Watrix

Everything Everywhere All at Once
Année : 2022
Réalisation : Dan Kwan, Daniel Scheinert
Avec : Michelle Yeoh, Stephanie Hsu, Jamie Lee Curtis
Mélange plaisant et non subtil entre Scott Pilgrim contre le reste du monde et Matrix. Un Watrix en quelque sorte… Il va bientôt falloir créer un genre particulier pour ce type de films baroques pleins de références et sans règles, sinon celles, convenues, de devoir passer par toutes sortes de passages obligés renforçant chez le spectateur l’identification et le plaisir immédiat (du happy end incontournable aux montages-séquences lacrymaux où chacun, comme dans les tragédies antiques, se dévoile, en passant par les séquences d’apprentissage). On ajoute à ça une bouillabaisse tout à fait bienvenue de politiquement correct à travers laquelle toutes les inclusivités ethniques et sexuelles trouvent leur place, et la baroque est consommé. The Boys ou For All Mankind, par exemple, dans un style tout autre, suivent une même logique d’inclusivité (une vieille Chinoise, mère d’une championne multiverselle et lesbienne, voilà une composition qui compte triple dans le Scrabble des altérités cinématographiques).
Je suis bon spectateur, tout simplement parce que c’est drôle. On frise souvent le burlesque et l’absurde, on se rapproche aussi un peu du nihilisme, et puisque c’est en plus bien exécuté, on digère assez bien cet ensemble baroque qui ose tout. En dehors d’une fin heureuse (passage obligé pour satisfaire tous les publics), le film tient plus ses promesses baroques, voire confusionnantes, qu’un film comme Ready Player One qui, dans mon souvenir, redevenait vite classique une fois l’univers installé (Spielberg oblige).
Là où Scott Pilgrim réunissait sans doute ses dernières forces baroques dans son absurdité crétine et son audace sans limites, Everything Everywhere me semble mieux tenir cette promesse que tout est possible, surtout dans la déconstruction, l’audace, la mise à distance (toujours la bonne alliance entre la distance et l’identification qui m’est chère) au fil du récit. Le finale manque alors peut-être d’une apothéose à la hauteur des obligations annoncées, mais c’est bien le burlesque, pour moi, qui fait la différence sur l’ensemble du film. Affaire de mariage là encore : un peu comme un bon hot-dog, il faut juste assez de moutarde. Trop de burlesque risquerait d’être pénible et lourd. Quelques tranches qui pendouillent dans l’univers des mains en hot-dog et me voilà comblé.
Everything Everywhere All at Once, Dan Kwan et Daniel Scheinert 2022 | A24, AGBO, Hotdog Hands
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