Milan calibre 9, Fernando Di Leo (1972)

Note : 2.5 sur 5.

Milan calibre 9

Titre original : Milano calibro 9

Année : 1972

Réalisation : Fernando Di Leo

Avec : Gastone Moschin, Barbara Bouchet, Mario Adorf, Luigi Pistilli, Philippe Leroy, Lionel Stander

L’avantage des mauvais directeurs d’acteurs, c’est que l’on peut juger de la qualité de ses interprètes en un clin d’œil sans suspecter qu’ils tirent leur talent du cinéaste qui les dirige. Di Leo démontre une nouvelle fois qu’être réalisateur ne consiste pas simplement à décider où poser sa caméra, déterminer un semblant de découpage technique, définir un rythme, une ambiance, c’est aussi mettre en place des acteurs dans une situation et guider les comédiens à ne pas céder aux facilités. Si la distribution compte ici quelques acteurs de seconde zone aperçus ailleurs dans des rôles secondaires et qui se débrouillent comme ils peuvent, d’autres se noient complètement (les acteurs internationaux notamment). Livrés à eux-mêmes, ces derniers interprètent leur partition au premier degré dans un rythme pesant censé produire une atmosphère de méfiance et de gravité. Rien dans ces conditions d’interprétation médiocres ne peut être pris au sérieux. Le ton sur ton a l’avantage d’être perçu pour ce qu’il est : une farce. Les acteurs jouent et ça se voit. Di Leo n’est pas un grand cinéaste et ça se voit. L’acteur est le premier avocat de la vision d’un cinéaste, le garant du contrat narratif qui les lie tous aux spectateurs. Un mauvais acteur rompt la suspension volontaire de l’incrédulité accordée par le spectateur au début de chaque film : si l’acteur manque de crédibilité, c’est toute la chaîne de crédibilité du film qui cède. Fermez le rideau, le spectacle est terminé.

Le scénario n’est pourtant pas dénué d’intérêt. Son versant politique montrant deux commissaires s’opposer sur leur vision des choses sert presque d’intrigue secondaire. C’est hors sujet et c’est tant mieux. L’inspiration américaine semble par ailleurs bien établie et constante (on devine vaguement un Parrain en fin de règne détrôné par un « Américain » à l’œil de verre, et divers dispositifs purement cinématographiques hérités de French Connection). Les meilleures séquences, souvent muettes, sont bien tirées de ce souffle nouveau venu d’Hollywood (lui-même sous influence européenne). Les acteurs ne papotent alors pas avec des faux airs de votre cousin quand il imite Clint Eastwood pour avoir l’air intelligent, implacable et cool.

La musique, en revanche, est un vrai bijou.

Idée pour les apprentis cinéastes en quête d’expérimentation en vue d’apprendre à diriger des acteurs : le cinéma italien doublait tous ses films, vous pouvez donner n’importe quel texte à vos acteurs, les doubleurs se chargeront de répliques finales. Comme les mauvais acteurs ont tendance à tout jouer au premier degré, ne leur filez pas votre texte final pendant les prises, mais ce qu’ils doivent penser et leurs intentions cachées. Rappelez-leur d’en faire le moins possible tout en révélant la nature de leurs sentiments et intentions à travers ces lignes : ils joueront malgré tout au premier degré, donc les intentions, mais les répliques réelles qu’ils se seraient évertués à charcuter en les interprétant au pied de la lettre. Quant à la cohérence de se voir attribuer un texte qui révèle les intentions du personnage à un autre : les mauvais acteurs ne comprennent pas un traître mot de ce qu’ils racontent. Qu’ils jouent leur part, point. Arrangez-vous tout de même pour qu’ils adoptent le débit recherché et pour que le nombre de syllabes puisse correspondre aux véritables répliques doublées. Réchauffez, et regardez le résultat. Vous n’êtes pas italien, ce sera forcément horrible à voir, mais il y a fort à parier que vous en tireriez quelque chose. Les mauvais acteurs, il faut s’en servir comme animal de laboratoire. Peut-être trouveriez-vous avec eux une méthode qui sera d’autant plus efficace avec des acteurs que vous aurez à peine besoin de diriger. Qui peut le plus peut le moins. (Ou faites de cette expérimentation un film, à la manière de Symbiopsychotaxiplasm : Take One.)

Note finale : qu’elles sont jolies ces années 70 naissantes avec leurs matériaux modernes flambants neufs ! Vingt ans plus tard, après moult rayures, salissures, graffitis et poussières, ces machins brillants et lisses se transformeront en ovnis en transformant nos villes en de véritables décharges de « nouveaux matériaux » à ciel ouvert. Les moquettes hautes de cinq centimètres avaient au moins l’avantage de finir à la poubelle la prochaine décennie venue. Les intérieurs sont aux décors ce que sont les répliques à l’interprétation : facilement interchangeables. Le sous-texte en revanche demeure la pierre angulaire de tout acteur de talent. Sa pierre de Rosette. Restez de marbre, surtout.


Milano calibro 9, Fernando Di Leo (1972) | Cineproduzioni Daunia 70



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