Dernier Amour, Dino Risi (1978)

La fin du jour

Note : 3.5 sur 5.

Dernier Amour

Titre original : Primo amore

Année : 1978

Réalisation : Dino Risi

Avec : Ugo Tognazzi, Ornella Muti

Dernier amour pour un des derniers grands films de Risi et, c’est presque habituel, un dernier acte qui jure légèrement avec ce qui précède. Un dernier coup au ton résolument satirique, mais une satire tendre, voire mélancolique. Jusqu’à ce dernier acte au-dessous du reste qui nous propose de suivre ce couple mal assorti, le vieux Ugo (lui, pour son dernier amour, le titre français du film) et la jeune Renata (elle, pour son Primo amore, le titre original), dans son escapade vers Rome, le style était acerbe mais enjoué. Risi trouvait toujours le bon mot pour nous faire sourire, surtout quand Ugo faisait la cour à Renata. Un vieillard qui n’a pas renoncé à séduire les jeunes filles, ça peut prêter à sourire, surtout quand la fille en question a de la repartie. Peut-être pense-t-on à tort que lorsque l’on s’installe dans un hospice pour anciennes vedettes du théâtre, c’est pour ne plus en sortir, sinon pour prendre occasionnellement l’air de la mer… Dino décidera de leur faire prendre le large.

Avant cela, comme Ugo, on ne peut résister au charme de la jeune Renata, et l’on voudrait peut-être continuer à la séduire sans réussite comme Ugo tout au long du premier acte. Car séduire, c’est peut-être vivre… ou survivre. Rêver peut-être. C’est que Renata est interprétée par Ornella Muti dans sa prime jeunesse. Si l’on dit que pour certains rôles il faut avoir la chance de disposer de l’acteur idéal, Dino Risi qui vient de la croiser sur les Derniers Monstres, a probablement eu la bonne idée d’écrire ce rôle pour elle.

S’il a fallu à Greta Garbo passer par le muet et par les mélodrames, puis par une série de films faisant leur publicité avec le slogan « Greta Garbo parle » pour la voir enfin rire dans un Lubitsch écrit par Wilder, quelques minutes ici suffiront à Dino Risi pour nous montrer Ornella Muti, habituée aux moues boudeuses et tristes, d’abord sourire, et enfin rire. Si certaines beautés froides restent imperturbables et ne se dévoilent jamais, le secret du charme d’Ornella Muti, il est de s’illuminer d’un coup au moment parfois où l’on s’y attend le moins. D’une beauté d’abord mystérieuse et secrète, inaccessible, qui vous toise de ce regard plein de dédain, Ornella est un mur qui, quand elle sourit, fait trembler la terre à vos pieds. La barrière qu’elle dresse entre elle et ceux qui lorgnent derrière sa carapace disparaît, et une petite fille timide pleine de joie éclot enfin devant nous.

Quand son personnage part avec Ugo, Ornella semble prendre dix ans d’un coup : moins froide, moins naïve. Le voile des apparences, une fois tombé, en révèlera un chouïa trop… On craint qu’elle soit devenue calculatrice, intéressée. La petite fille qui dédaignait le monde pour mieux s’en protéger se transforme en femme fatale, en séductrice, et c’est encore là un registre où excelle Ornella Muti, parfaite dans ce registre de la comédie en parvenant à ne jamais sombrer dans le premier degré. La distance et la connivence, deux ressorts subtils de la comédie. Regard fixe par le dessous, léger sourire en coin : elle sait envoûter son partenaire (et le spectateur avec lui) en dodelinant lascivement de la tête. Un signe qu’on prendrait presque pour une invitation… à lui servir d’apéritif : de ses yeux de chat prêt à vous bondir dessus et de ce grain de beauté sur le nez placé comme une mire lançant des rayons cosmiques, on ne peut s’en défaire, comme hypnotisé. Ugo d’ailleurs ne s’en remettra pas.

Pourtant, si cette escapade d’amour consommée entre le vieux et la jeune produit un certain déséquilibre avec ce qui précède, la satire, beaucoup plus féroce, moins drôle, n’en est pas pour autant moins réussie. Si l’on rit facilement du ridicule d’un vieil homme qui fait la cour à une jeune fille, on rit jaune, et l’on s’attend à ce que ça devienne plus cruel, même si ces deux-là arrivent à s’entendre. L’exploit de Dino n’est pas de nous faire croire en cette amourette, mais de parvenir à ne pas nous rendre ces personnages que tout oppose antipathiques. Si Ugo reste ridicule dans son audace et dans ses espoirs, il aurait été plus aisé de faire de Renata une fille intéressée. Or, si sa panoplie vestimentaire et ses activités ne font pas de doute sur ce qu’elle est devenue, en comprenant son parcours et en suivant ce qu’en ont fait Dino Risi et Ornella Muti, on ne peut réellement jamais en vouloir à cette fille. D’abord, parce qu’on sait que c’est Ugo qui l’a incitée à le suivre alors qu’elle n’avait aucune vocation artistique (certaines femmes, souvent belles à se damner, se laissent ainsi influencer par les fausses promesses d’hommes mûrs attirés par leur jeune âge) ; Renata, en quelque sorte, est une fille facile, mais facile dans le sens où elle peut trop facilement se laisser imposer les désirs que d’autres projettent à sa place. Dans la dernière scène où elle fait face à Ugo, on voit qu’elle est sincèrement attachée à lui. Autant que peut l’être une femme corrompue attendrie par le souvenir de son premier amant…

Ainsi, Dino Risi tire fort sur les fils de la satire, le point d’arrivée des personnages étant particulièrement cruel, mais le cinéaste sait encore parfaitement faire en sorte qu’ils gardent la sympathie du spectateur. Si pour lui la comédie est un genre irrévérencieux (son humour dans la première partie du film est principalement basé sur une gentille cruauté, donc de l’irrévérence), il sait aussi ici, comme bien souvent, ajouter une grande part d’humanité dans ses films malgré le destin souvent noir qu’il promet à ses personnages. Ce sont des caricatures, ils sont ridicules, le regard porté sur eux est féroce, mais quand ils sont réussis, Dino Risi nous dévoile à travers certaines nuances ce qu’ils ont de plus humain en eux. Quant à Ornella, rien ne serait possible sans sa capacité à s’autoparodier comme dans une de ces séquences finales face à une caméra de télévision où, censée sourire, elle montre ostensiblement, d’un doigt sur les lèvres, qu’elle ne le fait pas. Elle ne sait que trop bien après quoi les hommes courent. Un peu plus de vingt ans et déjà la roublardise d’une vieille chatte.


 

Dernier Amour, Dino Risi 1978 Primo amore | Dean Film


Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Il gaucho, Dino Risi (1965)

Faccia a faccia

Note : 3.5 sur 5.

