus que de prétexte à supporter de nouveaux mystères, de nouvelles conceptions fantaisistes du monde.

Premier Contact, Arrival, Denis Villeneuve 2016 Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment (2)_

De ces difficultés pour le récit à transmettre des principes de deux sciences aux logiques complexes, naîtra pour l’auteur la nécessité de tout expliquer à son public quand lui-même n’y comprend pas grand-chose (pourquoi y aurait-il une logique narrative du « tout » quand la science n’y arrive pas elle-même ?). Au mieux, c’est chiant à force de devoir se farcir des discours ronflants comme on expliquerait à Ulysse que le vent doit souffler dans la voile de son navire pour qu’il avance… au pire, un peu comme dans ce commentaire, on gesticule en laissant penser qu’on a tout compris, et on entoure tout ça de poésie pour en masquer l’imposture et les belles prétentions. Nolan m’a toujours agacé en allant dans ce sens, et même si on y échappe pour une grande part dans Premier Contact, ça va encore trop loin à mon goût.

Il y a deux cinéastes qui me gonflent à ce niveau depuis une quinzaine d’années : Nolan, on l’aura compris, et Malick.

Villeneuve fait mieux que ces deux-là, c’est déjà ça de gagné, mais que ce soit dans l’approche paradoxale du temps ou dans la mise en scène faite de flashs (forward) au téléobjectif et contre-jours, il y a dans certaines séquences trop de niaiserie dégoulinante pour que je me laisse complètement aller à mon plaisir. La seule question du « contact », puis celle passionnante du langage, aurait dû suffire. Seulement il faut toujours qu’un personnage joue les héros (les élus, presque) et vienne y donner de sa personne pour sauver le monde. Peut-être que mêler histoires individuelles avec les préoccupations du monde est une manière de proposer une de ces théories du tout (narratif), sauf que ça me met toujours mal à l’aise. J’aimerais tellement voir une approche plus distante, échappant à l’émotion, aux révélations nécessaires en fin de trajet, au parcours du héros classique alors que la conception de la science évoquée ne l’est plus… Il y aurait un genre hybride entre documentaire et fiction qui mettrait sans doute beaucoup mieux ça en scène. Les spectateurs sont déjà fascinés par certaines des problématiques exposées dans le film, comme la question cruciale du langage, il n’est donc pas nécessaire de faire intervenir une dramaturgie classique, des héros, pour leur faire comprendre tous les enjeux d’une telle rencontre. Après tout, notre goût pour la transmission, notre soif d’apprendre, ne se limite pas qu’au seul plaisir d’écouter ou de voir des histoires ; certaines questions essentielles peuvent très bien nous passionner sans avoir à passer par des personnages centraux ou des arabesques dramatiques, révolutionnaires, pour ne pas dire répétitives. On éviterait alors l’écueil de l’explicatif, puisqu’un tel film, sans oublier les belles images ou la chronologie des événements sous un angle non personnel se contenterait de n’être plus que didactique. Vive le docusfiction.

(Au spectateur déçu, la liberté de pleurer le film qu’il aurait voulu voir…)

Parce que quand on doit traduire toute cette complexité en action, c’est peut-être l’époque qui veut ça, mais ça tombe très vite dans le mystère et la révélation sans fin, un peu à la Lost, ou donc, encore, à la Nolan. On n’échappe alors jamais aux questions du spectateur qui me semblent toujours légitimes.

Pourquoi les Aliens, s’ils sont plus évolués que nous pour savoir, eux, taper à notre porte, sont-ils incapables de se mettre à notre hauteur et font-ils les difficiles en ne prenant même pas soin d’apprendre notre mode de communication primitif ? Pour nous forcer à faire l’effort de nous mettre, nous petits lutins, à leur hauteur ? Parce qu’après avoir passé quelques milliers d’années dans l’espace, ils ne se seraient pas seulement ramollis physiquement comme des poulpes, mais leur intelligence en aurait aussi souffert ?…

Premier Contact, Arrival, Denis Villeneuve 2016 Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment (3)_Premier Contact, Arrival, Denis Villeneuve 2016 Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment (5)_

Une idée intéressante (qui est à peine suggérée dans le film parce qu’on ne voit pas débarquer les Aliens au fond : ils apparaissent) aurait été de voir émises certaines interrogations sur leur nature extraterrestre (hypothèse de la Terre creuse, engins humains venus du futur), voire douter un peu plus de leur intelligence (suggérant par là qu’une intelligence étrangère qu’on suspecte d’être supérieure pourrait tout à fait donner l’impression d’être incohérente pour notre propre intelligence). Pourquoi préjuger en effet que de tels objets célestes soient des voyageurs de l’espace ? En ufologie, on adore procéder à ce genre de raisonnements dont les conclusions farfelues seront d’autant plus facilement acceptées qu’elles procèdent à toute une culture foisonnante (et souvent contradictoire) favorable à l’hypothèse extraterrestre (HET, pour les intimes) ; or il n’aurait pas été vain de voir des scientifiques (ou des militaires), émettre dans cette histoire des doutes quant à l’origine de ces engins, tout simplement parce que ce serait réaliste : rares sont les scientifiques et militaires tenants de l’HET, donc avant de se plonger tête baissée dans la gueule du monstre et y voir tout de suite des visiteurs de l’espace, une simple évocation à cette question aurait fait le plus grand bien. La thématique de la communication est passionnante, mais dans Rencontres du troisième type par exemple, Spielberg montrait parfaitement cette mouvance culturelle. Là on a l’impression qu’en choisissant de ne pas évoquer la question ufologique, c’est la fiction malgré les apparences qui dévore un peu trop la science et toutes ses interrogations légitimes… Le résultat était déjà moisi quand on évoquait la science à travers ses paradoxes temporaux, mais là la question ufologique n’est même pas évoquée. Ils sont là, point, c’est forcé qu’ils viennent de l’espace. Ah ?… Comment le sait-on ? Ils l’ont… dit ?

Pour les aspects positifs du film. En vrac : le refus du tout technologique avec des vaisseaux qui tels des pierres ponces voudraient seulement venir nous chatouiller la croûte. Les créatures sont plutôt réussies : des mains de vieillards, ou des troncs aux racines apparentes, postillonnant des quipus d’encre en forme d’anneaux stellaires… On échappe (mais pas complètement) aux scènes d’émeutes et à la surenchère militaire (on frise la crise diplomatique avec les vilains petits canards habituels, Russie et Chine en tête, heureusement le salut viendra de la Chine… guidée par la sainte matrone américaine). Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu Forest Whitaker aussi bon : en une séquence tout en sobriété, il est arrivé à me convaincre, et peu importe si on ne le voit plus par la suite sinon pour jouer les contradicteurs de service… Dommage que Jeremy Renner n’ait pu profiter d’une telle séquence introductive, parce qu’on ne le voit que trop effacé par la suite face à une Amy Adams omniprésente. Enfin, si on passe tous les effets malikiens qui se répandent comme une nausée contagieuse dans le cinéma en ce début de XXIᵉ siècle, Villeneuve maîtrise son sujet, avec un rythme non-agressif rappelant les meilleurs passages du Jour où la terre s’arrêta, de Contact ou de Rencontres du troisième type.

Les meilleurs films de science-fiction sont toujours à venir. Beaucoup de belles promesses, toujours des déceptions.