Il gaucho

Année : 1965

Réalisation : Dino Risi

Avec : Vittorio Gassman, Amedeo Nazzari, Nelly Panizza, Nino Manfredi, Annie Gorassini, Maria Grazia Buccella

One-man-show ébouriffant de Vittorio Gassman au milieu d’une palanquée de seconds rôles presque réduits à n’être que spectateurs de l’artiste dans son rôle de capitan moderne. Le déséquilibre est évident, seulement, il n’est jamais bon de tuer la concurrence dans un film en attirant trop la lumière sur un seul élément : le rôle des faire-valoir consiste précisément à mettre en valeur cet élément principal… Quand ils font défaut, la farce peut mal tourner. La prouesse comique de l’acteur du Fanfaron, pour ce détour baroque vers l’Argentine, vaut toutefois le coup d’œil si l’on est fan du personnage (ou curieux des limites théoriques d’une farce construite autour d’un seul homme).

D’ailleurs, la règle se confirme : dans les films de Dino Risi, quand un acteur vampirise toute l’attention, ou qu’au contraire on ne sait pas à quel saint se vouer dans une troupe d’acteurs mal achalandés, le film pourrait être drôle et cruel (ce qui arrive toujours à faire Dino Risi), il manque toujours le petit quelque chose en plus qui fait la marque de ses grands films. Mais Dino peut se contenter à l’occasion de réaliser de bons petits films, on ne s’en plaindra pas.

Comme souvent chez Dino Risi, l’histoire importe moins que la création d’un contexte lui permettant d’insérer des personnages caricaturaux au milieu de situations nouvelles amenées à changer leur nature et la perception que l’on s’en faisait : ceux qui passaient pour de simples caricatures, se révèlent plus humains et attachants qu’annoncés. Ce voyage en Argentine (destination de cette petite bande d’acteurs de cinéma venant présenter un film dans un festival local) permet, dans un premier temps, d’opposer l’exubérance coutumière de Vittorio Gassman à celle quasi similaire d’un riche industriel italien venu faire des affaires en Amérique du Sud et accueillant toujours à bras ouverts ses compatriotes de passage.

La confrontation reproduit un classique de la farce : l’entrepreneur argentin aux racines italiennes incarne la caricature de l’Italien, plus italien que le plus italien des Italiens, un lointain Italien qui ne revendique plus son origine tout en en parlant la langue, nostalgique de ses racines qu’il glorifie à l’envi, l’image aussi de la réussite ostensible et fanfaronne de l’Italie qui s’exporte, un vrai matamore, double grotesque, accentué, du personnage déjà arrogant qu’interprète habituellement Vittorio Gassman. Mais le face-à-face comique entre le pitre crâneur et son modèle plus accentué encore se double d’une autre confrontation : celle avec son clone, l’entrepreneur à l’ambition arrêtée net par une suite de déveines fatales, l’immigré à qui les poches autrefois toujours ouvertes de ses amis ne sont plus accessibles, celle avec son double moins chanceux, devenu moins exubérant et vantard.

L’eldorado et la galère. Les deux faces d’une même pièce que nombre de personnages de Risi (on pense par exemple à celui d’Une vie difficile) regardent tourner inquiets avant d’en connaître l’issue.

L’opposition comique, amusante, finit toujours chez Dino par la satire. Ici, elle tend même parfois au mélodrame ou au réalisme. Vittorio Gassman peut encore, lui, à la fois tenir des chanceux (il n’est pas riche, mais c’est lui qui mène la troupe, signe qu’il a encore du crédit auprès de ceux qui le suivent) et des malchanceux (il tente sa chance au casino, il tente sa chance avec les femmes, et comme à son habitude, il ne fait pas dans la dentelle, accumulant piteusement les revers comme le rappellera sa nouvelle amie industrielle en le qualifiant d’italissimo). D’autres, en revanche, ont cessé de se situer dans cet entre-deux incertain et penchent plus volontiers du côté des poissards ou des losers. Et celui qui fait ici office de double vautré de Gassman, celui qui lui rappelle à quoi il pourrait ressembler s’il ne s’y prend pas mieux, c’est le personnage qu’interprète Nino Manfredi. Un vieux compagnon à qui le personnage de Gassman espère un temps pouvoir tirer quelques sous…

Dommage que Dino Risi ne parvienne pas à recentrer son film autour du duo que représentent ces vieux complices, amis longtemps séparés, contraint qu’il est de retourner à l’entrepreneur, et donc, à la farce.

On pourrait résumer le film par deux situations qui se répondent et qui illustrent bien la nature du cinéma de Dino Risi :

En guise de courtes séquences de transition pour passer d’un lieu à un autre dans la rue, le groupe rencontre un clochard, ce qui soulève la réflexion suivante à Vittorio Gassman : « il est venu tenter sa chance en Argentine il y a cinquante ans, et voilà ce qu’il est devenu. »

Bien qu’anodine, il y a tout dans cette remarque. La cruauté, l’insolence, la lucidité, mais aussi paradoxalement l’inconscience. Le personnage de Vittorio Gassman sait que le monde se compose de gagnants et des perdants, il en accepte les règles, mais semble oublier, ou se moquer, qu’il pourrait lui aussi sombrer dans la même misère. À moins que ce soit une manière pour lui quasi cathartique de déjouer le sort et d’exprimer sa peur de finir de la même façon. C’est toute la beauté des matamores : ils se croient beaux et tout-puissants quand on ne voit que des misérables qui s’ignorent.

Seconde situation : dans la toute dernière séquence du film, l’ami (Manfredi) que Vittorio Gassman retrouve sur le tard, à qui il avait réclamé de l’argent et qui s’était révélé fauché comme les blés, vient le saluer à l’aéroport, de loin, depuis la passerelle. Vittorio (qui s’est fait offrir les frais d’hôtel par le riche industriel) tente par ses gestes de faire comprendre à son vieil ami que s’il souhaite revenir en Italie qu’il l’appelle : il lui paiera le billet retour. Évidemment, son ami ne peut pas l’entendre… La seule fois où cet égoïste fait preuve de générosité, celui à qui il proposait opportunément son aide ne pourra pas en profiter…

La cruauté de Dino Risi. Toujours. Une forme de tragédie dans la comédie capable de dépouiller les espoirs des hommes ou de ne jamais les autoriser à se retrouver. La comédie ainsi ne fait pas figure de fin en soi, mais de seule alternative possible face à l’implacable férocité de la vie.

Si le film parvient bien malgré tout à alterner les séquences comiques et cruelles, voire mélodramatiques, il souffre toutefois d’un léger manque de rythme dû à un enchaînement trop mécanique, trop frénétique, des séquences. Les respirations (séquences, ou simples plans, plus lentes, plus émouvantes, utiles au développement des personnages) sont quasi inexistantes. C’est qu’avec le nombre de personnages proposés, de petites histoires personnelles, le film aurait pu faire trois heures, si bien qu’il donne l’impression d’avoir été raboté partout où cela était encore possible.