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Premier Contact / Arrival, Denis Villeneuve 2016 | Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment

Revoyure 2021 : À la relecture, je trouve l’introduction de ce texte un peu dure et déplacée. Oui, la science-fiction a toujours peiné, et peinera toujours à rendre la « réalité » de la physique quantique, mais plus encore, malgré mes efforts, ce qu’il faut reconnaître, c’est que je peine surtout moi à m’en représenter une vision correcte. Je vois surtout mal en quoi cette question de particules vient faire dans cette histoire. Reste à voir, si la clé narrative du film, la violation du principe de causalité (faire intervenir un élément du futur dans le passé pour influencer l’avenir — ce qui pour le coup est du déjà-vu dans le cinéma) a un rapport avec la physique quantique. Pas évident, et surtout, cette question, c’est moi qui la pause, pas vraiment le film. Celui-ci semble beaucoup plus poser la question du rapport au temps et du langage, et donc in fine, le rapport entre la sophistication d’une intelligence ou d’un savoir exprimé par l’élaboration d’un langage complexe capable de s’affranchir de la perception, ou de l’illusion, du temps. Puisque ça, on semble en être sûr aujourd’hui, le temps linéaire est aussi une perception biaisée, parcellaire, que notre cerveau interprète en fonction de ses moyens. Qu’ensuite, on en vienne dans une histoire à faire interagir présent et futur, ma foi, c’est du cinéma, pourquoi pas, mais plus que la question quantique ici, c’est bien le rapport entre langage et intelligence qui ne m’avait pas tant que ça sauter aux yeux. Si Louise a ces visions de l’avenir, c’est bien parce qu’elle intègre une nouvelle forme de langage complexe, et que le présupposé du film, c’est que ce langage s’affranchit d’une logique temporelle linéaire, causale, qui est le propre des intelligences sur Terre, voire primitives (même les superstitions, donc des fausses connaissances, se basent sur des principes de causalité : si je fais ça, ça va donner ça, alors que la logique ici serait plutôt de voir les choses dans leur ensemble, sur un temps long en comprenant les différents événements non plus en fonction d’un principe de causalité, mais d’un tout : plus de dire qu’on prédit l’avenir, il est plus juste de dire que le futur et le présent font partie d’un même ensemble que notre cerveau est incapable d’appréhender).

Cela était dit, sur la manière de mettre en œuvre cette logique narrative à l’écran, je reste toujours aussi hermétique à l’usage trop prononcé à mon goût de l’émotion et du recours aux histoires personnelles forcément un peu neuneus (même s’il faut noter l’effort ici avec un personnage principal à la fois scientifique et féminin) et aurais préféré que l’accent soit mis sur la coopération et la question, encore plus, du langage. En un mot, un peu moins de Nolan et de Malick dans le film, et plus de Contact et d’Abyss par exemple : la coopération est au centre de ces deux films, sous une forme bien différente et aurait pu donner un indice ici de comment arriver à concilier « coopération internationale » (propre à Contact, et qui devient vite une forme de concurrence personnelle dans le film) et « coopération technique » au sein d’une même équipe rendant possible un recours à l’émotion (dans Abyss). Ces deux films possèdent par ailleurs des conclusions bien plus fortes que ce qu’on peut voir ici : ce sont de véritables accomplissements, des rencontres produites après un parcours épuisant (rappelant par là beaucoup aussi 2001, mais beaucoup d’autres récits obéissent à cette logique narrative). Et que se passe-t-il dans Premier Contact ? Les visiteurs repartent après avoir semé la petite graine d’une langue qui devrait être une clé, une « arme », offrant aux humains la possibilité de s’affranchir de cette vision temporelle, causale, du monde, et nos personnages principaux se marient et auront un enfant. C’est intéressant, mais pour le coup, du simple point de vue émotionnel, et pour un dénouement, ça ne fait pas bien lourd. Ce qui expliquerait pourquoi Villeneuve (mais le scénario déjà tombait dans ce travers) se sente obligé d’en rajouter. Et je n’aime pas trop qu’on me force. L’émotion, elle doit venir des éléments mêmes du récit, pas de la corde sur laquelle on s’autorise plus ou moins à tirer.

Premier Contact, Arrival, Denis Villeneuve 2016 Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment (1)_Premier Contact, Arrival, Denis Villeneuve 2016 Lava Bear Films, FilmNation Entertainment, 21 Laps Entertainment (4)_


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