Un Dino Risi mineur, mais un Dino Risi toujours.


 

Il gaucho, Dino Risi 1965 | Clemente Lococo, Fair Film


Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Le Veuf, Dino Risi (1959)

Una vita di… avidità

Note : 4 sur 5.

Le Veuf

Titre original : Il vedovo

Année : 1959

Réalisation : Dino Risi

Avec : Alberto Sordi, Franca Valeri, Livio Lorenzon

Le film est d’une drôlerie folle pendant les trois quarts du film grâce au talent ineffable d’Alfredo Sordi, à la fois parfait pour jouer la prétention maladroite et bouffonne, la vénalité obsessionnelle doublée (malheureusement pour son personnage) d’incompétence, la bêtise accablée, la forfanterie matamoresque… bref, pour faire du Alfredo Sordi.

Le point culminant du film et qui aurait dû être son dernier acte, c’est quand la chance se retourne d’un coup pour le personnage de Sordi quand on lui annonce la plus mauvaise nouvelle qui soit dans sa situation… Le film se prolonge alors, peut encore convaincre jusqu’à la retraite monastique de Sordi, et doit trouver un dernier rebondissement, une chute finale, et celle-ci, malheureusement, même si elle fait presque littéralement tomber le film dans la franche satire, patine en réalité en peinant à retrouver le rythme, et n’est pas à la hauteur comique de ce qui précède. Le récit abandonne, par exemple, tout d’un coup le personnage de la maîtresse (ainsi que toute sa famille) après avoir justement essayé de la refourguer auprès du riche industriel, et donne ainsi l’étrange impression de regarder un autre film construit sur les chutes du film idéal n’ayant pu se faire ici.

Je crois avoir rarement autant ri, cela dit, avant cette chute ratée, en voyant les bêtises de ce faux-cul d’Alfred Sordi jusqu’à ce que son personnage accède d’une manière inespérée à ces rêves de veuvage précoce et se croie propulsé d’un coup roi du pétrole.

Peut-être également que Franca Valeri n’était peut-être pas l’actrice idéale pour jouer ce rôle d’héritière sans illusions, sans amour, et moins stupide que son mari. Excellente actrice de second rôle, elle me paraît surtout plus efficace en idiote et victime, notamment dans un film pour lequel elle avait participé au scénario : Le Signe de Vénus (tourné par Dino Risi quatre ans plus tôt et où elle était parfaite aux côtés de Sophia Loren). Difficile toutefois de trouver une actrice avec suffisamment de classe aristocratique et de second degré pour s’opposer à ce pitre de Sordi (la même année, Silvana Mangano prouvait qu’elle pouvait être crédible dans une comédie, La Grande Guerre ; et c’est sans doute Lea Massari qui aura été son meilleur pendant féminin dans Une vie difficile). Rendons néanmoins hommage à Franca Valeri qui vient de nous quitter (en août de l’année dernière), une semaine après avoir fêté ses cent ans.

Par toutes ses qualités et ses défauts, ou par les thèmes développés (Alfredo Sordi en homme cupide rejeté par la haute société), Le Veuf rappelle Il boom, de De Sica, tourné quatre ans après. C’est une constante dans la comédie italienne, ce n’est pas le tout de disposer de quelques-uns des meilleurs acteurs de comédie de l’histoire du cinéma, pour faire de grands films, il faut leur trouver des acteurs, plus vraisemblablement des actrices, capables de leur faire face. Les meilleures séquences du film, les plus amusantes, sont celles dans lesquelles Alberto Sordi fait, seul, le show. Cela fait d’excellentes comédies, mais ne fait pas culminer le film à la hauteur des grands chefs-d’œuvre de la comédie italienne. Ceux-ci parviennent presque toujours à proposer une dimension supplémentaire à la comédie. Qu’elle soit dramatique ou satirique.


Le Veuf, Dino Risi 1959 Il vedovo | Cino del Duca, Paneuropa

Sur La Saveur des goûts amers :

Top films italiens

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Le Chemin de l’espérance, Dino Risi (1952)

L’omnibus des désillusions

Note : 2.5 sur 5.

Le Chemin de l’espérance

Année : 1952

Titre original : Il viale della speranza

Réalisation : Dino Risi

Avec : Cosetta Greco, Marcello Mastroianni, Liliana Bonfatti, Piera Simoni

Dino Risi pour son second film a probablement plus l’œil tourné vers les comédies américaines des années trente qu’une volonté déjà (ou la possibilité) de réaliser des satires à l’italienne. Si l’ode au cinéma qu’on devine dans le titre ne ment pas sur les désillusions produites à la chaîne dans l’usine à rêves qu’est Cinecittà, le spectateur ne trouvera ici aucun humour acerbe, aucune satire, juste le portrait plein de tendresse pour ces acteurs et techniciens qui n’accéderont jamais à la lumière ou à la reconnaissance.

On sent peut-être la volonté chez Risi de calquer les films de coulisses américains sur Broadway (les films de troupes d’acteurs comme Pension d’artistes), mais ça ne prend pas, ou ça prend mal avec un premier acte qui fait plutôt penser au spectateur que le film tournera principalement autour de deux personnages, un cameraman et une jeune actrice. À moins que ce soit un biais d’apparition affectant les spectateurs du vingt et unième siècle. En 1952, Marcello Mastroianni n’est pas encore la star qu’il deviendra, si bien que notre regard de spectateur, à son apparition, imagine tenir son personnage principal. Il n’en est rien… L’affiche du film pourtant ne trompe pas, elle. Malgré cela, le premier acte de présentation semble hésiter entre films de coulisses et films de couple : Marcello disparaît alors un long moment, le récit se recentre sur les actrices, puis il revient, et au final on ne sait plus trop à quel film on vient d’assister.

En dehors de la direction d’acteurs, du goût de Risi pour les petites phrases amusantes en arrière-plan pour ponctuer une scène, l’acidité future du cinéaste n’y est pas encore décelable. Pas non plus de personnages caricaturaux sur le devant de la scène (ils apparaissent, mais plutôt dans les seconds rôles) : Marcello est jeune et beau, plein de classe comme dans les futurs Fellini (avec moins d’assurance, mais avec ce petit quelque chose de nonchalance aristocratique qui hypnotise ; un vrai jeune premier), les hommes mûrs sont respectables ou presque (les mauvais caractères, encore une fois, sont laissés aux seconds rôles), et les demoiselles sont délicieuses et, fait rare dans le cinéma de Dino Risi, occupent les premiers rôles. À se demander si l’on est encore dans une comédie… Parlons plutôt de chronique douce-amère et désenchantée, d’une photographie d’une époque aux studios Cinecittà, ou d’une ode bienveillante dédiée à ces petites gens du cinéma. La véritable comédie à l’italienne, acide et bouffonne, viendra plus tard pour Dino.


 
Le Chemin de l’espérance, Dino Risi 1952 Il viale della speranza | Mambretti Film

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Goodbye Paradise, Carl Schultz (1982)

Goodbye Paradise

Note : 3.5 sur 5.

Goodbye Paradise

Année : 1982

Réalisation : Carl Schultz

Avec : Ray Barrett, Robyn Nevin, Guy Doleman

Néo-noir australien plutôt baroque mais plaisant. Le mélange des genres se révèle souvent casse-gueule, ici, il tire un peu la corde de la cohérence sur la fin quand, en moins de dix minutes, le Philip Marlowe de service gagne et perd l’amour de sa vie dans un attentat, finit kidnappé par des putschistes et bientôt secouru par des agents doubles qui ont tout l’air de barbouzes avec effet boule à neige garanti.

Au-delà de ces écarts troublants (et rarement atteints dans les films noirs : l’humour, oui, mais il diffère ici, et pour le côté complotiste, je ne vois guère que En quatrième vitesse, mais je ne me rappelle plus jusqu’où le film pouvait aller dans ce registrecertainement pas un film de guerre réalisée dans un bois avec trois francs six sous), ça fait un joli hommage aux recettes rarement suivies depuis les années cinquante du film noir.

Presque tout y est reproduit : la voix off du personnage principal ; son alcoolisme et sa vie personnelle enfouie six pieds sous terre ; l’humour pince-sans-rire ; la recherche façon « Prisonnière du désert » de la fille d’un politique échappée dans un milieu louche (schéma de western mais pas mal repris dans les néo-noirs, notamment par Paul Schrader) ; la femme fatale (version positive et héritage des personnages féminins troubles de L’Odyssée) ; une bonne brochette de seconds rôles et hommes de main avec qui le personnage principal croise la route à diverses reprises, histoire de lui faire comprendre qu’il se mêle un peu trop de ce qui ne le regarde pas ; le sac de nœuds abscons de la trame dramatique mais encore crédible quand il se limite à des complots mafieux de politiques sans arrière-pensées putschistes ; la fausse piste grossière ; l’aidant un peu trop serviable sur qui le personnage principal (et les autres) passe son temps à s’essuyer les pieds en dépit du bon sens, etc.

Bref, tout à fait charmant. Et dépaysant. (La gamine est d’une beauté à tomber par terre… comme le dit si bien la « femme fatale » quand notre Marlowe lui dit qu’il recherche une fille de dix-huit ans, elle répond : « Comme tout le monde »… Ça devient presque alors une version de La Panthère rose. Un joyau, ces gamines. Bon, pour le talent de la gamine en question, ce n’est pas tout à fait ça, mais ça fait son petit effet sur les pervers de mon triste genre.)

Carl Schultz réalisera l’année suivante l’excellent Careful, He Might Hear You.


 
Goodbye Paradise, Carl Schultz 1982 | Petersham Pictures, New South Wales Film Corporation

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Pékin Opéra Blues, Tsui Hark (1986)

Pékin Opéra Blues

Note : 4 sur 5.

Pékin Opéra Blues

Titre original : Do ma daan

Année : 1986

Réalisation : Tsui Hark

Avec : Brigitte Lin, Sally Yeh, Cherie Chung

Tsui Hark avait, semble-t-il, toutes les qualités requises pour réaliser d’excellentes comédies d’action. L’humour est souvent présent dans ses films d’action, mais s’il y a genre qui domine dans Pékin Opéra Blues, c’est bien la comédie. Il a un don indéniable et une technique du rythme propre à la comédie, peut-être même plus à la farce, et je ne peux pas imaginer que tout ce travail fabuleux de mimiques (ou de lazzis) ne soit pas le fruit du seul talent de ses actrices. Plus qu’aucun autre genre, la comédie burlesque a besoin d’être coordonnée par un chef. Il y a une logique derrière cette mécanique huilée du rire qui ne peut être que réfléchie et parfaitement exécutée. Je ne suis pas un grand connaisseur des films de Jackie Chan, on y retrouve pour sûr le même goût pour la farce, le rythme et les cascades ; Hark fait ici reposer tout son film sur une suite de « tableaux », ou de plans très expressifs structurés, montés, autour de l’expression faciale des actrices, fonctionnant selon un principe d’action/réaction, et dont j’ai déjà expliqué à plusieurs reprises. Il ne fera d’ailleurs pas autre chose dans The Blade qui, s’il contient beaucoup moins d’aspects farcesques, obéit aux mêmes principes de montage construit autour d’une gestuelle exagérée et mécanique (parfois à l’excès, comme dans la séquence chorégraphiée, en flashback, de la fuite avec l’enfant des deux hommes sous la pluie). Plus tard, dans The Blade, l’action pure bénéficie de cette technique de montage resserré, et non pas moins précis — on en retrouve peut-être ici l’origine. En gros, c’est un peu comme si la commedia dell’arte avait engendré John Woo. (Je suis sérieux, il y a une véritable similitude dans la nature et l’usage qui est fait du geste, du port de tête même puisque c’est lui qui articule l’avancée comique d’une scène.)

Brièvement, je précise ce principe du montage, cher à Eisenstein avec le montage des attractions, et dont on en retrouve quelques principes dans le découpage de Masumura (même principe d’action/réaction que j’explique cette fois en détail sur cette page et qui n’est par conséquent pas un procédé propre à la comédie). Au théâtre, et a fortiori dans une comédie, les acteurs structurent leur interprétation à travers des expressions faciales et gestuelles souvent mécaniques (d’aucuns trouveraient ça pas naturel avec un effet « pantomime ») qui sont une suite de réactions, de commentaires, parfois d’apartés qui au théâtre s’adressent au public, mais qui au cinéma sont censés dévoiler le sentiment présent du personnage à l’écran (dans ce type de jeu, l’expression donne toujours à voir le sentiment du personnage ; au cinéma au lieu d’un aparté adressé au public, on a plutôt une sorte d’aparté dans lequel le personnage s’adresse à lui-mêmeelle reste tout aussi visuelle : les autres personnages ne remarquent pas ces expressions, ou apartés, et cela n’a rien de naturel — c’est une convention théâtrale qui se retrouve à toutes les époques dans tous les théâtres du monde et qui a tendance à se perdre). Au théâtre, toujours, le rythme se fait à travers cette mécanique qui donne l’illusion d’une situation qui avance au rythme des confrontations scéniques entre personnages : il y a l’action, parfois une réplique, d’autres fois un geste, un mouvement, une expression pouvant alors être la réaction à ce qui précède ; à cela succède mécaniquement une réaction, et ainsi de suite. Si l’on parle de mécanique, c’est d’abord parce que pour tendre vers l’efficacité, il faut se débarrasser de tous les gestes ou réactions peut-être réalistes, mais toujours accessoires dans ces conditions (donc superflus, dans un contexte de jeu non réaliste). Ensuite, il ne faut exécuter que des gestes ou des expressions faciales choisies. Et cela, sans les multiplier, car le principe, c’est qu’à une action répond une autre, pas une poignée d’autres : le but consiste à voir les personnages se répondre, même si, paradoxalement, ils ne réagissent pas directement à une action ou à une réaction d’un partenaire, c’est déjà les prémisses d’un montage en champ-contrechamp, puisque ce qui compte, c’est la mécanique expressive d’au moins deux sujets qui se répondent l’un à l’autre parfois même symboliquement (quand on songe au quiproquo déjà, il est question de deux réalités qui s’opposent dans une situation et seul le spectateur a une vue d’ensemble de ce qui se passe). Il faut par ailleurs « attaquer » en ce qui concerne les répliques, et cela s’applique ici à une action, un geste, une mimique. Attaquer, cela signifie qu’après une fraction de temps de « réception » (utile pour que le public comprenne ce qui se passe — une mécanique indispensable quand on joue du Feydeau par exemple —, mais aussi pour suggérer que le personnage réfléchit une fraction de seconde), l’acteur lance son geste, son mouvement, sa mimique, sa réaction d’une manière nette et précise.

Comment cela se traduit-il au cinéma ? C’est assez simple en fait. Au théâtre, l’œil est naturellement attiré vers l’endroit de la scène où un personnage parle, ou un autre agit ou réagit : il y a rarement deux choses de même importance qui se passent à différents endroits de la scène, c’est donc en soi déjà une forme de montage, un montage guidé par les « attaques » et les actions précises des acteurs. Au cinéma, il n’y a plus qu’à suivre cette mécanique au moment du tournage, et le montage ne sert plus qu’à coller un à un ces plans constitués d’actions et de réactions. Au lieu de procéder à un montage fait d’illusions et de raccords dans les mouvements, l’astuce consiste à couper juste avant que le mouvement ne se passe : après le cut, l’œil s’attend à voir entrepris immédiatement un mouvement ou un changement d’expression.

Les plans de Tsui Hark répondent donc à une logique que j’appelle parfois « un plan une idée ». Puisque l’origine théâtrale de ce montage ne fait guère de doute, mieux vaut parler de logique d’action/réaction. Techniquement, c’est assez facile à comprendre : la plupart des séquences sont constituées de plans obéissant souvent au même schéma. À la suite d’un cut, le plan commence par une phase très courte, soit figée (correspondant au temps de « réflexion » ou de « réception » du public dans la comédie), soit dans un mouvement continu qui sera bientôt brusquement interrompu. L’acteur s’anime alors pour exécuter une action, un geste, une réaction. Certains trouveront cela surjoué, mais cette outrance se révèle indispensable pour apprécier la logique et la mécanique expressive du jeu (qui apporte à la fois du rythme et du sens, puisque le jeu expressif dit quelque chose de la situation, et dans une farce, c’est même souvent ce jeu qui passe devant les dialogues ou le sens de l’action générale : quand Buster Keaton va acheter de la mélasse dans un magasin, cette action d’acheter quelque chose n’a aucune importance, ce qui compte, c’est toute la farce gestuelle qui s’anime autour). Et il faut noter que bien souvent, Tsui Hark n’a pas besoin d’user de cut. Dans l’idéal, il faut arriver à caser le plus de ces actions/réactions dans un même plan en jouant sur la profondeur de plan, sur les mouvements des acteurs qui entrent ou qui sortent dans le cadre ou en déplaçant l’axe de sa caméra (on retrouve alors encore plus l’origine théâtrale du procédé, mais en général, Tsui Hark, surtout durant les séquences jouées dans l’urgence, avec un danger ou une tension immédiats, aime bien jouer des ciseaux). Et c’est donc ainsi que de nombreuses fois par exemple, on peut voir les actrices ce que certains appelleraient « rouler des yeux ». Tourner la tête rapidement, avoir les yeux qui se dirigent brutalement vers un autre sujet en guise de réaction, ça fait partie de cette mécanique farcesque.

Il faut d’ailleurs noter que dans le film, la grande partie de ce travail d’action/réaction est menée par les trois personnages féminins. Ici, les hommes restent assez passifs ; certains sont même autant en retrait que pourrait l’être des personnages féminins de complément dans un autre film. Du Drôles de dames avant l’heure… Preuve, si c’était encore à démontrer (et ironiquement, c’est même presque un message explicite d’un des enjeux du film et qui concerne ce personnage féminin rêvant de pouvoir jouer un rôle dans une pièce que dirige son père alors que les actrices sont interdites dans l’opéra de Pékin) que des femmes peuvent tout à fait être efficaces (donc drôles) dans une farce.


 
Pékin Opéra Blues, Tsui Hark 1986 Do ma daan, Peking Opera Blues | Cinema City Company Limited, Film Workshop

Sur La Saveur des goûts amers :

Top films sino-asiatiques

Listes sur IMDb : 

MyMovies : A-C+

Lim’s favorite comedies

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Rue des prairies, Denys de la Patellière (1959)

Rue des prairies

Note : 3 sur 5.

Rue des prairies

Année : 1959

Réalisation : Denys de la Patellière

Avec : Jean Gabin, Marie-José Nat, Claude Brasseur

Un joli film de la qualité française l’année des 400 Coups. Pas grand-chose qui va dans cette « qualité » d’ailleurs : on sent les artifices d’un cinéma ronflant sans grande créativité adoptant les recettes des années 30 (partition musicale ronflante, décors intérieurs, lumières factices, son postsynchronisé ou acteurs criant leur texte comme au théâtre), et qui rappelle la déchéance du cinéma hollywoodien de la même époque. Ce cinéma de cage d’escalier et d’acteurs vedettes, s’il peut être charmant chez Becker par exemple, paraît aujourd’hui complètement désuet sous la direction de Denys de la Patellière. La caméra semble placée en permanence dans un débarras de coulisses de théâtre, un scénario à l’intensité de programme télé, et un monteur en grève. Le film a besoin de deux actes entiers pour voir enfin surgir la problématique du film, au point qu’on aurait pu penser à un moment à une chronique, mais le troisième (acte) fait résolument basculer dans un petit drame bourgeois (avec des prolétaires, signe d’un bon cinéma de papa) sans conséquence.

Tout cela n’est pas bien sérieux, au point qu’un des seuls intérêts du film réside dans les dialogues savoureux mais envahissants de Michel Audiard. Car, le souci des films écrits par Audiard, c’est que l’on part parfois dans de tels fous rires qu’on ne peut plus suivre la scène (qui n’était déjà de toute façon pas très passionnante, en plus de ralentir considérablement l’action ; ce n’est pas du cinéma, mais du théâtre filmé). Ce type de productions fait furieusement penser aux comédies françaises actuelles reposant sur des artifices communs (acteur vedette sur qui repose une bonne partie du film, scénario sans taches destiné à public familial…). Parmi les acteurs, Marie-José Nat surnage avec sa petite voix cassée roule-coulant jusqu’à nos oreilles comme un galet dans un ruisseau. Le reste de la distribution ne m’inspirerait pas autant de poésie…


 
Rue des prairies, Denys de la Patellière 1959 | Les Films Ariane, Filmsonor, Intermondia Films

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Ça commence à Vera Cruz, Don Siegel (1949)

Screwbullet comedy

Note : 4.5 sur 5.

Ça commence à Vera Cruz

Titre original : The Big Steal

Réalisation : Don Siegel

Année : 1949

Avec : Robert Mitchum, Jane Greer, William Bendix, Ramon Novarro

— TOP FILMS

Don Siegel fait du bon boulot. C’est propre et haletant. Fort à parier que pour ce coup-ci, le briscard a profité surtout d’un scénario en or. La distribution n’est pas en reste, le couple de La Griffe du passé est reconstitué : Robert Mitchum et Jane Greer s’y donnent à cœur joie, chaque réplique ou presque semble être une patate chaude qu’ils se refilent avec joie et sadisme. Les je t’aime moi non plus, c’est peut-être ce qu’a inventé de mieux le cinéma hollywoodien. Un joyeux ping-pong verbal qui ne serait possible sans une volonté de mettre la femme au même niveau que son partenaire masculin. Le soft power à visée féministe le plus efficace de l’histoire, il se situe là dans ce petit jeu pervers qui finit vite par devenir une private joke entre deux adultes consentants s’envoyant des piques avant de se bécoter. Il y a une certaine influence britannique dans cet humour par la distance flegmatique que les deux protagonistes cherchent à adopter pour éviter de montrer à l’autre qu’il est en train de s’attacher à lui, ou déjà qu’il ou elle lui plaît. Ou du vaudeville.

La principale marque du film, c’est bien cet humour, pourtant quand il s’agit de films noirs, on semble un peu réticents à en faire une comédie (même si j’ai sans doute une tendance plus que d’autres à faire de certains films noirs des comédies ; ma vision du Troisième Homme, à contre-courant, il faut bien l’admettre, en atteste). Certes, la comédie, c’est comme le glaçage sur une pâtisserie ; c’est à la fois la touche finale qui vient parachever un morceau bien élaboré, mais c’est aussi la saveur la plus délicate qui vous touche en premier une fois engloutie. J’aime ça le glaçage. Je préfère ça à être roulé dans la farine.

Et pour en revenir à cet archétype du couple que tout oppose mais dont les deux éléments unissent leurs forces parce qu’ils poursuivent un même objectif (ici chacun cherche à se faire rembourser une somme d’argent que le même homme leur a soutiré), et sont ainsi poussés sur les routes (les voyages forment la jeunesse, mais scellent peut-être plus encore les amours naissantes), on voit ça depuis New York Miami jusqu’à À la poursuite du diamant vert, en passant par Star Wars, Rain Man (dans une version fraternelle) ou… Sierra Torride réalisé par ce même Don Siegel. L’Amérique des cow-boys nous a aussi fait apprécier l’amour vache.

Les astuces du nœud dramatique sans lesquelles le film serait une vulgaire pâtisserie de film noir relèvent presque du génie ou du miracle : ici, pas de flashback pour noyer le spectateur dans le flou de l’enquête, pas (ou peu) de personnage de l’ombre qui tire secrètement les ficelles. Car en dehors d’un ou deux retournements longuement préparés au four, tout est fluide et limpide comme un chase film. Deux courses s’entremêlent. Celle qui se joue entre les deux protagonistes pour savoir qui a la plus grosse (repartie) ; et celle qui consiste à rattraper leur homme qu’ils filent le plus simplement du monde sur les routes, presque comme dans une caricature, à bord d’une auto, et qu’ils rencontrent le temps de plus ou moins brèves escales où se joue alors un autre genre de jeu du chat et de la souris, là encore verbal, plus subtil, et avec beaucoup moins de connivence que quand on chasse la même proie assise derrière le même tableau de bord et qu’on passe le temps en prétendant ne pas remarquer les qualités de l’autre en lui disant précisément le contraire de ce qu’on pense. (Cette phrase était sponsorisée par La Recherche du magot perdu.) Un jeu de piste pas très malin mais savoureux, et surtout, avec des astuces donc, bien trouvées, pour rendre possible cette connivence autour d’éléments rapidement introduits et capables de servir de référence aux deux (il ne faut pas cinq secondes pour qu’ils se retrouvent autour d’un étrange volatile dont ils vont tâcher de se débarrasser au plus vite tout en continuant à y faire référence à chaque occasion tout au long du film — à commencer par le surnom que l’un et l’autre utiliseront pour s’adresser à l’autre). Des astuces de vaudeville, des MacGuffin sentimentaux et humoristiques. D’autres MacGuffin sont cette fois mis au profit de la trame criminelle : l’argent volé que le chassé-escroc parvient habilement à dissimuler et à remettre à son commanditaire (le même principe sera utilisé dans La Forteresse cachée, et avec des rôles inversés) ; ou une statuette à laquelle tient particulièrement un personnage récurrent.

Le fait de placer cette course-poursuite au Mexique n’est ni gratuit ni exotique. Ça permet au contraire de jouer sur les stéréotypes (sur un même principe de décalage sentimental) ethniques, et là encore, de sortir du simple film criminel (ou noir) pour le rapprocher de la comédie, voire de la screwball (il y a des westerns noirs, et il y a donc des screwball comedies criminelles, comme pouvait l’être la série des Thin Man avec Powell et Myrna Loy). Si tous sont habiles et intelligents, on remarquera que les policiers mexicains ne sont peut-être pas les plus idiots dans l’affaire. Les deux scénaristes ont trouvé une astuce formidable pour se jouer de la problématique linguistique, souvent présentée de manière caricaturale et gratuite dans les films : le chef de la police mexicaine apprend l’anglais (c’est son subalterne qui lui fait sa leçon), et il dit vouloir profiter de la présence de ces Américains pour s’entraîner (on tiendrait presque là les origines hispaniques du nom d’un célèbre enquêteur américain, et fin roublard, maître dans l’art de se faire passer pour plus idiot qu’il n’est : Columbo). Je sais que j’ai une tendance facile à voir des comédies partout, mais qu’on ne me dise pas que ce type d’astuces est plus le fait du film noir que de la comédie.

Pour qu’un tel film marche, une bonne dose d’empathie envers ses acteurs principaux paraît indispensable. La repartie, ce n’est pas seulement des mots, ce sont des mots qu’on dit dans le bon rythme et la bonne tonalité. On a toujours l’air intelligent avec les mots des autres, mais on (les mauvais acteurs) aurait presque tendance à penser que pour paraître intelligent, il faut avoir l’air pénétré, sérieux, réfléchi, voire mystérieux. Or, la repartie, c’est de l’intelligence, et c’est de l’intelligence qui se fait passer pour de la bêtise (un peu comme notre chef de la police mexicaine). Autrement dit, ça vise vite et ça vise juste. Et attention, à ne pas confondre vitesse et précipitation, on n’est pas non plus dans La Dame du vendredi : il faut parfois peser certaines répliques qui passent mieux après une petite pause, un temps censé reproduire la petite pensée cynique du personnage qui se demande s’il va la sortir ou pas, et qui la lâche. Un exemple pour ça : la réplique finale de la séquence où Mitchum et Greer se retrouvent embarqués au poste de police, et où elle confirme qu’ils ont tous les deux un intérêt commun… avant d’évoquer les oiseaux… Vous dites cette dernière phrase trop tôt, sans ponctuation, sans suspense, sans voir Jane Greer simuler un petit temps de réflexion mi-amusée, mi-dépitée, et la réplique tombe à l’eau.

Le physique joue aussi. Ni l’un ni l’autre ne sont des acteurs de screwball, on l’a compris, et je ne prétends pas qu’on tombe complètement dans le burlesque. Du vaudeville, assurément, comme pouvait l’être Stage Door avec des acteurs pas non plus tous connus pour être de grands acteurs de comédies (Ginger Rogers et Katherine Hepburn ont survolé différents genres). Mitchum est un habitué des petites répliques tout en sous-entendus flegmatiques passés sous la table sans qu’on sache si c’est de l’oseille ou du vitriol. Mais Jane Greer est beaucoup plus une surprise dans ce registre. Dès sa première scène, elle possède ce mélange étrange de victime bafouée cherchant réparation, avec ses yeux mouillés et ses poches sous les yeux, et la conviction ou la force de la femme à qui l’on ne la fait pas (ou plus) ; et surtout, comme elle ne cessera de le démontrer avec Mitchum, capable de se mesurer à un escroc, au moins sur le plan verbal, et de lui tenir tête. Par la suite, une des grandes réussites de ce duo, c’est souvent elle qui se montre plus futée que son compagnon : parfois, il est obligé de le reconnaître (il faut le noter, et cela aurait difficilement pu être imaginé dans un pays latin comme le nôtre où le stéréotype de la « femme au volant » a toujours cours), et c’est elle qui tient le volant lors de la longue séquence de course-poursuite. Ce n’est pas seulement un moteur humoristique pour le film : on n’y rit pas parce qu’elle ne sait pas s’y prendre, puisqu’au contraire, elle est parfaite dans cet exercice, mais on sourit de voir que justement Mitchum en est réduit à côté à retirer ce qu’il avait dit sur ses prétendues capacités à conduire, et par conséquent à suivre, dans une position d’attente souvent dévolue au personnage féminin. Et d’autres fois, il ne sait même pas qu’elle lui a sauvé la mise (par exemple quand il s’en veut de ne pas avoir pensé à saboter le véhicule du militaire : on sait, nous, parce que le plan suivant nous le montre, que non seulement elle y a songé, mais qu’elle l’a fait : la charge mentale du sabotage du véhicule quand on est chassés par des méchants et ne pas s’en vanter par la suite, on en parle ?).

Au rang des acteurs, notons encore la présence de William Bendix, avec sa gueule de méchant lunaire, dévoué et naïf, que Robert Mitchum retrouvera bientôt dans un autre noir comique : Le Paradis des mauvais garçons. Un contrepoint parfait à notre couple idéal. Pas de grandes comédies sans faire-valoir ou souffre-douleur.


Ça commence à Vera Cruz, Don Siegel 1949 The Big Steal | RKO Radio Pictures 


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Victoria, Justine Triet (2016)

Comédiane romantique

Note : 2.5 sur 5.

Victoria

Année : 2016

Réalisation : Justine Triet

Avec : Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud, Laurent Poitrenaux

Entre comédie et drame, on ne sait trop sur quel pied danser. Alors d’accord, on pourrait penser que la comédie dramatique, c’est une spécificité française ; en réalité, j’ai du mal à comprendre comment on pourrait faire de bons films, non pas en additionnant les qualités des deux genres, un peu comme dans une comédie italienne où ça se traduit assez souvent par des farces satiriques, mais au contraire, en cherchant un juste milieu entre comédie et drame. Ni tout à fait un drame, ni tout à fait une comédie. Au bout du compte, du côté de la comédie dans Victoria, c’est loin d’être gagné, on sourit peut-être deux ou trois fois grâce à la spontanéité des acteurs, jamais de la situation ou des dialogues, alors on essaie de se raccrocher à une histoire banale.

Ce mélange raté des genres, on en trouve un symbole grossier à la fin du film quand Victoria se requinque avec de la cocaïne après avoir ingurgité plusieurs somnifères. Je doute qu’on sorte indemne d’un tel mélange, et je doute encore plus de la pertinence, disons morale, de proposer la cocaïne comme remontant ordinaire n’entraînant aucune complication directe.

Le scénario n’est par ailleurs pas sans avoir quelques jolies idées, mais ça reste dans l’ensemble du domaine de l’anecdotique. Tout aussi anecdotique, ordinaire, que le type d’affaires traitées par l’avocate durant tout le film en toile de fond et que la cinéaste montre pourtant intéressée par les médias. C’est malheureusement à travers ce genre de petits détails qu’on remarque le manque d’à-propos d’un cinéaste. Ironiquement d’ailleurs, le personnage de Vincent Lacoste se plaint que celui de Virginie Efira ne s’intéresse pas à ce qu’il fait en dehors de leur relation, mais la scénariste en fait tout autant. Il n’y en a que pour le personnage de Victoria, et le problème, c’est que Justine Triet voudrait en plus de la comédie dramatique en faire une comédie romantique — le film termine sur cette note. Pourquoi pas, si tout le reste du film, le personnage de Samuel avait plus d’épaisseur et n’était présent que pour mettre en valeur le personnage (unique) principal. Ce qui fait qu’à aucun moment on ne peut croire à leur amour. Problème, si on n’y croit pas une seconde, c’est aussi pour beaucoup d’autres raisons.

J’aime bien Virginie Efira en tant qu’actrice, mais ce n’est pas une séductrice, ni même une romantique. Elle a un côté très masculin, assez plaisant d’ailleurs, mais ce trait de caractère lui interdit à mon sens les emplois de femmes hétérosexuelles ou les séductrices dans les films à visées romantiques. Je n’ai aucune idée si elle a déjà eu des emplois de personnages homosexuels, mais ça correspondrait beaucoup plus à son tempérament. Et à y regarder de plus près, en quoi cela aurait posé problème de faire du personnage de Samuel une femme ? Et une femme qui prendrait aussi un peu plus d’importance dans le récit. S’il fallait en faire une comédie roman-dramatique, il n’aurait pas fallu faire Victoria, mais Victoria et Sam…, et s’il fallait en faire une comédie romantique, il n’aurait pas fallu faire Victoria, mais Victoria et Pénélope.

Le souci, si on fait de Samuel une femme, c’est qu’on se passe du talent de Vincent Lacoste. Or, les acteurs, c’est bien la seule réussite du film. Si on met à part quelques rôles secondaires obligés de s’attacher d’un peu trop près à des dialogues et n’ayant pas la liberté des acteurs principaux, hormis Laura Calamy qui est insupportable en collègue avocate de Victoria, la distribution sauve en réalité pas mal le film : Efira fait manifestement du Efira, c’est-à-dire un jeu basé sur une spontanéité grave et efficace, une ironie retenue et une très bonne écoute ; Vincent Lacoste fait du Vincent Lacoste, le mec blasé et à côté de ses pompes mais peut-être pas tant que ça ; Melvil Poupaud arrive déjà plus à composer un personnage et parfois à être un peu flippant (ce qui n’aide pas pour trouver une tonalité comique au film, mais ce côté hybride mal défini, ça caractérise bien son style de jeu en fait) ; et l’acteur qui joue l’ex-mari, Laurent Poitrenaux, est aussi excellent, avec Vincent Lacoste, peut-être le seul qui arrive à trouver la bonne tonalité humoristique (ce qui change peut-être avec ces deux-là, c’est leur fantaisie, voire leur capacité à faire rire avec leur fragilité supposée).

Un dernier mot sur le montage. Les montages-séquences sont pénibles : quand on reproduit un effet narratif de ce type dans une situation donnée (stéréotypée), si ce n’est pour s’appliquer et apporter quelque chose hyperléché, consistant, inventif, on s’abstient. Mais bon, c’est à l’image du reste du film. Autre procédé mal utilisé voire inutile : les visions de Victoria. C’est audacieux, mais exploité avec autant de désinvolture (je n’ose pas dire amateurisme), à quoi bon.

À quoi bon, c’est en somme ce qu’on se dit une fois le générique de fin posé.


Victoria, Justine Triet 2016 | Ecce Films, France 2 Cinéma, Le Pacte


Liens externes :


Par-Dessus les moulins, Mario Camerini (1955)

Note : 2.5 sur 5.

Par-Dessus les moulins

Titre original : La bella mugnaia

Année : 1955

Réalisation : Mario Camerini

Avec : Vittorio De Sica, Sophia Loren, Marcello Mastroianni

Il est à craindre qu’on ait déjà avec cette comédie à grand budget (et à grands excès), les prémices, l’avant-goût, de ce qu’il adviendra vingt ans plus tard de la comédie à l’italienne.

Au milieu des années 50, Mario Camerini est un doyen de la comédie, et si ses comédies avec De Sica dans les années 30 sont délicieuses, elles étaient à la mesure de ce que doit être une comédie : à hauteur d’homme. A-t-il seulement existé un jour une comédie XXL, jouant également la carte du genre historique en costumes, de l’aventure ou d’un tout autre genre, qui ait donné lieu à une grande comédie ? Les exemples doivent être rares, et ce Par-Dessus les moulins est à classer parmi les attractions surproduites dispensables de l’âge d’or du cinéma italien.

Par-Dessus les moulins, Mario Camerini (1955) | Ponti-De Laurentiis Cinematografica, Titanus

Le paradoxe, c’est qu’on y trouve de nombreuses qualités, mais à force de débauche de moyens, d’effets, de clinquant, de lazzi, d’outrances burlesques, ça fatigue. On s’étonne même de ne pas voir figurer dans la distribution Toto. La farce est bien écrite (il faut, c’est tellement alambiqué comme développement qu’il faut arriver à donner corps à ce vaudeville ibérique), la reconstitution parfaite, et les acteurs, comme toujours excellents (De Sica en mode farce, extraordinaire en imbécile, mais qui agace paradoxalement dans un tel contexte ; et Sophia Loren, tout aussi extraordinaire tout ce qu’il y a de plus difficile pour une femme dans une comédie : servir les hommes pour qu’ils amusent, les mettre en évidence, se contenter d’être charmante en espérant convaincre par son intelligence, son écoute, sa repartie, son caractère : et tout y est). Ce n’était donc pas faute d’avoir invoqué les deux jeunes stars montantes de l’époque qui sortent du bien meilleur Dommage que tu sois une canaille (à Sophia Loren il faut ajouter Marcello Mastroianni dans un rôle tout aussi difficile que celui de sa partenaire, mais le beau Marcello a au moins un avantage sur elle : il serait incapable de jouer les bellâtres — alors qu’en jeune mari jaloux, ça passe très bien).

Voilà encore le paradoxe. Plus Camerini et De Sica auraient fait des efforts pour améliorer leur film, plus ils seraient allés dans la mauvaise direction tant c’est précisément ces efforts incessants, ostensibles, multiples, qui arrivent à nous convaincre qu’une comédie a souvent besoin pour s’épanouir de simplicité. C’était la grande réussite des comédies à l’italienne qui allaient se développer dans la péninsule avec une nouvelle génération de cinéastes/scénaristes qui sauront très bien aussi intégrer les anciens (De Sica en tête, en tant qu’acteur), qui sauront insuffler la même simplicité et le réalisme de leurs aînés (Camerini et De Sica en tête) qui avaient su, eux, intégrer à leurs films au temps du fascisme un souffle de liberté, et qui, comme les comédies américaines avant eux, avaient su aussi bien intégrer les femmes à leurs histoires (quand on compare Dommage que tu sois une canaille et Par-Dessus les moulins : dans le premier, c’est presque De Sica qui joue les faire-valoir, et c’est sa fille, Sophia Loren, qui se joue de Marcello ; or, c’est un peu le contraire ici). L’histoire bégaie, il vaut mieux échapper aux petits soubresauts dans le vide quand elle repart.

Un vide ronflant, clinquant et pénible pour ce qui est de Par-Dessus les moulins. La faute à ces moyens déployés, au choix de scénario pour mettre en œuvre une si grosse production (une sorte d’angle mort historique). Quand on voit une production « Ponti-De Laurentiis », on a tout compris. La décadence future du cinéma italien en deux noms. Une décadence parfois fructueuse, encore témoin de certains coups de génie, mais déjà ici le signe d’excès coupables.


Liens externes :